A B C Abécédaire. Viens avec nous autour de la Terre : L’émission de télévision éducative pour enfants Tour de Terre de la Société Radio-Canada

Une scène croquée lors du lancement du Jeu de l’électricité par Éditions Héritage Incorporée, Montréal, Québec, 6 novembre 1968. Anon., « –. » Le Devoir, 6 novembre 1968, 11.

Bon matin, bonne journée ou bonne soirée, ami(e)lectrice ou lecteur. Votre humble serviteur ose espérer que tout va bien dans votre petit coin de notre galaxie.

N’étant pas certain que votre connaissance encyclopédique du monde qui nous entoure vous permet d’identifier les personnes qui se trouvent sur la photographie ci-haut, permettez-moi de citer sa légende :

Un nouveau jeu pour vos enfants, un jeu qui répond à leurs questions, enfin un jeu conçu au Québec à l’intention de nos enfants. Lancé [au cours de la soirée du 5 novembre 1968] par les Éditions Héritage, le « jeu de l’électricité » est né au cours d’une série d’émissions diffusées tous les vendredis à la télévision de Radio-Canada. Il s’agit en quelque sorte d’une encyclopédie qui se présente sous les aspects d’un jeu auquel peuvent participer tout autant les parents que les enfants. Les deux animateurs de cette série d’émissions appelées TOUR DE TERRE étaient Lise Lasalle et Jean Besré que l’on voit sur [la photographie ci-dessus] en compagnie de M. Jean Conjusteau, superviseur du service de l’exploitation [des produits dérivés] à Radio-Canada et M. Roger Provost, chef de la publicité de l’Hydro-Québec [ou Commission hydroélectrique du Québec]. Dès cette semaine, le « jeu de l’électricité » qui comprend une grille numérotée représentant tantôt certaines réalisations de l’Hydro-Québec (comme la Manicouagan) tantôt des contraventions tantôt des conseils à la prudence à observer dans l’utilisation de l’électricité, sera en vente dans les grands magasins et boutiques de jouets. Les parents pourront l’obtenir nous dit-on pour moins de $4. C’est un jeu de société à la portée des 7 à 77 ans.

Soit dit en passant, le 4 $ de 1968 correspond à presque 30 $ en 2020.

Il est à noter qu’au moins certains exemplaires du Jeu de l’électricité sont produits en version bilingue, baptisée Jeu de l’électricité / Electricity Game.

Conçu conjointement par la Commission hydroélectrique du Québec (Hydro-Québec), les susmentionnées Éditions Héritage Incorporée et les Éditions Radio-Canada, avec une bonne contribution de la scénariste hors pair aux réel talents de vulgarisatrice de Tour de Terre, Réjane Charpentier, le dit jeu se joue avec un dé et des pions en forme de lettre Q, le symbole de la société d’état québécoise.

Il s’agit d’un jeu simple mais de bonne qualité pour l’époque. Accessible aux personnes de tous âges, il est porté par un épais cartonnage et illustré de belle manière, en couleurs.

La version bilingue du Jeu de l’électricité. Hydro-Québec.

La version bilingue du Jeu de l’électricité. Hydro-Québec.

Et oui, vous avez bien raison. Nous avons rencontré la rivière Manicouagan, au Québec, par le biais d’un barrage hydroélectrique quasi-mythique au cours des années 1960 et 1970, Manic-5, rebaptisé par la suite barrage Daniel-Johnson, dans des numéros de janvier 2019 et septembre 2020 de notre blogue / bulletin / machin.

La référence aux Homo sapiens de 7 à 77 ans, quant à elle, s’inspire du slogan publicitaire hyperconnu de l’hebdomadaire illustré belge et français Tintin, le « journal des jeunes de 7 à 77 ans » – une publication quasi-mythique mentionnée dans des numéros de juillet 2018, septembre 2018 et mars 2019 de notre vous savez quoi.

