J’ai déjà suivi un cours avec le professeur RAMAC

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Éléments du système International Business Machines 305 RAMAC en exposition à l’Exposition universelle et internationale de Bruxelles, lieu inconnu. Anon., “Machine-histoire.” L’Action catholique, 18 janvier 1959, 15.

Bonjour et goeidag, ami(e) lectrice ou lecteur. Nous sommes réuni(e)s ici aujourd’hui pour parler de science, de technologie et d’innovation dans le domaine des ordinateurs plutôt que de l’aviation et de l’espace. Je ne peux qu’imaginer à quel point vous êtes déçu(e), mais c’est la vie. Permettez-moi de vous assurer que votre humble serviteur ne met pas ce sujet de l’avant par amour des ordinateurs. En ce qui me concerne, ces choses ne sont que des machines à écrire capricieuses, avec une emphase aussi forte que possible du point de vue humain sur le terme caprice, mais je m’éloigne du sujet. Et oui, je me suis encore une fois écarté du véritable chemin vers l’illumination en utilisant une source de sujets autres que l’étonnante bibliothèque du Musée de l’aviation et de l’espace du Canada d’Ottawa, Ontario. Le sujet de cette semaine explose hors des pages de L’Action catholique, un quotidien aujourd’hui disparu de Québec, Québec, qui contient beaucoup plus de photos cool que je n’aurais jamais pu imaginer. Celle avec laquelle j’ai l’intention de vous contrarier aujourd’hui provient du numéro du 18 janvier 1959.

Veuillez trouver ci-joint une transcription de la légende assez longue de la photo qui a attiré mon attention. Et oui, ami(e) lectrice ou lecteur, les légendes des photos sur les panneaux de textes du susmentionné Musée de l’aviation et de l’espace du Canada sont beaucoup plus courtes que ça, grâce à la, oh, tant populaire police des légendes. Je plaisante, EP. Je plaisante. Les textes et légendes sur les panneaux doivent être courts.

L’ère de l’automatisation ne pouvait produire de machine plus historique que celle-ci qui évoque les événements survenus depuis quatre ans avant la naissance du Christ jusqu’au lancement du premier spoutnik. En touchant quelques boutons, une synthèse historique, pour n’importe quelle année et dans l’une des 10 langues connues par la machine, apparaît sur le tableau placé au-dessus du cabinet, à droite. Le cerveau, en arrière-plan, contient des disques montés verticalement sur une tige qui tourne à la vitesse de 1,200 révolutions à la minute. Chaque disque a de nombreux points magnétisés à sa surface, chacun représentant une partie des informations emmagasinées.

L’information contenue dans cette légende me porte à croire que l’appareil exposé a un rapport avec le système International Business Machines (IBM) 305 RAMAC exposé à l’Exposition universelle et internationale de Bruxelles, ou Expo 58. Les éléments sur la photo peuvent même appartenir à cet exemplaire même du système, et… Pourquoi 4 ans avant la naissance de Christ, vous demandez-vous? Fouillez-moi. En fait, les personnes en charge du projet croient peut-être que le Christ est né plus tôt qu’on le croyait, 4 ans plus tôt en fait.

Tout ce que votre humble serviteur sait, c’est que la période pour laquelle les visiteuses et visiteurs peuvent obtenir des informations va de la quatrième année avant l’ère actuelle à 1957. Et oui, ami(e) lectrice ou lecteur fana d’espace, Spoutnik I est mentionné dans des numéros de juillet, août et septembre 2018 de notre blogue / bulletin / machin.

Tenue à Bruxelles, Belgique, entre avril et octobre 1958, Expo 58 est une foire mondiale très réussie qui accueille pas moins de 42 millions de visiteuses et visiteurs. À vrai dire, il s’agit de la première foire mondiale organisée après la Seconde Guerre mondiale. Le contexte de Guerre froide qui entoure sa création conduit plusieurs des 40+ pays participants, notamment les États-Unis et l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), à tout mettre en œuvre pour impressionner les visiteuses et visiteurs. Tous ces efforts portent leurs fruits, car les visiteuses et visiteurs sont à la fois choqué(e)s et consterné(e)s. Désolé, désolé. Elles et ils sont laissé(e)s sans voix devant les merveilles exposées sur tout le site. Et oui, le Canada a un pavillon à Expo 58.

Une des susmentionnées merveilles est, vous l’avez bien deviné, le système IBM 305 RAMAC. Comme il a été dit (tapé?) ci-dessus, le système répond aux questions en 10 langues, soit l’allemand, l’anglais, l’espagnol, le français, l’interlingua, l’italien, le néerlandais, le portugais, le russe et le suédois.

