Saviez-vous que le Eagle a aluni sur des jambes faites au Québec?

Médias
Gérard Duquette, contremaître à Héroux Incorporée (droite), avec sa famille et 2 de ses ouvriers, 20 juillet 1969. Roger Nadeau, « Les ouvriers de la Héroux ont tressailli de joie en voyant le LEM sur la Lune. » Le Petit Journal, 27 juillet 1969, 4.

Prenez-vous une chaise, ou un siège-sac, ami(e) lectrice ou lecteur. S’il est vrai que nous ne sommes pas à Longueuil, Québec, en juillet 1969, à attendre qu’un être humain pose le pied sur la Lune, nous avons quand même droit à un peu de confort. Commençons notre péroration hebdomadaire par un examen des lieux. La photo ci-haut provient du numéro du 27 juillet 1969 de l’hebdomadaire Le Petit Journal de Montréal, Québec, une publication disparue depuis bien des années.

Poursuivons notre péroration avec la question que vous vous posez sans doute : est-il vrai que le Eagle, le Apollo Lunar Module / Lunar Excursion Module de la mission Apollo 11 alunit sur des jambes faites au Québec? Cette réponse est oui. Absolument et irrévocablement, oui.

Vous avez une question supplémentaire, ami(e) lectrice ou lecteur? J’en suis heureux. Votre esprit coopératif m’encourage à ne pas vous casser les pieds trop longtemps cette semaine. Je serai bref, jusqu’à un certain point. Votre question? Comment se fait-il que des jambes québécoises se retrouvent sur tous les Apollo Lunar Module? Bonne question.

Notre histoire commence en 1942, avec la fondation, par Eugène Héroux et son fils Bertrand Héroux, de Héroux Machine Parts Limited de Longueuil, Québec, une petite société qui peut faire de l’usinage de composants d’aéronefs pendant la Seconde Guerre mondiale. Ne l’oublions pas, les industries aéronautiques québécoise et canadienne connaissent une croissance spectaculaire au cours de ce terrible conflit. Mentionnons au passage qu’un homme d’affaires de Longueuil, Joachim Crête, fournit un réel appui (financier?) à Héroux père lors de la fondation de la compagnie.

Le dit Héroux père est un mécanicien expert qui invente une scie à moteur montée sur son automobile afin de couper de la glace sur le fleuve Saint-Laurent. Comme nous le savons tous les deux, seule une faible minorité de familles canadiennes a un réfrigérateur avant la Seconde Guerre mondiale. La première entreprise de Héroux père semble être un garage, le Central Garage de Longueuil.

Héroux Machine Parts peut avoir mis au point des composants hydrauliques pour des aéronefs impliqués dans le pont aérien de Berlin, un vaste effort visant à ravitailler la population de cette ville entre juin 1948 et mai 1949 mentionné dans un numéro d’octobre 2018 de notre blogue / bulletin / machin. L’Aviation royale du Canada, une force aérienne alors connue sous le nom de Corps d’aviation royal canadien, n’étant pas impliquée dans le pont aérien de Berlin, votre humble serviteur se demande comment Héroux Machine Parts peut y avoir contribué. Je vais poursuivre mes recherches dans ce domaine, si j’en ai le temps.

Cela étant dit (tapé?), Héroux Machine Parts devient sous-traitant de Canadair Limited, un avionneur bien connu de Cartierville, Québec, qui est une filiale de Electric Boat Company, un important fabricant de sous-marins américain mentionné dans un numéro de mars 2019 de notre blogue / bulletin / machin qui devient General Dynamics Corporation en 1952. Héroux Machine Parts, dis-je, fabrique des pièces et des composants de train d’atterrissage de l’avion d’entraînement à réaction Lockheed T-33 Silver Star et de l’avion de chasse North American F-86 Sabre, 2 aéronefs américains fabriqués sous licence par Canadair, une firme mentionné dans plusieurs numéros de notre blogue / bulletin / machin depuis octobre 2017.

