« Un savant d’Ottawa fait un sacrifice pour la science: » L’ingénieur et astronome amateur canadien James Hargreaves et ses voyages autour du globe

L’ingénieur et astronome amateur canadien James Hargreaves avec un instrument qu’il a fabriqué lui-même. Jean Taillefer, « Un voyage de 180 jours au Soudan, en Afrique; une expérience astronomique de 180 secondes. » Le Droit, 16 juin 1951, 13.

Ave legit amicum, observati caelo te salutant. En d’autres termes, salut, ami(e) lectrice ou lecteur, ceux qui sont sur le point d’observer le ciel te saluent, je pense. Je n’ai jamais suivi de cours de latin.

Quoiqu’il en soit, votre humble serviteur est ravi de vous accueillir dans cet astronomiquement intéressant numéro astronomique de notre blogue / bulletin / machin, qui vous est offert par Le Droit. Par le numéro du 16 juin 1951 de ce seul et unique journal d’Ottawa, Ontario, pour être plus précis.

Je suis d’avis, et c’est une opinion très personnelle, que le Musée de l’aviation et de l’espace du Canada, à Ottawa, devrait inclure l’astronomie dans le cadre de son mandat, du moins en partie. L’astronomie est cool. C’est, après tout, la seule forme de voyage dans le temps qui nous est accessible pour le moment et, selon toute vraisemblance, la seule forme de voyage dans le temps pour laquelle on puisse faire confiance à Homo sapiens.

Je veux dire, ce que vous voyez dans le ciel nocturne quand vous regardez les étoiles n’est pas l’étoile A ou l’étoile B telle qu’elles sont maintenant. Nenni. Vous les voyez telles qu’elles étaient à un moment donné dans le passé. Alpha Canis Majoris / Sirius, l’étoile la plus brillante du ciel nordique, par exemple, se trouve à environ 8.6 années-lumière de la Terre. Ce que vous avez vu hier, ou ce que vous verrez demain, c’est Sirius tel qu’elle était il y a 8.6 ans, pas trop longtemps avant que les Vogons, Romuliens et Mandaloriens ne la détruisent pour faire place à une voie express hyperspatiale, mais je digresse.

Notre sujet pour aujourd’hui sera une personne des plus intéressantes, à savoir l’ingénieur et astronome amateur canadien James Hargreaves.

Né au Royaume-Uni en octobre 1899, Hargreaves fait ses études à la University of Cambridge à Cambridge, Angleterre. Même s’il développe un vif intérêt pour l’astronomie pendant son adolescence, ce jeune homme devient ingénieur.

Cet aficionado de l’éclipse entreprend sa première expédition dans les années 1920. L’événement en question est l’éclipse solaire totale qui traverse l’Australie en coup de vent le 21 septembre 1922.

Croiriez-vous que des astronomes originaires de 4 endroits très différents (Inde, États-Unis, Canada et Australie) observent cette éclipse depuis un site isolé en Australie-Occidentale? Un des membres de l’équipe canadienne n’est autre que Clarence Augustus Chant, le seul et unique astronome de la University of Toronto, à Toronto, Ontario, à l’époque – et un gentilhomme mentionné dans des numéros d’avril et juillet 2019 de notre blogue / bulletin / machin.

Mieux encore, croiriez-vous que les observations faites en septembre 1922 prouvent, comme des observations similaires faites en Afrique et en Amérique du Sud l’ont fait lors de l’éclipse solaire totale de mai 1919, que la lumière d’étoiles lointaines est déviée, si, si, déviée par l’hénaurme champ gravitationnel du Soleil? En d’autres termes, les positions des étoiles A, B ou Z sur des photographies prises avant ou après l’éclipse n’est pas la même que les positions de ces mêmes étoiles sur des photographies prises pendant l’éclipse. Ces observations stupéfiantes confirment à nouveau que la théorie profondément controversée de la relativité générale de 1905 d’Albert Einstein n’est pas une fiction. C’est un fait.

Hargreaves voit apparemment sa seconde éclipse solaire totale en 1923, le 10 septembre 1923 pour être plus précis. Il est allé au Mexique pour avoir la meilleure vue possible pour ses observations mais le temps refuse de coopérer.