Qu’est-ce que j’entends? Vous ne savez pas ce qu’est l’interlingua, ami(e) lectrice ou lecteur? Non? Sérieusement? Je ne le savais pas non plus, en fait. Qu’il soit donc connu partout sur ce territoire que l’interlingua est une langue internationale auxiliaire, c’est-à-dire une langue artificielle, tout comme l’espéranto, l’ido, le novial, l’occidental, le volapük, etc. Une équipe de linguistes commence à la développer en 1937. Une grammaire et un dictionnaire anglais-interlingua sont publiés en 1951. Un manuel d’introduction suit en 1954. L’interlingua se révèle étonnamment populaire dans la communauté scientifique et, dans une certaine mesure, parmi le public, ce qui expliquerait son utilisation par IBM à Expo 58. S’il est vrai que les personnes qui parlent espagnol, français, italien et portugais peuvent apparemment lire et comprendre l’interlingua sans avoir à l’étudier, le nombre de locutrices et locuteurs actifs / réguliers en 2019 n’excède pas 2 000 personnes.

Avant de poursuivre, votre humble serviteur aimerait souligner que les 9 susmentionnées langues non-artificielles sont toutes des langues alphabétiques compatibles avec la technologie de l’époque. Répondre à des questions en chinois aurait été tout à fait impossible. La plupart de ces langues non artificielles, à savoir l’allemand, l’anglais, l’espagnol, le français, l’italien, le néerlandais, le portugais et le russe sont parlées par des citoyennes et citoyens de pays dotés de passés coloniaux plutôt sanglants.

Vous avez une autre question, n’êtes-ce pas, ami(e) lectrice ou lecteur curieuse / curieux? Vous souhaitez en savoir plus sur le système IBM 305 RAMAC exposé à Expo 58? C’est bien ce que je pensais. Ce cerveau électronique, informellement connu sous le nom de Professeur RAMAC, est exposé dans le pavillon américain. Comme on peut s’y attendre à une époque où les découvertes scientifiques et technologiques attirent beaucoup l’attention, il attire également beaucoup d’attention. À dire vrai, la présentation du système IBM 305 RAMAC à Expo 58 n’est rien de moins qu’un coup de génie pour International Business Machines Corporation (IBM). Un nombre incalculable de personnes, qui n’ont jamais vu un ordinateur électronique de près, observent d’un œil admiratif alors qu’une jeune et séduisante opératrice explique le fonctionnement de ce stupéfiant bidule.

Une visiteuse ou visiteur a seulement besoin de fournir une date, apparemment une année. Cette date serait ensuite entrée, possiblement par une opératrice, à l’aide d’une station de saisie manuelle. Le système IBM 305 RAMAC passe alors à l’action, au figuré bien sûr. Il lui faut 0.6 seconde pour trouver l’information demandée. Cette information est envoyée à une imprimante qui tape le tout sur un morceau de papier. Notre visiteuse ou visiteur, impressionné(e) par la puissance de la machine américaine, s’en va avec ledit morceau de papier. Beaucoup de ces réponses survivent peut-être encore aujourd’hui, dans des tiroirs ou des albums photo.

Des réponses typiques seraient, par exemple, pour 1480 et 1767 :
- Léonard de Vinci a inventé le parachute, et
- Mozart a composé son premier opéra à l’âge de 11 ans. Christian VII est devenu roi du Danemark.
Si votre humble serviteur est autorisé à utiliser son crayon rouge pendant un instant, ou 2, il semble que de Vinci invente son parachute entre 1480 et 1483.

La réponse pour l’année 1917 a trait à l’entrée des États-Unis dans la Première Guerre mondiale, ainsi qu’à la Grande révolution socialiste d’octobre, un événement ayant façonné / bouleversé le monde mentionné dans des numéros de mai et juillet 2018 de notre blogue / bulletin / machin. Votre humble serviteur inclut la réponse pour 1917 car un visiteur célèbre, ou infâme, vous décidez, d’Expo 58 veut savoir ce que le professeur RAMAC a à dire à propos de cette année. Ce visiteur est nul autre que Kliment Yefrimovitch « Klim » Voroshilov. Le vieux président du Présidium du Soviet suprême, autrement dit le chef de l’état / président de l’URSS, hoche la tête en lisant le texte imprimé par le bon professeur. Voroshilov a vécu la révolution et la guerre civile qui a suivi. Il a également vécu les terribles années durant lesquelles Josif Vissarionovitch Staline, né Ioseb Jughashvili, dirigeait l’URSS d’une main de fer. Et oui, ami(e) lectrice ou lecteur, le monstre qu’est Staline est mentionné dans un numéro de février 2018 de notre blogue / bulletin / machin.

