L’imagination est le plus haut cerf-volant que l’on puisse faire voler : La vie et l’époque d’un maître du vent, Domina Cléophas Jalbert, Partie 1

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Domina Cléophas Jalbert, à gauche, Hamnett Pitzer Munger et un des ballons cerfs-volants faits par Jalbert Aerological Laboratory Incorporated pour étudier la pollution atmosphérique. Anon., « Ce que devient un jouet d’enfant. » La Presse, 23 mai 1950, 3.

Nǐ hǎo, ami(e) lectrice ou lecteur, bonjour.

Qu’ils soient pilotés par un enfant ou une maîtresse ou maître, les cerfs-volants fascinent. Multiformes et présentes partout dans le monde, ces machines volantes tirent leur origines de l’intense intérêt d’une certaine / petite partie de l’humanité pour le vol – une fascination qui remonte à des siècles et des siècles.

Les termes certaine et petite me semblent appropriés car, de tous temps, la grande majorité des gens sur cette Terre sont trop occupés à chasser l’albertaceratops en évitant les charmantes familles d’albertosaures qui bouffent tout sur leur passage pour gaspiller la moindre seconde à tenter de voler, et… Que dites dites-vous? Les dinosaures ont disparu bien avant l’apparition de notre espèce? En êtes-vous certain(e)? Je croyais pourtant avoir entendu à la télévision récemment que les dinosaures et les humains avaient partagé la Terre il y a quelques milliers d’années. Enfin, passons.

Soit dit en passant, l’origine du mot cerf-volant est somme toute complexe et ne semble pas être liée de quelque façon que ce soit avec le gros scarabée connu sous le nom de lucane cerf-volant, ou avec le cerf qui hante les forêts. S’il faut en croire certains auteurs, le mot cerf-volant est un dérivé des expressions latines ercum volanti, arcum volante et / ou cercum volante qui signifient arc volant. Soulignons par ailleurs l’existence des expressions occitane et provençale sèrp-volanta et serp-voulanto, ou serpent volant, qui décrit les manches à air, ou draco, utilisés par la cavalerie romaine à partir du 2e siècle de notre ère.

Incidemment, l’Occitan est une langue parlée dans le nord de l’Espagne, le sud de la France et le nord de l’Italie par la passé mais pas tellement aujourd’hui. Le Provençal, quant à lui, est un type d’Occitan parlé dans la région française de Provence.

Les origines mêmes du cerf-volant sont quelque peu mystérieuses. D’aucuns croient qu’il fait son apparition dans l’archipel indonésien, l’Indonésie actuelle. L’annonce, en septembre 2002, de la découverte d’une peinture vieille de quelques / plusieurs milliers d’années semblant montrer un être humain avec un cerf-volant sur un mur d’une caverne de l’île de Muna, dans l’archipel des Célèbes / Sulawesi, suscite un énorme intérêt dans la communauté cerf-voliste internationale. L’authenticité de cette œuvre est malheureusement loin d’être assurée.

La présence de cerfs-volants en Chine semble être confirmée par divers textes rédigés bien avant le début de notre ère. Aux dires de certains, leur inventeur est un ingénieur du 5ème siècle avant notre ère, Gōngshū Bān, né Gōngshū Yīzhì, qui aurait fait voler un oiseau mécanique en bois pendant plus de 3 jours. D’autres indiquent qu’un autre oiseau mécanique en bois aurait été fabriqué au 5ème siècle avant notre ère par le philosophe Mò Zi, né Mò Dí. Dans un cas comme dans l’autre, il pourrait s’agir d’un cerf-volant à aile en tissu et structure en bambou – ou d’un quelconque type d’automate.

De fait, la tradition chinoise préserve plusieurs légendes dans lesquelles le cerf-volant joue des rôles variés. Vers le 2ème siècle avant notre ère, le général Hán Xìn, par exemple, aurait utilisé un cerf-volant clairement identifié comme tel pour évaluer la distance séparant son armée d’un palais ou forteresse qu’il assiège. Ayant mesuré la longueur de la corde du cerf-volant, le général fait creuser un tunnel jusqu’à cette forteresse, permettant ainsi à une partie de ses troupes d’y pénétrer par surprise.

