Alouette, gentille alouette, Alouette, je te lancerai; Ou, Comment la Guerre froide propulse le Canada dans l’espace par le biais du satellite Alouette, partie 2

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La fusée Thor-Agena qui place le satellite canadien Alouette en orbite, Vandenberg Air Force Base, Californie. Anon., « Alouette’ Working Perfectly – First Canadian Satellite in Orbit. » The Montreal Star, 29 septembre 1962, 1.

Bienvenue à bord de notre vaisseau spatial spécial, ami(e) lectrice ou lecteur.

Cinq! Quatre! Trois! Deux! Un!

Ils sont partis!

Si vous ne reconnaissez pas la séquence d’ouverture de chaque épisode de la série télévisée britannique Les sentinelles de l’air, lancée en anglais en septembre 1965, c’est qu’il y a de sérieuses lacunes dans vos connaissances de la culture populaire de la période de la Guerre froide. Point à la ligne.

Et oui, cette série est mentionnée dans des numéros de septembre 2018 et mars 2019 de notre blogue / bulletin / machin. Et oui encore, votre humble serviteur se souvient d’avoir vu un certain nombre d’épisodes de la version française de Les sentinelles de l’air au cours des années 1960 ou 1970, mais je digresse.

C’est apparemment au début de mai 1959 que paraissent les premiers articles de journaux mentionnant le projet qu’a le gouvernement fédéral du Canada de financer la fabrication d’un satellite artificiel qui serait lancé en 1961 par une fusée américaine. La source, bien officielle et approuvée cette fois, je pense, est le chef de la section d’instrumentation spatiale du Conseil de recherches pour la défense (CRD). Keith Brown indique que de 4 à 6 exemplaires du satellite seraient fabriqués, un pour des essais au sol, un autre destiné à être lancé et 2 à 4 autres utilisés au cas où le premier lancement, ou le second, ou le troisième, se termineraient mal. (Bonjour, EP!)

Et oui, les fusées de l’époque ont la malencontreuse et fort coûteuse habitude de faire badaboum.

L’annonce de mai 1959 survient en fait quelques jours après un événement fort important dans l’histoire du programme spatial canadien. Fin avril, la National Aeronautics and Space Agency, une organisation vite rebaptisée National Aeronautics and Space Administration (NASA) accepte de coopérer avec le Centre de recherches sur les télécommunications de la défense (CRTD) du CRD afin de placer en orbite son satellite – un satellite financé par le gouvernement fédéral. Mieux encore, elle accepte de placer le dit satellite en orbite aux frais du gouvernement américain.

Cette coopération canado-américaine s’inscrit en fait dans une initiative de coopération internationale lancée par la NASA vers mars 1959, mais je digresse.

Le satellite canadien est initialement identifié par l’expression Topside Sounder Satellite, ou satellite de sondage par le haut. De fait, cette expression est mentionnée dans la presse au plus tard en décembre 1959.

On peut se demander si, dès cette époque, les objectifs poursuivis par le gouvernement fédéral et le ministère de la Défense nationale correspondent à ceux des chercheurs des CRD et CRTD. Si les premiers souhaitent faire progresser la technologie spatiale canadienne pour des motifs liés au progrès industriel et la défense, les seconds sont motivés par le souhait de faire progresser le savoir et la science avec un grand S, mais je digresse. Encore.

Incidemment, des représentants de la presse canadienne voient une maquette grandeur nature du premier satellite national en février 1960, à Ottawa, Ontario.

Croiriez-vous qu’une course à l’espace soit en cours en ce début d’année? Non, non, pas celle qui oppose l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) et les États-Unis. Celle qui pourrait, je répète pourrait, opposer le Canada à l’Australie, à la France, à l’Italie et au Royaume-Uni. Des rumeurs circulent en effet selon lesquelles tous ces pays songent à placer un (petit?) quelque chose quelconque en orbite, grâce à un coup de pouce de la NASA dans la plupart des cas. Les Britanniques et Italiens, quant à eux, pourraient utiliser des fusées de conception locale. D’aucuns suggèrent (sérieusement?) que la France pourrait atteindre l’espace grâce à une fusée soviétique. Si, si, soviétique!

En février 1961, des chercheurs du CRTD reçoivent de mauvaises nouvelles. L’excellent satellite sur lesquels its travaillent est un tantinet trop lourd et complexe pour la fusée américaine qui doit le placer en orbite. La date de son lancement est par conséquent retardée. D’aucuns pensent qu’il serait placé en orbite vers le début de 1962. D’autres, plus prudents peut-être, croient que le satellite serait lancé avant juin 1962.

