Un prolifique auteur de bande dessinée belge qui mérite d’être mieux connu : Le père de Dan Cooper, héros canadien, Albert Weinberg (1922-2011), partie 2

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Dan Cooper, tel que dessiné par l’auteur de bande dessinée belge Albert Weinberg lors de sa visite à North Bay, Ontario, en mai-juin 1966. Anon., « Originator of RCAF cartoon hero visits defence bases at North Bay. » The North Bay Nugget, 3 juin 1966, 1.

Bien le bonjour, ami(e) lectrice ou lecteur, votre humble serviteur est ravi de voir que le présent texte, une humble contribution au 100ème anniversaire de la naissance de l’auteur de bande dessinée belge Albert Weinberg, vous intéresse un tant soit peu.

Vous vous souviendrez que la première partie de ce numéro de notre blogue / bulletin / machin se terminait par une phrase laissant entendre que les réalisations de Weinberg qui s’y trouve, aussi importantes soient-elles, ne constituent pas la raison pour laquelle il devient fameux de par le monde. Permettez-moi par conséquent de vous présenter la dite raison.

Le fameux hebdomadaire illustré belge Tintin présente la première aventure de Dan Cooper à ses lectrices et lecteurs en décembre 1954. Image de la dualité canadienne, ce pilote de chasse d’élite au sein de la Royal Air Force (RAF) britannique, de l’Aviation royale du Canada (ARC), des Forces armées canadiennes et des Forces canadiennes a un père anglophone et une mère francophone. Cooper semble suivre des cours en génie à McGill University de Montréal, Québec.

Courageux, courtois, désintéressé, galant, généreux et poli, le héros sans peur et sans reproche qu’est Cooper n’est pas belliqueux, en dépit de son choix de carrière. Oserait-on dire que, au plus profond de son être, Cooper est un pacifiste?

Weinberg fait de son héros un Canadien parce qu’il avait beaucoup lu sur le Canada, un grand pays libre selon lui. C’est aussi un pays fort populaire en Europe à cette époque, en raison du rôle joué par des soldats canadiens dans la libération de l’Europe occidentale en 1944-45. Adolescent, Weinberg est également fasciné par la beauté des paysages qu’il voit dans les courts métrages présentés dans son école.

Il affirme à au moins une reprise qu’un film britannique sorti en 1952, The Sound Barrier, en français Le mur du son, peut jouer un rôle de déclencheur. Très réussi et populaire, ce long métrage aborde l’utilisation du moteur à réaction et les efforts entrepris pour franchir le mur du son. The Sound Barrier laisse toutefois entendre qu’un prototype de la RAF est la première machine volante pilotée ayant réussi l’exploit, ce qui n’est certes pas le cas. Charles Elwood « Chuck » Yeager, un as de la chasse américain de la Seconde Guerre mondiale, est en effet le premier Homo sapiens à franchir le mur du son, en octobre 1947, mais revenons à notre histoire – après une note de votre humble serviteur à l’effet que Yeager est mentionné dans un numéro de décembre 2021 de notre blogue / bulletin / machin.

Weinberg peut, je répète peut, laisser entendre à une reprise, à moins que le journaliste n’invente la chose de A à Z, que la personnalité de Cooper est basée en partie sur celle de George Frederick « Screwball / Buzz » Beurling. Cet as des as canadien de la chasse pendant la Seconde Guerre mondiale sert dans la RAF parce que l’ARC ne veut pas de lui. Voyez-vous, Beurling n’a pas complété son cours secondaire.

Beurling obtient pour ainsi toutes ses victoires lors de son unique tour d’opérations sur l’île de Malte, en 1942. Cooper amorce sa carrière au même endroit et vers la même époque, soit dit en passant.

Et oui, près de 50 ans plus tard, notre héros vole encore, à bord de McDonnell Douglas CF-188 – un type d’aéronef représenté dans l’époustouflante collection du Musée de l’aviation et de l’espace du Canada, à Ottawa, Ontario. Et oui, un pilote qui sert pendant la Seconde Guerre mondiale aurait environ 70 ans vers 1992. Cooper n’a pourtant pas une seule ride ou cheveu blanc, le veinard. J’en suis vert d’envie. Ses cheveux ont fière allure aussi, râlement, râlement, ronchonnement, ronchonnement.