Vorochilov passé environ 50 minutes dans le pavillon américain, serrant la main des fonctionnaires et leur donnant des claques dans le dos. Il regarde de nombreux objets exposés et s’amuse beaucoup. Voroshilov se trouve à Expo 58 pour participer à des journées spéciales consacrées à l’URSS.

Les personnes qui interagissent avec le professeur RAMAC peuvent, je répète peuvent, également être en mesure de poser une des (1 200?) questions préprogrammées dans la mémoire de ce qui est à toutes fins pratiques la première bibliothèque numérique au monde. Des questions cruciales comme : quel mot de la langue française est le plus difficile à prononcer? Soupir. Vous avez une question bien à vous, n’est-ce pas? Non, je ne sais pas de quel mot il est question. Question suivante. Que veut dire RAMAC, vous dites? Et bien, cet acronyme veut dire, une fois traduit, méthode d’accès aléatoire à la comptabilité et au contrôle. Et oui, cette expression un peu cryptique sera bientôt expliquée.

Avant de s’exécuter, votre humble serviteur aimerait souligner que le Professeur RAMAC se rend dans quelques / plusieurs bureaux de vente de IBM aux États-Unis après la fin d’Expo 58. Passons maintenant au sens de l’expression qui vous rendait si perplexe il y a un instant.

Le système IBM 305 RAMAC est une merveille technique, et une qui est assez légère en fait : seulement 3 600 kilogrammes (8 000 livres) environ. Ce super système est composé d’une unité de traitement, d’une unité de stockage sur disque, d’une table utilitaire, d’un perforateur de cartes, d’une imprimante, d’une console et d’un bloc d’alimentation. Il n’a guère besoin d’espace; une pièce mesurant un peu plus de 9 mètres (30 pieds) de large et 15 mètres (50 pieds) de long est parfaite. L’unité de stockage à accès aléatoire à 50 disques, pesant 785 kilogrammes (1 730 livres), a une capacité de, roulement de tambour s’il vous plaît, 5 millions de caractères – un gros 5 mégaoctets de données si mes calculs très élémentaires et primitifs sont exacts.

Cette merveille technologique peut être à vous, ami(e) lectrice ou lecteur, pour seulement 190 000 $ – système de climatisation, chariot élévateur à fourche et avion cargo non inclus. N’attendez plus. Cette offre prendra fin dans, et bien, laissez-moi aller demander. Et non, je ne sais pas si le prix mentionné ci-dessus s’applique à l’ensemble du système ou à la seule unité de traitement. Je sais toutefois qu’une unité de stockage sur disque autonome vaut 34 500 $. À propos, jusqu’à 3 unités supplémentaires peuvent être branchées sur une unité de traitement, si un client a besoin de beaucoup de puissance cogitative.

Bon, sérieusement, sœurs, frères et autres primates, le système IBM 305 RAMAC est une merveille technique à sa sortie. Si je peux me permettre de citer le site Web d’IBM, en traduction évidemment, cette machine de traitement de données polyvalente « conserve les enregistrements en temps réel, fournit un accès aléatoire à n’importe quelle information, élimine les charges de pointe, et peut simultanément produire une réponse imprimée ou sur carte perforée. »

Le système IBM 305 RAMAC, ami(e) lectrice ou lecteur, est le premier ordinateur électronique de série équipé d’un lecteur de disque dur. Qu’est-ce qu’un tel lecteur a de si formidable, vous demandez-vous? Qu’a-t-il de si formidable? Est-ce que vous plaisantez? Oh, je vois quelles sont vos intentions. Vous ouvrez une porte qui me permettrait de pontifier un instant. C’est malin de votre part. C’est gentil aussi. Je vous remercie. Pour faire une longue histoire, avant l’introduction du système IBM 305 RAMAC, les ordinateurs électroniques accèdent à leurs données de manière séquentielle, en utilisant des piles de cartes perforées ou des bobines de bande magnétique. Un disque dur rend tout élément d’information aussi accessible qu’un autre. En d’autres termes, un système IBM 305 RAMAC peut accéder à ses données de manière aléatoire.

