Le Québec / Canada et le satellite le plus simple, le vaisseau spatial PS-1, autrement dit Spoutnik I : Un survol de ce qui se publie dans la presse québécoise francophone entre les 5 et 12 octobre 1957, partie 2

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Le satellite le plus simple ou vaisseau spatial PS-1, autrement dit Spoutnik I, un peu avant son lancement, septembre 1957. NASA.

Bien le bonjour, ami(e) lectrice ou lecteur fasciné(e) par l’astronautique. Souhaitez-vous amorcer, sans plus attendre, la lecture de cette seconde partie du texte sur le premier satellite artificiel, Spoutnik I, qui nous préoccupe en ce jour? Deux petites secondes, vous dites? Je vous en donne trois… Une, deux…

Le 8 octobre 1957, les lectrices et lecteurs de La Patrie, un quotidien de Montréal, Québec, apprennent que des chercheurs du Laboratoire de radiophysique du Centre de recherches sur les télécommunications de la défense du Conseil de recherches pour la défense, un organisme fédéral, à Ottawa, Ontario, détectent des signaux radios du satellite soviétique dès la soirée du 5 octobre. La dépêche mentionne la source de cette information, un porte-parole du dit laboratoire, James C.W. « Jim » Scott. Le satellite est détecté non moins de 17 fois entre les 5 et 7 octobre, dit-il. Les chercheurs canadiens parviennent à capter des signaux pendant 25 minutes au cours d’un des passages de la mini-lune artificielle. Il est à noter que, ne disposant pas de données précises sur l’orbite du satellite, les chercheurs canadiens ne savent pas où il se trouve à un quelconque moment.

Et oui, le Conseil de recherches pour la défense est mentionné à quelques reprises dans notre blogue / bulletin / machin savez quoi depuis décembre 2018.

Fort de certains commentaires plus ou moins directs de Scott, le journaliste qui parle avec lui pense que, sans le vouloir évidemment, le satellite soviétique pourrait aider des chercheurs canadiens et américains du domaine de la défense. Pour être captés sur Terre, ses signaux doivent en effet traverser l’ionosphère, une région de l’atmosphère qui affecte sérieusement les télécommunications et, vous l’aurez deviné, les systèmes de détection de missiles balistiques intercontinentaux à ogive (thermo)nucléaire de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) qui peuvent être lancés un jour vers l’Amérique du Nord. À cet égard, le satellite soviétique est plus utile que ne le serait celui que les États-Unis prévoient lancer. En effet, celui-ci ne survolerait pas le Canada.

Il est à noter que L’Action catholique et Le Progrès du Saguenay, 2 quotidiens de Québec, Québec, et Chicoutimi, Québec, publient de gros articles dérivés de l’article rédigé par le vice-président du Conseil de recherches pour la défense pour un grand quotidien, Toronto Daily Star de Toronto, Ontario. John Edgar Keyston se dit convaincu qu’un être humain, d’accord, d’accord, un Homo sapiens mâle, nous sommes en 1957 ne l’oublions pas, va marcher sur la Lune avant la fin du 20ème siècle.

Keyston ajoute que le défi lancé par le satellite soviétique, qui représente en fait une première étape vers des voyages interplanétaires, va faire en sorte que ce premier être humain ne sera pas un citoyen de l’URSS. Votre humble serviteur ne pense pas que Keyston croit que cet être humain sera Canadien. Il sera selon toute vraisemblance Américain.

Comme vous le savez, les prédictions du chercheur britanno-canadien s’avèrent exactes. Deux gentilshommes américains mentionnés dans des numéros de juin, juillet et septembre 2019 de notre blogue / bulletin / machin, Neil Alden Armstrong et Edwin Eugene « Buzz » Aldrin, Junior, foulent ce sol lunaire où la main de l’homme n’a jamais mis le pied en juillet 1969.

Cela étant dit (tapé?), pour Keyston, la grande conclusion à tirer du lancement du satellite soviétique tient au fait que la forte avance que les pays occidentaux ont sur l’URSS en 1945 en matière de technologie militaire et dans presque tous les domaines liés aux sciences appliquées n’existe plus en 1957. Pis encore, l’URSS est un peu en avance dans certains cas.

