« ‘Moulin à vent volant’ ici mercredi » : Le grand périple de Donald Walker et du Pitcairn PCA-2 du Musée de l’aviation et de l’espace du Canada, partie 1

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L’autogire Pitcairn PCA-2 du Musée de l’aviation et de l’espace du Canada au moment où il appartenait à Standard Oil Company of New York. Anon., « Publicité – Standard Oil Company of New York. » Aviation, mai 1931, 22.

Salutations, ami(e) lectrice ou lecteur. Puis-je vous souhaiter une heureuse journée internationale des travailleurs? Je dois admettre que j’aime plutôt les gens des syndicats, les gentilles et gentils gens qui m’ont donné des vacances payées, une pension de retraite, une semaine de travail raisonnable et bien d’autres choses que je tiens souvent pour acquises, mais je digresse.

Comme vous l’avez peut-être remarqué, j’aime aussi pas mal le Musée de l’aviation et de l’espace du Canada d’Ottawa, en Ontario, un des musées nationaux du Canada. Vous avez peut-être été amusé(e), ou irrité(e), par les nombreux adjectifs utilisés pour décrire sa formidable collection, mais la vérité est que la dite collection est fichtrement bonne.

Comme vous l’avez imaginé, de nombreux objets de la re-dite collection ne peuvent pas être exposés faute de place, ce qui est triste et devrait être corrigé. Ceci étant dit (tapé?), comme vous l’avez peut-être aussi imaginé, tout n’est pas présentable dans la collection. Un de ces éléments non exposés et non présentables / non restauré est le Pitcairn PCA-2, ou PA-21, une désignation que cet autogire triplace acquiert lorsque son moteur est changé en 1946, à moins qu’il ne le soit à un moment donné dans les années 1930, et …

Savez-vous ce qu’est / était un autogire? Vous devriez, après avoir lu les numéros d’octobre 2017 et février 2019 de notre blogue / bulletin / machin, où ce type de machine volante est mentionné. Vous ne les avez pas lus, n’est-ce pas? Soupir. Un autogire, dis-je, est un cousin moins complexe et cher de l’hélicoptère développé dans les années 1920 par l’Espagnol Juan de la Cierva y Codorníu. Son rotor n’est pas actionné par un moteur et tourne librement. Un autogire ne peut pas décoller ou atterrir verticalement, ou faire du surplace en vol, mais il peut opérer à partir de très petites zones d’atterrissage, mais revenons à notre Pitcairn.

Ce PCA-2 est construit en 1931, aux États-Unis, dans l’usine de Pitcairn Aircraft Incorporated, une firme qui a acquis les droits de production américains des machines de de la Cierva y Codorníu. Pour être plus précis, ces droits sont acquis par une firme créée à cet effet, Pitcairn-Cierva Autogiro Company, qui devient plus tard Autogiro Company of America.

Le premier autogire de Pitcairn Aircraft, le PCA-1, vole en octobre 1929. C’est un subtil mélange de technologie américaine (fuselage d’avion Pitcairn modifié) et de technologie espagnole de fabrication britannique (rotor de Cierva Autogiro Company). Seuls quelques PCA-1 (3?) sont fabriqués.

Le PCA-2 amélioré vole pour la première fois en 1930. Pitcairn Aircraft / Pitcairn-Cierva Autogiro fabrique une vingtaine de ces machines, qui sont les premiers autogires commercialement disponibles en Amérique du Nord.

L’une d’elles est immatriculée au Canada, en juillet 1931, par Hubert Martyn Pasmore, le président fondateur de Fairchild Aircraft Limited de Longueuil, Québec – une avionnerie québécoise / canadienne bien connue mentionnée à quelques reprises dans notre blogue / bulletin / machin depuis août 2018.

Croiriez-vous que Godfrey Webster Dean, le pilote d’essai d’origine britannique de Fairchild Aircraft, est aux commandes de cet autogire, en octobre 1932, lorsqu’il exécute la première boucle jamais faite par un aéronef à voilure tournante, près de Willow Grove, Pennsylvanie?

Cet autogire est retiré du service en mai 1935.

Une brève digression si vous me le permettez. Pendant très longtemps, votre humble serviteur a cru que l’expression « British Consols » peinte sur les côtés du PCA-2 de Pasmore faisait référence à une marque de cigarettes. Nenni. Un consol britannique est une obligation perpétuelle émise par le gouvernement de sa majesté. Les premiers sont émis en 1752, tandis que les derniers sont rachetés en 2015, et…

Qu’avez-vous, ami(e) lectrice ou lecteur, et pourquoi souriez-vous? La British Consols était une marque de cigarettes? Non, ce n’est pas possible. Sérieusement?