L’histoire du disque dur, une invention qui façonne / bouleverse le monde s’il en est une, commence probablement en 1952, quand IBM ouvre un nouveau laboratoire de recherche avancée à San Jose, Californie, loin du siège principal de l’entreprise. Au début de 1953, l’équipe est bien occupée à une nouvelle tâche : développer un support de stockage d’informations qui surclasserait la carte perforée. Vous voyez, ami(e) lectrice ou lecteur, quelques / plusieurs clients de IBM découvrent que l’accès séquentiel à leurs données n’est plus suffisant. Ils ont besoin d’accéder aux dites données de manière aléatoire. Après avoir examiné toutes les idées de remplacement des cartes perforées existantes, l’équipe de San Jose propose ce qui semble être une idée gagnante. Pourquoi ne pas stocker les données d’un ordinateur électronique sur des piles de disques magnétiques en rotation rapide auxquelles on peut accéder, de façon aléatoire évidemment, à l’aide de têtes de lecture et d’écriture montées sur un bras escamotable à commande mécanique?

William A. « Bill » Goddard, un ingénieur en aéronautique qui travaille brièvement pour North American Aviation Incorporated, un des plus grands avionneurs du 20ème siècle et une compagnie mentionnée dans un numéro d’août 2018 de notre blogue / bulletin / machin, est un des ingénieurs qui joue un rôle crucial dans le développement de ce dispositif. Et oui, ami(e) lectrice ou lecteur fana d’aviation, c’est tout ce que votre humble serviteur va dire (taper?) au sujet de l’aviation ou de l’espace aujourd’hui.

Incidemment, les bonnes gens du laboratoire de recherche de San Jose auraient pu développer une unité de stockage sur disque d’une capacité supérieure à 5 millions de caractères. Elles ne le font apparemment pas parce que le département de marketing de IBM oppose pratiquement son veto à cette idée. Les bonnes gens de ce service ne savent pas comment vendre un système d’une capacité supérieure à 5 millions de caractères, ou du moins c’est ce que certaines personnes disent, mais revenons à la voie qui nous mène à notre train d’idées.

Certains ingénieurs de IBM pensent que l’équipe de San Jose est à cours de quelques frites d’un « Happy Meal » lorsqu’elle entame la conception du premier disque dur au monde, et… Je sais, je sais, cette expression est anachronique. Croiriez-vous qu’une personne d’esprit inconnue de chez IBM qualifie le lecteur de disque dur proposé de trancheuse de saucisson? Malheureusement, une des piles de disques en rotation se désintègre vers le début des essais, probablement en 1955, blessant 2 ingénieurs.

Travaillant en coopération avec d’autres laboratoires de recherche de IBM, l’équipe de San Jose assemble et teste 14 prototypes de ce qui devient le système IBM 305 RAMAC. Le premier d’entre eux va à Crown Zellerbach Paper Corporation en juin 1956. Le nouveau système est officiellement introduit en septembre de la même année. Le président de IBM est si heureux qu’il déclare que cette annonce est le plus grand jour de l’histoire de la société.

Qu’est-ce que vous dites (tapez?), ami(e) lectrice ou lecteur? Une exagération typique d’une entreprise, dites-vous? Pas dans ce cas, dis-je. On peut soutenir que le lecteur de disque dur joue un rôle aussi important dans le développement de l’interaction homme-ordinateur que la souris et l’écran graphique. Votre humble serviteur ne pourrait pas vous embêter en ce jour si le lecteur de disque dur n’existait pas.

Une information un peu amusante si je peux me le permettre. Les premiers systèmes IBM 305 RAMAC sont peut-être assemblés dans un hangar précédemment utilisé par California Packing Corporation, un important producteur de produits alimentaires connu aujourd’hui sous le nom de Del Monte Foods Incorporated. Souhaitez-vous vous contempler une autre nouvelle amusante, à moins qu’elle ne soit ironique, ami(e) lectrice ou lecteur souffre douleur? Crown-Zellerbach Paper compte parmi les principaux fabricants du carton léger utilisé pour la fabrication des cartes perforées, un produit rendu désuet par le… système IBM 305 RAMAC. Comment est-ce possible, vous demandez-vous? Une seule unité de stockage sur disque peut contenir autant de données que 64 000 cartes perforées. Croiriez-vous que, au début des années 1980, votre humble serviteur a le plaisir infini d’utiliser des cartes perforées pour 2 cours d’histoire à l’Université de Sherbrooke, à Sherbrooke, Québec, et à l’Université Laval, à Québec? Oh, jours heureux. BLINK cartes perforées!

