Nebo zovyot et Battle Beyond the Sun; ou, Pourquoi, oh pourquoi des Américains ont-ils bousillé un très bon film de science-fiction soviétique? Partie 1

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Une affiche du film de science-fiction soviétique Nebo Zovyot.

Avez-vous une réponse à la question au cœur du sujet de cette semaine de notre blogue / bulletin / machin, ami(e) lectrice ou lecteur? Ça ne fait rien. Nous allons examiner cette question avant longtemps. Votre humble serviteur a une autre question, toutefois. Les cinémas soviétiques vendaient-ils du maïs soufflé en septembre 1959, le mois même où le film de science-fiction Nebo Zovyot, un point de vue soviétique sur la course à l’espace des années 1950 et du début des années 1960, un film admirable, époustouflant, magnifique et visuellement impressionnant, oserais-je dire un chef-d’œuvre méconnu, est montré pour la première fois, il ya 60 ans? Peu importe, et non, je ne suis pas un agent de couverture profonde soviétique / russe. Je n’aime même pas la vodka.

2019 étant une année d’espace, en raison du séjour de 203 jours et 15 heures de l’astronaute canadien David Saint-Jacques, en 2018-2019, dans la International Space Station (ISS), et du séjour de 21 heures et 46 minutes des membres de l’équipage de Apollo 11 Edwin Eugene « Buzz » Aldrin, Junior, et Neil Alden Armstrong sur la Lune, en juillet 1969, votre humble serviteur pensait que vous seriez peut-être intéressé(e) par la lecture de quelques mots, environ 6 250 mots, désolé pour ça, sur un des films de science-fiction soviétiques les plus accomplis des années 1950 et 1960, le susmentionné Nebo Zovyot.

Incidemment, le titre de ce long métrage peut être traduit comme l’appel du ciel.

Et il appelle vraiment. Il était / est / sera difficile d’exprimer en mots ou en paroles le sentiment d’exultation ressenti par d’innombrables citoyen(ne)s de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) suite à la succession de premières spatiales accomplies par leur pays à la fin des années 1950 et au début des années 1960, du premier satellite artificiel, Spoutnik I, lancé en octobre 1957, au premier être humain dans l’espace, Youri Alekseïevitch Gagarine, lancé en avril 1961. Tous deux sont mentionnés dans quelques numéros de notre blogue / bulletin / machin depuis juillet 2018.

Nous, le nous curatoriel / royal bien sûr, répondrons à cet appel en passant en revue l’intrigue de Nebo Zovyot. Nous n’aurons pas de maïs soufflé mais il y aura des dévoilements de secrets.

Il était une fois, présumément en 1959, un jeune écrivain qui se rendait dans un institut de recherche sur les fusées afin de rassembler des informations pour un livre sur les voyages dans l’espace. Il rencontre un ingénieur / scientifique, Yevgenï Peterovitch Kornev, et un ingénieur / astronaute, Andreï Vasilivitch Gordienko. Le premier évoque l’avenir des voyages spatiaux pilotés tandis que le second lui montre des modèles détaillés des premiers satellites artificiels, dont un de Spoutnik II, un vaisseau spatial mentionnés dans des numéros de juillet et septembre 2018 de notre blogue / bulletin / machin, ainsi qu’un modèle détaillé d’une future station spatiale, sans parler d’une combinaison spatiale à la mode. Et oui, il y a bien sûr un modèle de Spoutnik I. Fasciné par ce qu’il voit, le jeune homme commence à écrire dès son retour chez lui.

L’action du film se déplace ensuite vers un autre lieu, l’espace, frontière de l’infini. Une grande station spatiale, une roue tournante avec un long cylindre contenant un observatoire, de nombreux laboratoires, une ou quelques serres, une plate-forme de départ et de nombreuses cabines confortables, tourne autour de la Terre. Kornev et Gordienko sont à bord après un voyage dans une fusée lancée depuis la Terre. Un vaisseau spatial super-moderne, le Rodina (Mère patrie en russe), partirait pour Mars dans quelques jours, au moment le plus favorable possible. Kornev et un ingénieur / astronaute, Grigori Vasilivitch (?) Somov, participeraient à ce tout premier voyage vers la planète rouge.

