Dōmo arigatō, gunsō Electro, mata au hi made : Les aventures électroniques du sergent Bob Electro de l’Aviation royale du Canada et des Forces armées canadiennes

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Le sergent Bob Electro de l’Aviation royale du Canada (ARC) saluant le commandant de la Base de l’ARC de Clinton, le colonel d’aviation John Gordon Mathieson, Clinton, Ontario. Anon., « Six-Year-Old Sergeant. » The North Bay Nugget, 7 janvier 1963, 15.

Bien le bonjour, ami(e) lectrice ou lecteur. Je ne peux qu’espérer que votre période des fêtes n’a pas été agitée / ardue. C’est avec l’espoir de créer une ambiance de douceur et lumière que je vous propose un article sur un robot. Commençons ses aventures électroniques avec une traduction de la légende de la photographie que vous avez vue il y a quelques instants.

Le Sgt Bob Electro, de la base de l’ARC à Clinton, ne reçoit ni salaire, ni repas, ni laissez-passer de fin de semaine. Le robot électronique a été construit il y a six ans pour faire la démonstration de la radiocommande dans une école de missiles guidés. Il est cependant devenu dépassé et a été entreposé l’année dernière. Maintenant, il a été revalidé comme truc de relations publiques très populaire lors des spectacles de l’ARC à travers le Canada. Ci-dessus, il se prépare à saluer le colonel d’aviation [John Gordon] Mathieson, le commandant de Clinton.

Saviez-vous que ce qui est alors la Royal Air Force Station Clinton est créée en 1941 pour abriter la très, très secrète No. 31 Range and Direction Finding School, ou école de radiogoniométrie No 31? Et alors, me direz-vous, ami(e) lectrice ou lecteur nonchalant(e)? Et alors?! Je vous ferai savoir que cette école, qui ouvre officiellement ses portes en juillet 1941, est la première de deux écoles de radar situées au Canada pendant la Seconde Guerre mondiale. Certains des premiers radars utilisés au Canada se trouvent dans cette école.

De plus, saviez-vous que John Gordon Mathieson, un gentilhomme né vers 1915, est membre de l’équipage du premier des quelques aéronefs de patrouille maritime de l’Aviation royale du Canada (ARC) qui se rendent en Colombie-Britannique à l’été 1939? À l’époque, qui se trouve être en juillet, il est opérateur radio.

L’hydravion Supermarine Stranraer de conception britannique mais de fabrication canadienne vole de la Base de l’ARC d’Ottawa, près… d’Ottawa, Ontario, au lac Ramsey, près de Sudbury, Ontario, puis à Sioux Lookout, Ontario, puis à The Pas, Manitoba. Le second jour de son voyage, l’équipage s’envole pour le lac Cooking, près d’Edmonton, Alberta. Le troisième jour, il s’envole pour la Base de l’ARC de Jericho Beach, près de Vancouver, Colombie-Britannique. Les pilote et copilote doivent lutter contre des vents forts pendant une grande partie du trajet.

Et oui, le Stranraer décolle d’abord de la rivière des Outaouais, à deux pas de l’endroit où on peut aujourd’hui voir le bâtiment principal du prodigieux Musée de l’aviation et de l’espace du Canada, à Ottawa.

Incidemment, Mathieson quittera bientôt la Base de l’ARC de Clinton, située près de… Clinton, Ontario, où se trouve l’École de radar et de communication No 1. Il devient chef d’état-major adjoint pour les communications et l’électronique au quartier général canadien du Commandement de la défense aérienne de l’Amérique du Nord, à North Bay, Ontario, au cours de l’été 1963, mais revenons à notre histoire.

Comme l’indique le titre de la photographie que vous avez vue il n’y a pas si longtemps, le sergent Bob Electro voit le jour en 1957. L’idée de construire ce robot date cependant de juin de l’année précédente. Certaines grosses légumes à la Base de l’ARC de Clinton demandent qu’un dispositif d’affichage et formation soit assemblé par le personnel de l’École de radar et de communications No 1 pour démontrer des fonctions électromécaniques de télécommande. Et oui, le projet est très local, un projet informel / non officiel même.