Une seconde brève digression si vous me le permettez. Johnny MacDonald « Johnny » Miller, un pilote américain bien connu et respecté, souligne avant son décès qu’il fait boucler un autogire en 1931, en secret, peut-être plus d’une fois. Il prévoyait effectuer cette manœuvre lors de l’édition de 1931 des National Air Races (NAR), qui se tiennent à Cleveland, Ohio, entre les 29 août et 7 septembre. La direction de Pitcairn Aircraft et / ou les organisateurs des NAR, un des événements aéronautiques majeurs de l’entre-deux-guerres, qui ne savent pas que Miller a déjà fait l’acte, refusent poliment de nourrir l’idée, mais revenons à notre PCA- 2, encore une fois.

Le premier propriétaire de cette machine est Standard Oil Company de New York, une des grandes, enfin, importantes compagnies pétrolières américaines de son époque. Socony, comme on l’appelle souvent, acquiert le PCA-2 pour l’aider dans ses recherches sur les produits aéronautiques, principalement l’essence et l’huile à moteur.

Et oui, Socony est une des tristement célèbres « sept sœurs, » le cartel pétrolier international qui domine l’industrie pétrolière de la Terre entre la fin de la Seconde Guerre mondiale, en 1945, et la crise pétrolière de 1973, mais je digresse.

Socony vend son aéronef d’essai au plus tard en décembre 1931 à un fabricant américain réputé et respecté de segments de piston pour moteurs d’automobiles (et d’aéronefs?). Dans les mois, sinon les semaines, après cette vente, Piston Ring Company change son nom pour devenir Sealed Power Corporation.

Il semble que Piston Ring / Sealed Power a l’intention d’utiliser son autogire pour tester certains de ses segments de piston – une première mondiale. Bien que cela ne semble pas être une bonne idée, la vérité est qu’un autogire est probablement le moyen le plus sûr de tester des segments de piston de moteur en vol. En effet, une panne en vol n’entraînerait pas nécessairement un accident, comme cela pourrait bien être le cas avec un avion.

Quoiqu’il en soit, Piston Ring embauche un pilote expérimenté du The Detroit News-Herald pour piloter son nouvel autogire. Et oui, Donald « Don » Walker est le pilote du PCA-2 acquis en 1931 par ce quotidien de Détroit, Michigan, pour prendre des photographies aériennes d’une qualité qui surpasse tout ce qui est réalisable à partir d’un avion.

Croiriez-vous que le PCA-2 appartenant autrefois au The Detroit News-Herald est exposé au Henry Ford Museum, à Dearborn, Michigan, au début de 2021?

Quelques jours après son entrée dans son nouveau poste, Walker reçoit une mission : voler vers Miami, Floride, où il ferait des démonstrations du PCA-2 lors de la 4ème édition annuelle des All-American Air Races, les 7, 8 et 9 janvier 1932. En se rendant à cet événement, il doit s’arrêter dans un certain nombre d’endroits afin de promouvoir les produits de Piston Ring. Le directeur de la firme pour le sud des États-Unis, John H. Smalley, précéderait Walker afin de rencontrer les dirigeants des différentes firmes qui vendent les dits produits à chaque site visité avant, et après les All-American Air Races. Il est apparemment remplacé par un collègue, W.J. Sheldon, au plus tard en août 1932.

De fait, après les All-American Air Races, Walker doit passer à une seconde mission, qui est plutôt intimidante : visiter jusqu’à 400 villes plus ou moins grandes des États-Unis, toujours pour promouvoir les produits de Piston Ring / Sealed Power. Aucun pilote d’autogire, ni aucun autogire, n’a reçu une telle mission auparavant. En fait, aucun pilote d’autogire, ni aucun autogire, ne semble recevoir une telle mission depuis.

Soit dit en passant, les mots Sealed Power visibles des 2 côtés du fuselage du PCA-2 sont apparemment peints avant que Walker ne se lance dans son aventure.