Hargreaves immigre au Canada vers 1930 et s’installe dans le village de Massawippi, Québec, où il élève du bétail de race pure.

Votre humble serviteur a le sentiment et c’est juste cela, un sentiment, que Hargreaves voyage quelque part pendant les années 1920 ou 1930 pour observer et étudier une des 38 et quelques éclipses solaires totales qui ont lieu entre septembre 1923 et le début de la Seconde Guerre mondiale, en septembre 1939. Si je peux être autorisé à canaliser mon Marvin le Martien intérieur, l’absence d’informations sur ce voyage mystérieux magique me rend très ennuyé. Très ennuyé en effet. Remarquez, Hargreaves est probablement ennuyé aussi lui. Et oui, vous l’avez deviné, le temps ne coopère pas.

En 1947, peu de temps après leur déménagement à Ottawa, Hargreaves et son épouse, Mary Shiell Hargreaves, se rendent à Araxa, un hapax legomenon / hapax et une ville du Brésil bien connue pour sa station thermale et son spa, en tant que citoyens privés, pour étudier l’éclipse solaire totale du 20 mai. Les nuages ​​qui obscurcissent le ciel ne se séparent que brièvement lors de l’événement que certains décrivent comme la plus longue éclipse totale de soleil (4 minutes?) observée sur cette Terre depuis, enfin, la première observation enregistrée il y a 4 000 ans. Hargreaves ne peut pas obtenir de bons résultats.

Si vous me permettez un commentaire, Hargreaves et quelques autres astronomes ont pris pour argent comptant les déclarations des dignitaires locaux qui vantent le beau temps de leur ville. Grosse erreur. Pour citer un de mes voisins férengis, ne fais jamais confiance à un homme qui porte un meilleur costume que le tien (47ème règle d’acquisition).

Vous ne savez pas ce qu’est un hapax legomenon, n'est-ce pas? Soupir. Un hapax legomenon est un mot ou expression qui n’apparaît qu’une seule fois dans un texte, dans les œuvres d’un auteur ou dans toutes les œuvres écrites dans une certaine langue.

Si je peux me permettre de faire dérailler encore une fois votre train de pensée, le journaliste ou astronome qui mentionne que la première observation enregistrée d’une éclipse date d’environ 4 000 ans exagère peut-être un peu. Le premier Homo sapiens qui met un stylo sur du papier ou, dans ce cas, un stylet sur une tablette d’argile, vit dans la bonne et mauvaise cité état portuaire de Ougarit, sur les rives de la mer Méditerranée, dans la Syrie actuelle. L’éclipse solaire totale en question a lieu le 5 mars 1223 avant l’ère commune – il y a près de 3 250 ans.

Ceci étant dit (tapé?), ce même journaliste ou astronome sous-exagère peut-être aussi un peu. Vous voyez, les spirales gravées sur des monuments en pierre en Irlande peuvent fort bien représenter l’éclipse solaire quasi totale du 30 novembre 3340 avant l’ère commune – il y a plus de 5 350 ans, mais je digresse.

Et oui, nous pouvons calculer la date d’une éclipse qui a lieu il y a plus de 5 350 ans, mais allez donc essayer de prédire le temps qu’il fera après-demain…

Et oui, savant(e) ami(e) lectrice ou lecteur, Ousirmaâtrê Setepenrê, autrement dit l’octogénaire pharaon Ramsès II, est toujours le souverain de l’Égypte en 1223 avant l’ère commune, mais vous digressez. Beaucoup.

Seul représentant du Canada (et du Commonwealth?) présent au Brésil en mai 1947, Hargreaves travaille particulièrement dur pour accomplir une partie du travail que l’équipe britannique est censée faire. Tragiquement, ces gens ont péri dans un accident d’avion à Dakar, Afrique occidentale française, maintenant au Sénégal, en février 1947, avant même de pouvoir traverser l’océan Atlantique.

Fait intéressant, Hargreaves devient professeur honoraire d’astronomie à l’Université d’Ottawa, à Paris, France, désolé, désolé, à Ottawa, au plus tard en 1950. De fait, il déménage peut-être à Ottawa pour occuper ce poste.