Qu’il y ait ou non une sorte d’école de missiles à la Base de l’ARC de Clinton n’est pas clair, du moins pour moi. Le savez-vous, ami(e) lectrice ou lecteur? Oui, l’école mentionnée dans la légende de la photographie que vous avez lue il y a quelques minutes. Aucune idée? Quoiqu’il en soit, des cours sur la technologie des missiles (et de l’espace?) semblent être dispensés à cet endroit au début des années 1960 et, peut-être, à la fin des années 1950, mais passons à autre chose.

Un machiniste et un technicien en électronique passent un bon 6 mois à concevoir et assembler un prototype de validation de principe de 90 centimètres (3 pieds) de haut du robot. Satisfait des résultats, une ou quelques personnes en autorité demandent en février 1957 qu’un robot grandeur nature soit assemblé. Celui-ci est achevé au début de l’automne de la même année.

Un regard sur le mécanisme interne du sergent Bob Electro lors de l’édition 1960 de la Canadian National Exhibition, Toronto, Ontario. Les gentilshommes près de notre ami sont, de gauche à droite, le sergent W.J. Kervin, de l’Aviation royale du Canada (ARC), le capitaine de corvette William Jeffrey « Bill » Sivell, de la Marine royale du Canada, et l’aviateur-chef John Paul, de l’ARC. Anon., « Toronto. » The Windsor Star, 7 septembre 1960, 16.

Haut de près de 2 mètres (6 pieds 6 pouces), le robot fait osciller la balance à environ 180 kilogrammes (environ 400 livres). Son corps rectangulaire recouvert de métal contient une variété d’unités électroniques, quelques moteurs électriques et deux (?) batteries automobiles standard. Et non, notre ami robotique n’est pas à l’épreuve de la pluie. Incidemment, un ou quelques moteurs peuvent, je le répète peuvent, provenir d’un avion de transport militaire Douglas Dakota mis en réserve / au rebut par l’ARC.

Et oui, le Dakota est représenté dans la collection absolument fabuleuse du Musée de l’aviation et de l’espace du Canada, sous la forme d’un Douglas DC-3. (Bonjour, EG!)

La tête en forme de tambour du robot peut être inclinée de haut en bas, jusqu’à un certain point. Elle peut également tourner à gauche ou droite, jusqu’à un certain point. Les yeux non fonctionnels du robot peuvent clignoter. Et oui, ses bras peuvent bouger d’avant en arrière. Il y a aussi une articulation à chaque coude, je pense, et ses deux mains en forme de pince peuvent être ouvertes ou fermées.

Les jambes du robot lui permettent de tourner à gauche ou à droite, et / ou d’avancer et reculer – mais lentement et sur une surface plane. Incidemment, un actionneur conçu pour déplacer les volets d’un Lockheed / Canadair T-33 Silver Star, l’avion d’entraînement à réaction standard de l’ARC à l’époque, active les dites jambes.

Est-il besoin que votre humble serviteur vous rappelle que la collection absolument fabuleuse du Musée de l’aviation et de l’espace du Canada comprend un Silver Star? Je ne pensais pas.

Avant que je ne l’oublie, connaissez-vous la chanson qui commence avec les paroles suivantes?

Lundi matin, le roi, la reine et le p’tit prince sont venus chez moi pour me serrer la pince.

Il s’agit d’une chanson française, ce dont votre humble serviteur se doutait un peu. Ce que j’ignorais totalement, c’est que la version originale de cette chanson de la seconde moitié du 19ème siècle fait référence à l’empereur Napoléon III, né Charles Louis Napoléon « Monsieur Oui-Oui » Bonaparte, à son épouse, l’impératrice Eugénie, née comtesse María Eugenia Ignacia Agustina « Paca » de Palafox y Kirkpatrick, et à leur rejeton, le prince impérial Napoléon Eugène Louis Jean Joseph « Loulou » Bonaparte. Qui aurait cru?

