De leurs épées, ils forgeront des socs de charrue; ou, Un bref regard sur la société d’état tchèque Zbrojovka Brno Národní Podnik

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Une publicité de Langlais & Frère Incorporée de Québec, Québec, vantant les mérites du tracteur Zetor 25. Anon. « Publicité – Langlais & Frère Incorporée. » L’Action catholique, 3 mars 1951, 14.

Votre humble serviteur doit avouer s’être creusé les méninges pour trouver un sujet de nature agricole pour ce numéro de notre blogue / bulletin / machin. La grisaille qui affecte notre petit coin de la Voie lactée se fait un tant soit peu pesante.

Cela étant dit (tapé?), je crois avoir trouvé un petit quelque chose dans le numéro du 3 mars 1951 du quotidien L’Action catholique de Québec, Québec, qui pourrait vous intriguer un tant soit peu.

Notre histoire commence en février 1872 avec la création, à Brünn, Empire austro-hongrois, de Erste Brünner Maschinen-Fabriks-Gesellschaft, un fabricant de moteurs à vapeur industriels, par la fusion de Kaiserliche und Königliche priviligierte Maschinenfabrik H.A. Luz et Thomas Bracegirdle & Sohn, des firmes fondées en 1821 et 1844.

Au fil des ans et des décennies, cette importante firme diversifie sa production (turbines à vapeur et chaudières industrielles, moteurs à essence pour automobiles, etc.)

Suite au démembrement de l’Empire austro-hongrois en 1918-19, et à la naissance de la Tchécoslovaquie, Erste Brünner Maschinen-Fabriks-Gesellschaft change de nom, tout comme la ville où elle se trouve. Cela étant dit (tapé?), Prvni Brnènská strojirna Velká Biteš Akciová společnost (PBS) de Brno, Tchécoslovaquie, poursuit son petit bonhomme de chemin.

En 1937, un lourd fabricant d’armes légères tchèque, Československá Zbrojovka Akciová společnost, achète une des usines de PBS, et nous savons toutes et tous laquelle, n’est-ce pas, et…

Soupir… L’usine qui va fabriquer les tracteurs Zetor… Concentrez-vous, ami(e) lectrice ou lecteur, mais revenons à notre récit.

Avant de reprendre le cours du dit récit, votre humble serviteur aimerait mentionner le fait que, en 1926, Československá Zbrojovka complète la mise au point d’une mitrailleuse légère qui compte parmi les meilleures, lire les plus meurtrières, du 20ème siècle, et une arme fabriquée dans son usine de Brno. Cette ZB vz. 26 est à ce point réussie que la British Army adopte une version modifiée de cette arme en 1935.

Cette arme est connue mondialement sous le nom de mitrailleuse légère Bren (BRno et ENfield, Angleterre, les villes où se trouvent les usines de Československá Zbrojovka et de Royal Small Arms Factory). Elle est produite en énorme quantité avant, pendant et après la Seconde Guerre mondiale, au Royaume-Uni, au Canada et en Inde.

En effet, l’Armée canadienne souhaitant comme par le passé standardiser son équipement avec celui de sa grande sœur britannique, tout comme l’Aviation royale du Canada et la Marine royale du Canada d’ailleurs, il va de soi qu’elle adopte elle aussi la mitrailleuse légère Bren.

John Inglis and Company de Toronto, Ontario, paraphe le premier d’une série de contrats de l’Armée canadienne et de la British Army en 1938. Ces contrats sans appel d’offre ou compétition, obtenus par une firme dirigée par James Emanuel Hahn, un homme d’affaires proche du parti au pouvoir, font scandale lorsque le magazine hebdomadaire Maclean’s, le fer de lance de Maclean Publishing Company Limited de Toronto, publie les résultats de recherches effectuées par un adversaire du dit parti au pouvoir.

Une commission d’enquête démontre qu’il n’y a pas eu collusion mais propose la création d’un organisme de surveillance et de contrôle des contrats militaires. Le gouvernement fédéral, alors dirigé par William Lyon Mackenzie « Rex » King, acquiesce.