Une autre piste potentielle concernant les origines du cerf-volant se trouve dans un texte rédigé au 2ème siècle de notre ère. Il y est question d’un philosophe, mathématicien et homme d’état du nom de Archytas qui vit à Tarente, une cité état grecque dans le sud de la péninsule italienne, au 5ème siècle avant notre ère. Le manuscrit décrit un oiseau mécanique en bois conçu par Archytas et qui aurait volé. Des auteurs du Moyen Age et de la Renaissance croient qu’il s’agit d’un cerf-volant mais ce peut fort bien être un automate (captif ?) à ailes battantes.

Demeurons dans cette région du monde, ami(e) lectrice ou lecteur, afin de déblatérer sur un vase peint grec, ou chous, datant du 4ème siècle avant notre ère découvert au 19ème siècle dans la péninsule italienne. Le dit vase semble montrer une jeune femme en train de jouer avec un cerf-volant triangulaire. Cette interprétation est contestée. L’objet volant non identifié peut fort être un simple fuseau utilisé pour le tissage. Ce chous se trouverait aujourd’hui, en 2020, au Museo Archeologico Nazionale di Napoli, à Naples, Italie.

Compte tenu de cette introduction, avez-vous la moindre idée de la direction que va prendre le sujet de cet article de notre blogue / bulletin / machin? Non, il ne sera plus question de cerfs-volants antiques. Votre humble serviteur souhaite en effet franchir le gouffre du temps, en une seule et unique enjambée, pour atterrir à Saint-Michel-des-Saints, un petit village au Québec, en décembre 1904, pour souhaiter la bienvenue à un petit humain. Celui-ci, Domina Cléophas « Dom / Atom » Jalbert, est le 17ème enfant d’une famille de cultivateurs pauvre comme Job qui ne tarde pas à en compter 21 (!).

Si je peux me permettre une digression, la famille de ma mère comptait 17 enfants, ce qui n’est guère mieux.

Comment l’église catholique, apostolique et romaine pouvait-elle justifier et pour ainsi dire imposer de telles naissances à la chaîne, qui ont miné la santé de générations de Québécoises pendant des décennies? C’est aberrant et, oserais-je dire, presque monstrueux. Changeons de sujet avant que mon sang se mette à bouillir.

La famille de Jalbert quitte le Québec au profit des États-Unis en 1909, tout comme environ 900 000 autres Québécoises et Québécois, parti(e)s entre 1840 et 1930 environ, en quête d’une vie meilleure. Cela étant dit (tapé?), Jalbert demeure au Québec jusqu’à une date un tantinet obscure (1917? 1919?? 1920???), alors qu’il a 13, 15 ou 16 ans. C’est en effet là qu’il commence (et complète?) sa sixième (et dernière?) année de scolarité. Je lis que de nombreuses familles québécoises déménagées aux États-Unis envoient leurs enfants dans des écoles du Québec.

Votre humble serviteur se doit d’avouer que ces 3 dates me rendent perplexe. Je n’étais pas en 6ème année à l’âge de 13, 15 ou 16 ans. Sauf erreur, j’ai commencé mes 8ème, 10ème et 11ème années à ces âges. Que Jalbert ait redoublé une année est une possibilité, mais en redoubler 3 ou 4 me semble peu probable. Il peut évidemment s’être absenté pendant longtemps. J’aimerais comprendre. Quoiqu’il en soit, passons.

Quoiqu’il en soit de nouveau, Jalbert vivant alors avec sa famille, aux États-Unis, il commence à travailler dans une industrie qui compte d’innombrables employé(e)s venu(e)s du Québec, l’industrie du textile.

C’est apparemment à la toute fin des années 1900, ou au tout début des années 1910, que Jalbert découvre une des grandes passions de sa vie : les cerfs-volants. Le premier cerf-volant du jeune garçon est peut-être un cadeau fait maison par sa mère. Les cerfs-volants utilisés par la suite par Jalbert sont probablement fabriqués à partir de bouts de bois et de tissu, ou de papier. Aussi rudimentaires qu’ils soient, ils lui permettent de développer au fil des ans un remarquable talent de pilote.

Devenu un adolescent robuste, Jalbert s’avère être un sportif accompli. Au fil des mois et des années, il participe à de nombreuses compétitions de natation et d’athlétisme. Jalbert ramène de nombreuses médailles à la maison. Il compte parmi les meilleurs marcheurs américains au début des années 1930, par exemple.