Et voici les paroles originales :

Lundi matin, l’empereur, sa femme et le p’tit prince sont venus chez moi, pour me serrer la pince.

Et oui, la chanson est connue sous plus d’un titre : Lundi matin, Le roi, la reine et le petit prince, Le petit prince et L’empereur, sa femme et le petit prince.

Si votre humble serviteur peut se permettre de paraphraser une bonne amie, je me demande combien de petits / minuscules Canadiennes et Canadiens anglophones ont appris à dire les jours de la semaine en français en chantant Lundi matin. (Bonjour, EP!) Et toutes mes excuses si cette chanson reste coincée dans votre caboche pour le reste de la journée. Hi, hi, hi. Désolé.

Encore une fois toutes mes excuses, je digresse un tantinet trop. Revenons donc à l’histoire d’origine du sergent Electro.

Le robot est télécommandé par des signaux radio envoyés à partir d’un boîtier de commande actionné par une personne spécialement formée qui peut se trouver jusqu’à environ 23 mètres (75 pieds) de sa charge. Cet opérateur prête sa voix au robot via des haut-parleurs situés dans la tête, le corps et les épaulettes de ce dernier. Les dits opérateurs entendent les diverses questions adressées au robot via un nombre inconnu de microphones stratégiquement situés. Je sais, je sais. Votre humble serviteur ne comprend pas plus que vous pourquoi on pense que des haut-parleurs dans les épaulettes sont une bonne idée.

Le poste radio placé dans le coffre du robot provient d’un bombardier de l’ARC mis en réserve, possiblement un Avro Lancaster – un autre type d’avion présent dans la collection absolument fabuleuse du Musée de l’aviation et de l’espace du Canada.

Comme vous pouvez bien l’imaginer, les opérateurs soigneusement choisis qui se succèdent au fil du temps sont invités / reçoivent l’ordre de parler d’une voix monotone / robotique. Ces opérateurs ont tendance à être des hommes relativement jeunes qui ont récemment terminé leur formation à l’École de radar et de communications No 1 – et se souviennent donc encore des informations techniques qui y sont inculquées.

Que le robot puisse ou non engager une conversation en anglais et français en 1957 n’est pas clair. Il le fait certainement pendant une partie / une grande partie / la plus grande partie de sa carrière militaire.

Incidemment, le magazine mensuel officiel de l’ARC, The Roundel (1948-1965), ne semble pas avoir de pendant francophone, pas plus que le mensuel officiel de la Marine royale du Canada, The Crowsnest (1948-1965). Le Journal de l’Armée Canadienne / The Canadian Army Journal (1947-1965), par contre, est disponible en français et anglais. Vous savez bien sûr que la Loi sur les langues officielles entre en vigueur en septembre 1969, plus d’un siècle après la création du Canada, mais je digresse.

Avant que je ne l’oublie, l’Armée canadienne est le service qui compte le plus grand nombre de francophones. C’est également le service où il leur est (un tantinet?) plus facile de se tailler une place.

Votre humble serviteur ne sait pas précisément quand notre robot est (officiellement?) baptisé Sergent Electro. Ceci dit (tapé?), le dit baptême a lieu au plus tard en septembre 1957. Le prénom fréquemment associé à ce sous-officier robotique, à savoir Bob, est peut-être choisi à cette époque – ou pas.

Quoiqu’il en soit, le Sergent Electro fait sa première apparition publique à Toronto, Ontario, à la Canadian National Exhibition, fin août et début septembre 1957. Et voici la preuve de cette affirmation.

Un jeune Joseph Agostino serrant la main du sergent Bob Electro au kiosque de l’Aviation royale du Canada de l’édition 1957 de la Canadian National Exhibition, Toronto, Ontario. Anon., « Il ne peut pas parader. » Le Droit, 7 septembre 1957, 3.