À (la fin de?) l’automne de 1951, Hargreaves quitte le Canada avec son épouse et son fils adulte, Richard Hargreaves, et… Qu’y a-t-il, ami(e) lectrice ou lecteur? Pourquoi est-ce que je vous casse les pieds avec un voyage de vacances, vous demandez-vous? Comme vous vous trompez. Ce voyage n’est pas des vacances, même si j’admets qu’il est peut-être assez excitant. Vous voyez, les Hargreaves se rendent au Soudan anglo-égyptien, le Soudan actuel, où Hargreaves espère étudier l’éclipse solaire totale du 25 février 1952. Il fait le voyage avec une équipe de l’Université d’Ottawa qui comprend l’astronome (amateur?) Charles C. Batchelder de London, Ontario, et son épouse, Katherine Batchelder.

Cette expédition dure 7 mois, ou est-ce 9, du début à la fin. L’éclipse, en comparaison, dure environ 3 minutes. Les conditions météorologiques au Soudan anglo-égyptien sont cependant presque parfaites, ce qui est très apprécié de toutes et tous. Il semble que l’épouse et le fils d’Hargreaves l’accompagnent au poste d’observation isolé. Compte tenu de la situation politique et sociale perturbée au Soudan anglo-égyptien, cela doit être une expérience quelque peu perturbante.

Les astronomes canadiens ne sont pas les seuls à faire le voyage. Des équipes d’au moins 5 autres pays (États-Unis, France, Italie, Pays-Bas et Royaume-Uni) voyagent jusqu’en Afrique.

À l’époque, Hargreaves est président du Ottawa Centre de la Société royale d’astronomie du Canada.

Étant donné que l’Université d’Ottawa ne reçoit aucune aide du gouvernement fédéral pour l’aider à payer ses travaux astronomiques, elle ne peut fournir aucune aide financière à Hargreaves. En conséquence, en septembre 1951, notre ami décide de vendre sa maison (?!) pour payer le voyage au Soudan. Cela peut bien expliquer le fait que Hargreaves et sa famille retournent à Massawippi (en 1954?), où il reprend ses activités d’élevage.

Hargreaves se rend à Oba, à l’ouest de Kapuskasing, dans le nord de l’Ontario, pour observer et étudier l’éclipse solaire (totale?) du 30 juin 1954. Comme par hasard, le ciel est couvert pendant l’éclipse. L’épouse et la fille de Hargreaves, Judith Hargreaves, l’ayant accompagné, on peut se demander ce qu’elles pensent des moustiques.

On dirait qu’une équipe canadienne observe cette éclipse depuis le confort relatif d’un avion de transport Canadair North Star de l’Aviation royale du Canada – un type représenté dans l’éblouissante collection du Musée de l’aviation et de l’espace du Canada.

En février 1955, Hargreaves, toujours professeur honoraire d’astronomie à l’Université d’Ottawa, quitte sa maison de Massawippi, avec son épouse, pour se rendre à Ceylan, le Sri Lanka actuel, pour observer et étudier ce que certains décrivent comme la plus longue éclipse totale de soleil (4 minutes?) observé sur cette Terre depuis 717 ou 699 de l’ère commune.

Saviez-vous que le Soleil est totalement éclipsé pendant une période époustouflante d’environ 7 minutes 15 secondes pendant les éclipses solaires totales des 3 juin 699 et 13 juin 717 de l’ère commune. Toutes mes excuses, je digresse.

Les Hargreaves, accompagné(e)s par les susmentionnés Batchelder, composent l’équipe canadienne qui observe cette éclipse solaire de février 1955, en compagnie d’équipes d’au moins 7 autres pays (États-Unis, France, Inde, Japon, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suisse). Le gouvernement cingalais refuse poliment de permettre à une grande équipe soviétique d’entrer dans le pays.

Malheureusement, ce que la plupart de ces astronomes zélé(e)s voient n’est pas ce qu’elles et ils espèrent. Et oui, vous l’aurez deviné, il y a des nuages ​​de pluie dans le ciel au-dessus de la plantation de thé où Hargreaves installe son poste d’observation. Seuls les Américains voient en fait quelque chose du poste d’observation qu’ils ont décidé de choisir, au centre de l’île de Ceylan.