Comment le mentor de Weinberg, Victor Hubinon, un des grands noms de la bande dessinée aéronautique du 20ème siècle, réagit-il lorsqu’il apprend que Weinberg vient de lancer Dan Cooper, vous demandez-vous, ami(e) lectrice ou lecteur? Il n’est peut-être pas très amusé de voir apparaître un concurrent à sa propre bande dessinée aéronautique, Buck Danny.

Une brève digression si je peux me le permettre. Le nom du héros de papier de Weinberg tire peut-être, je répète peut-être, son origine au moins en partie d’une suggestion faite par l’épouse d’un grand nom de la bande dessinée francophone, le Français Gilbert Gascard, connu sous le pseudonyme de Tibet.

De plus en plus préoccupé par la précision de ses œuvres, Weinberg se documente avec enthousiasme. Il conçoit le Triangle bleu, un avion de chasse supersonique à décollage et atterrissage verticaux fictif, conçu par le père de Cooper et piloté par son fils, avec l’aide d’ingénieurs du transporteur aérien national belge, la Societé anonyme belge d’exploitation de la navigation aérienne (SABENA).

Les aventures de Cooper touchent plus d’une fois à l’espace. Elles frôlent aussi la science-fiction, tout particulièrement au cours des années 1950. Votre humble aimerait vous casser les pieds… Désolé, désolé. Votre humble serviteur aimerait vous entretenir plus longuement sur ce sujet mais vous avez certainement autre chose à faire. Moi aussi, d’ailleurs.

Cela étant dit (tapé?), je me dois de souligner que le premier astronaute canadien, c’est Cooper. Il accomplit l’exploit en 1956, je pense, un peu moins de 5 ans avant Youri Alexeïevitch Gagarine, un gentilhomme soviétique mentionné quelques / plusieurs fois dans notre blogue / bulletin / machin depuis juillet 2018. Cooper devient astronaute avant même le lancement de Spoutnik I, le premier satellite artificiel lancé par des êtres humains, en octobre 1957.

Une digression si vous me le permettez. Jean-Michel Charlier, un des grands scénaristes de la bande dessinée francophone du 20ème siècle, rédige les scénarios de 3 des aventures de Cooper pour dépanner Weinberg, alors surchargé de travail. Il le fait toutefois en secret afin de ne pas entrer en conflit avec la direction de l’hebdomadaire illustré belge Spirou, le grand rival de Tintin. Remarquez, Charlier fait peut-être également preuve de discrétion pour ne pas froisser son ami Hubinon. Quoiqu’il en soit, les histoires en question, publiées dans Tintin entre 1960 et 1962, comptent parmi les meilleures aventures de Cooper.

Détail intéressant, Charlier semble être impliqué dans un projet de feuilleton radiophonique développé vers 1962 dont Cooper doit être la vedette. Le radio- et télédiffuseur d’état canadien, la Société Radio-Canada, est lui aussi impliqué. Ce projet tombe malheureusement à l’eau pour quelque raison, et ce même si Charlier semble trouver un commanditaire canadien.

Environ 25 millions d’exemplaires (!) des 41 albums (!) des aventures de Cooper arrivent en librairie entre 1957 et 1992. Ces albums sont produits en multiples (20? 25?) langues, de l’arabe au yiddish.

Votre humble serviteur se souvient d’avoir reçu en cadeau un de ces albums vers la fin des années 1960. J’ose espérer que mes parents l’ont remis, il y a bien des années, à une personne qui a su l’apprécier. Soit dit en passant, quelques / plusieurs albums de bande dessinée anciens et en bon état sont des items de collection qui valent leur pesant d’or.

Croiriez-vous que Weinberg compte parmi le trio d’auteurs belges présents au Pavillon de la Jeunesse, à Terre des Hommes lors de la Journée nationale de la Belgique, en mai 1967? Comme vous n’êtes pas sans le savoir, Terre des Hommes est le site de l’Exposition internationale et universelle de Montréal, ou Expo 67, qui se tient d’avril à octobre 1967.

