Une série télévisée palpitante, ou un peu trop abstraite, sur fond de Guerre froide : Kosmos 2001

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Deux des principaux acteurs de la série télévisée québécoise Kosmos 2001 : Guy Ferron (à gauche) et Percy Rodriguez. Anon., “de passionnantes aventures interplanétaires : ‘kosmos 2001’ ” La semaine à Radio-Canada, du 25 avril au 1er mai 1964, 32.

Jó naput / bonjour, ami(e) lectrice ou lecteur. Et oui, vous avez bien raison de dire que la photographie au début de cet article ne paraît pas dans La semaine à Radio-Canada, un hebdomadaire publié à Montréal, Québec, en octobre 1959 ou 1969. J’y fais fait appel car elle me permet de vous entretenir d’une série télévisée québécoise destinée à un jeune public, une des premières séries télévisées québécoises et canadiennes de science-fiction en fait, dont la première a lieu en octobre 1959, il y a 60 ans. Produite par la Société Radio-Canada, le radio télédiffuseur d’état canadien de langue française, Kosmos 2001 compte 26 épisodes d’environ 30 minutes. Le dernier d’entre eux passe en ondes en avril 1960.

Cette entrée en matière justificatrice étant derrière nous, entrons de plein pied dans le vif du sujet.

Je vais me risquer à dire (taper?) que l’action de Kosmos 2001 se passe présumément en 2001. Deux planètes se font face. Dans le coin droit, la Terre (Oui! Oui!), un monde où les gens vivent en paix grâce à un gouvernement mondial bienveillant qui souhaite augmenter le niveau de vie de toutes et tous. Dans le coin gauche, Marshall (Bouh! Bouh!), un monde où les gens vivent sous la domination d’un Phalanstère du conformisme qui souhaite envahir la Terre.

Les Marshallien(ne)s, qui ressemblent aux Terrien(ne)s comme 2 gouttes d’eau, disposent pour ce faire d’une arme quasi absolue et imparable : des missiles invisibles capables de frapper notre planète. Un trio de chercheurs terriens tente désespérément de percer le secret de cette arme. Un groupe de militaires marshalliens les enlèvent avant qu’ils n’y parviennent. LesTerriens sont emprisonnés sur Marshall. Le sort de la Terre est-il scellé? (Musique dramatique et angoissante.) La paix, la liberté et les pommes de terre frites, désolé, disparaîtront-elles de la Voie lactée? C’est ce que nous verrons la semaine prochaine. Peut-être. Qu’avez-vous, ami(e) lectrice ou lecteur, vous ne pouvez pas attendre? Le suspense est trop grand? Fort bien.

Sachez donc qu’il y a des bonnes gens sur Marshall. Agissant au péril de leur vie, la secrétaire d’un important personnage (ministre? premier ministre?? président???) et un savant aident les 3 Terriens à s’évader. Ceux-ci s’emparent d’un vaisseau spatial marshallien et prennent la poudre d’escampette. Ils partent loin, ailleurs – si je peux me permettre de paraphraser les quelques mots qui introduisent chaque épisode de la version française de la série télévisée de suspense américaine Sauve qui peut / Match pour la vie, en ondes, en anglais, entre septembre 1965 et mars 1968. Et oui, je dois avouer me souvenir avoir vu certains épisodes de ce classique de la télévision, en version française, mais revenons à nos moutons, pardon, à nos Terriens.

Croiriez-vous que quelques notes, plusieurs en fait, du thème musical de cette série me sont revenues à l’esprit, après plus de 50 ans, alors que je rédigeais le brouillon de ce texte?

Nos 3 Terriens, dis-je, arrivent finalement sur une planète qui leur est inconnue. Ils y rencontrent des êtres étranges avec lesquels ils communiquent de manière si étroite, d’âme à âme si je peux dire, qu’ils fusionnent avec elles / eux, et… Je n’en sais pas plus. Croyez-le ou non, le récit des aventures des Terriens perdus dans l’espace s’est perdu lui aussi.

Je sais, je sais, c’est horriblement frustrant mais il n’y a pour ainsi dire aucune information sur Kosmos 2001 sur la toile, pardon, le Web – une source d’information qui, dans le cas qui nous concerne, fait 1 kilomètre de large et 10 centimètres de profondeur. En mesures impériales, puis-je proposer 1 mille en largeur et 6 pouces en profondeur? (Bonjour, Monsieur H.) Bien. Continuons.