Si votre humble serviteur peut se permettre un bref commentaire, je ne suis pas convaincu que les chars de combat principaux des États-Unis et du Royaume-Uni largement utilisés en 1945 sont fortement en avance sur ceux de l’URSS. Comme Jean-René Chotard, un de mes professeurs d’histoire à l’Université de Sherbrooke, à Sherbrooke, Québec, ma ville natale, le dit un jour, il y a bien longtemps, les chars soviétiques, c’est quelque chose. Étant fort attaché à mes vieux os, figurativement et littéralement, j’aurais été beaucoup plus confortable, figurativement mais pas littéralement dans ce cas-ci, à bord d’un T-34 soviétique qu’à bord d’un Medium Tank, M4, Sherman américain ou d’un Tank, Cruiser, Mark VIII, Cromwell britannique si j’étais tombé sur un Panzerkampfwagen V Panther ou, pis encore, un Panzerkampfwagen VI Tiger.

Dans un tout autre ordre d’idée, toujours le 8 octobre, La Patrie publie un poème satirique dont l’auteur utilise le nom de plume de Le Guetteur.

Moscou a joué aux boules

Et a lancé son satellite

Que voilà une « bibitte »

Qui a fait jaser la foule.

Premier palier vers la Lune,

La « bébelle » des Soviets,

Un monstrueux jouet,

Comble dit-on une lacune.

Comme si les millions d’étoiles

Au beau ciel bleu parsemées par Dieu

Ne suffisent pas aux cieux.

On y ajoute nouvelle étoile.

Cette petite sphère de fer blanc

Qui dans les grands espaces

Passe et repasse

Timide, emportant dans son flanc

Un message pour les humains

Une voix venant de l’éther

Qui de plus en plus se perd

Et disparaîtra demain.

Il ne faut pas bouder la science

Mais il faut bouder l’orgueil,

Et ceux qui sur le seuil

Des infinis ont lancé lourds d’impatience

La « bébelle » rouge que voilà

L’ont annoncé aux quatre coins du globe

En oubliant, que ce microbe

Ce misérable engin, cet appât,

Autre forme de propagande,

Ne roule maintenant dans la nuit

Que par la permission de Celui

Qui a tout créé, même la « bande »

Qui règne à Moscou

Et qui, si elle ne s’humilie

Et à Lui ne se fie,

Ira à casse-cou.

Concluons… ce survol du 8 octobre, ahh, je vous ai eu! Concluons ce survol, dis-je, avec une photographie du radio amateur torontois R. Gilbert « Gil » Stevens, un des premiers radios amateurs canadiens ayant capté les signaux du satellite artificiel soviétique. La dite photographie est publiée par Le Progrès du Saguenay.

Le radio amateur torontois R. Gilbert Stevens. Anon., « – . » Le Progrès du Saguenay, 8 octobre 1957, 1.

Le radio amateur torontois R. Gilbert Stevens. Anon., « – . » Le Progrès du Saguenay, 8 octobre 1957, 1.

Le radio amateur torontois Cecil Ludlow. Anon., « – . » Le Nouvelliste, 9 octobre 1957, 10.

Le radio amateur torontois Cecil Ludlow. Anon., « – . » Le Nouvelliste, 9 octobre 1957, 10.

Commençons notre survol du 9 octobre avec une autre photographie d’un radio amateur torontois. La dite photographie paraît dans Le Nouvelliste, un quotidien de Trois-Rivières, Québec. Elle montre Cecil Ludlow avec le magnétophone qu’il utilise pour enregistrer les signaux du satellite soviétique.

Croiriez-vous que cette photographie est également publiée dans le numéro de janvier 1958 de Practical Wireless? Mieux encore, croiriez-vous que le rédacteur en chef de ce magazine mensuel britannique pour radios amateurs, Frederick James Camm, est un frère cadet de Sydney Camm, un des plus fameux ingénieurs aéronautiques du 20ème siècle, l’ingénieur, dis-je, derrière des aéronefs connus entre tous tels que le Hawker Hart, le Hawker Hurricane, le Hawker Sea Fury et le Hawker Siddeley Harrier.

Et oui, la phénoménale collection du Musée de l’aviation et de l’espace du Canada, à Ottawa comprend un Hurricane, un Sea Fury et un Harrier, un AV-8 Harrier plus précisément, ainsi qu’un Hawker Hind, une version améliorée du Hart, mais revenons à notre histoire.