Ce séjour n’est toutefois pas le premier de Weinberg en sol canadien. Nenni. Avant d’aborder cet aspect de sa carrière, permettez-moi de mentionner que l’artiste visite la base de l’ARC de Marville, France, au plus tard au milieu des années 1960. Weinberg se rend par ailleurs à une base de l’armée de l’air italienne, ou Aeronautica Militare, où des pilotes de l’ARC s’entraînent au tir.

Croiriez-vous que c’est vers 1965, suite à une rencontre avec un officier de l’ARC en poste à l’ambassade du Canada en Belgique, un anglophone qui aime la bande dessinée soit dit en passant, que Weinberg entre en contact avec le ministère de la Défense nationale du Canada dans le but d’améliorer sa documentation en visitant des bases de l’ARC?

En mai 1966, l’année de sa première visite au Canada, Weinberg se trouve sur le site d’Expo 67, alors un vaste chantier de construction. Il veut se documenter pour un projet d’album qui place Cooper au commandement des Paladins du Centenaire, l’équipe de voltige aérienne de l’ARC au cours de 1967, l’année du centenaire de la Confédération. Et oui, Weinberg entre en contact avec cette unité. De fait, il passe une semaine avec son personnel.

Des liens étroits finissent par se tisser entre Weinberg et des officiers canadiens de haut rang. C’est grâce à eux que l’artiste belge accède à des lieux normalement interdits au grand public. Il vole même à bord de divers types d’aéronefs militaires canadiens.

Au fil des ans, Weinberg saisit les traits de nombreux militaires canadiens. Certains d’entre eux ont par la suite la surprise de se retrouver sur une des planches dessinées par l’artiste belge.

Il est à noter que plusieurs pilotes des Forces armées canadiennes et Forces canadiennes admettent volontiers que la lecture d’aventures de Cooper joue un certain rôle dans leur choix de carrière, mais revenons à notre histoire.

Début juin 1966, Weinberg se trouve à la base de l’ARC de North Bay, Ontario. Il jette un coup d’œil aux missiles anti-aériens à ogive nucléaire Boeing CIM-10 Bomarc qui s’y trouvent. Weinberg peut également observer le décollage immédiat d’au moins un avion de chasse tout temps McDonnell CF-101 Voodoo – un type d’aéronef présent dans la formidable collection du Musée de l’aviation et de l’espace du Canada. Mieux encore, il peut jeter un coup d’œil au saint des saints, le centre de direction du Semi-Automatic Ground Environment (SAGE) qui se trouve à North Bay. Weinberg se rend par la suite au John F. Kennedy Space Center, en Floride, pour mener davantage de recherches.

Et oui, ami(e) lectrice ou lecteur avide de précision, la formidable collection du Musée de l’aviation et de l’espace du Canada comprend également un Bomarc. Elle ne comprend toutefois pas un North American F-100 Super Sabre et… Qu’avez-vous donc, ami(e) lectrice ou lecteur? Vous semblez bien perplexe. Qu’est-ce que cet avion de chasse américain, le premier avion de chasse supersonique opérationnel au monde, vient faire dans ce texte, dites-vous? Une bonne question.

Conscient du fait que ses avions de chasse North American / Canadair Sabre seront bientôt désuets, l’ARC se met en quête d’un aéronef de remplacement. Alors que se termine l’année 1954, elle songe à demander au ministère de la Production de défense d’obtenir la licence de son grand frère, le Super Sabre. Un vent d’économie soufflant alors sur le gouvernement fédéral, ce projet ne tarde pas à tomber à l’eau. Cette chute dans l’élément liquide prend Weinberg par surprise. Il rédige en effet (au moins?) une aventure de Cooper dans laquelle celui-ci pilote un Super Sabre aux couleurs de l’ARC, mais je digresse.

Qu’est que le SAGE, dites-vous? Le SAGE est un système de puissants ordinateurs et d’équipements de réseau associés qui coordonnent les données de nombreuses bases radar et les traitent pour produire une seule image unifiée de l’espace aérien autour et au Nord de, dans ce cas-ci, North Bay. De la fin des années 1950 au milieu des années 1980, le SAGE dirige et contrôle la réponse du Commandement de la défense aérienne de l’Amérique du Nord, ou North American Air Defense Command (NORAD), à une éventuelle attaque aérienne soviétique.