Et oui, ami(e) lectrice ou lecteur aux connaissances télévisuelles incomparables, Perdus dans l’espace est le titre d’une série télévisée de science-fiction américaine également diffusée, en anglais, par une coïncidence étrange, entre septembre 1965 et mars 1968 – et d’un film éponyme, sorti en avril 1998, qui n’est pas particulièrement réussi. Et oui, je dois avouer me souvenir avoir vu certains épisodes de cette série télévisée. Croiriez-vous que plusieurs notes de son thème musical me sont revenues à l’esprit, après plus de 50 ans? La mémoire est une faculté bien étrange, n’est-ce pas? Enfin, passons.

J’avoue immédiatement n’avoir aucun souvenir de Kosmos 2001, et ce même si cette série repasse à l’antenne entre avril et octobre 1964. Mais je digresse. Désolé.

Le scénario de Kosmos 2001 a ceci d’intéressant qu’il ne tire pas ses origines du cerveau enflammé d’un(e) Québécois(e) pure laine, autrement dit un(e) descendant(e) des personnes vivant en Nouvelle-France au moment de l’invasion britannique de 1759. Cette personne a pour nom Élisabeth « Elsa » Vitez, née Vitéz Elisabeta (?).

Cinéaste de métier dans sa Hongrie natale, Vitez est emprisonnée en 1952, pour des motifs inconnus à votre humble serviteur, par le gouvernement communiste de ce satellite de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS). Des ami(e)s parviennent toutefois à obtenir sa libération. Ne parvenant apparemment pas à trouver du travail dans l’industrie cinématographique, Vitez doit gagner sa vie dans une fabrique de conserves.

En octobre et novembre 1956, la Hongrie est secouée par une révolte populaire, l’Insurrection de Budapest ou Révolution de 1956, vite réprimée dans le sang (plus de 2 500 morts suivis de plus de 13 000 emprisonnements et de centaines d’exécutions). Environ 200 000 Hongroises et Hongrois s’enfuient, dont Vitez. Celle-ci émigre aux États-Unis où elle réussit à se trouver un emploi de nature administrative, à New York, New York, dans l’industrie cinématographique. De fait, Vitez œuvre pour Metro-Goldwyn-Mayer Studios Incorporated, une importante usine de films avec laquelle elle a collaboré dans son pays natal. Vitez ne tarde toutefois pas à quitter cet emploi, et les États-Unis, pour rejoindre son fils, établi à Montréal depuis un certain temps.

Il est à noter qu’une des principales villes mentionnées dans le cadre de Kosmos 2001 s’appelle Montyork. Vitez souhaite ainsi remercier les 2 métropoles, MONTréal et New YORK, qui l’ont accueillie et lui ont redonné l’espoir.

Comme vous l’aurez sans doute deviné, ami(e) lectrice ou lecteur, Vitez fait appel à la situation politique et sociale des années 1950 pour créer le scénario de Kosmos 2001. Elle n’est certes pas la seule, ou la première auteure d’une œuvre de science-fiction à utiliser la situation politique de son époque.

Il suffit de songer à La guerre des mondes de Herbert George Wells, publiée en anglais en 1898. Ce géant britannique de la science-fiction y offre un commentaire profond et choquant sur la théorie de l’évolution, les préjugés de l’ère victorienne et / ou l’impérialisme capitaliste britannique. Le roman de Wells place en fait ses concitoyennes et concitoyens du Royaume-Uni et des Dominions dans la situation, poussée à l’extrême, soit, avec laquelle des populations d’Afrique, d’Amérique, d’Asie, d’Europe et d’Océanie (Kenya, Acadie, Inde, Irlande et Australie par exemple) envahies par des troupes anglaises / britanniques doivent composer depuis longtemps. Cela étant dit (tapé?), la grande majorité des critiques et commentateurs de l’époque ne perçoivent pas, ou refusent de percevoir, le commentaire de Wells.