Le projet de loi sur les achats militaires et le contrôle des profits qu’il dépose en février 1939 limite les profits des fabricants de matériel de guerre à 5 % du capital ayant servi à réaliser les contrats adjugés sans appel d’offre.

Jugeant cette limite par trop sévère, des industriels soulignent que le projet de loi pourrait nuire au programme de réarmement canadien. Les exigences des militaires sont, après tout, élevées et les profits, peu impressionnants. Les gouvernements britannique et américain semblent accepter des marges de profit de 10 et 13 %, par exemple. À n’en pas douter, le marché civil est bien plus profitable. Ces protestations, liées à l’inquiétude de plusieurs officiers hauts gradés, ne donnent aucun résultat. Le gouverneur général, lord Tweedsmuir, né John Buchan, appose sa signature à la Loi sur les achats militaires et le contrôle des profits en juin 1939.

Un Conseil des achats de la défense voit le jour en juillet. Cet organisme placé sous le contrôle du ministère des Finances doit superviser tous les achats militaires canadiens. Pareille centralisation des commandes en matière de défense nationale n’existe ni aux États-Unis, ni au Royaume-Uni. Le président du Conseil des achats de la défense est Robert Charles Vaughan, vice-président, achats et approvisionnements, de la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada.

Dès septembre 1939, et le début de la Seconde Guerre mondiale, pourtant, le gouvernement fédéral reconnaît volontiers, ne serait-ce que derrière des portes closes, que tout ne va pas pour le mieux. Plusieurs firmes canadiennes refusent de fabriquer du matériel de guerre si leur profit annuel est limité à 5 %, une situation honteuse aux dires de députés de la Co-operative Commonwealth Federation (CCF), un parti d’opposition social-démocrate. King et ses ministres doivent cependant tenir compte de la réalité.

La limite sur les profits est annulée par un décret ministériel, suite à l’entrée en vigueur de la Loi sur les mesures de guerre. La CCF s’en inquiète mais en ce qui concerne King et ses ministres, le temps des demi-mesures est passé. Dès lors, les profits accordés aux fabricants de matériel de guerre se comparent à ceux réalisés par l’ensemble des manufacturiers canadiens. Fin de la digression.

Le démembrement de la Tchécoslovaquie, entre septembre 1938 et mars 1939, par l’Allemagne national-socialiste, la Hongrie et la Pologne fait en sorte que l’usine qui nous concerne devient Waffenwerke Brünn. Elle est intégrée à un gigantesque conglomérat de production d’armement connu sous le nom de Aktiengesellschaft Reichswerke « Hermann Göring » à partir d’une date indéterminée.

Très fortement endommagés au moment où l’Allemagne capitule sans condition en mai 1945, les ateliers de Československá Zbrojovka reprennent vie peu à peu. Au moment où l’année prend fin, elle produit des moteurs de motocyclettes et d’automobiles, des machines à peser, des machines à écrire, des boîtes de vitesses pour tracteurs, etc.

C’est pourtant vers une autre direction que les efforts de Československá Zbrojovka se poursuivent. Dans les semaines ou jours qui suivent la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, le gouvernement tchèque souhaite en effet encourager la production d’un petit tracteur de ferme peu coûteux. Československá Zbrojovka et une autre firme se lancent dans l’aventure. Elles doivent apparemment soumettre un prototype en tout au plus 6 mois – un défi de taille.

Les 2 prototypes sont mis à l’essai en novembre 1945. Comme vous vous en doutez sûrement, c’est celui de Československá Zbrojovka, connu plus tard sous le nom de Z-25, qui remporte la compétition.

Les 3 premiers tracteurs de série sont livrés à leurs heureux acheteurs en mars 1946.

Vers juillet / août, la firme adopte officiellement la marque de commerce Zetor (ZET pour Zet, la prononciation de la lettre Z comme dans Zbrojovka en tchèque et OR pour traktor, ou tracteur en tchèque). Remarquez, d’aucuns suggèrent que le mot Zetor dérive en fait du terme ZEmědělský trakTOR, ou tracteur agricole en tchèque.

Un peu plus tard dans l’année, un tracteur Z-25 est en montre à une exposition agricole qui se déroule à Prague, Tchécoslovaquie.