Connu aujourd’hui sous le nom de Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord, le NORAD est un commandement qui regroupe des unités (chasseurs tout temps et missiles anti-aériens) de la susmentionnée USAF et de l’ARC ayant pour fonctions de défendre l’Amérique du Nord.

La petite histoire de la création du NORAD vaut la peine d’être résumée. De plus en plus au cours des années 1950, l’ARC et la USAF participent de façon conjointe à la défense du continent nord-américain. Aux yeux des hauts gradés, la mise en place d’un commandement unique semble à la fois logique et nécessaire. Les premières rencontres à cet effet se déroulent avant même la fin de 1956. Le Comité des chefs d'état-major canadien peut, je répète peut, avoir orchestré les discussions en sol canadien de telle manière que le gouvernement fédéral finit par croire qu’il s'agit d’une proposition américaine que les militaires des deux pays ont examinée. Par mesure de prudence, le dit gouvernement décide de ne rien signer avant la tenue des élections de juin 1957. Les militaires, semble-t-il, n’ont qu’à s’armer de patience.

Le parti au pouvoir depuis 1935 est toutefois défait – à la surprise, dit-on, de l’opposition officielle, qui forme un gouvernement minoritaire. Surpris eux aussi, les hauts-gradés de l’ARC et de la USAF décident de ne pas mettre fin aux négociations. L’atmosphère n’est toutefois plus la même. Le gouvernement américain, en effet, a approuvé le projet en avril 1957. Au Canada, les hauts gradés de l’ARC se font de plus en plus pressants. Leurs efforts finissent par porter fruits. Le nouveau ministre de la Défense nationale, George Randolph Pearkes, se montre on ne peut plus favorable au projet de commandement unique. Il parle au nouveau premier ministre en juillet. John George Diefenbaker se montre on ne peut plus favorable. C’est gagné. Le Cabinet n’est apparemment même pas consulté.

L’annonce de la création informelle du NORAD, en août 1957, par le biais d’un communiqué conjoint du United States Secretary of Defense, Charles Erwin Wilson, et de son homologue canadien, déclenche aussitôt la controverse. Les députés de la Co-operative Commonwealth Federation (CCF) ne partagent pas l’enthousiasme de l’ARC. Leurs protestations tournent autour d’un point crucial ; le gouvernement s’est engagé sans avoir obtenu l’assentiment de la Chambre des Communes. Ce n’est pas tout, disent-ils. Pour la première fois, des avions de chasse canadiens basés en sol canadien ne seraient plus sous le contrôle exclusif du gouvernement canadien.

Le débat s’engage. Les députés gouvernementaux se font malmener. Après un certain temps, quelqu’un demande le vote. L’opposition officielle décide d’appuyer le gouvernement. Les deux grands partis s’accordent en effet sur la nécessité d’accroître le degré de coopération entre le Canada et les États-Unis, au niveau de la défense aérienne de l’Amérique du Nord. Les députés de la CCF doivent s’incliner.

Le gouvernement fédéral peut par le fait même ratifier l’accord NORAD, de façon plus officielle cette fois. Le commandement unique tant souhaité par l’ARC voit le jour en mai 1958, suite à un échange de notes diplomatiques.

L’influence d’arrière scène exercée par l’ARC durant tout ce débat amène certains députés de l’opposition officielle à se poser bien des questions sur l’autonomie et l’influence des forces armées canadiennes. L’un d’entre eux, Paul Theodore Hellyer, va peu à peu conclure à la nécessité de les mettre au pas, ce qu’il fera durant son passage en tant que ministre de la Défense nationale, dans les années 1960, une période pendant laquelle les forces armées canadiennes sont intégrées (1964) et unifiées (1968). Fin de la digression.

Et oui, Hellyer est mentionné dans des numéros de décembre 2018 et octobre 2020 de notre vous savez quoi.

Croiriez-vous que Diefenbaker peut, je répète peut, se demander si l’ARC et / ou le ministère de la Défense nationale l’ont poussé à approuver l’accord du NORAD ?