Au cours de l’été 1927, alors que Jalbert est en visite (chez un parent?) à Joliette, Québec, un pilote américain effectue un atterrissage d’urgence dans un champ. Le jeune homme se précipite sur les lieux, comme plusieurs autres personnes, et aide ce visiteur imprévu, alors chef pilote de l’avionneur américain Nicholas-Beazley Airplane Company Incorporated, à se faire comprendre. Mieux encore, Jalbert l’aide à remettre son aéronef en état.

Votre humble serviteur doit avouer ne pas connaître avec certitude l’identité de cet aviateur. Cela étant dit (tapé?), j’ai l’impression qu’il s’agit de Dwight Samuel « Barney » Zimmerley.

Croiriez-vous que ce pilote travaille apparemment un certain temps, vers 1923-25, en tant qu’acheteur, pour Swift & Company, un géant américain de l’alimentation mentionné dans un numéro de juillet 2019 de notre blogue / bulletin / machin. Le monde est petit, n’est-ce pas?

Détail intéressant, ne serait-ce que pour moi, et les agents de la National Security Agency américaine qui vont lire cet article de notre vous savez quoi, début juillet 1929, Zimmerley décolle de Brownsville, Texas, à bord d’un aéronef léger / privé Barling / Nicholas-Beazley NB-3, et entame une traversée des États-Unis du sud au nord. Il se pose à Winnipeg, Manitoba, environ 16 heures plus tard, après un vol sans escale de plus de 2 660 kilomètres (près de 1 660 milles) – établissant ainsi un record mondial de distance pour aéronefs légers.

Je vous prie de noter que le NB-3 est loin d’être en panne d’essence lorsqu’il se pose. Zimmerley aurait pu voler encore un bout de temps mais l’absence quasi totale de terrains d’aviation au nord de Winnipeg l’amène à faire preuve de prudence. Revenons maintenant à notre histoire – et à l’atterrissage d’urgence de l’été 1927.

L’absence apparente d’article de journal mentionnant le dit atterrissage, un événement somme toute bien rare à Joliette, que ce soit en 1927, ou avant ou après, me laisse un tant soit peu perplexe.

La dite absence me laisse d’autant plus perplexe qu’un accident d’aéronef, sans conséquences graves, rassurez-vous, se déroule en juillet 1927, à L’Assomption, Québec, une petite ville située non loin de Joliette. Après quelques jours passés dans ce dernier endroit, à donner des baptêmes de l’air à plusieurs personnes, un résident de Joliette, Alphonse Archambault, se rend à L’Assomption pour y donner des baptêmes de l’air à bord de son Curtiss JN-4 Canuck. Le jour de son arrivée, peut-être, en cours d’après-midi, alors qu’il offre un baptême de l’air à un certain Joseph Gingras, le Canuck s’écrase sur le terrain du Collège de L’Assomption, tout juste après avoir survolé la cime d’un arbre. Archambault s’en tire avec des blessures très, très mineures. Gingras, quant à lui, a quelques blessures au visage et à la tête. La Canuck, finalement, subit des dommages plus ou moins sérieux. Mais revenons encore une fois à notre histoire – et à l’atterrissage d’urgence de l’été 1927.

Et oui, la collection du fantastique Musée de l’aviation et de l’espace du Canada comprend un Canuck.

Très reconnaissant pour l’aide que Jalbert lui apporte, le pilote américain lui promet de lui dénicher un emploi chez Nicholas-Beazley Airplane qui pourrait lui permettre de réaliser son rêve : apprendre à piloter.

Jalbert entre à l’emploi de l’avionneur américain au cours de l’automne 1927 et commence à suivre son cours de pilotage. Il semble par ailleurs donner des cours de culture physique. Une fois son cours de pilotage complété, Jalbert retourne travailler à l’usine de textile.

Au cours des années 1930, alors que la Grande dépression frappe de plus en plus fort, Jalbert change d’employeur à plus d’une reprise. Il abandonne par ailleurs sa carrière d’athlète amateur.

Cela étant dit (tapé?), l’intérêt de Jalbert pour les cerfs-volants ne le quitte pas, et ce même si plusieurs de ses amis se moquent de ce passetemps par trop enfantin. Le fait que sa mère assemble apparemment le tissu des plus gros cerfs-volants n’aide pas les choses.