Československá Zbrojovka commence à exporter des tracteurs dès 1947. Ses clients se trouvent alors en Belgique, Danemark, Irlande et Pologne. Une partie de l’outillage utilisé pour les produire provient d’usines d’armement souterraines crées en Tchécoslovaquie par l’Allemagne national-socialiste pendant la Seconde Guerre mondiale.

Československá Zbrojovka devient Zbrojovka Brno Národní Podnik suite au coup d’état orchestré par le parti communiste tchécoslovaque, ou Komunistická strana Československa en février 1948, avec l’aide du gouvernement de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS).

Si le nombre de tracteurs produit annuellement augmente année après année, la production d’autres items (moteurs de motocyclettes, machines à écrire, armes légères, etc.) ne permet pas à la firme d’en livrer autant que d’aucuns souhaitent.

Il est à noter que Zbrojovka Brno ouvre un centre de recherche en 1954. Un centre de recherche binational tchéco-polonais, le Československo-polski výzkumné stŕedisko traktoru, voit le jour par la suite, en 1961.

Consciente que la mise au point et la production de pneus adaptés au travail agricole ne sont font pas aussi vite que prévus, Zbrojovka Brno lance un tracteur à chenilles en 1956. Celui-ci n’est pas produit en grade quantité.

Au moment où prennent fin les années 1950, Zbrojovka Brno livre des tracteurs dans des pays aussi éloignés que l’Irak, le Ghana et la Birmanie (Myanmar actuelle).

Conscient du souhait exprimé par divers pays en voie de développement, Zbrojovka Brno aide la Birmanie, l’Inde et l’Irak à ériger des usines d’assemblage. L’une d’entre elles au moins entre en fonction dès 1964. Une firme d’état irakienne pour les industries mécaniques commence en fait à fabriquer des tracteurs Zetor en 1970. Une firme indienne, Hindustan Machine Tools Limited, fait de même l’année suivante.

Vers la fin des années 1950, Zbrojovka Brno devient un des premiers, sinon le premier fabricant de tracteurs au monde à produire des séries unifiées de véhicules utilisant des pièces communes.

En 1968, la société d’état tchèque lance sa seconde série unifiée, une série qui comprend de nombreuses innovations :

- un compresseur d’air, fort utile pour le gonflement des pneus de tracteurs,

- un réservoir d’eau chauffée par le moteur, fort utile pour lavage des mains du conducteur, et

- une cabine comprenant un système de protection contre les renversements, un isolement sonore efficace et des isolateurs de vibrations, fort utiles pour la sécurité et le confort du conducteur.

Ces nouveaux tracteurs soulèvent un réel intérêt de par le monde.

La création du susmentionné centre de recherche tchéco-polonais donne naissance à une collaboration entre Zbrojovka Brno et le fabricant de tracteurs polonais, la société d’état Zakłady Mechaniczne « Ursus. » Le premier tracteur créé grâce à ces efforts entre en production en 1965. Un autre suit en 1969, et…

Vous avez une question qui vous brûle les lèvres, ami(e) lectrice ou lecteur. Si, si, ne le niez pas. Quand les tracteurs Zetor font-ils leur entrée au Canada, dites-vous? Par une remarquable coïncidence, nous y arrivons.

Soucieuse, comme vous le savez déjà, d’accroître ses production et clientèle, Zbrojovka Brno contacte diverses personnes et organisations de par le monde. Langlais & Frère Incorporée de Québec devient le distributeur exclusif pour le Canada de ses tracteurs Zetor au plus tard au cours de l’hiver 1950-51.

Langlais & Frère voit le jour en mars 1946. Cette firme qui semble se spécialiser dans le chauffage et la ventilation compte 3 co-fondateurs, une paire de frères jumeaux, les négociants et industriels Hormidas et Wilbrod Langlais, ainsi que l’avocat et officier de marine (civile? militaire?) Louis Langlais. Langlais & Frère semble succéder à Langlais & Frère Enregistrée.