Un ingénieur américain parvient à obtenir un bien meilleur point de vue pour observer cet événement céleste. En effet, Frank G. Back, l’inventeur du téléobjectif Zoomar qui révolutionne la présentation d’événements sportifs à la télévision, zoome à travers les cieux des Philippines à bord d’un avion d’entraînement avancé à réaction Lockheed T-33 Silver Star de la United States Air Force (USAF) – un autre type représenté dans la collection toujours aussi éblouissante du Musée de l’aviation et de l’espace du Canada. Cette observation peut, je répète peut, être la première jamais faite à partir d’un avion à réaction.

Hargreaves prend sa retraite de son poste d’enseignant (honoraire?) à l’Université d’Ottawa à la fin des années 1950 ou au début des années 1960.

Croiriez-vous que lui, son épouse et une assistante voyagent de Massawippi à la frontière entre les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon en camion, parcourant ainsi une distance d’environ 5 075 kilomètres (environ 3 150 milles) pour étudier l’éclipse solaire totale du 20 juillet 1963? Le trio « terrifique » doit ensuite louer un avion de brousse pour atteindre le sommet d’une montagne du Yukon, où les autres membres de leur petite équipe les rencontrent. Soit dit en passant, Hargreaves a conçu et construit une partie de l’équipement utilisé pour faire les observations, qui sont parrainées mais non financées par l’Université d’Ottawa. De fait, à votre avis, pourquoi les Hargreaves et l’assistante se rendent-ils au Yukon en camion?

Cela étant dit (tapé?), il semble que le patron de l’effort canadien soit Alexander R. « Alex » Stockwell, principal de Laurier Heights Elementary-Junior High School, à Edmonton, Alberta, astronome amateur et secrétaire du Edmonton Centre de la Société royale d’astronomie du Canada.

Malheureusement, les observations faites par Hargreaves et son équipe ne s’avèrent pas totalement fructueuses. Il pleut le jour de l’éclipse.

Et oui, si elles et ils avaient choisi d’aller à l’extérieur, avec l’équipement de sécurité approprié, le personnel du Musée national de l’aviation, comme le Musée de l’aviation et de l’espace du Canada est appelé à l’époque, aurait pu voir une éclipse solaire presque totale en juillet 1963 – à condition que le temps coopère. Maintenant que votre humble serviteur y pense, mes parents font peut-être exactement la même chose.

Détail intéressant, un astronome américain, Charles Hugh Smiley, observe l’éclipse de juillet 1963 depuis le siège arrière d’un exemplaire de la version biplace d’entraînement opérationnel de l’intercepteur supersonique Lockheed F-104 Starfighter de la USAF. Je ne plaisante pas. Et oui, vous avez tout à fait raison, la merveilleuse collection du Musée de l’aviation et de l’espace du Canada comprend un Starfighter.

Une autre équipe américaine fait ses observations depuis un endroit un peu plus confortable, la cabine d’un avion de ligne à réaction Douglas DC-8. Cette sortie particulière est parrainée par les mondialement connues National Geographic Society et Douglas Aircraft Company Incorporated.

Le Canada et les États-Unis ne sont pas les seuls pays dont les astronomes observent l’éclipse de juillet 1963. Au total, des astronomes d’environ 15 pays, dont l’Allemagne de l’Ouest, le Danemark, l’Italie, le Japon, les Pays-Bas et la Suisse, observent cet événement.

Une des dernières, sinon la dernière éclipse solaire totale avec laquelle Hargreaves est impliqué a lieu le 12 novembre 1966. Lui et son épouse roulent jusqu’au Pérou (!?), en Amérique du Sud (!?), avec une amie, dans un camion transformé en autocaravane.

Votre humble serviteur aimerait dire que les observations de Hargreaves se déroulent à merveille, mais ce serait inexact. D’accord, d’accord. Les choses se déroulent à merveille. Le temps est superbe. Vraiment, quel râleur vous êtes…

Même s’il ne parcourt apparemment pas le monde à la recherche d’éclipses après 1966, Hargreaves demeure fasciné par les cieux. Il quitte ce monde en novembre 1985, à l’âge de 86 ans.

Portez-vous bien et soyez prudent, mon ami lecteur. Si je peux paraphraser Eddard Stark, patriarche assassiné d’une famille décimée de la saga télévisée Le trône de fer, l’été vient.

Tout comme l’éclipse partielle / annulaire de soleil du 10 juin 2021.

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Rénald Fortier