Quatre exemplaires du satellite sont alors en construction, un pour des essais au sol, un autre servant de prototype et 2 disponibles au moment du lancement. Et oui, les fusées de l’époque ont toujours la malencontreuses et fort coûteuse habitude de faire badaboum.

L’Établissement de recherches et de perfectionnement de l’armement de Valcartier, Québec, entend bien soumettre les 4 exemplaires du satellite aux pires tortures imaginables afin de s’assurer que, si échec il y a, celui-ci n’aura rien à voir avec les satellites canadiens placés au sommet de fusées américaines.

De fait, saviez-vous qu’environ 20 des 45 et quelques lancements de satellites, sondes et capsules spatiales effectués par l’URSS entre octobre 1957 et septembre 1962, soit plus de 45 %, et environ 65 des 155 et quelques (!) lancements de satellites, sondes et capsules spatiales effectués par les États-Unis entre ces mêmes dates, soit plus de 40 %, se terminent par des échecs au moins partiels? Aïe!

Ceci étant dit (tapé ?), tous les lancements qui impliqué un ou quelques cosmonautes / astronautes s’avèrent réussis. Pfiou!

Fin mars 1961, des représentants de la presse voient un prototype du premier satellite national, également connu sous la désignation S-27 au plus tard à cette époque, lors d’une conférence de presse / activité portes ouvertes, organisée à Ottawa par le CRD. Cette conférence / activité a apparemment pour objectif partiel de désamorcer certaines critiques selon lesquelles les bonnes gens du Canada sont laissés dans l’ignorance, et ce alors que des informations sur le S-27, des informations de nature technique il faut bien l’avouer, paraissent dans des magazines étrangers.

On est en droit de se demander si les informations entourant la mise au point du premier satellite canadien inspirent un groupe d’adolescents de la région de Québec, Québec, associés à la populaire émission hebdomadaire de télévision L’Écran des jeunes diffusée à partir d’octobre 1961 par le radio télédiffuseur d’état canadien, la Société Radio-Canada.

Le dit groupe souhaite en effet lancer, en juin 1962, un avion-fusée de bonne taille (de 2.5 à 3 mètres (de 8 à 10 pieds) de longueur et environ 4.5 mètres (environ 15 pieds) d’envergure). La fusée ailée doit emporter des instruments à une altitude d’au moins 900 mètres (3 000 pieds). Votre humble serviteur adorerait pourvoir dire (taper?) que ce projet hautement fascinant se conclut par une envolée réussie. Dans les faits, il semble être abandonné bien avant que le premier avion-fusée québécois ne soit complété. Comme c’est dommage.

Avant que je ne l’oublie, c’est au plus tard en mai 1961 que le premier satellite canadien est baptisé Alouette, en l’honneur de la fameuse chanson éponyme, une chanson dont la musique et les paroles, en langue française bien sûr, paraissent apparemment pour la première fois en 1879, dans… A Pocket Song Book for the Use of Students and Graduates of McGill College. Je ne plaisante pas.

Cela étant dit (tapé?), il semble que ce nom aviaire ne doit être utilisé qu’une fois le satellite en orbite. La presse canadienne semble respecter cette consigne.

Aux dires d’un chercheur du CRTD qui joue un rôle crucial dans l’histoire du programme spatial canadien, John Herbert Chapman, Alouette est, en traduction, « un des rares noms typiquement canadiens auxquels nous pouvions penser. »

Ironiquement, croiriez-vous que, des 75 et quelques membres de la famille des Alaudidés, une seule, si, si, une seule, l’alouette hausse-col ou alouette cornue, semble être indigène au Canada? Cet oiseau se rencontre par ailleurs en Europe et Asie, soit dit en passant.

Conscient de l’intérêt grandissant pour le satellite canadien, l’Office national du film (ONF), une institution fédérale de renommée mondiale mentionnée à quelques / plusieurs reprises dans notre blogue / bulletin / machin depuis juillet 2018, lance le Photo-reportage 288 – Le Canada, nouveau visiteur de l’espace en juin 1961. Quelques quotidiens canadiens, dont La Presse de Montréal, Québec, The Ottawa Journal de… vous savez où, The Kingston Whig Standard de... Kingston, Ontario, Le Droit d’Ottawa et The Calgary Herald de… Calgary, Alberta, publient des éléments de ce photo reportage entre juin et septembre.

Une brève digression si votre humble serviteur peut se le permettre. L’ONF publie son premier photo reportage en mars 1955. Il en publie un dernier, le 496ème en fait, en juin 1969. Tout ce matériel peut, je répète peut, avoir été remis gratuitement aux journaux et magazines canadiens qui en font la demande.