Vous souviendrez que votre humble serviteur a indiqué un peu plus haut que, au fil des ans, les aventures de Cooper sont traduites en multiples (20? 25?) langues. Elles ne sont pas toutefois traduites en anglais, ce qui est curieux compte tenu de la popularité de ce personnage parmi les officiers de l’ARC, des Forces armées canadiennes et des Forces canadiennes. Mais pas si curieux si la popularité de Cooper au Canada anglais ne va pas bien au-delà de ce cercle restreint. Cela étant dit (tapé?), une aventure de Cooper peut, je répète peut, être publiée expérimentalement en Angleterre, ne serait-ce qu’en partie, dans au moins un quotidien ou magazine, et ce en 1966.

En 1968, une petite équipe de Radiodiffusion-télévision belge, émissions françaises, le pendant belge de la susmentionnée Société Radio-Canada, se trouve en sol québécois. Elle a visité 6 pays, dont, apparemment, l’Allemagne de l’Ouest, le Canada, l’Italie, la Norvège et le Portugal, au cours des semaines ou mois précédents dans le but de préparer une série radiophonique originale comprenant 45 épisodes qui doit être diffusée en Belgique, en France, en Suisse et, espère-t-on, au Canada. Weinberg peut fort bien accompagner cette équipe tout au long de ce périple.

Une bonne partie, sinon la totalité des enregistrements en sol québécois se fait à la Base des forces canadiennes (BFC) de Bagotville, où se trouve un escadron de chasse tout temps muni de Voodoo, le 425ème escadron (Alouette). De fait, les Forces armées canadiennes se plient littéralement en quatre pour aider l’équipe de Radiodiffusion-télévision belge, émissions françaises.

Le projet semble promis à un bon avenir. Ne l’oublions, pas les 3 millions d’albums des aventures de Cooper imprimés entre 1957 et 1968 sont disponibles en 17 langues et dans une vingtaine de pays d’Afrique, d’Amérique et d’Europe.

Cela étant dit (tapé?), l’équipe de Radiodiffusion-télévision belge, émissions françaises ne semble pas rouler sur le pognon. En effet, un des deux acteurs masculins principaux doit souvent porter le magnétophone utilisé pour enregistrer les dialogues et l’actrice principale est la secrétaire et scripte de l’équipe. De même, les figurants sont des gens rencontrés sur place, à la BFC de Bagotville.

Pour une raison ou pour une autre, les espoirs de Weinberg sont déçus, la série n’étant pas diffusée. Un projet de série télévisée impliquant la Société Radio-Canada ne voit pas le jour non plus, pas plus d’ailleurs que la publication des aventures de Cooper dans des journaux canadiens ou dans une publication du ministère de la Défense nationale disponible en français et en anglais, Sentinelle / Sentinel.

Votre humble serviteur se demande si le succès d’une série télévisée française ne porte pas ombrage aux projets belges. Permettez-moi de m’expliquer. Après Buck Danny et Dan Cooper, une troisième bande dessinée aéronautique francophone voit le jour, en 1959, dans le nouvel hebdomadaire illustré français Pilote. Le susmentionné Charlier fait équipe avec Albert Uderzo, né Alberto Aleandro Uderzo, pour créer Michel Tanguy / Tanguy et Laverdure. Les aventures de Tanguy et de son ami, Ernest Laverdure, deux pilotes de chasse de l’Armée de l’Air, se retrouvent dans 34 albums (!) publiés à bien au-delà de 6 millions d’exemplaires (!) entre 1961 et 2020 (!).

Et oui, Uderzo cocrée le personnage de bande dessinée Astérix, connu mondialement, avec l’artiste français René Goscinny.

La très grande popularité de Tanguy et Laverdure entraîne la création de deux séries télévisées, Les Chevaliers du ciel et Les Nouveaux chevaliers du ciel, un cas unique pour la bande dessinée francophone, des séries en ondes en 1967-69 et 1988-91. La chanson thème de la première série est interprétée par nul autre que le Elvis Presley français, le très populaire Johnny Halliday, né Jean-Philippe Léo Smet, en Belgique, mais revenons à notre récit.