Héroux Machine Parts entreprend en 1960 la conception et la production de composants de trains d’atterrissage d’aéronefs et d’autres éléments d’aéronefs. À titre d’exemple, elle conçoit et fabrique la jambe avant du train d’atterrissage de l’avion utilitaire / navette de Havilland Canada DHC-6 Twin Otter, un aéronef connu mondialement et un des meilleurs aéronefs de sa catégorie des 20e et 21e siècles. La compagnie obtient aussi un contrat de Canadair pour le train d’atterrissage du bombardier à eau Canadair CL-215, lui aussi connu mondialement. Ces deux aéronefs volent pour la première fois en mai 1965 et octobre 1967, soit dit en passant. Héroux Machine Parts devient apparemment Héroux Limited, vers 1967-68, puis, avec plus de certitude, Héroux Incorporée, vers 1978-79 semble-t-il.

Avant que je ne l’oublie, la compagnie fabrique aussi le train d’atterrissage du bombardier à eau Canadair / Bombardier 415. Cet aéronef parfois connu sous le nom de Superscooper effectue son premier vol en décembre 1993. La compagnie fabrique aussi au moins une partie du train d’atterrissage de la version modernisée / améliorée du Twin Otter produite par une société basée à Victoria, Colombie-Britannique, Viking Air Limited. Le premier exemplaire de cet aéronef une vole en février 2010.

Détail intéressant, fin septembre, début octobre 2016, Bombardier vend les certificats de type du CL-215 et du Superscooper à Viking Air. Et oui, fervent(e) ami(e) lectrice ou lecteur, de Havilland Aircraft of Canada Limited est mentionnée dans plusieurs numéros de notre blogue / bulletin / machin depuis février 2018, mais revenons à nos moutons.

Le projet le plus exotique sur laquelle Héroux Machine Parts / Héroux travaille est tout autre et c’est bien lui qui nous préoccupe aujourd’hui. Comme vous le savez sans doute, j’espère, le programme Apollo de la National Aeronautics and Space Administration (NASA) a pour objectif de transporter des humains sur la Lune et de les ramener sains et saufs, le tout avant la fin des années 1960. Chaque équipage comprend 3 astronautes. Deux d’entre eux doivent se rendre sur la Lune à bord d’un Apollo Lunar Module, alors que le troisième demeure en orbite autour de notre satellite à bord d’un Apollo Command Module.

En 1965, confiant que Héroux Machine Parts peut répondre aux exigences très élevées de la NASA et de Grumman Aircraft Engineering Corporation, un avionneur américain bien connu qui doit construire tous les Apollo Lunar Module, son directeur des ventes, le Canadien (?) Lionel Whyte, entreprend des démarches afin d’obtenir un contrat de sous-traitance. Héroux Machine Parts effectue en effet avec succès certains travaux pour l’avionneur depuis un certain temps. La compétence de la compagnie québécoise étant reconnue, les contacts de Whyte acceptent de le présenter au représentant de la NASA en poste chez Grumman Aircraft Engineering. Celui-ci est poli mais ferme. Le programme spatial américain comptant parmi ses objectifs l’amélioration de la technologie américaine, seules des compagnies américaines peuvent y participer. Whyte est bien déçu.

Le lendemain, une compagnie américaine ayant décroché un contrat de sous-traitance lié au Apollo Lunar Module communique avec Whyte pour obtenir l’aide de Héroux Machine Parts. Elle éprouve en effet des difficultés à usiner des pièces en acier. Au cours de la conversation téléphonique Whyte a la surprise d’entendre que l’acier en question, un alliage assez nouveau et difficile à travailler, est produit en Belgique.

Ce pays européen ne faisant pas partie des États-Unis, du moins aux dernières nouvelles, Whyte rend à nouveau visite au représentant de la NASA en poste chez Grumman Aircraft Engineering. Il plaide la cause de son employeur avec un enthousiasme tel que celui-ci finit par accepter que Héroux Machine Parts présente une soumission pour un aspect du Apollo Lunar Module. Whyte se penche sur la question pendant plusieurs heures et choisit les jambes du train d’atterrissage, oserais-je dire d’alunissage, de ce vaisseau spatial spécial.

Quinze autres compagnies, toutes américaines, présentent elles-aussi des soumissions pour le contrat de sous-traitance lié à ces jambes. La plupart d’entre elles, 9 peut-être, voient leur projet rejeté. Héroux Machine Parts et les compagnies américaines qui sont encore en lice subissent une évaluation serrée. Certains de ses ingénieurs sont par la suite convoqués chez Grumman Aircraft Engineering. Des ingénieurs de l’avionneur et de la NASA leurs posent une batterie de question plus difficiles les unes que les autres. Deux astronautes américains, Walter Marty « Wally » Schirra, Junior, et Edward Higgins « Ed » White II, sont également présents. Ce dernier est mentionné dans un numéro de juin 2019 de notre blog / bulletin / machin.