Pouvez-vous par hasard identifier l’aéronef représenté sur le mur derrière le bon sergent et son jeune ami, Joseph Agostino? Le tout premier avion de patrouille maritime Canadair CP-107 Argus, dites-vous (tapez-vous?)? Très bien, ami(e) lectrice ou lecteur fanatique d’aviation. Et oui, vous avez encore une fois tout à fait raison. L’époustouflant Musée de l’aviation et de l’espace du Canada a en effet un Argus dans sa collection.

Croiriez-vous que Sergent Electro apparaît apparemment à la télévision en août 1957? Je ne plaisante pas. Il est apparemment interviewé en direct, vraisemblablement à Toronto, un dimanche après-midi, très probablement par nul autre que David Cunningham « Dave » Garroway, l’animateur très populaire de la très populaire série documentaire hebdomadaire américaine Wide Wide World, la toute première émission de télévision internationale (Mexique, États-Unis et Canada) en Amérique du Nord.

Remarquez, le bon sergent est peut-être interviewé par Garroway lors d’un épisode de la très populaire émission quotidienne d’actualités et débats télévisés américaine Today, la toute première émission quotidienne d’actualités et débats télévisés sur la planète Terre. Oui, ce Today là. Plutôt bien, hein?

Le sergent Electro participe à l’édition 1960 de la Canadian National Exhibition. De fait, il peut être présent en 1958 et / ou 1959, et en 1961 et / ou 1962. Cette dernière contribution est toutefois incertaine, car le bon sergent est entreposé en 1962. Voyez-vous, son électronique est devenue obsolescent, voire obsolète. Sic transit gloria mundi.

Ne craignez rien, cependant, ami(e) lectrice ou lecteur. Certaines grosses légumes de l’ARC suggèrent que le sergent Electro pourrait devenir un « truc de relations publiques. » Croiriez-vous qu’il devient très populaire sous cette nouvelle forme?

De fait, croiriez-vous qu’au moins 9 quotidiens canadiens dans au moins 4 provinces publient au début de 1963 la photographie que vous avez vue au début de cet article? Curieusement, le bon sergent est identifié comme étant Ron, Rob et Bob Electro.

Vous aurez bien sûr remarqué que la tête que le bon sergent a sur les épaules en 1963 diffère de celle qui embellit son torse en 1957.

L’Exposition provinciale de Québec, une foire agricole et commerciale annuelle tenue à Québec, Québec, est un des lieux que le Sergent Electro visite plus d’une fois au cours de sa carrière. En août et septembre 1968, par exemple, le bon sergent semble partager la vedette avec un hélicoptère de recherche et sauvetage Vertol CH-113 Labrador et un chasseur bombardier supersonique Northrop / Canadair CF-116 – deux types de machines volantes utilisées par les récemment unifiées (1968) Forces armées canadiennes (FAC) retrouvées dans la collection du Musée de l’aviation et de l’espace du Canada.

Le terme semble trouvé au paragraphe précédent peut en effet être approprié étant donné que Le Soleil, le principal quotidien francophone de Québec, la ville et non de la province, affirme en août 1971 que sergent Electro serait présent à Expo-Québec, comme l’Exposition provinciale de Québec est alors connu, en septembre 1971, pour la toute première fois. De fait, il accueillerait les visiteuses et visiteurs juste à l’extérieur du pavillon des FAC. Ce voyage à Québec est peut-être le seul effectué par le bon sergent en 1971.

Fait intéressant, le bon sergent arbore maintenant un nouveau schéma de peinture et, peut-être, de nouveaux circuits électroniques. Votre humble serviteur a le sentiment qu’il est désormais peint en vert foncé, comme beaucoup d’aéronefs et véhicules des FAC – un vert foncé également utilisé pour la plupart des uniformes portés par les membres des dites forces armées. Et voici la preuve…

Le sergent Bob Electro des Forces armées canadiennes, Québec, Québec. Vianney Duchesne, « Tout sera prêt pour l’ouverture d’Expo-Québec demain après-midi. » Le Soleil, 1er septembre 1971, 17.