Soyons brutal. L’impérialisme des Martiens de Wells est-il simplement une forme extrême de l’impérialisme du Royaume-Uni, et / ou des autres puissances colonisatrices de la Belle Époque – une expression un tant soit peu inappropriée en pareil contexte? Soyons plus brutal encore. Les Canadiens, Britanniques ou Américains non-handicapés, non-âgés, mâles, hétérosexuels, chrétiens, blancs, anglophones et adultes ne sont-ils pas les Martiens de leurs victimes? Compte tenu du fait que ces gens ne constituent qu’une minorité mineure de la population (1 personne sur 4 ou 5?), pourquoi détiennent-ils tant de pouvoir – un pouvoir qu’ils ne semblent pas nécessairement vouloir partager d’ailleurs? Je vous dis ça comme ça, moi.

Croiriez-vous que la version cinématographique de La guerre des mondes sortie en 1953 est le bébé d’un producteur et réalisateur hungaro, si, hungaro, américain? George Pal, né Marczincsak György Pál, est mentionné dans un numéro de novembre 2018 de notre vous savez quoi. Mais revenons à notre sujet.

Le gouvernement mondial de la Terre de Kosmos 2001 ressemble à s’y méprendre à celui auquel rêve Vitez. En contrepartie, le Phalanstère du conformisme qui opprime la population de Marshall ressemble à s’y méprendre au régime communiste avec lequel elle doit composer en Hongrie. De fait, on peut se demander si le nom même de cette planète ne reflète pas le rang (marshal / maréchal) que s’arroge, en 1943, le monstrueux dirigeant de l’URSS pendant près d’un quart de siècle, Josif Vissarionovitch Staline, né Ioseb Jughashvili, mentionné dans des numéros de notre blogue / bulletin / machin depuis février 2018.

Aux dires d’un critique écrivant pour un hebdomadaire de Montréal, Le Petit Journal, le scénario de Kosmos 2001 a beaucoup plus de profondeur que ceux des œuvres de science-fiction américaines offertes habituellement aux jeunes Québécoises et Québécois. Il ne croit cependant pas que la faible profondeur des personnages principaux, entièrement bons ou entièrement méchants, pose problème. Le public adolescent, souvent assez manichéen, auquel la série s’adresse ne fait pas toujours preuve d’une grande finesse psychologique.

Cela étant dit (tapé?), le critique de l’hebdomadaire montréalais se demande si le scénario final rédigé par Vitez avec l’aide d’un collègue de la Société Radio-Canada n’est pas à ce point abstrait qu’il évacue l’humanité des principaux personnages. Sans cette humanité, le critique craint que les jeunes téléspectatrices et téléspectateurs ne prennent pas intérêt aux aventures de personnages qu’elles et ils ne parviennent pas vraiment à aimer, ou haïr. La simplicité du jeu des actrices et acteurs impliqué(e)s dans Kosmos 2001 peut toutefois s’avérer utile à cet égard. Elle se trouve en effet à des années lumières du maniérisme et des compositions grandiloquentes qui affectent trop de productions de la fin des années 1950 destinées à un public adolescent.

Votre humble serviteur aimerait pouvoir vous en dire plus sur l’accueil accordé à Kosmos 2001 par le public québécois. L’absence d’information rend malheureusement cette tâche quasi impossible. Je peux néanmoins pontifier un tant soit peu sur une personne impliquée dans cette série télévisée.

Si les séries télévisées offertes aux téléspectatrices et téléspectateurs québécois de tous âges vers la fin des années 1950 comprennent habituellement une brochette de personnages d’une infinie blancheur, Kosmos 2001 fait preuve d’originalité en incluant un personnage joué par un Québécois parfaitement bilingue d’origine africaine et portugaise. Cela étant dit (tapé?), Percy Rodriguez, peut-être (?) né José Rodrigues, joue un méchant, et tout un méchant : le président de la planète Marshall. Et oui, c’est lui que vous avez vu sur la photographie qui se trouve au tout début de cet article.

Né à Montréal en juin 1918, Rodriguez se lance sur le marché du travail dès son adolescence pour aider sa mère et ses sœurs / frères, abandonnés par leur père. Il devient boxeur mais s’intéresse beaucoup au théâtre. Si Rodriguez s’avère très doué dans ce dernier domaine, le fait est qu’il éprouve beaucoup de difficultés à trouver des rôles. Il doit par conséquent occuper de nombreuses fonctions, d’outilleur et machiniste à portier, et ce, pendant au moins une bonne dizaine d’années. Le prix d’interprétation masculine que Rodriguez remporte au Festival national d’art dramatique de 1950 lui ouvre toutefois certaines portes.

