Des changements qui sautent aux yeux : nouvelles sur les « mises à jour discrètes »

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Musée de l’aviation et de l’espace du Canada

Plusieurs petits changements peuvent produire de gros résultats! L’aspect et la convivialité évoluent au Musée de l'aviation et de l'espace du Canada. Voyez l’effet que peuvent produire des « mises à jour discrètes ». 
 

Récemment, les personnes qui viennent au musée ont peut-être remarqué quelques changements dans le Hall d’exposition principal du Musée de l’aviation et de l’espace du Canada. Au cours des derniers mois, de nouvelles « consoles », les panneaux de textes qui portent sur chaque aéronef du Musée, ont fait leur apparition dans le cadre d’un renouvellement continu. Ces mises à jour visent à accroître l’accessibilité physique de nos expositions. Elles ont aussi pour but de rendre le musée toujours plus attrayant pour les familles, car elles réduisent le jargon et fournissent une meilleure mise en contexte de l’histoire des aéronefs.

J’aime appeler ces changements des « mises à jour discrètes ». En 2019, j’ai publié un article portant sur ce type de mises à jour : de petits changements que les musées apportent au fil du temps pour améliorer l’expérience des visiteurs. Ces projets de renouvellement ne reçoivent aucun financement particulier et sont rarement publicisés. Sans eux, pourtant, les musées n’arriveraient pas à répondre aux besoins et aux attentes en évolution des visiteurs. 

Le Hall d’exposition principal du Musée se subdivise en huit aires ouvertes thématiques. Mon article précédent était consacré à la mise à jour de l’aire d’exposition sur la Première Guerre mondiale. De nouvelles consoles de panneaux principaux étaient apparues, avec des textes accessibles aux familles, et les images y occupaient une plus grande place. Nous avons aussi conçu une série de grands panneaux thématiques verticaux qui fournissent de l’information générale et contextuelle. Ces panneaux, en plus des nouvelles installations, comme celle du Silver Dart, incarnent la nouvelle signature graphique du Musée, qui doit donner une cohésion visuelle à nos médias d’interprétation et rendre l’information plus conviviale pour les personnes qui explorent le musée. 

L’objectif, à l’époque, était de procéder une aire à la fois, à raison d’une section par année. Ça, c’était le plan de départ. Mais comme les choses ont changé en une seule année!

Passage à la vitesse supérieure

Avec la pandémie de COVID-19, les musées ont dû composer avec de nombreux défis inattendus. La durabilité posait un gros problème. Les panneaux d’exposition sont faits pour résister à beaucoup de choses, mais les protocoles de nettoyage qu’impose la COVID sont très rigoureux. Les solvants et le nettoyage à la vapeur effaçaient peu à peu la peinture pour carrosserie appliquée sur de nombreuses surfaces. Les panneaux devant être remplacés posaient en eux même un problème particulier. Des liquides s’étaient infiltrés dans les structures et avaient endommagé la pellicule graphique qu’elles recouvraient. Puisque plusieurs de ces panneaux remontaient aux années 1980, nous ne pouvions pas simplement réimprimer les plus anciens, puisqu’ils n’existaient pas en format électronique.

Le musée a pris la décision courageuse d’accélérer la conception de nouveaux panneaux de type console pour tous ses aéronefs. Plutôt que de procéder comme prévu, une aire à la fois, nous nous sommes lancés dans la conception de nouvelles consoles pour l’ensemble du musée. Pour chacune, nous avons donc dû effectuer des recherches et reprendre la rédaction, la sélection d’images et la conception graphique. Nous avons aussi dû concevoir la nouvelle structure des consoles pour qu’elle se conforme à nos normes actuelles en matière d’accessibilité, puis les faire fabriquer.

Une série de trois graphiques rectangulaires, empilés. Chaque graphique montre le design d’un panneau de type « console » particulier à un aéronef.

La conception des panneaux de type « consoles » a généralement évolué en deux étapes au Musée. L’image ci-dessus montre un panneau interprétatif original, qui remonte à 1988 environ. Remarquez le nuage en arrière-plan et le texte dense écrit tout petit. L’image du milieu montre une conception intermédiaire. Le texte, plus concis, est écrit plus gros, et les images occupent une place prépondérante. On a conservé le motif de nuage. Nous avons utilisé ce concept pour certains correctifs apportés avant 2020, lorsque nous devions remplacer un panneau tout en évitant qu’il détonne par rapport aux autres. L’image ci-dessous montre la signature finale; un fond noir intemporel accroît la lisibilité et fait ressortir l’image. La couleur du cercle où apparaît le titre change pour chacune des sections thématiques du Hall d’exposition principal.