Contre toute attente, Héroux Machine Parts gagne le gros lot vers la fin de 1965. La petite société québécoise se voit attribuer le contrat de production de 9 des 10 éléments du train d’alunissage du Apollo Lunar Module. Grumman Aircraft Engineering lui expédie bientôt les plans et devis des jambes du dit train d’alunissage. Le concepteur d’outillage Fernand Michon et son équipe de production mettent au point l’outillage nécessaire pour mener à bien ce projet d’une extrême complexité.

Le train d’alunissage du Apollo Lunar Module comprend en effet 4 jambes télescopiques en acier dans lesquelles s’insèrent des amortisseurs en nid d’abeille d’aluminium. Le dit train d’alunissage doit absorber l’énergie de l’impact avec le sol lors de l’alunissage, immobilier le véhicule si celui se pose sur une surface légèrement inclinée et offrir une plateforme stable lors du lancement de la partie supérieure du véhicule ayant les 2 astronautes à son bord. Pis encore, Héroux Machine Parts doit tenir compte de l’échéancier extrêmement serré de la NASA : tout doit être livré avant la fin de l’été 1967. Parlant d’échéancier serré, bonjour, EP, EG et SB!

Il est à noter qu’au point de départ seuls quelques rares membres de l’équipe de production connaissent la destination finale et la nature exacte des items qu’ils fabriquent. La direction de la compagnie ne souhaite pas stresser son personnel inutilement. Cela étant dit (tapé?), toute l’équipe finit pas savoir sur quoi elle travaille.

Croiriez-vous que Michon se joint apparemment au personnel de Héroux Machine Parts en 1942, l’année même de sa fondation, après avoir suivi des cours de machinisme et de dessin mécanique à l’École technique de Montréal? Détail intéressant, la dite école technique offre un cours sur les moteurs d’aéronefs à partir du milieu de 1936 environ, mais revenons à notre histoire.

Michon et son équipe font face à de nombreux défis. Votre humble serviteur doit avouer ne pas être en mesure de préciser leur chronologie. Héroux Machine Parts commande une machine de haute précision en Ontario pour remplir sa commande, par exemple. Au bout de quelques mois, la compagnie qui doit fabriquer la dite machine l’informe qu’elle ne peut pas livrer la marchandise. Michon se rend alors chez un vendeur de machines-outils usagées. Il y achète un vieux planeur qu’il modifie du mieux qu’il peut, et ça marche.

Michon et son équipe réalisent apparemment un peu plus tard qu’un élément circulaire crucial des jambes du train d’alunissage devient légèrement ovale en cours de fabrication. Ils modifient leur vieille machine, et ça marche.

Vous voyez, l’élément en question est horizontal lorsque la machine travaille dessus. Ses parois sont à ce point minces que le simple poids de la machine rend le dit élément légèrement ovale. À partir de ce moment, les éléments sont montés verticalement sur la machine. Remarquez, la friction entre un autre outil et un élément des jambes est juste assez important pour le déformer. Utilisant une pièce de bicyclette, Michon développe un dispositif qui tourne l’élément juste assez pour réduire le réchauffement.

Cela étant dit (tapé?), Grumman Aircraft Engineering rejette la première jambe produite par Héroux Machine Parts. Le diamètre de sa partie supérieure a 0.05 millimètre (0.002 pouce) en trop. Michon et son équipe se remettent au travail, et ça marche.

Grumman Aircraft Engineering et la NASA acceptent les 17 groupes de 4 jambes de train d’alunissage livrées par Héroux Machine Parts jusqu’à l’été 1967.

Comme on peut s’y attendre, la contribution de Héroux Machine Parts / Héroux au succès de Apollo 11 ne passe pas inaperçu. De nombreux quotidiens et hebdomadaires québécois applaudissent la compagnie et ses employé(e)s. Québec sait faire, disent-ils. Mieux encore, dit-on à la blague, Héroux pose le pied sur la Lune avant Neil Alden Armstrong, un gentilhomme mentionné dans un numéro de juin 2019 de notre blogue / bulletin / machin. Croiriez-vous que la direction de Héroux peut donner 3 semaines de vacances à tout son personnel le jour qui suit l’alunissage du Eagle, le Apollo Lunar Module de la mission Apollo 11?