Il est à noter que ce n’est qu’à partir de janvier 1961 que les photo reportages sont disponibles en français. Comme vous pouvez l’imaginer, l’unilinguisme de l’ONF, une organisation dont le siège social se trouve à… Montréal, irrite certains représentants et porte-paroles des payeurs de taxes québécois depuis un bon bout de temps.

Soit dit en passant, les équipes qui rédigent les légendes des photographies et les textes à partir de janvier 1961 travaillent indépendamment, à Ottawa et Montréal. Fin de la digression.

Dans un autre ordre d’idée, c’est vers juillet 1961 que le directeur associé de la division de Physique pure du Conseil national de recherches du Canada, Donald C. Rose, soumet une proposition visant à créer une organisation nationale de recherche spatiale. Ce projet d’agence spatiale canadienne ne va nulle part.

En décembre, quelques jours avant Noël peut-être, les membres de l’équipe qui assemble le premier satellite du Canada reçoivent une nouvelle qui assombrit un tout petit peu les célébrations de cette fête. Leur espoir que le Canada devienne le troisième pays avec un satellite en orbite, après l’URSS et les États-Unis s’entend, ne se concrétisera apparemment pas. Aux dires de la NASA, une fusée américaine doit en effet lancer un satellite britannique avant le 31 mars 1962.

Pis encore, la NASA annonce que satellite canadien ne serait pas placé en orbite tout juste un tantinet après le machin britannique et avant cette date de mars. Nenni. Il serait lancé entre avril et juin 1962. On apprend au plus tard vers la mi-mars 1962 que le lancement du dit satellite va prendre place vers la mi-septembre.

Il est à noter que la NASA n’est apparemment pas seule responsable des retards qui accablent le premier satellite du Canada. Nenni. La complexité même de ce véhicule spatial peut, je répète peut, avoir occasionné certains retards, sans parler de la livraison tardive de certains éléments critiques.

Et oui, votre humble serviteur se doit ici de battre en brèche le mythe selon lequel le Canada est le troisième pays ayant opéré un satellite, après l’URSS et les États-Unis. Cet honneur revient en effet au Royaume-Uni. C’est lors d’un certain jour d’avril 1962, un jour d’anniversaire pour une personne qui m’est proche, soit moi, que Ariel commence à faire le tour de la Terre, et…

Du calme, du calme, ami(e) lectrice ou lecteur. Avant de me traîner devant un hypothétique comité parlementaire sur les activités anti-canadiennes, permettez-moi d’ajouter que Ariel est le fruit d’un projet de recherche ionosphérique unissant le British National Committee for Space Research et la NASA. Si les expériences qu’il emporte dans l’espace sont d’origine britannique, le satellite en tant que tel sort des ateliers du Goddard Space Flight Center de la NASA.

La citrouille spatiale du Canada, quant à elle, est à la fois conçue et fabriquée en sol canadien. Le Canada est par conséquent le troisième pays ayant conçu et fabriqué son propre satellite.

Cela étant dit (tapé?), il va sans dire que Ariel et Alouette sont placés en orbite par des fusées américaines, et…

Vous semblez bien marri soudainement, ami(e) lectrice ou lecteur. L’expression citrouille spatiale du Canada vous semble disrespectueuse, dites-vous? Il s’agit pourtant d’une traduction du titre d’un article d’une journaliste bien connue du nom de Jane Becker paru dans une édition de juin 1962 d’un quotidien de la capitale nationale, Ottawa, The Ottawa Journal.

Le dit article laisse entendre que, s’il est vrai que les chercheurs des Conseil national de recherches du Canada (CNRC), CRD et CRTD ne le disent pas clairement, pour ainsi dire aucun d’entre eux croit que le Canada n’aurait qu’un seul satellite. Il y aurait d’autres satellites de recherche ionosphérique. Un des vice-présidents du CNRC, Bristow Guy Ballard, se dit par ailleurs convaincu que des satellites transmettraient régulièrement des émissions de télévision entre le Canada et l’Europe bien avant la fin des années 1960.

Il n’a pas tort. Le premier satellite de télécommunications commercial, Intelsat, également / mieux connu sous le nom de Early Bird, un satellite américain, est lancé en juin 1965.

Une brève digression si vous me le permettez. Acheté par Thomson Newspapers Limited de Toronto, Ontario, en avril 1980, The Ottawa Journal publie son dernier numéro en août. Cette fermeture fait d’un autre journal, The Citizen, propriété de Southam Newspapers Limited de Toronto, le seul grand quotidien de langue anglaise d’Ottawa.