Incidemment, la couleur des uniformes en question est apparemment officieusement / sarcastiquement désignée, en traduction, par pas mal de membres des FAC comme étant le vert sac poubelle.

Et oui, la présence importante des FAC et d’Information Canada, une agence fédérale centrale d’information, une agence centrale de propagande selon certain(e)s, fondée en avril 1970, le 1er avril en fait, dans la capitale provinciale, est largement politique. Vous voudrez peut-être noter que ce qui suit est très dérangeant.

En octobre 1970, des membres du Front de libération du Québec (FLQ) enlèvent le délégué commercial principal britannique basé à Montréal, James Richard Cross, et le ministre de l’Immigration et ministre du Travail et de la Main-d’œuvre du Québec, Pierre Laporte. Ce dernier est tué sans qu’on sache trop dans quelles circonstances et par un membre du FLQ que personne n’a jamais identifié.

La Crise d’Octobre, comme ces événements sont devenus connus, voit le premier ministre canadien de l’époque invoquer la Loi sur les mesures de guerre de 1914. Cette action, sans précédent en temps de paix, mène à l’arrestation de près de 500 Québécoises et Québécois qui n’avaient pas participé aux enlèvements, pour ainsi dire toutes et tous francophones et souverainistes, en d’autres mots des personnes favorables à la création d’un pays indépendant du Québec. Toutes et tous sauf 35 environ sont libéré(e)s sans jamais être inculpé(e)s et sans aucune excuse, et ce malgré le fait que certain(e)s d’entre elles et eux ont passé jusqu’à 3 mois en prison. Les quelque 35 personnes inculpées sont finalement acquittées.

Aux dires de certain(e)s, des éléments au sein du gouvernement fédéral agissent de la sorte pour discréditer le mouvement souverainiste québécois et, plus spécifiquement, le Parti québécois, fondé en octobre 1968. Ne l’oublions pas, le tout jeune parti souverainiste obtient 23 % des votes, un résultat qui surprend / apeure plusieurs personnes à Québec et Ottawa, mais seulement 7 des 108 sièges à l’Assemblée nationale, lors de l’élection d’avril 1970. Qu’en pensez-vous?

Quoiqu’il en soit, compte tenu de l’ambiance qui règne à Québec et au Québec en 1971, le gouvernement fédéral semble penser qu’une présence importante à Expo-Québec s’impose.

La présence du sergent Electro à Expo-Québec de 1974 ne passe pas inaperçue. Selon un journaliste du quotidien souverainiste Le Jour de Ville Saint-Laurent, Québec, à deux pas de Montréal, « On a pu, mieux que jamais, apprécier à sa juste valeur le spectacle tout à fait stupide du sergent Electro, présenté par les Forces armées (débiles) canadiennes. » Ayoye…

Remarquez, Expo-Quétaine elle-même, pour utiliser les mots du quotidien, n’échappe pas aux critiques de Le Jour : « Depuis 63 ans que ça dure et plus ça change, plus c’est pareil. »

Incidemment, le Parti québécois obtient 30 % des votes mais seulement 6 des 110 sièges à l’Assemblée nationale lors de l’élection d’octobre 1973. Il obtient 41 % des votes et 71 des 110 sièges lors de l’élection de novembre 1976. Devant de tels résultats, il faut se demander si le système électoral au Québec, et dans le reste du Canada d’ailleurs, n’est pas plutôt injuste, voire, oserait-on dire, antidémocratique, mais je digresse.

Un opérateur régulier du sergent Electro avec une des six réservistes féminines de la région de Québec qui lui prête leur voix lors de l’édition 1974 de l’Expo-Québec, Québec, Québec. Anon., « Le sergent Electro, être du XXIe siècle. » Le Soleil, 7 septembre 1974, 9.

Lors de son séjour à Expo-Québec de 1974, la voix du sergent Electro est assurée par une équipe de six réservistes féminines de la région de Québec. L’opérateur habituel du robot contrôle ses mouvements comme d’habitude.