Le 9 octobre, alors qu’ils survolent la région de Vancouver, Colombie-Britannique, à une altitude d’environ 5 500 mètres (18 000 pieds), ce qui passablement haut pour un avion léger / privé de l’époque, un pilote et un photographe aperçoivent, un peu avant 5 heures 30 minutes, heure locale, un objet ressemblant à une étoile qui file dans le ciel. Le dit objet n’est visible que pendant 3 secondes environ. Était-ce le satellite soviétique? Je n’en sais rien.

Habituellement bien informé, le quotidien montréalais Le Devoir commet une bourde de taille dans son édition du 9 octobre, en annonçant, en première page et en gros titres, que « L’URSS lance un deuxième satellite. » D’autres quotidiens, Le Nouvelliste (« Un autre satellite russe »), de même que La Tribune (« La Russie lance un autre satellite ») de Sherbrooke, par exemple, commettent la même erreur.

Comme il est dit (tapé?) plus haut, l’URSS ne lance en effet son second satellite qu’en novembre 1957. La direction des quotidiens errants semble avoir mal interprété des informations selon lesquelles la fusée qui a placé le premier satellite en orbite, ou au moins un élément de la dite fusée, circule également autour de la Terre à grande vitesse.

Faisant preuve d’un peu plus d’exactitude, l’influent quotidien montréalais La Presse mentionne, dans un des articles consacrés au satellite soviétique de son édition de ce même 9 octobre, que des observateurs de la United States Army stationnés à la Base de lancement de fusées de recherche de Churchill, non loin de Churchill, Manitoba, parviennent à l’observer le 8 octobre pendant environ 2 minutes, à l’aube ou au crépuscule je ne saurais dire.

La présence de militaires américains à la Base de lancement de fusées de recherche de Churchill n’a rien de surprenant. Cette base est en effet construite par la United States Army, en 1956, sous l’égide du susmentionné Conseil de recherches pour la défense. Des équipes canadiennes et américaines qui se trouvent alors à Churchill effectuent des travaux liés à l’Année géophysique internationale, une période de plus d’une année mentionnée dans la première partie de cet article.

Mentionnons au passage que Peter S. Beadle, le directeur du Laboratoire du nord de recherches pour la défense du Conseil de recherches pour la défense, à Churchill, indique à son tour que le dit labo a capté des signaux du satellite soviétique vers le 8 octobre.

Au cours de l’après-midi ou de la soirée du 8 octobre, un représentant du Conseil de recherches pour la défense annonce que, suite à 3 jours de travail ininterrompu, y compris la journée du dimanche, des chercheurs de cet organisme et, semble-t-il, du Conseil national de recherches parviennent à définir, à 80 kilomètres (50 milles) près, la trajectoire du satellite soviétique, ce qui permet d’évaluer sa position et son altitude à n’importe quel moment de la journée. Aucun autre pays du monde, à part l’URSS évidemment, ne semble disposer de données aussi précises, croit le représentant du Conseil de recherches pour la défense. Ces mêmes données vont grandement faciliter la tâche des astronomes qui souhaitent observer le satellite soviétique.

Le représentant du Conseil de recherches pour la défense confirme que l’information fournie par l’URSS au sujet de l’inclinaison de l’orbite du satellite et des longueurs d’ondes de ses émetteurs radios est tout à fait exacte. L’URSS fournissant une information utile et exacte? Ciel, sois sage, mon cœur! Désolé. Les chercheurs canadiens comptent parmi les premiers au monde à confirmer l’information fournie par l’URSS.

Le représentant du Conseil de recherches pour la défense peut par ailleurs fort bien à l’origine de la nouvelle voulant que des chercheurs canadiens voient le satellite soviétique pour la première fois tôt le matin du 7 octobre, je pense. Celui-ci file alors au-dessus de Cochrane, Ontario, à une altitude d’environ 580 kilomètres (360 milles). Et non, votre humble serviteur n’a pas la moindre idée de ce qu’une équipe de chercheurs fait à plus de 600 kilomètres (375 milles) au nord de Toronto. Peut-elle avoir pris l’avion pour observer le satellite? Mystère…

Ce qui n’est un mystère est le fait que, selon le représentant du Conseil de recherches pour la défense, semble-t-il, le satellite perd environ 5 kilomètres (3 milles) d’altitude à chaque jour. Il complète ainsi chaque orbite un peu plus rapidement. Les chercheurs canadiens comptent parmi les premiers au monde à constater ce fait. Si les chercheurs soviétiques semblent croire que le satellite ne demeurera en orbite qu’environ 2 semaines, d’aucuns pensent qu’il peut tournoyer autour de la Terre pendant plusieurs semaines, sinon quelques mois.