Votre humble serviteur ne sait pas quand Walker part de l’endroit inconnu où il se trouve pour aller à Miami. Il s’arrête cependant dans l’Indiana, à Indianapolis et Evansville. Le premier arrêt pour lequel j’ai un minimum d’informations est celui à Nashville, Tennessee, où Walker arrive le 15 décembre. Il effectue peut-être un ou quelques vols de démonstration. Il offre peut-être même des vols gratuits à quelques habitants de la région. Le mauvais temps empêche apparemment Walker de partir.

Le PCA-2 et son pilote arrivent à Chattanooga, Tennessee, le 22 décembre. Walker emporte vers le ciel une trentaine de personnes locales au cours de cette journée, une ou deux à la fois.

Walker tente de s’envoler pour Atlanta, Géorgie, le 23 décembre, mais le mauvais temps l’oblige à faire demi-tour. Il choisit d’aller à Atlanta en train, pour passer Noël avec des ami(e)s. Entreposé dans un hangar de l’aéroport local, le PCA-2 retient l’attention. Plusieurs centaines de personnes se déplacent jusqu’à Lovell Field pour le voir.

Walker s’envole pour Atlanta le 26 décembre. Il y fait peut-être un ou quelques vols de démonstration. Il offre peut-être même des vols gratuits à quelques habitants de la région. Walker quitte Atlanta le 29 décembre.

Les allées et venues de Walker au cours des prochains jours sont un peu obscures.

Le 2 janvier 1932, Walker atterrit à Orlando, Floride. D’innombrables personnes envahissent une des artères principales de la ville pour regarder le PCA-2 et une autre paire d’autogires Pitcairn, selon toute vraisemblance des PCA-2, également en route pour les All-American Air Races. C’est tout un spectacle, car aucune autre machine de ce type n’a honoré le ciel de la ville auparavant.

Incidemment, un des autogires appartient à la susmentionnée Pitcairn-Cierva Autogiro. Il est piloté par le pilote d’essai en chef de la firme, Charles « Jim / Jimmy » Faulkner. L’autre est piloté par Fred W. « Slim » Soule, le pilote de Horizon Aerial Advertising Company, une petite firme spécialisée dans la publicité aérienne.

Faulkner et Soule quittent Orlando le 3 janvier. Walker tente également de quitter mais a mal évalué la distance entre son autogire et les grands pins qui bordent l’aérodrome. Incapable de grimper au-dessus d’eux, il doit faire un atterrissage rapide dans un bouquet de palmiers nains. Un certain nombre de personnes se précipitent sur le site pour voir si Walker est blessé. Il ne l’est pas et les dommages au PCA-2 sont minimes, un câble cassé apparemment.

Plus tôt dans la journée, Walker avait décollé avec le maire nouvellement (1er janvier) élu de Orlando, Samuel Yulee Way, et une de ses filles. Le vol d’une demi-heure au-dessus du centre de la Floride se déroule sans incident. Les deux Way sont très enthousiasmé(e)s par l’expérience.

Curieusement, votre humble serviteur n’a pas pu trouver la moindre information sur les vols effectués par Walker à Miami aux All-American Air Races.

Et voici venu le moment de pontifier sur le voyage multi-mensuel de Walker à travers les États-Unis. Consterné par le nombre de villes visitées par ce gentilhomme, je voudrais limiter la dite pontification à un certain nombre de faits saillants. Je souhaite donc présenter mes excuses aux habitant(e)s des municipalités qui ne seront pas mentionnées dans ce numéro de notre blogue / bulletin / machin.

Cela étant dit (tapé?), sachez que Walker et le PCA-2 visitent des villes dans une quarantaine d’états de l’union, ou du moins c’est ce qu’on prétend, y compris l’Alabama, la Californie, la Caroline du Nord, la Floride, l’Illinois, l’Iowa, le Kansas, la Louisiane, le Michigan, le Mississippi, le Missouri, le Nebraska, le Nouveau-Mexique, l’Oklahoma, le Tennessee, le Texas, la Virginie et la Virginie-Occidentale, entre janvier 1932 et mars 1933. Remarquez, j’ai le sentiment que Walker peut également avoir visité l’Arizona, l’Arkansas, la Caroline du Sud, le Géorgie, l’Indiana et le Kentucky.

Ne sommes-nous pas tous très fasciné(e)s, si je peux paraphraser, hors contexte, un raton laveur génétiquement amélioré, 89P13, qui se fait appeler Rocket? Non? Vous n’êtes que modérément intéressé à en entendre (lire?) davantage sur le grand voyage de Walker? Oh. Très bien alors. Vous pouvez attendre la semaine prochaine.

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Rénald Fortier