Je sais que cette décision n’allait pas de soi pour le musée, car les correctifs soi-disant discrets sont rarement traités en priorité. Quoi qu’il en soit, même si la nécessité d’apporter rapidement des correctifs n’est jamais une bonne nouvelle, le moment ne pouvait être mieux choisi pour appliquer notre nouvelle signature graphique. À titre de planificatrice de l’interprétation, j’étais en train de terminer le Guide de réalisation d’expositions du musée. Je devais pour ce faire mettre à jour notre guide de rédaction et rassembler les éléments de la stratégie globale d’interprétation pour le Hall d’exposition principal. Le projet reposait en grande partie sur la collaboration avec la conceptrice d’expositions d’Ingenium pour développer l’aspect et la convivialité de notre signature graphique, ainsi que la stratégie qui permettrait d’intégrer les nouveaux éléments aux anciens sans qu’ils nuisent trop à l’harmonie. La décision d’apporter rapidement les correctifs nous a permis d’accélérer la mise en œuvre. Ainsi, nous avons maintenant atteint un point de bascule : sur le plan visuel, la nouvelle signature est désormais plus présente que l’ancienne au sein du musée. On pourrait dire que les mises à jour discrètes sautent maintenant aux yeux!

Où en sommes-nous, et où allons-nous?

Maintenant que 2022 tire à sa fin, il me semble que le temps est venu de vous dire où en est ce processus de renouvellement. Au début de 2020, avant la pandémie, nous avions remplacé toutes les anciennes consoles des sections sur Les tout débuts de l’aviation, La Première Guerre mondiale et la partie de La Deuxième Guerre mondiale portant sur l’aviation d’outre-mer. En tout, 20 des 64 consoles du musée ont ainsi été renouvelées. En 2021 et 2022, nous avons conçu 44 autres nouvelles consoles, y compris le reste des panneaux sur La Deuxième Guerre mondiale (plan d’entraînement aérien), ainsi que ceux sur L’aviation nordique et de brousse, Le vol commercial, Les débuts des voyages et du transport, Le vol vertical et La Guerre froide. La plupart ont déjà été produits et installés, et certains suivront en 2023.

Vue sur la section avant de l’Avro Arrow. Un nouveau panneau de type « console » rétroéclairé est situé devant le nez : noir et gris, avec des rehauts rouge vif. Un haut panneau vertical, lui aussi rétroéclairé, est situé à gauche du nez et porte des motifs noir et rouge semblables. Un petit biplan en bois monté sur roues, de ceux que les jeunes enfants peuvent enfourcher, est visible à l’avant.

De nouveaux panneaux thématiques portent le regard vers un véritable trésor du Musée : le nez le l’Avro Arrow. Les visiteurs ne peuvent plus le manquer!

Nous avons aussi à cette occasion accéléré la conception de certains panneaux thématiques verticaux. Ces nouveaux panneaux se sont ajoutés à la section sur Le vol vertical, ainsi qu’à côté de l’un des trésors les plus précieux du Musée : le nez le l’Avro Arrow. Nous avons aussi conçu des panneaux thématiques pour la section sur La Deuxième Guerre mondiale, qui seront imprimés et installés en 2023.

De plus, le Musée a entrepris de remplacer certaines de ses plus anciennes installations. Le mur d’hélices a été repensé au début de 2020 (juste avant la fermeture due à la pandémie, mais ça compte quand même, à mon avis!). Le revêtement mural adjacent aux avions d’entraînement de la Deuxième Guerre mondiale, terminé le mois dernier, porte lui aussi la nouvelle signature du musée. Cette section offre maintenant à une nouvelle génération de visiteurs une courte histoire du Plan d’entraînement aérien du Commonwealth britannique.

Vue en angle d’une surface murale dans toute sa longueur. Sur le mur noir apparaissent des cercles de couleurs sobres, beige, vert et gris, qui complètent une série de titre, de textes et d’images. Le titre principal se lit ainsi : « Les Canadiens sur le front intérieur ». Un support incliné longe la moitié du mur la plus rapprochée. Deux insignes en tissus et des fanions sont exposés dans sa vitrine peu profonde. Un biplan jaune suspendu dans les airs, est arrimé au sommet du mur.

Les Canadiens sur le front intérieur. Cette nouvelle installation sert d’introduction au rôle des Canadiens dans la mobilisation qui a mené à la victoire lors de la Deuxième Guerre mondiale. Elle mène au Plan d’entraînement aérien du Commonwealth britannique, sans doute la plus importante contribution du Canada à la victoire des Alliés (mis à part le service des militaires canadiens).