Cela étant dit (tapé?), certains des cerfs-volants de Jalbert ne sont pas des jouets. Au cours des années 1930, semble-t-il, ayant oublié de serrer les freins de l’automobile qui ancre un cerf-volant ayant une envergure de 5.5 mètres (18 pieds), la dit cerf-volant traîne la dite automobile sur une courte distance.

Jalbert utilise par ailleurs un cerf-volant pour faire voler, au moins un jour, une bannière portant les mots « Votez pour Dupré » – ou « Vote for Dupre. » Ernest L. Dupré / Dupre semble remporter cette élection, devenant ainsi un des conseillers municipaux de la ville où demeure Jalbert. Des hommes d’affaires de cette ville sont à ce point impressionnés qu’ils lui demandent de faire voler des bannières pour vendre leurs produits.

Avant que je ne l’oublie, veuillez noter que Jalbert obtient sa citoyenneté américaine en 1937.

En 1939, Jalbert conçoit le ballon cerf-volant, en anglais kytoon, un ballon captif amélioré dont le nom dérive des mots anglais kite (cerf-volant) et balloon (ballon). N’ayant pas les moyens d’acheter de l’hydrogène, il doit initialement gonfler son invention à l’aide d’un aspirateur domestique modifié. Compte tenu de son utilisation (non-réalisée?) à des fins militaires, en tant que ballon de barrage par exemple, le ballon cerf-volant demeure un secret bien gardé jusqu’en 1943.

Mais qu’est-ce qu’un ballon de barrage, dites-vous, ami(e) lectrice ou lecteur? Une bonne question. Un ballon de barrage est un ballon captif de forme plus ou moins cylindrique, rempli d’hydrogène, relié au sol par un long câble d’acier lui-même relié à un treuil permettant à l’équipage du ballon, qui demeure au sol, de le faire monter ou descendre au besoin. Utilisé en vastes formations, ou barrages, le ballon de barrage a pour fonction de bloquer l’accès à un vaste espace aux avions de combat, habituellement des avions de bombardement, d’une force aérienne ennemie.

Un barrage de ballons peut avoir un fort impact psychologique sur des équipages de bombardiers qui attaquent une ville par nuit noire.

Au plus tard au moment où l’année 1941 prend fin, Jalbert est à l’emploi de United States Rubber Company, un géant américain / mondial de l’industrie du pneu d’automobiles. Il y dirige / supervise la production de ballons de barrage destinés au Balloon Command de la Royal Air Force britannique et peut-être aux United States Army Air Forces. Le dit commandement est responsable de la mise en place et du maintien des barrages de ballons qui protègent un certain nombre de sites stratégiques du Royaume-Uni.

Toujours au cours de la Seconde Guerre mondiale, Jalbert conçoit un cerf-volant repliable, placé dans un tube, qui fait partie de l’équipement d’urgence de nombreuses embarcations pneumatiques mises à la disposition des équipages d’aéronefs et de navires. La surface du dit cerf-volant joue le rôle de réflecteur radar, augmentant ainsi les chances des personnes à bord d’une embarcation pneumatique d’attirer l’attention d’un aéronef ou navire ami.

Vers 1944-45, Jalbert se joint au personnel d’un laboratoire de recherche de la firme Dewey & Almy Chemical Company. Il y prépare des ballons cerfs-volants utilisés dans divers champs de recherches, par des organismes tels que le United States Army Signal Corps et le Massachusetts Institute of Technology, une institution de haut savoir réputée mentionnée à quelques reprises dans notre blogue / bulletin / machin depuis juillet 2019.

Une fois la Seconde Guerre mondiale terminée, l’aptitude qu’a le ballon cerf-volant à soulever une charge utile non-négligeable tout en demeurant au-dessus de son point d’ancrage, même par vents forts, s’avère des plus utiles.

Croiriez-vous que, en septembre 1946, Jalbert utilise un de ses ballons cerfs-volants pour participer à une compétition de pêche à la ligne? S’agit-il d’une première mondiale, vous demandez-vous, ami(e) lectrice ou lecteur? J’ai bien peur que non.