Vous aurez par ailleurs sans doute noté que la date de publication de la photographie ci-dessus, le 6 novembre 1968, dans un quotidien respecté de Montréal, Québec, Le Devoir, ne correspond en rien avec la date de mise en ligne de cet article, en décembre 2020. Je n’ai aucune intention de m’en excuser. Nenni. En fait, l’article de cette semaine de notre blogue / bulletin / machin est un petit cadeau de Noël que j’ai l’audace non contenue de m’offrir en ces temps difficiles, mais revenons à notre récit.

Mes souvenirs de la période allant de 1964 à 1973 étant aussi limpides qu’une stout par une nuit sans Lune, je ne sais pas jusqu’à quel point j’étais un téléspectateur assidu de Tour de Terre. Sauf erreur, j’ai vu de fort nombreux épisodes, et…

Que dites-vous, ami(e)lectrice ou lecteur? Vous n’avez jamais entendu parler de Tour de Terre? Choc et consternation.

Comme vous le savez maintenant, Tour de Terre est / était une émission éducative hebdomadaire (samedi ou vendredi) de télévision pour enfants de 4 à 12 ans, dit-on, une encyclopédie télévisuelle en quelque sorte, où la science et la technologie tiennent une place primordiale, diffusée en épisodes de 30 minutes, au Québec, entre janvier 1964 et septembre 1973, je pense, en reprise peut-être, par le radio télédiffuseur d’état canadien, la Société Radio-Canada. À quelques épisodes près, diffusés en 1968, Lise Lasalle et Jean Besré, épouse et époux dans la vie de tous les jours, sont les seules animatrice et animateur de ce classique de la télévision québécoise.

Croiriez-vous que Lasalle complète 3 années d’études en médecine à l’Université de Montréal avant d’amorcer une carrière théâtrale et télévisuelle? Elle a 29 ans lorsque le premier épisode de Tour de Terre passe en ondes. Besré en a 27.

Soit dit en passant, Besré joue le rôle d’un reporter mondialement connu sur les ondes d’une station radiophonique montréalaise de la Société Radio-Canada. Le premier épisode de Tintin au Tibet est diffusé en octobre 1962. Il y a 5 épisodes de 15 minutes par semaine. Le format passe par la suite à un épisode hebdomadaire de 30 minutes. Le dernier épisode des albums ainsi diffusés passe en ondes en mars 1965. Le titre du 16ème et dernier album diffusé par la Société Radio-Canada? On a marché sur la Lune.

Comme vous le savez fort bien, le héros de bande dessinée qu’est Tintin est mentionné à plusieurs reprises dans notre vous savez quoi depuis juillet 2018.

Au fil des ans, l’équipe de Tour de Terre, dirigée par le réalisateur Gilles Sénécal, un spécialiste des émissions pour enfants, aborde des douzaines et des douzaines de sujets, des insectes à la vision et aux cerfs-volants en passant par le soleil, la tomate, le téléphone et le pétrole. Elle le fait par le biais de modèles, images, graphiques, dialogues, décors, chansons et bricolages originaux et bien adapté(e)s à une clientèle qui adore tant Lasalle que Besré. Le succès de la série doit beaucoup au talent et au labeur de la susmentionnée Charpentier.

Le sujet d’un concours de dessin qui se déroule un peu après le milieu des années 1960, ou vers la fin de la décennie, occupe une place particulière dans l’esprit empoussiéré de votre humble serviteur. Lasalle et Besré demandent alors aux jeunes téléspectatrices et téléspectateurs de concevoir un camion. Les meilleurs dessins reçus par l’équipe seraient placés sur un mur et montrés lors d’un épisode subséquent de l’émission.

Fana d’aviation dès cette époque lointaine, si, si, je l’avoue sans honte, j’imagine un camion utilisé pour l’entraînement des pilotes. Lorsque j’ai demandé à ma mère de placer le dit dessin dans une enveloppe et de le poster, elle a indiqué clairement qu’elle n’était pas impressionnée par mon œuvre, qui était par trop mal foutue. Je présume ne pas avoir été très content mais j’ai quand même redessiné mon camion, avec une règle et un ou deux machins circulaires quelconques pour dessiner les roues. Ma mère a approuvé cette seconde mouture.