Né en septembre 1890, Hormidas Langlais est un personnage fort intéressant. Député des Îles de la Madeleine à l’Assemblée législative de la province de Québec entre 1936 et 1962, un coin de pays où il est parachuté par son parti, il est souvent surnommé le « père des îles. » Au fil des ans, Langlais parvient en effet à obtenir de son chef, Maurice Le Noblet Duplessis, la construction d’un hôpital, d’écoles et d’entrepôts frigorifiques pour le poisson, sans parler d’un aéroport. C’est par ailleurs en bonne partie grâce à lui que le réseau routier de l’archipel est pavé. Langlais meurt en avril 1976, à l’âge de 85 ans.

Un personnage mais pas nécessairement un gentilhomme, Duplessis est mentionné dans quelques / plusieurs numéros de notre blogue / bulletin / machin depuis janvier 2018.

Compte tenu de l’anticommunisme virulent, pour ne pas dire excessif, de Duplessis, votre humble serviteur se demande comment le « Chef » réagit lorsqu’il apprend qu’un de ses hommes, pis encore le whip de son parti à l’Assemblée législative de la province de Québec, brasse des affaires avec une société d’état tchécoslovaque.

De fait, il est à noter que les tracteurs Zetor ne semblent pas être mentionnés dans la presse quotidienne ou la presse spécialisé du Québec au cours des années 1950 et 1960. Langlais & Frère peut avoir échoué dans sa tentative de lancer ces véhicules sur les marchés québécois et canadien, mais revenons à nos jumeaux.

Moins connu que son frère, Wilbrod Langlais naît évidemment lui aussi en septembre 1890. Il compte parmi les principaux promoteurs d’un projet de tunnel de 4 kilomètres (2.5 milles) sous le fleuve Saint-Laurent, entre les villes de Québec et Lévis, Québec. De fait, il participe à la cérémonie de signature d’un contrat de construction, en mai 1954. Des investisseurs américains ayant décidé de se retirer du projet, le tunnel Champlain n’est pas construit. Quelques / plusieurs autres projets de tunnel subissent le même sort au cours des 65 dernières années, dont un défendu par Langlais, en 1969. Ce dernier meurt en septembre 1982, à l’âge de 92 ans, mais revenons à la présence de tracteurs Zetor au Québec.

Fin mai 1958, Gordon Minto Churchill, ministre du Commerce et chef du gouvernement à la Chambre des communes, à Ottawa, Ontario, inaugure la seconde Foire internationale de Montréal, au Palais du Commerce de Montréal, Québec – un édifice qui n’existe plus. Quinze ou 16 pays / territoires exposent pendant 10 jours (30 mai au 8 juin), dans environ 240 kiosques, une variété de produits qui vont des livres aux poutres d’acier.

Curieusement, le gouvernement américain fait exception à la règle en ne présentant pour ainsi dire aucun exemple de production industrielle. Soucieux d’impressionner, il préfère faire œuvre de propagande du genre « L’armée américaine, un gage de paix. » Le dit gouvernement présente un certain nombre de films, une fusée ou missile et, si votre humble serviteur peut citer Le Devoir, un quotidien respecté de Montréal, « une piteuse réplique en carton-pâte de l’Explorateur III. » Un commentaire un peu méchant si je peux me permettre un commentaire.

Comme vous le savez sûrement, fana d’astronautique que vous êtes, Explorateur III est en fait Explorer III, le troisième satellite placé en orbite par les États-Unis, en mars 1958, et détruit lors de son retour dans l’atmosphère, en juin de cette même année.

De fait, la réplique qui nous concerne peut, je répète peut, être la première réplique / reproduction d’un satellite américain à être exposée hors des États-Unis.

Deux techniciens de la United States Army répondent, en anglais seulement, aux questions qui leur sont posées par les personnes qui visitent la foire pendant en soirée. Certaines de ces questions s’avèrent un tant soit peu embarrassantes. Au moins 25 jeunes Canadiens souhaitent en effet obtenir des informations sur les conditions d’enrôlement dans la United States Army.