Croiriez-vous que la vitesse à laquelle le satellite perd de l’altitude fournit aux chercheurs des informations précieuses sur la densité de la haute atmosphère?

Soit dit en passant, le surintendant du susmentionné Laboratoire de radiophysique, Peter Allan Forsyth, précise lors d’une entrevue que les chercheurs canadiens doutent fort que le satellite va tomber en sol canadien. De fait, ils ne savent même pas s’il va se désagréger en cours de chute ou atteindre le sol intact.

Forsyth donne peu de crédit à l’hypothèse d’un chercheur britannique, selon toute vraisemblance sir Alfred Charles Bernard Lovell, le premier directeur du Jodrell Bank Observatory, en Angleterre, selon laquelle des météorites détruiraient le satellite soviétique, ou l’éloigneraient de sa trajectoire. S’il est fort possible que des météorites de (très) petite taille frappent le dit satellite, affirme Forsyth, leur petitesse même réduirait leur effet pour ainsi dire à néant.

Dans les faits, ce dont Lovell parle, c’est d’une collision possible, et potentiellement fatale, entre le satellite soviétique et les innombrables éléments des Draconides / Giacobinides, une pluie de météores liée à la comète 21P / Giacobini-Zimmer, mais bon, passons. Et oui, le dit Lovell est mentionné dans 2 numéros de septembre 2019 de notre vous savez quoi. Le Jodrell Bank Observatory est mentionné dans ces mêmes numéros et en août 2020 en plus, mais revenons à notre histoire.

Forsyth et / ou le journaliste qui recueille ses propos sont dans l’erreur lorsqu’ils parlent de météorites, et non pas de météoroïdes. Un météoroïde est un objet rocheux ou métallique qui se déplace dans l’espace. Si un météoroïde d’une certaine taille pénètre dans l’atmosphère terrestre, le frottement avec des molécules de gaz présentes là-haut le réchauffent, créant ainsi une traînée de lumière magnifique / effrayante dans le ciel, autrement dit un météore. Si un météoroïde est suffisamment gros, il se fraye un chemin à travers la dite atmosphère et frappe la Terre, en un morceau ou non. La ou les parties du météoroïde qui frappent la Terre sont appelées météorites.

Comme nous le savons depuis déjà plusieurs années, Forsyth est également dans l’erreur lorsqu’il affirme que les météoroïdes ne constituent pas un danger. Les météoroïdes, même ceux de (très) petite taille, constituent en fait un danger réel pour les stations spatiales, satellites, capsules spatiales et astronautes / cosmonautes. Personne n’a été blessé en orbite depuis le bref séjour dans l’espace du cosmonaute soviétique Youri Alekseïevitch Gagarine, un gentilhomme mentionné à plusieurs reprises dans notre blogue / bulletin / machin depuis juillet 2018, mais on peut se demander si cette série chanceuse va se poursuivre encore longtemps.

De fait, le satellite militaire de navigation soviétique Kosmos 1275 peut, je répète peut, être le premier satellite bousillé par un ou des météoroïdes, en juillet 1981.

Soit dit en passant, le premier satellite tombé en sol canadien, Kosmos 954, un satellite de surveillance maritime soviétique dont les systèmes sont énergisés par un petit réacteur nucléaire, s’écrase en janvier 1978. Sa désintégration dans l’atmosphère terrestre disperse des débris radioactifs sur environ 125 000 kilomètres carrés (48 000 milles carrés), en Alberta, en Saskatchewan et dans les Territoires du Nord-ouest. Un gros merdier, si je peux me permettre un commentaire un tant soit peu vulgaire.

Mentionnons au passage qu’une douzaine de résident(e)s de Edmonton, Alberta, affirment avoir vu le satellite soviétique, Spoutnik I évidemment, le 8 octobre. Un météorologue et physicien qui enseigne à la University of Alberta, à Edmonton, Edward Hunter « Ted » Gowan, croit plutôt que ces personnes ont vu de la lumière reflétée sur le fuselage d’un avion.

Les trois membres du personnel du David Dunlap Observatory qui prédisent l’heure d’au moins un passage du premier satellite soviétique au-dessus de Toronto, Ontario. De gauche à droite, Helen Battles Sawyer Hogg, John Frederick Heard et Donald Alexander McRae, Richmond Hill, Ontario. Anon., « –. » Le Nouvelliste, 9 octobre 1957, 10.