Quelques semaines plus tard, lors de la présentation des dessins jugés les plus intéressants par l’équipe de Tour de Terre, imaginez ma surprise lorsque j’ai vu mon dessin et entendu mon nom. À entendre et voir ma réaction, ma mère doit sérieusement se demander si son rejeton est devenu complètement dingue. Enfin, passons.

La mémoire étant une faculté qui oublie, et je n’oserais certes pas jurer sur une pile de volumes de Jane’s All the World ‘s Aircraft que mes souvenirs sont exacts, votre humble serviteur a, sauf erreur, reçu un prix par la poste quelques semaines après ce jour heureux.

En quoi consiste ce prix, ami(e)lectrice ou lecteur? Un exemplaire du Jeu de l’électricité, dites-vous? C’est bien ce que je pense, je pense.

Mes parents ont donné, il y a bien longtemps, à une œuvre de charité, j’espère, cette copie du Jeu de l’électricité, qui a trôné dans une armoire pendant plusieurs années. J’ose espérer qu’au moins une jeune personne l’utilise avant qu’elle ne soit envoyée au recyclage.

C’est lors de l’épisode du 27 novembre 1965 de Tour de Terre que Lasalle et Besré introduisent leur auditoire au jeu de l’électricité, offert gratuitement aux jeunes Québécoises et Québécois par Hydro-Québec. Le dit épisode est en fait le premier d’une série de 4 épisodes consacrée à l’électricité. Lasalle et Besré y initient leur auditoire aux mystères de l’électricité. Elle et il leur enseignent par ailleurs 7 règles de base de sécurité à utiliser en tous temps lorsqu’elles et ils recourent à cette forme d’énergie.

Le sujet de cette courte série est d’autant plus d’actualité qu’une panne de courant survenue plus tôt en novembre a affecté environ 30 millions de personnes vivant au Québec, en Ontario et dans 8 états américains, et ce pendant environ 13 heures dans certains cas. La dite série est-elle une conséquence directe de la dite panne? Je n’en sais rien, mais je dois avouer en douter un peu.

Et non, ce ne sont pas des objets volants non-identifiés (OVNI) qui ont causé la dite panne. Cela étant dit (tapé?), cette panne peut avoir causé des phénomènes lumineux interprétés comme étant des OVNI. Longue vie et prospérité.

L’événement qui doit être lié au début de la série de 4 épisodes de Tour de Terre est l’inauguration, le 29 novembre 1965, par le premier ministre du Québec, Jean Lesage, un gentilhomme mentionné à quelques reprises dans notre blogue / bulletin / machin depuis juillet 2018, de la première ligne de très haute tension (735 000 volts!) qui relie le complexe hydroélectrique de la susmentionnée rivière Manicouagan, alors en construction, au reste du Québec.

Aucun autre réseau de transmission au monde ne possède des lignes ayant une telle tension. De nombreux ingénieurs étrangers, mais aussi canadiens (anglais?), doivent reconnaître que les doutes exprimés au sujet de la compétence des équipes d’Hydro-Québec n’étaient pas fondés, mais revenons à notre sujet.

C’est avec tristesse que je dois mentionner que Lasalle meurt en octobre 1979. Elle n’a que 45 ans. Besré et Sénécal, quant à eux, quittent ce monde en mars et février 2001, à l’âge de 64 et 74 ans.

Permettez-moi de saluer leur mémoire en vous offrant un épisode de Tour de Terre.

Et si la musique jouée au début de la vidéo vous dit quelque chose, c’est que vous l’avez probablement entendue dans le dessin animé américain Le clapier de Séville, un classique arrivé en salles, en anglais, en décembre 1950, il y a 70 ans, oh heureuse coïncidence, qui met en vedette Bugs Bunny et Elmer Fudd. Le dit dessin animé se moque gentiment de Il barbiere di Siviglia, ossia L’inutile precauzione, un opéra-bouffe dont la première a lieu en février 1816 composé par un compositeur né dans ce qu’on appelle alors le Status pontificius, ou états pontificaux, aujourd’hui en Italie, Gioachino Antonio Rossini.

Je vous verrai dans le futur.

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Rénald Fortier