Des cerfs-volants faits à partir de feuilles sont en effet utilisés depuis fort longtemps par des pêcheurs du susmentionné archipel indonésien. D’aucuns vont jusqu’à suggérer qu’il s’agit là des descendants des tout premiers cerfs-volants au monde. Équipés d’un collet pour capturer des poissons et utilisés en eaux peu profondes par des pêcheurs en canot, ces cerfs-volants ont l’avantage de ne pas effrayer leurs proies potentielles. Très simples, ils consistent souvent en 1 feuille renforcée par 2 minces tiges de bambou. On retrouvait / retrouve également ce type de cerf-volant dans les grands archipels de l’Océan Pacifique (Mélanésie, Micronésie et Polynésie).

D’autres versions, utilisées pour pêcher à partir du rivage ou d’embarcations, sont munies d’un hameçon. Ces cannes à pêche volantes augmentent considérablement la portée des lignes qui n’ont plus à craindre les obstacles ou le ressac. Détail intéressant, certains gardiens de phares en Écosse utilisent des cerfs-volants au moins jusqu’au début du 20ème siècle pour placer leurs lignes au-delà des récifs qui entourent les îlots sur lesquels leurs phares sont construits, mais reprenons maintenant la ligne principale de notre histoire.

Jalbert fonde Jalbert Aerology Laboratory Incorporated en 1949. Cette firme ne tarde pas à produire une variété de ballons cerfs-volants pour une variété d’utilisateurs.

La Operation Deepfreeze, une expédition dans l’Antarctique de 1955-56 supervisée par la United States Navy, par exemple, fait appel à des ballons cerfs-volants pour maintenir en l’air les antennes radio qui permettent à son personnel de garder le contact avec le reste du monde. La dite expédition se déroule dans le cadre de l’Année géophysique internationale, une période de temps d’environ 16 mois (juillet 1957 à décembre 1958) consacrée à des travaux de recherche sur la Terre réalisées au niveau mondial mentionnée dans des numéros de juillet 2018, février 2019 et mai 2019 de notre blogue / bulletin / machin.

Il est à noter que quelques / plusieurs stations de radio et de télévision américaines font appel à des ballons cerfs-volants pour améliorer la qualité de leurs signaux.

Au cours des années 1940 ou 1950, la Rockefeller Foundation fait appel à des ballons cerfs-volants pour suspendre des pièges à moustiques au-dessus de la cime des plus grands arbres de la jungle brésilienne. Au cours des années 1950, des chercheurs de la University of Washington, à Seattle, Washington, font appel à yadda yadda yadda pour filmer des saumons en train de frayer.

L’utilisation de ballons cerfs-volants par des baleiniers norvégiens vers cette époque, pour marquer la position de leurs victimes, m’a fait découvrir le fait que des baleiniers norvégiens commettent encore de telles horreurs en 2020. Révoltant. Je vais à partir de maintenant vérifier les étiquettes des paquets de saumon fumé que j’achète. La Terre d’abord!

En 1950, Jalbert Aerology Laboratory collabore avec le Battelle Memorial Institute, une institution américaine privée de développement des sciences appliquées et des technologies mentionnée dans un numéro d’août 2019 de notre blogue / bulletin / machin. Leur projet fait appel à des ballons cerfs-volants pour prélever des échantillons de gaz et de particules solides polluant(e)s dégorgé(e)s par des cheminées, ou circulant au-dessus d’une ville, et, simultanément, enregistrer des données météorologiques. Cette approche inédite est alors jugée révolutionnaire.

Croiriez-vous que l’illustration au tout début de cet article est directement liée à ces expériences? En guise de preuve, permettez-moi de soumettre la pièce à conviction no. 1 (Bonjour, EG!) :

On jugera des imposantes dimensions du cerf-volant en les comparant avec la stature de M. Domina [Cléophas] Jalbert, (à gauche) neveu de Me Eugène Jalbert, de la Nouvelle-Angleterre, et du professeur [Hamnett Pitzer] Munger. M. Jalbert est l’inventeur de ce dispositif inédit qui rend déjà de grands services dans l’étude de la prévention de la fumée. M. Munger représente [le Battelle Memorial Institute], spécialisant dans les recherches scientifiques.

Comme vous l’aurez sans doute deviné, Hamnett Pitzer « Ham » Munger est un chercheur relativement bien connu pour ses travaux sur la pollution atmosphérique. Eugène Jalbert, quant à lui, est un avocat bien connu dans son coin de pays.