Croiriez vous que, un jour à peine après la fermeture du quotidien de Thomson Newspapers, The Winnipeg Tribune, un quotidien appartenant à Southam Newspapers, publie son dernier numéro? Cette fermeture fait d’un autre journal, Winnipeg Free Press, propriété de Thomson Newspapers, le seul grand quotidien de Winnipeg, Manitoba.

De mauvaises langues absolument furieuses affirment que Southam Newspapers et Thomson Newspapers se sont entendues pour réduire la concurrence à Ottawa et Winnipeg – une action qui peut fort bien être illégale. Des accusations de conspiration portées en avril 1981 sont toutefois rejetées en décembre 1983 par la Ontario Supreme Court. Fin de la digression.

Croiriez-vous que les premiers signaux de télévision entre l’Amérique du Nord et l’Europe et vice versa sont relayés via le satellite de télécommunications américain Telstar dès juillet 1962? Plus de 100 millions de personnes dans près de 20 pays de ces deux continents, y compris le Canada, regardent ces images en direct pour le moins variées qui se succèdent rapidement dans le confort de leurs foyer : une partie de baseball professionnel à Chicago, Illinois; une conférence de presse du président John Fitzgerald Kennedy; une répétition de la pièces de théâtre The Tragedie of Macbeth de William Shakespeare au Festival Theatre du Stratford Shakespearean Festival of Canada à Stratford, Ontario, etc., etc., etc.

Et oui, Arthur Christopher Orme Plummer, un grand acteur canadien mentionné dans des numéros de juin 2019 et avril 2021 de notre blogue / bulletin / machin, tient le rôle de Macbeth, le brave général écossais qui devient un roi tyrannique. Le Macduff du Macbeth de Plummer est nul autre que l’acteur canadien Bruno Gerussi, un des personnages principaux de la série télévisée, bien connue des Canadiennes et Canadiens anglophones, The Beachcombers (1972-90) du radio télédiffuseur d’état canadien, la Canadian Broadcasting Corporation.

Dois-je vous rappeler que Kennedy est mentionné dans des numéros de septembre 2019, février 2021 et avril 2021 de notre blogue / bulletin / machin? C’est bien ce que je pensais. Grand merci pour votre assiduité, ami(e) lectrice ou lecteur, mais revenons à notre palpitant sujet.

Le premier pays ayant placé un satellite national en orbite à l’aide d’une fusée de conception nationale, après l’URSS et les États-Unis s’entend, est… la France. La satellite expérimental Astérix, si, si, Astérix, commence à tourner autour de notre grosse bille bleue en novembre 1965. Et non, le Centre national d’études spatiales de la France ne donne à aucun de ses autres satellites des noms tels que Panoramix, Obélix, Idéfix, etc. Quelle tristesse, par Toutatis et Bélénos.

Cela étant dit (tapé?), votre humble serviteur serait négligent si je ne mentionnais pas en ces lieux que Toutatis est le nom d’un astéroïde dont le numéro est 4179. Celui-ci ressemble un tantinet à une bouteille de bière à long col de 4 à 5 kilomètres (2.5 à 3 milles) de long. En décembre 1992, l’orbite un tant soit peu chaotique de Toutatis a amené cette montagne de roc et / ou de métal à environ 3 000 000 kilomètres (1 850 000 milles) de la Terre. Il devrait encore une fois frôler notre planète d’aussi près en novembre 2069.

Et oui, il y a par ailleurs un astéroïde du nom de Belenus dont le numéro est 11284. Celui-ci se baladant entre Mars et Jupiter, il ne risque pas de nous tomber sur la tête, par Bélénos. Revenons par conséquent à notre gentille Alouette. Enfin, presque.

Le Royaume-Uni se joint au club des lanceurs de satellites en octobre 1971, en tant que sixième membre, après l’URSS, les États-Unis, la France, le Japon et la Chine. Le Canada n’est toujours pas membre du dit club en 2022 et aucun effort digne de ce nom n’est encore prévu, mais je digresse.

Cela étant dit (tapé?), le fait est que, grâce à Alouette, le Canada dame le pion à des pays, le Royaume-Uni et la France par exemple, dont l’économie, la population et la tradition scientifique sont autrement plus grandes et plus anciennes que les siennes.