À quelque chose malheur est bon. Cette accélération du processus de renouveau nous a permis de tirer notre épingle du jeu, mais le travail était frénétique : l’équipe entière apprenait à travailler de la maison tout en menant à terme les mises à jour, sans négliger les priorités clés, notamment la conception de notre récente exposition, Regard sur le ciel : gérer la circulation aérienne au Canada. Malgré tout, grâce à ce projet, nous avons grandement amélioré l’accessibilité de l’information et l’avons rendue plus facile à absorber et mieux adaptée aux familles.  

Et ce n’est pas fini!

En recommençant à travailler une section à la fois, l’équipe chargée des expositions s’efforcera d’accroître le nombre de petits artefacts exposés. Nous pourrons ainsi aborder un plus grand nombre de récits centrés sur les gens et leurs expériences. Nous trouverons des façons novatrices, souvent au moyen de technologies numériques, d’intégrer des couches de contenu que le public pourra explorer. Nous examinerons aussi d’autres aspects interprétatifs, comme les étiquettes d’artefacts, pour trouver de nouvelles manières de présenter ces couches d’information de façon cohérente.    

Pour une équipe, rien d’impossible 

Voici une excellente occasion de montrer ce qui se passe en coulisses, comme le font tant d’articles du Réseau, et de parler des gens qui participent au renouvellement des expositions. Les mises à jour discrètes ne sont possibles que lorsque toutes les personnes impliquées, du directeur général du musée jusqu’aux membres de l’équipe d’installation, leur accordent la priorité. On peut dire des spécialistes qui travaillent dans des musées, du moins ceux que je côtoie, qu’ils sont axés sur la mission. Lorsque nous sommes à notre mieux, guidés par une confiance et un respect mutuel, nous prenons appui sur les forces des uns et des autres pour nous dépasser, collectivement. C’est peut-être cliché, mais ce que je viens de dire s’applique certainement ici. 

Si vous avez lu certains des (nombreux) articles publiés par Rénald Fortier dans le Réseau, vous aurez peut-être remarqué que certaines de ses déclarations sont suivies d’initiales, salutations discrètes qui témoignent de la solidité de nos relations professionnelles et de notre humour quelque peu décalé. Aujourd’hui, j’aimerais moi aussi faire quelques salutations.

Notre gestionnaire d’expositions récemment retraitée croyait en ce projet et s’est assurée que tout tomberait en place pour sa réalisation (SB). Notre gestionnaire d’expositions actuelle voit à la réalisation des installations définitives et fait en sorte qu’on ne perde rien de l’impulsion de départ (SC). Notre ancien conservateur s’est lancé de tout cœur dans la conception des nouveaux éléments et a même repoussé sa retraite pour mener le projet à bien (Salut, RF!). L’équipe de conservation actuelle milite activement pour une expérience centrée sur les visiteurs, ce qui me procure beaucoup de plaisir au travail (EG, VW). Une communication visuelle efficace est le pilier sur lequel repose ce projet, et notre conceptrice d’expositions, collaboratrice de longue date, a joué un rôle essentiel dans le développement de la nouvelle vision graphique du Musée (GL). Notre technicien, Expositions et logistique, a quant à lui apporté sa précieuse expertise et son souci du contrôle de la qualité (JR). Ces membres de l’équipe, et tant d’autres encore, sont essentiels pour faire du Musée de l’aviation et de l’espace du Canada une institution de calibre international. 

Je me sens véritablement privilégiée d’avoir eu l’occasion de travailler auprès d’une équipe aussi extraordinaire pour réaliser ce projet, et tant d’autres encore. Comme interprète, on a rarement l’occasion d’influencer la stratégie à long terme d’un musée et d’être en même temps témoin de sa mise en place expéditive. J’ai très hâte de voir se déployer, au cours de la nouvelle année, les dernières étapes de ces discrètes mises à jour, et je sais que d’autres suivront toujours.  

Maintenant que vous savez quoi surveiller, j’espère que vous serez aussi heureux que moi d’observer ces changements.


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Erin Poulton

Erin Poulton était la Planificatrice d'interprétation des expositions au Musée de l’aviation et de l’espace du Canada de 2013 à 2023. Diplômée de l’Université d’Ottawa en 2006, elle est titulaire d’un baccalauréat en anglais et en histoire, d’une maîtrise en histoire du Canada et d’un baccalauréat en éducation. Elle travaille en muséologie depuis 2000 et se plaît à trouver des façons efficaces et divertissantes de transmettre au public des récits sur l’histoire de l’aviation et de l’exploration spatiale au Canada.