Les trois membres du personnel du David Dunlap Observatory qui prédisent l’heure d’au moins un passage du premier satellite soviétique au-dessus de Toronto, Ontario. De gauche à droite, Helen Battles Sawyer Hogg, John Frederick Heard et Donald Alexander McRae, Richmond Hill, Ontario. Anon., « –. » Le Nouvelliste, 9 octobre 1957, 10.

À Richmond Hill, Ontario, près de Toronto, 3 membres de personnel du David Dunlap Observatory de la University of Toronto, Helen Battles Sawyer Hogg, John Frederick Heard et Donald Alexander « Don » McRae, parviennent à prédire l’heure d’au moins un passage du satellite artificiel soviétique au-dessus de Toronto, le 8 octobre (?), et ce avec seulement 7 minutes d’erreur.

Votre humble serviteur doit avouer que je me demande si Hogg, Heard et McRae font partie de l’équipe mentionnée quelques pages plus haut qui parvient à définir, à 80 kilomètres (50 milles) près, la trajectoire du satellite soviétique.

Je dois aussi avouer avoir nagé dans un épais brouillard pendant un certain temps en ce qui concerne la carrière de Heard, Le Nouvelliste ayant épelé son nom John Hearn. En 1957, Heard est le directeur du David Dunlap Observatory. Il enseigne également l’astronomie à la University of Toronto, tout comme McRae et Hogg. Et oui, Heard est mentionné dans la première partie de cet article.

Tout comme Heard, McRae compte parmi les astronomes canadiens les plus éminents de sa génération. Un détail si vous me le permettez. McRae est la vedette de Notre Univers, un documentaire datant de 1960 distribué par l’Office national du film, un organisme connu mondialement connu mentionné dans quelques numéros de notre vous savez quoi depuis juillet 2018.

Croiriez-vous qu’un des 2 coréalisateurs de Notre Univers, le Canadien Roman Kroidor, compte parmi les cofondateurs de Multiscreen Corporation Limited, une firme canadienne qui devient par la suite IMAX Corporation, une firme dont la technologie est connue mondialement?

Croiriez-vous qu’un jeune réalisateur américain tombe un jour sur un enregistrement au cours duquel Kroidor mentionne un je ne sais quoi indéfinissable, une force, dont de nombreux membres de notre espèce font l’expérience au cours de leur vie? Le nom de cette personne? George Walton Lucas, Junior, et que la Force soit avec vous, ami(e) lectrice ou lecteur.

Le second coréalisateur de Notre Univers, le tout aussi Canadien Colin Archibald Low, fait par la suite partie de l’équipe qui travaille sur 2001 : Une odyssée de l’espace.

La personne qui réalise les fabuleux effets optiques animés de Notre Univers, le Canadien Walter « Wally » Gentleman, fait également partie de l’équipe qui travaille sur ce long métrage, un des plus grands films de science-fiction du 20ème siècle, mentionné à quelques reprises dans notre vous savez quoi depuis juillet 2018. De fait, certaines scènes de 2001 : Une odyssée de l’espace ressemblent passablement à certaines scènes de Notre Univers.

Puis-je permettre de vous suggérer de regarder Notre Univers, dans sa version originale anglaise? Écoutez avec attention car il y aura un test…

Est-ce que vous reconnaissez la voix du narrateur, ami(e) lectrice ou lecteur? Il a pour nom Douglas James Rain. Ce Canadien prête sa voix à, oui, oui, HAL 9000, l’ordinateur cinglé de 2001 : Une odyssée de l’espace.

Vous pouvez aussi voir Notre Univers en version française, à

Est-ce que vous reconnaissez la voix du narrateur? Il a pour nom Gilles Pelletier. Croiriez-vous que ce grand acteur québécois joue le rôle du capitaine de la goélette La Gentille, un des personnages principaux du téléroman Rue de l’Anse mentionné dans la première partie de cet article? Le monde est petit, n’est-ce pas?

Notre Univers compte parmi les films documentaires les plus largement distribués de son époque. À elle seule, la National Aeronautics and Space Administration, une organisation de renommée mondiale mentionnée à plusieurs reprises depuis juillet 2018 dans notre vous savez quoi, aurait commandé 300 copies du film, mais revenons à notre histoire et, plus précisément, au troisième membre de l’équipe du David Dunlap Observatory qui nous préoccupe en ce moment.

