Le cyclecar / vélomobile / vélocar / automouche à pédales et / ou moteur auxiliaire Le Dauphin : Une solution (extrême?) à la pénurie de carburant à Paris au cours de l’occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale

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Le cyclecar / vélomobile / vélocar / automouche à pédales et / ou moteur auxiliaire Le Dauphin. Edmond Massip, « Un cyclecar à pédales et moteur auxiliaire. » La Vie automobile, 25 mai 1941, 153.

Bien le bonjour, ami(e) lectrice ou lecteur. Votre humble serviteur aimerait vous entretenir en ce jour d’un véhicule d’allure un tant soit peu inhabituelle, étrange et bizarre. Comme vous vous en doutez sûrement après avoir parcouru quelques-uns des nombreux numéros de notre blogue / bulletin / machin, j’ai un léger penchant pour l’inhabituel, l’étrange, et le bizarre. Je ne m’en cache pas.

Si vous n’y voyez pas d’inconvénients, je serai bref, et…

Qu’avez-vous, ami(e) lectrice ou lecteur? Est-ce du scepticisme que je vois sur votre visage? Si je peux me permettre de citer le Capitaine Bonhomme, né Jean Yannick William Nicolas Bonhomme, un personnage fictif très coloré qui tient l’affiche dans des émissions pour enfants de Télé Métropole Incorporée, un télédiffuseur privé de Montréal, Québec, mentionné dans quelques numéros de notre blogue / bulletin / machin depuis octobre 2017, les sceptiques seront confondus, dus, dus, dus.

En juin 1940, la France croule sous les coups de boutoirs de l’Allemagne national socialiste. Une descente en enfer commence qui va se poursuivre, pour de nombreuses Francaises et Français, jusqu’en 1945. Alors que les salauds, pardon, l’occupant s’accapare de plus en plus de ressources de toutes sortes, les populations doivent survivre de leur mieux.

L’essence ne tarde pas à se faire rare, ce qui limite considérablement le nombre de véhicules privés placés à la disposition des populations urbaines, bien minoritaires à cette époque, qui ont les moyens de se payer une automobile. Si je peux me permettre de citer, hors contexte évidemment, le clown clochard philosophe québécois Sol, joué magistralement par son créateur, Marc Favreau, quoi faire, quoi faire?

Certaines personnes ne tardent pas à proposer l’utilisation de dispositifs remorqués ou portés par une automobile permettant de transformer du bois ou charbon de bois en gaz combustible, des types de dispositifs connus sous le nom de gazogène.

D’autres personnes vont plus loin encore. Elles proposent l’utilisation de véhicules légers, dits cyclecar / vélomobile / vélocar / automouche, munis de pédales et / ou d’un moteur auxiliaire.

Un ex-vendeur d’automobiles produites par un important fabricant d’automobiles français, la Société anonyme des anciens établissements Panhard & Levassor, dans la petite ville de Noyon, André L. Dauphin, compte parmi ces personnes. Ce Parisien nouvellement arrivé complète le prototype d’un cyclecar à pédales biplace en tandem charmant, économique et maniable avant la fin de l’hiver 1940-41.

La carrosserie en bois du dit véhicule est similaire à un fuselage d’aéronef fabriqué à partir de ce même matériau. Conscient des vicissitudes du climat parisien, Dauphin a la bonne idée de munir son cyclecar d’une capote qui peut être mise en place en quelques minutes. Il envisage la possibilité de vendre son véhicule à des particuliers ou à compagnies de taxi. Il songe également à produire une version fourgonnette monoplace.

Conscient que le pédalage n’est pas au goût de toutes ou tous, Dauphin souligne que son cyclecar peut-être en tout temps muni d’un moteur auxiliaire qui peut brûler de l’essence ou de l’alcool. Le dit moteur est très économique. Il consomme à peine 3 litres d’essence aux 100 kilomètres (94 milles/gallon impérial / 78 milles/gallon américain) et permet d’atteindre une vitesse de 30 kilomètres/heure (19 milles/heure).

Le dit moteur peut, je répète peut, être produit par la Société anonyme des automobiles Donnet – et vous demandez sans doute pourquoi je vous casse les pieds avec ce détail. Le fait est que cette firme tire son origine lointaine d’une firme, la Société des établissements Donnet-Denhaut, fondée en juin 1915 par un ex-vendeur d’automobiles suisse, Jérôme Donnet, et un ex-entrepreneur en béton armé français, François Denhaut, qui participent à la fondation, en juillet 1912, de la Société des hydros-aéroplanes Donnet-Lévêque, un fabricant d’hydravions.

Croiriez-vous que Denhaut conçoit un hydravion à coque amphibie qui quitte l’eau en mars 1912, à peine 2 mois après le premier hydravion à coque au monde, l’hydravion à coque non amphibie Curtiss Flying Fish de Glenn Hammond Curtiss, un gentilhomme américain mentionné à quelques reprises dans notre blogue / bulletin / machin depuis novembre 2018?

Au cours de la Première Guerre mondiale, la Société des établissements Donnet-Denhaut livre plus de 1 000 hydravions à coque utilisés par l’Aéronautique navale de la Marine nationale française pour patrouiller le long des côtes de la France à la recherche de sous-marins allemands, mais revenons à notre cyclecar.

Dès mars 1941, le cyclecar à pédales Le Dauphin peut être livré avec un moteur fonctionnant au gaz de ville / gaz d’éclairage comprimé. Le véhicule alors une autonomie d’environ 150 kilomètres (près de 95 milles).

 Vers avril ou mai 1941, Dauphin commence à travailler sur une version électrique de son cyclecar à pédales. La dite version est apparemment disponible à partir de janvier 1942. Le rayon d’action du véhicule varie entre 50 et 70 kilomètres (environ 30 à 45 milles) selon la puissance des batteries. Cette version peut elle aussi atteindre une vitesse de 30 kilomètres/heure (19 milles/heure).

Votre humble serviteur n’a pas la moindre idée du nombre de cyclecar Le Dauphin produits au cours de la Seconde Guerre mondiale par Dauphin, probablement à la main, et / ou par Avions Kellner-Béchereau Société anonyme. C’est à se demander s’il est produit à plus de quelques exemplaires.

De fait, il y a bien peu d’information en ligne sur les cyclecars à pédales produits en France pendant la Seconde Guerre mondiale.

Soit dit en passant, Louis Béchereau est l’ingénieur aéronautique qui conçoit les magnifiques avions de chasse SPAD S.VII C1 et S.XIII C1 utilisés pendant et après la Première Guerre mondiale par les forces aériennes des armées de la France et de quelques pays alliés, dont l’Aéronautique militaire de l’Armée de Terre, le Royal Flying Corps de la British Army et les United States Army Signal Corps / United States Army Air Service de la United States Army, de même que par la Royal Air Force.

Et c’est tout pour cette semaine. Je vous avais bien dit que je serais bref.

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Rénald Fortier