En novembre 1971, un homme qui dit s’appeler Dan Cooper, et non pas D.B. Cooper, détourne un avion de ligne à réaction au-dessus de l’Orégon. Il saute par la suite en parachute et disparaît, avec 200 000 $ en espèces – environ 1 800 000 $ Can en devise de 2022. En 2009, l’agent du Federal Bureau of Investigation qui hérite du dossier suggère que ce fameux pirate de l’air, fort possiblement / probablement un ex-membre de la susmentionnée USAF ayant servi en Europe, choisit son nom d’emprunt pour « honorer » le personnage créé par Weinberg. Un long métrage américain de bien mauvaise qualité, 200 000 dollars en cavale, sorti en 1981, raconte cette histoire pour le moins fascinante.

Si je peux me permettre une digression, votre humble serviteur adhère à l’hypothèse selon laquelle l’Asgardien Loki Laufeyson et le pirate de l’air ne sont qu’une seule et même personne.

Il est à noter que le principal quotidien de Québec, Québec, Le Soleil, publie une partie de l’album 3 cosmonautes sous le nom de Dan Cooper 3 cosmonautes, à chaque semaine, entre février 1971 et avril 1972. Le principal quotidien francophone canadien, La Presse de Montréal, Québec, fait de même avec l’album Les hommes aux ailes d’or, rebaptisé pour les besoins de la cause Dan Cooper Les hommes aux ailes d’or, entre août 1975 et juin 1976.

En 1984, dans le cadre des célébrations entourant le 60ème anniversaire de l’ARC, et le 30ème anniversaire de la création de Cooper, Weinberg remet quatre planches au Canada’s Aviation Hall of Fame de Edmonton, Alberta. La presse de l’époque laisse entendre que Cooper et Weinberg sont intronisés dans cet organisme mentionné dans un numéro de février 2022 de notre blogue / bulletin / machin. Un examen de la liste des personnes intronisées effectuée lors de la rédaction de ce numéro de notre yadda yadda révèle toutefois que ni Cooper ni Weinberg ne s’y trouvent, ce qui est un tantinet curieux.

Weinberg espère encore à cette époque que des quotidiens (francophones? anglophones??) canadiens vont publier les aventures de Cooper. Ne l’oublions, pas les 9 millions d’albums des aventures de Cooper imprimés entre 1957 et 1984 sont disponibles en 17 langues et dans près de 25 pays d’Afrique, d’Amérique et d’Europe. Les espoirs de Weinberg sont toutefois déçus.

Weinberg revient au Canada à plus d’une reprise, et ce au moins jusqu’au début des années 1990. De fait, il revient au Canada en 1994. Comme il a été dit (tapé?), au tout début de la première partie de cet article, le Musée de l’aviation du Canada, l’actuel Musée de l’aviation et de l’espace du Canada, offre à ses visiteuses et visiteurs une nouvelle exposition sur Cooper en 1994, l’année durant laquelle ce héros de papier célèbre son 40ème anniversaire. Dan Cooper : Héros canadien / Dan Cooper: Canadian Hero semble ouvrir ses portes en mars 1994. Weinberg est évidemment de la partie lors d’une soirée entourant cette exposition temporaire et itinérante, en septembre.

Quelques autres institutions canadiennes, dont le Musée J.A. Bombardier de Valcourt, Québec, et le Musée Stewart de Montréal, empruntent la dite exposition. (Rebonjour, MD et SD!)

Me croiriez-vous si je vous disais que le premier ministre belge, Jean-Luc Joseph Marie Dehaene, grand fan de Cooper devant l’éternel, est présent lors de la soirée de septembre 1994, tout comme le premier ministre canadien, Joseph Jacques Jean Chrétien – un personnage mentionné dans des numéros de novembre 2019, juillet 2021 et octobre 2021 de notre blogue / bulletin / machin?

L’exposition raconte la vie et la carrière de Cooper comme s’il s’agissait d’un personnage réel. De fait, les Forces canadiennes se prêtent au jeu en fournissant au Musée de l’aviation du Canada un uniforme et une plaque d’identité portant son nom.

Un des éléments les plus intéressants de l’exposition est un magnifique modèle réduit du susmentionné Triangle bleu, fabriqué par le personnel des ateliers du musée.

Weinberg est heureux d’être au Canada en septembre 1994. Il l’est d’autant plus qu’une version anglais de sa bande dessinée doit apparaitre sur les rayons de librairies canadiennes au printemps de l’année suivante. Ses espoirs sont toutefois de nouveau déçus. Pour une raison ou une autre, le projet échoue.