Hogg est une astronome américano canadienne dont la carrière est on ne peut plus remarquable. La phase canadienne de la dite carrière commence en 1931 lorsqu’elle déménage au Canada avec son époux canadien, Frank Scott Hogg, lui aussi astronome, qui vient de décrocher un emploi en Colombie-Britannique, avec la Division d’astrophysique de l’Observatoire fédéral. Cet organisme ne disposant pas des ressources financières lui permettant de lui offrir un emploi, Hogg doit se contenter d’aider son époux bénévolement.

Hogg et son époux déménagent à Richmond Hill en 1935 lorsque le dit époux décroche un nouvel emploi, au David Dunlap Observatory. Elle obtient son premier emploi l’année suivante, en tant qu’agente de recherche, au Department of Astronomy de la University of Toronto. Chargée de cours à cette institution de haut savoir à partir de 1941, Hogg gravit les échelons pour devenir professeure émérite en 1976, l’année de sa retraite. Au fil des décennies, elle partage régulièrement le fruit de ses travaux dans les pages du prestigieux Journal de la Société royale d’astronomie du Canada.

Consciente de l’importance de faire connaître la science aux gens de tous âges, Hogg rédige une chronique hebdomadaire, With the Stars, qui paraît dans le quotidien torontois Toronto Daily Star à partir de 1951 environ. La dernière de ces chroniques paraît plus de 30 ans plus tard. Hogg anime par ailleurs une série de 8 émissions de télévision consacrées à l’astronomie en 1970. Cette série est diffusée par la Ontario Educational Communications Authority, un télédiffuseur d’état communément connu en 2020 sous le nom de TV Ontario.

Hogg meurt en janvier 1993 à l’âge de 87 ans.

Dans un tout autre ordre d’idée, le susmentionné quotidien Le Nouvelliste rapporte dans son édition du 8 octobre que le surintendant de la City Home, un hospice pour personnes indigentes de Halifax, Nouvelle-Écosse, A.E. Ettinger, possiblement Albert Ernest Ettinger, s’insurge du fait qu’un excentrique auteur américain de livres d’autoassistance qui gagne sa croute dans le relations publiques, revendique, au nom du méga (infini?) état qu’il a fondé, le droit de contrôler les déplacements d’objets fabriqués de main humaine dans l’espace interplanétaire, intersidéral et intergalactique dans sa totalité, rien de moins.

Mieux encore, ce John Thomas Mangan déclare on ne peut plus sérieusement que pas plus l’URSS que les États-Unis n’ont le droit de voyager dans l’espace à moins d’en discuter avec le gouvernement de la Nation of Celestial Space. S’il reconnaît volontiers qu’aucun recours légal n’est possible, Mangan recourt au pouvoir inhérent à la persuasion et à la protestation afin que l’URSS retire du territoire de la Nation of Celestial Space le satellite qu’il juge offensant.

Le mécontentement de Ettinger tient au fait qu’il est convaincu de détenir des droits de regard sur les déplacements d’objets fabriqués de main humaine dans l’espace. Il a en effet apparemment soumis des documents à cet effet, concernant une commission de transport interplanétaire, en 1950. Mieux encore, Ettinger a l’intention de contacter le gouvernement soviétique afin de lui indique de ne pas empiéter sur les droits et privilèges de sa commission.

Ettinger ne sait évidemment pas que Mangan a déposé une charte officielle de la Nation of Celestial Space ou, comme on l’appelle plus informellement, Celestia, au bureau du registraire de son comté en janvier 1949. Complètement estomaqué, le dit registraire contacte les avocats du comté qui lui suggèrent de placer le document dans ses voutes et de ne plus y penser.

Veuillez noter que Mangan fonde la Nation of Celestial Space au nom de l’humanité afin qu’aucun pays du monde, pas même les États-Unis, ne puisse s’arroger le moindre centimètre cube (environ 0.05 pouce cube) de vide spatial – une pensée admirable vous le reconnaîtrez.

Croiriez-vous que le drapeau de la Nation of Celestial Space flotte brièvement sur le site de l’édifice de l’Organisation des nations unies, à New York, en juin 1958?

Je n’ai rien trouvé d’autre sur Ettinger ou Mangan qui soit digne de mention.

Et je crois que serait une bonne idée de clore sans plus attendre cette seconde partie de notre article sur la Semaine mondiale de l’espace 2020.

À plus. B moins.

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Rénald Fortier