Une des personnes qui reluque Explorer III le 30 mai est nul autre que l’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de l’URSS. Dimitri Stepanovitch Chouvakhine arbore, dit-on, un sourire un tant soit peu condescendant. Explorer III est plutôt petit, ajoute-t-il. Ne l’oublions pas, si Explorer III pèse environ 14 kilogrammes (31 livres), les satellites soviétiques lancées jusqu’alors, Spoutnik 1, Spoutnik 2 et Spoutnik 3, font pencher la balance à environ 85, 508 et 1 327 kilogrammes (environ 185, 1 120 et 2 926 livres). Plutôt petit en effet. Et non, je ne suis pas un espion soviétique / russe.

Et non, Madame et Monsieur Tout-le-Monde n’ont pas accès au Palais du Commerce en cours de journée, une période réservée aux transactions commerciales.

Cela étant dit (tapé?), certaines activités commerciales, ou para-commerciales, se déroulent également en soirée. Il suffit de songer à la présentation de films sur les aéronefs et missiles français, début juin, à des représentants de l’industrie aéronautique canadienne, dans les bureaux du conseiller commercial français en poste à Montréal.

Croiriez-vous que la Tchécoslovaquie occupe un plus grand espace à l’édition 1958 de la Foire internationale de Montréal que tout autre pays, y compris les États-Unis? C’est pourtant vrai. Si les États-Unis viennent apparemment à Montréal pour épater la galerie en illustrant les progrès technologiques de la United States Army, la Tchécoslovaquie vient dans la métropole du Canada pour vendre ses produits – une approche curieusement capitaliste si je peux me permettre un bref commentaire.

Pas moins de 5 automobiles fabriquées par Automobilové Závody Národní Podnik, une société d’état mentionnée dans des numéros de mars 2019 et janvier 2020 de notre blogue / bulletin / machin, sont en montre au Palais du Commerce. Et oui, comme vous vous en doutez, les hommes d’affaires, sans parler des Montréalaise et Montréalais qui visitent la foire, peuvent également voir un magnifique tracteur Zetor. À cette époque, les représentants du gouvernement tchèque se font fort d’indiquer aux journalistes que les tracteurs produits par Zbrojovka Brno sont très populaires en Europe de l’Est et en Extrême-Orient.

Les magnifiques tissus et verreries tchèques attirent toutefois davantage de regards. Il suffit de songer aux exemplaires de services produits pour la famille royale britannique, tant pour la reine Victoria, née Alexandrina Victoria de la maison Hanover, que pour la reine Elizabeth II, née Elizabeth Alexandra Mary de la maison Windsor, mais revenons à nos tracteurs.

Informée des recommandations du rapport de la Commission royale d’enquête relative aux machines agricoles déposé à la Chambre des communes canadienne en janvier 1970, Zbrojovka Brno espère pouvoir introduire ses tracteurs sur le marché canadien.

La dite commission, présidée depuis sa création, en 1966, par Clarence Lyle Barber, un professeur d’économie à l’Université du Manitoba et le seul membre de la dite commission en fait, dénonce en effet les prix exagérés des tracteurs importés au pays par des multinationales américaines. Les fermiers britanniques ne payent certes pas aussi cher. Les espoirs de Zbrojovka Brno ne se concrétisent toutefois pas.

De fait, les recommandations de la commission Barber semblent être largement ignorées par le gouvernement dirigé par Joseph Philippe Pierre Yves Elliott Trudeau, un personnage mentionné à quelques reprises dans notre vous savez quoi depuis juin 2019.

Ce n’est qu’en 1976 que les tracteurs de la société d’état tchèque font leur entrée au Canada. Ces véhicules semblent être importés sous la gouverne de la division des tracteurs de la filiale canadienne de Saint-Laurent, Québec, et Rexdale, Ontario, d’un organisme tchèque œuvrant dans le domaine du commerce international, Podniků Zahraničniho Obchodu Motokov. Motokov Canada Limited peut compter sur des entrepots situés à Halifax, Nouvelle-Écosse, et Calgary, Alberta, et / ou à Montréal et Toronto.

En 1993, Motokov Canada peut compter sur non moins de 20 concessionnaires au Québec.

Cette même année, la Tchécoslovaquie se scinde en 2 pays distincts, la République tchèque et la Slovaquie. La production de certains modèles de tracteurs Zetor, amorcée en 1973 par la société d’état slovaque Závody Těžkého Strojárstva, se poursuit.