À propos, saviez-vous que la station spatiale à roue tournante est imaginée pour la première fois dans les années 1920? Oui, les années 1920. L’esprit brillant et tristement oublié derrière la première description détaillée d’une station spatiale, de tout type de machine spatiale en fait, s’appelle Herman Potočnik. Ce citoyen autrichien d’origine slovène publie un livre abondamment illustré sur les voyages dans l’espace, en allemand, son seul ouvrage, sous le pseudonyme Hermann Noordung, à la fin de 1928 Oui, 1928. L’année mentionnée dans le livre, 1929, est inexacte.

Les membres d’un très important groupe de passionnés de fusées allemands, mentionné dans un numéro de février 2019 de notre vous savez quoi, la Verein für Raumschiffahrt, sont très impressionnés par le livre de Potočnik. Croiriez-vous qu’un des jeunes membres de ce groupe est Wernher Magnus Maximilian von Braun, un individu mais pas nécessairement un gentilhomme mentionné dans des numéros de janvier et février 2019 de notre blogue / bulletin / machin?

Il a été suggéré que la traduction russe du livre de Potočnik, publiée en 1935, impressionne également les membres du Gruppa po Izucheniyu Reaktivnogo Dvizhenia, un important groupe soviétique de passionnés de fusées mentionné dans ce même numéro de notre vous savez quoi. Croiriez-vous qu’un des jeunes membres de ce groupe basé à Moscou est Sergeï Pavlovitch Korolev, le concepteur en chef anonyme du premier missile balistique intercontinental de l’URSS, le R-7 Semyorka, dans les années 1950? Et oui, un Semyorka à peine modifié amène Spoutnik I en orbite en octobre 1957. Très bien, ami(e) lectrice ou lecteur. Prenez-vous une étoile dorée. Pas une rouge.

Cela étant dit (tapé?), le concept de station spatiale à roue tournante est rendu célèbre par von Braun, un géant quelque peu opportuniste et arrogant du programme spatial américain dont la participation au Nationalsozialistische Deutsche Arbeitpartei, en Allemagne nationale-socialiste, était / est / sera un sujet de controverse. Vous vous souviendrez également qu’une station spatiale à roue tournante est la première étape des héros tragiques du film 2001 : Une odyssée de l’espace. Et oui, cette magnifique production de 1968 est mentionnée à quelques reprises dans notre blogue / bulletin / machin depuis juillet 2018. Mais je digresse.

Maintenant que nous sommes sur une bonne passe digressante, je tiens à souligner qu’une station spatiale à roue tournante joue un rôle de premier plan dans un des nombreux albums de bande dessinée illustrant les aventures de Dan Cooper, un pilote de chasse canadien imaginé par le dessinateur et scénariste belge Albert Weinberg. Cet album, intitulé Le Maître du Soleil, sort en 1958. Cooper et Weinberg sont tous deux mentionnés dans des numéros de septembre 2018 de yadda, yadda, yadda.

Tristement, Potočnik décède en août 1929. Il n’a pas encore 37 ans. À la fin des années 1990, certaines personnes suggèrent que l’habitat spatial maintenant connu sous le nom de ISS porte le nom de Potočnik. L’idée a du mérite, mais pas de promoteur important. Ne me forcez pas à vous dire que la ISS est mentionnée dans quelques numéros de notre blogue / bulletin / machin depuis juillet 2018. S’il vous plaît. Revenons donc à notre histoire et à la station spatiale de Nebo Zovyot.