La voix féminine du robot conduit apparemment une ou quelques personnes à poser des questions sur sa, euh, vie sexuelle. La ou les réponses données par le bon sergent peuvent, je répète peuvent, mentionner un manque de programmation en la matière.

Certaines et certains (jeunes?) résidentes et résidents du Québec semblent penser que la personne de sexe féminin à qui elles et ils parlent se trouve en fait à l’intérieur du robot.

Le bon sergent arbore alors une tête retapée, sa troisième, mais qui tient les comptes, ainsi qu’un fringant béret. Cette nouvelle tête n’est plus peinte en vert foncé. Nenni. Elle est peut-être blanche. Le robot a également une voix plus puissante. Et voici la preuve des changements en question…

Une Andrea Potter quelque peu nerveuse touche le visage du sergent Electro sous le regard bienveillant de l’opérateur du robot, le sergent Thomas « Tom » Payette des Forces armées canadiennes, Canadian National Exhibition, Toronto, Ontario. Anon., « Sergeant Electro. » The Ottawa Journal, 22 août 1972, 27.

Vraisemblablement en réponse à une demande faite par un photographe, la soldate Janice Pankiw des Forces armées canadiennes regarde les mécanismes internes ​​du sergent Electro, Canadian National Exhibition, Toronto, Ontario. Anon., « Carry on, sergeant! » Edmonton Journal, 29 août 1972, 36.

Une brève digression si je peux me permettre. Carry On Sergeant, en français Allez-y sergent!, est le film comique britannique de 1958 qui donne naissance à une série de 31 films britanniques légèrement paillards / coquins sortis entre 1958 et 1992.

Et oui, 11 projets de films supplémentaires sont abandonnés en cours de route. L’un d’eux est Carry On Flying, un projet de 1962 détaillant les peines et soucis d’un groupe de recrues de l’armée de l’air britannique, la Royal Air Force. Proposé en 1961 puis en 1962, Carry On Spaceman se serait moqué de la course à l’espace soviéto-américaine en mettant sur grand écran un trio d’astronautes britanniques maladroits.

Ceci étant dit (tapé?), plusieurs projets cinématographiques qui se moquent plus ou moins gentiment de la conquête spatiale se concrétisent dans la décennie qui suit le lancement du premier satellite artificiel au monde, le Spoutnik 1 soviétique, en octobre 1957 :

À pied, à cheval et en spoutnik! (1958, France),

Totò nella Luna (1958, Italie),

Rehla ilal Kamar (1959, Égypte),

Have Rocket, Will Travel (1959, États-Unis),

Man in the Moon (1960, Royaume-Uni),

Conquistador de la Luna (1960, Mexique),

Moon Pilot (1962, États-Unis),

Muž z prvního století (1962, Tchécoslovaquie),

The Road to Hong Kong (1962, Royaume-Uni),

The Three Stooges in Orbit (1962, États-Unis),

The Mouse on the Moon (1963, Royaume-Uni),

Sergeant Deadhead (1965, États-Unis),

002 Operazione Luna (1965, Italie),

Way... Way Out (1966, États-Unis), et

The Reluctant Astronaut (1967, États-Unis).

Fin de la digression.

Oh, et oui, À pied, à cheval et en spoutnik! est au cœur d’un numéro de septembre 2018 de notre formidable blogue / bulletin / machin.

Curieusement, le sergent Electro peut, je répète peut, avoir voyagé dans l’Ouest canadien pour la première fois en 1970, lorsqu’il converse avec certaines des personnes qui visitent la Pacific National Exhibition, à Vancouver. Il participe à l’édition 1972 du Abbotsford International Airshow, tenu à… Abbotsford, Colombie-Britannique.

Au fil des ans, le sergent Electro visite un certain nombre de jeunes enfants dans des hôpitaux. Ses opérateurs se souviennent de tels moments pour le reste de leur vie.