Le rôle de président de la planète Marshall dans Kosmos 2001 compte en fait parmi les premiers joués par Rodriguez à la télévision. Sa première expérience en la matière remonte en fait à 1955. Détail intéressant, Rodriguez compte parmi les actrices et acteurs impliqués dans la première série télévisée de science-fiction québécoise, Opération-mystère, apparemment diffusée par la Société Radio-Canada entre juin 1957 et juin 1959 et mentionnée dans un numéro de septembre 2018 de notre blogue / bulletin / thingee. Croyez-vous que votre humble serviteur devrait mettre à jour ses biographies wikipédiennes de langues française et anglaise? Décision, décision…

Parlant de décision, j’envisage la possibilité de me pencher sur l’idée de rédiger un article sur Opération-mystère. Ne souhaitant pas attendre jusqu’en juin 2027, je pourrais m’offrir ce texte en cadeau de Noël, mais pas en 2019.

Saviez-vous que le réalisateur de Kosmos 2001, Roland Guay, compte parmi les réalisateurs de Opération-mystère? Et voilà que je digresse encore. Désolé.

Rodriguez quitte Montréal, le Québec et la Canada avant le milieu des années 1960. Établi aux États-Unis, il se taille peu à peu une place confortable dans la communauté artistique de ce pays. Connu pour sa voix riche, profonde et distinctive, pour sa stature imposante, pour son allure majestueuse, noble et puissante, et pour la touche de gris dans ses cheveux, Rodriguez trouve des rôles au théâtre, à la télévision et au cinéma. De fait, il compte parmi les rares actrices et acteurs noir(e)s actifs au cours des années 1960 qui parvient, jusqu’à un certain point, à surmonter les stéréotypes et le racisme omniprésents aux États-Unis.

Oserons-nous dire que le neurochirurgien compétent et humain joué par Rodriguez, vers 1968-69, dans le téléroman à succès Peyton Place, constitue un point tournant pour la communauté afro-américaine, qui n’a jamais vu un des siens occuper au petit écran un emploi de type col blanc?

Une idée farfelue me vient à l’esprit, et … Je me demande bien pourquoi mes collègues de travail se précipitent vers les sorties les plus proches. Enfin. Une idée farfelue me vient à l’esprit, dis-je. Ne serait-il pas intéressant de créer une exposition temporaire (itinérante?) sur la médecine et les médecins dans les œuvres de fiction télévisuelles au Musée des sciences et de la technologie du Canada à Ottawa, Ontario – une institution sœur / frère du mondialement connu Musée de l’aviation et de l’espace du Canada, également situé à Ottawa? Je vous dis ça comme ça, moi.

Mentionnons au passage que Rodriguez compte parmi les nombreux actrices et acteurs qui jouent dans un épisode de la série télévisée culte américaine Patrouille du Cosmos. Il donne alors la réplique à un autre acteur montréalais bien connu, William « Bill » Shatner, un gentilhomme mentionné dans des numéros de novembre 2018, juillet 2019 et septembre 2019 de notre blogue / bulletin / machin. Et oui, ami(e) lectrice ou lecteur passionné(e) de télévision, Patrouille du Cosmos y est mentionné à quelques reprises depuis août 2017.

Croiriez-vous que Rodriguez participe aussi à un épisode de la série télévisée d’espionnage américaine Des agents très spéciaux, mentionnée dans un numéro de mai 2019 de notre blogue / bulletin / machin? J’inclus ce détail dans ma péroration car je sais à quel point vous aimez ce type de rappel. Si je peux me permettre de traduire une expression de ce grand humaniste qu’est Bugs Bunny, ne suis-je pas vache? Désolé.

Rodriguez demeure actif au cinéma et à la télévision jusque vers 1987. Cela étant dit (tapé, oui, tapé, j’allais l’oublier.), il narre des bandes annonces de films et des annonces éclair de télévision jusque vers 2000. Certaines de ses narrations de bandes annonces, souvent fort inquiétantes, comme celle de la version anglaise du classique Les dents de la mer, en 1975, passent à l’histoire.

Rodriguez quitte ce monde en septembre 2007, à l’âge de 89 ans.

Viszlát / au revoir, et à la semaine prochaine.

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Rénald Fortier