Un détail intéressant, du moins pour moi. En mars 1962, une sextette de pays européens (Allemagne de l’Ouest, Belgique, France, Italie, Pays-Bas et Royaume-Uni), sans oublier l’Australie, membre associé, signent une convention qui donne naissance au Centre européen pour la construction et le lancement d’engins spatiaux (CECLES). À leur tour, en juin, pas moins de 10 pays européens (Allemagne de l’Ouest, Belgique, Danemark, Espagne, France, Italie, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède et Suisse), signent une convention qui donnent naissance au Conseil européen de recherches spatiales (CERS). Le CECLES et le CERS fusionnent en décembre 1972. L’Agence spatiale européenne voit alors le jour.

Le Canada, quant à lui, préfère garder ses distances et coopérer avec la NASA, mais revenons à Alouette.

Croiriez-vous qu’une maquette grandeur nature de ce satellite se trouve dans le pavillon canadien de l’exposition universelle Century 21 Exposition qui se tient à Seattle, Washington, entre avril et octobre 1962? Le dit pavillon, un des plus gros de la section International Commerce and Industry et un des plus populaires dit-on, a pour thème Canadian Science and Industry Serving Mankind. Et oui, c’est apparemment par la vocable Topside Sounder que le véhicule spatial canadien est identifié.

Une des principaux objectifs de la Century 21 Exposition, une exposition universelle de Guerre froide ne l’oublions pas, est de montrer aux contribuables américains que la science et la technologie de leur pays n’ont rien à envier à la science et à la technologie de l’URSS. Ces contribuables doivent toutefois accepter avec foi le baratin des exposants américains. Le gouvernement soviétique refuse en effet poliment de participer à l’exposition.

Une brève digression si vous me permettez. Invité à participer à la cérémonie de clôture de la Century 21 Exposition, Kennedy doit se récuser à la dernière minute, prétextant un gros rhume. Les organisateurs de l’exposition ne tardent pas à réaliser que le président américain gérait en fait la crise des missiles de Cuba, l’instant de la Guerre froide pendant lequel notre grosse bille bleue se rapproche le plus d’une guerre nucléaire à grande échelle, autrement dit de la fin du monde, mais revenons à notre palpitant sujet.

Conçu initialement pour observer l’ionosphère par le haut, le premier satellite canadien reçoit en fin de compte des instruments lui permettant d’effectuer 3 autres expériences : la mesure du bruit cosmique, l’écoute du bruit radioélectrique cosmique et la mesure des particules du rayonnement cosmique primaire. Pour l’époque, une telle versatilité est assez impressionnante. Elle l’est d’autant plus que les chercheurs canadiens en sont à leur coup d’essai.

Cela étant dit (tapé?), la mise au point du satellite canadien n’est pas chose facile. Le personnel du CRTD sue sang et eau pendant des mois. De fait, le projet de satellite draine tant les ressources humaines que les ressources financières de cet organisme. Le susmentionné CRD doit d’ailleurs y injecter constamment de l’argent. Comme vous pouvez l’imaginer, certains chercheurs du CRTD et du CRD qui travaillent sur d’autres projets sont un tantinet irrités.

Parlant (tapant?) d’irritation, on peut se demander ce que les chercheurs qui mettent au point le premier satellite canadien pensent du High Altitude Research Project (HARP). Plusieurs quotidiens nord-américains publient en effet moult articles sur ce projet de recherches à haute altitude à partir de mai 1962.

Vous vous souviendrez bien sûr avoir lu dans la première partie de cet article que le dit projet a pour objectif final de placer des petits satellites en orbite. De fait, un des deux gigantesques canons du HARP tire le premier d’une longue série de projectiles à ailettes Martlet en février 1963. En novembre 1966, un d’entre eux atteint une altitude d’environ 179 kilomètres (environ 111 milles), du jamais vu. Aucun Martlet n’est en fin de compte placé en orbite.

Cela étant dit (tapé?), un Martlet qui n’est jamais lancé fait partie de la collection du groupe de musées nationaux dont fait partie l’incomparable Musée de l’aviation et de l’espace du Canada, à Ottawa, mais revenons au premier satellite canadien et à son impact sur le CRTD.

Diverses personnes croient en fait que l’ampleur même de ce projet, sans parler des projets de satellites de recherche subséquents, jouent un rôle non négligeable dans le transfert du CRTD et de son personnel au sein du tout nouveau ministère des Communications, en 1969. Mentionné dans des numéros de janvier 2018 et janvier 2020 de notre blogue / bulletin / machin, le Centre de recherches sur les communications voit alors le jour, à Ottawa.

Et le moment est venu de nous dire (taper?) au revoir, jusqu’à la semaine prochaine et la conclusion de notre bref, si, si, bref survol de l’histoire d’Alouette.

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Rénald Fortier