Un visiteur inattendu atteint la dite station avant longtemps. Il est naturellement autorisé à s’amarrer. Deux étrangers, un ingénieur / scientifique et un important correspondant d’une société de médias, sortent de ce vaisseau spatial, le Tayfun. Ils sont accueillis à bras ouverts. De fait, Robert Klark et Herman Verst sont invités à dîner.

Alors que les visiteurs et leurs hôtes échangent des banalités et boivent du champagne / mousseux, Verst annoncent que lui et Klark partiraient pour Mars dans quelques jours, au moment le plus favorable possible. La déclaration de ton neutre de Kornev selon laquelle lui et Somov partiraient également dans quelques jours, au moment le plus favorable possible, laisse Klark et Verst presque pantois. Son offre de connexion radio entre le Terre et Mars, afin de faciliter leur voyage, les laissent également presque pantois. Kornev ajoute que l’heure de départ du Rodina ne serait pas avancée de la moindre nanoseconde. Il se moque bien de savoir qui arrivera le premier sur Mars et déplore le fait que les 2 principaux pays spatiaux n’ont pas mis leurs ressources en commun pour augmenter leurs chances de succès.

Klark et Verst contactent immédiatement leurs supérieurs, le soit disant syndicat de Mars, qui leur ordonne de commencer immédiatement leur voyage vers Mars, avant le temps le plus favorable possible. Leur départ précipité et imprudent laisse Somov blessé par le souffle des moteurs. Gordienko propose immédiatement de prendre la place de son camarade.

Comme vous l’aurez peut-être deviné, ami(e) lectrice ou lecteur, Kornev, Gordienko et Somov, calmes, compatissants, confiants, coopératifs, désintéressés, gentils, honnêtes, humbles, nobles, ouverts, patients, sans peur, professionnels, raisonnables, sages, serviables, toujours prêts à aider un rival et travaillant dans un système ne voulant pas prendre de risques, sont des citoyens soviétiques. Évidemment.

Klark et Verst, arrogants, compétitifs, égoïstes, en quête de gloire, ignobles, impétueux, imprudents, incertains, inconsidérés, malavisés, malhonnêtes, peu professionnels, sournois, stupides, téméraires, trompeurs, peu disposés à aider un rival et travaillant dans un système trop disposé à prendre des risques, sont Américains. Évidemment. Et ceci même si les pays des 2 équipes de cosmonautes / astronautes ne sont pas identifiés dans le dialogue du film.

Remarquez, le dit dialogue, en russe, combiné à l’utilisation de l’alphabet cyrillique, aide probablement les spectatrices et spectateurs à déterminer qui porte les chapeaux blancs, et les noirs. Ceci est une référence aux films western, soit dit en passant.

Peu de temps après le départ du Tayfun, les personnes marchant sur les trottoirs des rues animées d’une métropole ornée d’enseignes lumineuses criardes voient des messages annonçant cette nouvelle sensationnelle. D’autres messages les exhortant à acheter des terrains sur Mars, ainsi qu’une sorte de cocktail spatial, confirment que la dite métropole est située dans un pays dominé par des capitalistes et des profiteurs sans scrupules et cupides – autrement dit, des Américains typiques, et… Pourquoi cette colère? Je ne suis pas celui qui dit ça. Je ne fais que mentionner ce qui est sur le grand écran.

Plus tard, Klark et Verst envoient des messages à la Terre. Ces transmissions ne contiennent aucune information. Ce sont des… publicités. Klark pour sa part maudit le petit malin qui a eu cette idée.

À un stade précoce de son voyage vers Mars, le système de navigation du Tayfun perd les pédales. Le vaisseau spatial dévie de sa trajectoire, vers le Soleil, et son équipage n’a pas assez de carburant pour faire les corrections nécessaires. Pis encore, Klark et Verst courent le risque d’une ou quelques collisions avec une pluie de météores – ou une ceinture d’astéroïdes. Face à une mort certaine, les 2 hommes envoient un signal de détresse.