Soit dit en passant, c’est en 1983 que les tracteurs de la société d’état tchèque font leur entrée aux États-Unis. Et oui, le très conservateur Ronald Wilson Reagan, un personnage anti-communiste mentionné dans un numéro de mai 2019 de notre vous savez quoi, occupe alors la Maison blanche, mais revenons en 1993.

C’est cette année-là que Zetor Akciová společnost signe un contrat avec le géant américain Deere & Company ayant pour objectif la livraison de tracteurs en Amérique latine. Ces véhicules sont assemblés au Mexique par Industrias John Deere Sociedad anónima de capital variable. En contrepartie, la société tchèque s’engage à ne plus vendre de tracteurs en Amérique du Sud.

Avant que je ne l’oublie, croiriez-vous que Zbrojovka Brno et Deere & Company signent un accord similaire au cours des années 1960? Le dit accord est toutefois vite abandonné.

Détail intéressant, en 1997, la firme brésilienne Agrale Sociedade anónima signe un contrat similaire avec Zetor ayant pour objectif, vous l’aurez deviné, la livraison de tracteurs, et…

Qu’avez-vous, ami(e) lectrice ou lecteur? Vous semblez perplexe. Ah, votre humble serviteur s’excuse. J’aurais dû mentionner que, suite à l’effondrement du bloc soviétique en 1989-91, notre société d’état tchèque est privatisée, ce qui explique le nouveau nom mentionné ci-haut. Une banque tchèque, Konsolidační Banka, devient ainsi un des principaux propriétaires de Zetor.

En 1998, une firme tchèque, Motokov Akciová společnost, se porte acquéreur des intérêts de Konsolidační Banka dans Zetor. De très sérieux problèmes financiers entrainent toutefois la fin de la production de tracteurs. De fait, Motokov doit retourner les intérêts récemment acquis à la banque.

Quoiqu’il en soit, la production de tracteurs reprend en 1999, avec des séries destinées à 2 marchés distincts, l’Amérique du Nord et l’Europe d’une part, et la Russie et l’Afrique d’autre part.

Une société d’investissements slovaque, HTC holding Akciová společnost, une filiale de BC FIN Akciová společnost, une firme slovaque impliquée dans bien des secteurs, se porte acquéreur des intérêts du gouvernement tchèque dans Zetor, en 2002, sauvant ainsi la firme de la faillite. Cela étant dit (tapé?), le tiers du personnel est remercié au cours de la restructuration de la firme.

Le choc financier de 2008-09 amène HTC et BC FIN à envisager la possibilité de vendre Zetor. Un retour à la normale plus rapide que prévu fait en sorte que les firmes slovaques décident d’abandonner cette idée.

Croiriez-vous que, en 2015, la direction de Zetor demande à Carrozzeria Pininfarina Società per Azioni, sans doute le Léonard de Vinci de la carrosserie automobile et une firme automobile italienne de renommée mondiale mentionnée dans des numéros d’octobre 2018, mars 2019 et janvier 2021 de notre blogue / bulletin / machin, de lui proposer un look nouveau pour ses tracteurs? Le dit look lui plaît. Depuis lors, quelques / plusieurs modèles de tracteurs Zetor comptent parmi les plus sexys de la planète.

Soit dit en passant, Zetor peut compter sur 7 concessionnaires au Québec en 2015.

Vers 2017-18, Zetor conclut un accord avec Aktsionernoye Obshchestvo Kovrovskiy Elektomeknanicheskiy Zavod, une filiale de Aktsionernoye Obshchestvo Vysokotochnye Kompleksy, elle-même filiale d’un géant industriel russe au tant tout aussi gigantesque, Gosudarstvennaya Korporatsiya po Sodeystviyu Razrabotke, Proizvodstvu i Eksportu Vysokotekhnologichnoy Promyshlennoy Produktsii « Rostekh. » Le dit accord vise l’assemblage de tracteurs Zetor en Russie.

Zetor demeure en affaires au début de 2021, et…

Šťastné 75. výročí, Zetore!

Prenez soins de vous et de vos proches, ami(e)lectrice ou lecteur. À la revoyure.

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Rénald Fortier