À la fin de la production du système IBM 305 RAMAC, en 1961, plus de 1 000 de ces dispositifs ont été construits. Saviez-vous que quelques-uns / plusieurs sont construits par International Business Machines Company Limited de Don Mills, une ville située près de Toronto, Ontario? Le premier système IBM 305 RAMAC fabriqué au Canada est achevé en 1960. Il est livré à Bank Aufina Aktiengesellschaft, une institution suisse de crédit à la consommation. Le second, croit votre humble serviteur, va à L’Assurance-Vie Desjardins, un élément du Mouvement Desjardins connu aujourd’hui sous le nom de Desjardins Sécurité financière. Vous semblez perplexe, ami(e) lectrice ou lecteur, n’avez-vous jamais entendu parler du Mouvement Desjardins? Cette organisation, une institution québécoise s’il en est une, est la plus grande fédération de coopératives de crédit en Amérique du Nord.

Ce système IBM 305 RAMAC quitte Don Mills le 12 juillet 1960. Il arrive au siège de L’Assurance-Vie Desjardins, à Lévis, Québec, le lendemain. Ce système est la première machine de ce type à être utilisée par une compagnie d’assurance canadienne – une information que le Mouvement Desjardins signale fièrement dans le numéro d’octobre 1960 de La Revue Desjardins.

Croiriez-vous que International Business Machines, celle de Don Mills, est apparemment la première filiale de ce qui est alors Computing-Tabulating-Recording Company à porter le nom de International Business Machines? Mais revenons à notre histoire.

Le Mouvement Desjardins n’est qu’une des nombreuses organisations qui se lancent dans l’informatique à la fin des années 1950 et au début des années 1960. United Air Lines Incorporated et la division Mopar de Chrysler Corporation ont des systèmes IBM 305 RAMAC au plus tard en 1957. La United States Coast Guard en a un au plus tard à l’été 1960. Ce système est utilisé pour accélérer les opérations de sauvetage. En utilisant la longitude et la latitude d’un navire en détresse, le système peut identifier tous les navires se trouvant à proximité. Northern Electric Company de Mississauga, Ontario, utilise peut-être un système IBM 305 RAMAC, probablement le premier au Canada, dès 1957-58.

Les personnes à l’origine des VIIIème Jeux olympiques d’hiver, qui se déroulent en 1960 dans un endroit dont le nom est pour le moins inapproprié au 21ème siècle, ou à n’importe quel siècle, Squaw Valley, Californie, disposent d’un système IBM 305 RAMAC. Ce système calcule et imprime, pour la première fois, les résultats des compétitions en temps réel. Vous semblez choqué(e), ami(e) lectrice ou lecteur. Ne savez-vous pas que dans les jeux précédents, tous les calculs doivent être faits par des humains? Les officiels et concurrent(e)s doivent parfois attendre des heures pour obtenir les résultats d’une course. Les premiers calculateurs sont des êtres humains, très souvent des femmes. N’avez-vous pas vu le superbe film Les figures de l’ombre, de 2016, qui raconte l’histoire de femmes afro-américaines qui jouent un rôle crucial, bien que dans l’ombre, au début du programme spatial piloté américain?

Étant donné le moment de son introduction, vous ne serez peut-être pas surpris(e) d’entendre (lire?), ami(e) lectrice ou lecteur techniquement averti(e), que le système IBM 305 RAMAC représente une des dernières utilisations des tubes à vide par IBM. Étant donné ce fait, étant donné aussi la rapidité avec laquelle la technologie informatique électronique a évolué, évoluera et évoluera, vous ne serez peut-être pas surpris(e) d’entendre (lire?) qu’un nouveau système à transistor introduit par IBM en 1962 rend le système IBM 305 RAMAC désuet. Le disque dur, par contre, survit. L’article que vous lisez aujourd’hui est un témoignage vivant et respirant de ce fait. Cela étant dit (tapé?), le disque à circuits intégrés remplace le lecteur de disque dur pour certaines applications.

Une pensée d’adieu si je peux me le permettre. Le Professeur RAMAC est peut-être le premier exemple de la personnification à part entière d’un ordinateur électronique qui culmine avec HAL 9000, le personnage mondialement connu bien que totalement virtuel de 2001 : Une odyssée de l’espace, un film de 1968 mentionné dans un numéro de juillet 2018 de notre blogue / bulletin / machin. Et oui, ami(e) lectrice ou lecteur qui adorez la science-fiction, un des cerveaux non électroniques à la base de ce film classique est Arthur Charles Clarke, un gentilhomme mentionné dans un numéro de novembre 2018 de notre blogue / bulletin / machin.

Je vous dis maintenant au revoir, jusqu’à la semaine prochaine, en espérant qu’un nouveau système ne me rendra pas désuet avant cette date. Date. Date. Date. Date.

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Rénald Fortier