Kornev entend leur appel et modifie immédiatement la trajectoire du Rodina. Vous voyez, Gordienko et lui ont quitté la station spatiale comme prévu, au moment le plus favorable possible, sous le regard d’une petite caméra portée par un cosmonaute – une scène visuellement frappante et majestueuse si je puis me permettre. À un stade précoce de leur voyage vers Mars, leur chemin croise celui d’un satellite qui ressemble beaucoup à Spoutnik I.

Alors que Kornev maintient avec confiance le Rodina très près du Tayfun, Gordienko aide Klark et Verst à quitter leur capricieux vaisseau spatial. Tout va bien, mais attendez. Tout ne va pas bien. Kornev se rend compte qu’il n’y a pas assez de carburant à bord du Rodina pour retourner à la station spatiale. Il décide rapidement d’atterrir sur un astéroïde, celui connu sous le nom de Icare si vous devez le savoir. Une fois là-bas, Kornev et les autres installent un équipement sur sa surface pour guider une fusée sans pilote chargée de carburant qui serait envoyée depuis la station spatiale.

Voyant Mars dans le ciel, si proche et pourtant si loin, Klark, ou est-ce Verst, se sent assez abattu. Kornev contre ses paroles amères envers la Terre et ses habitant(e)s en affirmant que leur situation est une leçon cruelle mais utile sur la compétition inutile. L’écrasement de la fusée sans pilote sur Icare laisse Klark et Verst encore plus abattus. Kornev, Gordienko, Klark et Verst semblent condamnés à mourir sur Icare.

Bien que bouleversé par l’écrasement de leur fusée, le personnel de la station spatiale refuse d’abandonner. Somov, maintenant guéri, présente un plan.

De retour sur Icare, Verst rêve que quelqu’un est venu sauver les cosmonautes / astronautes sur le carreau. Il se réveille pour voir Somov, à la surface de l’astéroïde, quelques instants avant la chute du sauveteur désintéressé. Vous voyez, ce dernier fait le voyage vers Icare dans une fusée identique à celle qui s’est écrasée. Quelque chose tourne mal, cependant, et Somov est soit mortellement blessé, soit exposé à des doses mortelles de rayonnement.

Bien que dévastés par la mort de Somov, Kornev et les autres ravitaillent le Rodina en carburant et commencent leur voyage de retour. Le vaisseau spatial atterrit verticalement sur une plate-forme près du rivage de la mer Noire. Kornev, Gordienko, Klark et Verst atteignent la terre ferme à bord d’un bateau à moteur. Leurs épouses / amies et / ou mères en larme les accueillent. Il y a des jeunes personnes qui agitent leur chapeau ou des branches de lilas. Kornev et les autres disent quelques mots. Verst indique que Kornev lui a montré que les gens ne sont pas aussi mauvais qu’il le pensait. Un des compatriotes de ce dernier avoue que Kornev a amené tout le monde à croire au pouvoir de l’amitié. Imperturbable, Kornev déclare que la vie a plus de valeur que tout objectif que l’humanité puisse s’efforcer d’atteindre. Malgré tout, il irait sur Mars avant longtemps.

L’action du film se déplace ensuite vers un autre lieu, un bureau où Kornev examine des plans. La station spatiale, le Rodina, le Tayfun, et les vols tragiques vers Mars n’étaient qu’un rêve. Kornev souligne ce point en disant que les êtres humains ne font que regarder dans l’espace. Bientôt, ils en prendront possession. Regardant droit vers la spectatrice ou spectateur, Kornev souhaite d’un air avunculaire un bon voyage à la jeune génération qui serait confrontée à cette tâche. Fin.

Je ne sais pas pour vous, ami(e) lectrice ou lecteur, mais ceci me semble un bon moment pour en rester là aujourd’hui. La partie 2 de cet article devrait être mise en ligne la semaine prochaine, si le Monstre spaghetti volant le veut.

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Rénald Fortier