Et maintenant pour quelque chose de complètement différent, ou pas.

Weinberg quitte Tintin en 1972 après un désaccord final avec son rédacteur en chef, un géant de la bande dessinée francophone, le belge Michel Louis Albert Regnier, mieux connu sous le nom de Greg. Comme il est dit (tapé?) plus haut, il continue évidemment à publier des aventures de Cooper, sous forme d’albums. Celles-ci n’étant plus publiées dans Tintin, Weinberg se voit peut-être dans l’obligation de créer de nouveaux personnages pour mieux payer ses fins de mois.

À titre d’exemple, Weinberg crée Aquila, le héros d’une bande dessinée éponyme que fait paraître l’hebdomadaire illustré italien Corriere dei Ragazzi entre 1972 et 1976. Fils d’une mère indienne et d’un père norvégien, Aquila, de son vrai nom Singh, est un excellent pilote qui s’emploie à sauver des gens partout dans le monde. Oserai-je dire (taper?) que Aquila est un clone de Dan Cooper qui ne décolle pas vraiment, Corriere dei Ragazzi n’étant publié qu’entre 1972 et 1976?

Curieusement, une bande dessinée éphémère inspirée par Dan Cooper trouve peut-être son origine dans un personnage réel rencontré par Weinberg. Tintin publie en effet 5 courts récits détaillant les aventures d’une guide touristique d’Athènes, Grèce, Vicky Ciulli, dont Cooper fait la connaissance. Vicky apparaît et disparaît en 1970.

En 1971, Weinberg délaisse un tant soit peu l’aviation pour créer un audacieux pilote de course d’automobile et de motocyclette, Knut Andersen, pour l’hebdomadaire illustré français Pif, et / ou pour l’hebdomadaire illustré néerlandais bien connu Pep. En 1973, il lance la bande dessinée Barracuda dans un nouvel (1972) hebdomadaire illustré ouest-allemand, Zack. Weinberg y raconte les aventures d’archéologues sous-marins. Le dernier des 5 récits sort en 1975.

L’artiste fait un bref retour à Tintin vers 1974-75 avec 5 courts récits plus ou moins publicitaires, collectivement connus sous le nom de Bib, qui mettent en vedette le bonhomme Michelin / Bibendum, la mascotte d’un fabricant de pneus français connu mondialement, la Compagnie générale des établissements Michelin. Pas plus Knut Andersen que Barracuda ou Bib ne connaissent beaucoup de succès.

Il est à noter que Weinberg réalise quelques bandes dessinées de nature commerciale. Mentionnons par exemple Le Rallye de l’Enfer, un album commandité par la Compagnie générale des établissements Michelin qui paraît vers 1973-74. Un autre album commercial, Aviation Militaire Suisse – 75ème Anniversaire avec nos pilotes, commandité la Société de banque suisse, sort en 1989.

En 1993, Weinberg publie un album intitulé Agent spécial - Le Roumain. Ce récit d’espionnage doit selon toute vraisemblance être le premier d’une série. Le succès n’étant pas au rendez-vous, il demeure unique.

Sorti cette même année, l’album collectif Ex-Yougoslavie – Pour un monde meilleur, dédié aux victimes du conflit entourant la désintégration de la Yougoslavie, contient quelques belles illustrations de Weinberg.

Le dernier grand projet de Weinberg consiste à dessiner un album promotionnel de bande dessinée pour une organisation indépendante et privée suisse de sauvetage aérien médical. La Garde aérienne suisse de sauvetage / Guardia aerea svizzera di soccorso / Schweizerische Rettungsflugwacht a pour fonction de venir en aide à celles et ceux qui ont besoin d’aide dans des situations d’urgence, et ce tant en Suisse qu’hors des frontières de ce pays. Opération sauvetage paraît en 1995. Cet album est évidemment disponible en français, italien et allemand.

Weinberg quitte notre monde en septembre 2011, à l’âge de 89 ans. Il va nous manquer.

Puis-je vous suggérer de jeter un coup d’œil au documentaire À la recherche de Dan Cooper? Vous ne le regretterez pas. (Bonjour, MD!)


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Rénald Fortier