Un robot officiellement parrainé prend officiellement la relève du sergent Electro lors d’une cérémonie tenue à la Base des Forces canadiennes Trenton, près de… Trenton, Ontario, en juin 1983. Le sergent Servo ressemble quelque peu à l’internationalement connu et adorable R2-D2 / D2-R2. Il reprend officiellement les fonctions de relations publiques de son prédécesseur en août. Et les voici, ensemble, l’ancien et le nouveau...

Le sergent Electro et le sergent Servo échangent quelques pensées privées alors que le premier prend sa retraite, après 26 ans de service, Base des Forces canadiennes Trenton, Trenton, Ontario. Anon., « No gold watch for Mr. Roboto? » The Whig-Standard, 28 juin 1983, 1.

Vous aurez encore noté que le Sergent Electro arbore une nouvelle tête, sa quatrième. Ce robot n’arrête pas de changer d’esprit, et… Désolé.

Votre humble serviteur ne peut pas dire quand cette caboche remplace la troisième tête du bon sergent. Je ne peux pas non plus dire si la veste d’uniforme est enfilée régulièrement au cours des dernières années / mois / semaines / jours de sa carrière.

Et oui, le chapeau de corvée sur la tête du sergent Servo est plutôt mignon. Incidemment, la dite tête peut être remplacée par une unité de projection servant à diffuser, entre autres, des vidéos de recrutement, et…

Si, si, ami(e) lectrice ou lecteur cinéphile, votre humble serviteur se souvient de la scène du film à succès La Guerre des étoiles / Star Wars, épisode IV : Un nouvel espoir / Star Wars, épisode IV : Un nouvel espoir de 1977 dans laquelle Luke Skywalker découvre un enregistrement holographique de la princesse Leia Organa demandant l’aide d’Obi-Wan « Ben » Kenobi lors du nettoyage de R2-D2 / D2-R2.

Et si vous pensez que l’unité de projection du sergent Servo n’est pas inspirée par cette scène, il y a un pont que j’aimerais beaucoup vous vendre.

Pour répondre à la question qui vient de surgir dans votre caboche, ami(e) lectrice ou lecteur cérébral(e), la référence dans la légende de la photographie ci-dessus, à propos de la chanson Mr. Roboto de 1983 (!) du groupe rock américain Styx, ne joue aucun rôle dans ma décision d’adapter deux de ses lignes afin de les utiliser dans le titre du présent article de notre sidérant blogue / bulletin / machin. Votre humble serviteur a eu cette idée bien avant que je ne tombe sur la photographie.

Le sergent Electro est remis au Musée de l’électronique et des communications militaires, une institution muséale militaire sur le site de la Base des Forces canadiennes Kingston, à… Kingston, Ontario, en 1989.

Ceci étant dit (tapé?), son transfert au musée est évoqué dans la presse dès juin 1983. Votre humble serviteur ne peut dire pourquoi la donation met apparemment si longtemps à se concrétiser. Quoiqu’il en soit, passons à la conclusion de cet article.

À ce qu’il semble, le sergent Electro est exposé au Musée de l’électronique et des communications militaires pendant un certain temps au milieu des années 1990.

Quelques tentatives sont lancées au début des années 2000 par le personnel et des bénévoles du musée pour réparer / reconstruire le robot mais ces efforts restent vains. En plus du problème de danger lié à l’amiante, le plus gros obstacle est l’indisponibilité des pièces nécessaires à sa réparation / reconstruction.

Le sergent Bob Electro est actuellement entreposé au Musée de l’électronique et des communications militaires.

L’auteur de ces lignes tient à remercier les personnes qui ont fourni des informations. Toute erreur contenue dans cet article est de ma faute, pas de la leur.

Une idée potentiellement idiote si je puis me permettre. Serait-il sécuritaire d’exposer le sergent Electro, dans une vitrine scellée bien sûr, dans l’aire d’exposition Guerre froide du Musée de l’aviation et de l’espace du Canada? Je vous demande ça comme ça, moi.

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Rénald Fortier