Des ballons cerfs-volants donnent par ailleurs un coup de main à des médecins spécialistes en allergies en prélevant des échantillons de pollen, à des météorologues en enregistrant des données avant, pendant et après le passage de tornades, etc., etc., etc.

Deux ballons cerfs-volants utilisés pour évaluer la pression atmosphérique, l'humidité, la température, etc. lors d'un essai de bombe nucléaire américain parrainé par la Atomic Energy Commission, Nevada Proving Grounds, avril 1952. Wikimédia.

Deux ballons cerfs-volants utilisés pour évaluer la pression atmosphérique, l'humidité, la température, etc. lors d'un essai de bombe nucléaire américain parrainé par la Atomic Energy Commission, Nevada Proving Grounds, avril 1952. Wikimédia.

Cela étant dit (tapé?), au cours des années 1950 et 1960, le principal client de Jalbert Aerology Laboratory est le gouvernement américain. Les projets militaires secrets sur lequel ce dernier travaille touchent à l’utilisation (lancement?) de missiles et satellites, de même que des essais de bombes nucléaires, entre autres choses. La confidentialité qui entoure ces travaux ne permet malheureusement pas à Jalbert de démontrer à de nombreux clients civils potentiels la grande versatilité du ballon cerf-volant.

Touche à tout autodidacte capable de captiver un auditoire d’universitaires, Jalbert participe aux activités du United States Advisory Committee on Weather Control, un groupe actif entre 1953 et 1958 qui étudie la faisabilité de modifier le climat par le biais de l’ensemencement de nuages. Quoi donc pourrait mal tourner? Désolé.

Une nouvelle phase des travaux de Jalbert commence vers 1952 lorsqu’il entame la mise au point d’un nouveau type de parachute, le Multicell Canopy, disponible en versions circulaire ou carrée, qui, selon son inventeur, peut supporter une charge utile de 35 à 40% supérieure à celle d’un parachute conventionnel. Jalbert conçoit par la suite un parachute cargo pour la United States Army qui peut être utilisé, ou pas, en opération.

Vers 1962, il conçoit une variante très agrandie et de forme vaguement triangulaire de son Multicell Canopy pour la National Aeronautics and Space Administration (NASA), une organisation mondialement connue mentionnée à plusieurs reprises depuis juillet 2018 dans notre vous savez quoi, qui songe brièvement à l’utiliser lors de l’amerrissage de ses capsules spatiales Gemini.

Si la plus importante invention de Jalbert voit également le jour au cours des années 1960, l’éclair de génie qui le met sur la voie le frappe, dit-on, vers 1957 alors qu’il pilote son avion privé. Jusqu’alors, Jalbert, tout comme tout le monde depuis Leonardo di ser Piero da Vinci d’ailleurs, voit dans la voilure d’un parachute une simple source de traînée, un frein en quelque sorte, qui ralentit la chute de la personne ou de la charge suspendue sous la dite voilure. Pourquoi ne pas voir en elle une aile capable de créer une force de sustentation, ou portance?

Les informations concernant la date du premier vol / saut réalisé avec ce nouveau parachute révolutionnaire de Jalbert, le parachute-voile, également connu sous le nom de parachute planant, en anglais para-foil / parafoil, sont quelques peu contradictoires. Selon les sources, ce saut a lieu en septembre 1962, en mars 1964 ou en 1966. Le brave parachutiste, quant à lui, peut être un parachutiste américain bien connu, Paul « Pop » Poppenhager, ou le fils de Jalbert, Paul Jalbert. Poppenhager n’apprécie guère le fait que Jalbert ne lui remet pas les 100 $ promis avant le saut.

Cela étant dit (tapé?), c’est un fabricant de prototypes de parachutes qui travaille à une base de la United States Air Force, Wright-Patterson Air Force Base, un civil du nom de Theodore Hulsizer, qui fabrique le véritable ancêtre des parachutes-voiles actuels, mis à l’essai en 1971.

Et oui, da Vinci est mentionné dans quelques numéros de notre blogue / bulletin / machin depuis octobre 2018.

Croiriez-vous que ceci est la fin de la première partie de cet article? Et bien ça l’est. À la revoyure.

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Rénald Fortier