Détail intéressant, du moins pour votre humble serviteur qu’un rien amuse, Michon et son épouse sont eux-mêmes en vacances lors de l’alunissage du dit Apollo Lunar Module. Le surintendant de l’outillage et de la machinerie de Héroux est à Atlantic City, New Jersey.

En août 1969, peu après son retour au pays, Michon se voit octroyer le premier diplôme de Travailleur de l’Année au Québec de la Fédération canadiennes des associations indépendantes. La chose semble importante jusqu’au moment où votre humble serviteur réalise que la dite fédération, jugée sinistre par au moins un auteur, est un regroupement de syndicats de boutiques, en d’autres termes de syndicats créés par des employeurs, en d’autres termes de faux syndicats. Le diplôme de Travailleur de l’Année au Québec peut fort bien n’avoir être remis qu’une seule fois, soit dit en passant, mais je digresse. Désolé.

L’équipage de Apollo 11, Edwin Eugene « Buzz » Aldrin, Junior, Neil Alden Armstrong et Michael Collins, exprime sa gratitude envers Michon et son équipe lors d’une cérémonie au pavillon Hélène-de-Champlain, à Montréal, en décembre 1969. Armstrong et Collins signe le carnet d’autographes de l’épouse de Michon. Aldrin, quant à lui, écrit quelques mots amusants, en anglais, « Merci pour vos magnifiques jambes. »

Personnage clé dans l’histoire du train d’alunissage du Apollo Lunar Module, Michon prend sa retraite vers 1979, après 37 ans de carrière. Il meurt et octobre 2008, à l’âge de 92 ans.

Cinq équipages du programme Apollo se posent sur la Lune entre juillet 1969 et décembre 1972. Les trains d’alunissage fabriqués par Héroux, grâce à Michon et son équipe, fonctionnent parfaitement dans chaque cas. Ce succès, renforcé à grand coup de publicité, fait connaître Héroux au Canada, aux États-Unis et ailleurs dans le monde. De fait, la compagnie décroche son premier gros contrat d’entretien de trains d’atterrissage d’aéronefs militaires américains dès 1970.

Un bon 40 ans après le petit pas pour un homme et le pas de géant pour l’humanité de Armstrong, une réplique d’une jambe du train d’alunissage du Apollo Lunar Module en montre au kiosque de la compagnie lors d’un Salon international de l’aéronautique et de l’espace, à l’aéroport du Bourget, à Paris, attire encore les foules.

Souhaitez-vous en savoir plus long sur les activités de Héroux au cours des années qui suivant sa participation au programme Apollo? Pesez bien votre réponse. Je souhaite toujours être bref. Vous le souhaitez? Vermouilleux.

Le géant industriel québécois Bombardier Incorporée acquiert Héroux en 1973 – un détail qui ne semble pas être mentionné sur le site Web de la compagnie. Celle-ci ayant fait face à certains problèmes financiers, 2 gestionnaires l’achètent en 1985. Ils ne tardent pas à remettre Héroux sur la bonne voie.

En 1986, Héroux fait l’acquisition de McSwain Manufacturing Corporation, un fabricant de composants de turbine, industrielles surtout apparemment, de Cincinnati, Ohio. En 1989, elle acquiert un fabricant de pièces de moteurs, ABA Industries Incorporated de Pinellas Park, Floride. Cette société disparaît en 2003. En 1992, Héroux acquiert 60% de FRE Composites Incorporée de Saint-André-d’Argenteuil, Québec. Elle laisse aller ce fabricant de pièces en matériaux composites en 2000. En 1999, Héroux fait l’acquisition de 2 firmes montréalaises, Metro Machining Corporation et Les Industries C.A.T. Incorporée. Elle fait alors son entrée dans le secteur de l’aérostructure.

En 2000, Héroux acquiert Devtek Corporation de Kitchener, Ontario, afin d’élargir ses capacités en matière de trains d’atterrissage d’aéronefs dans le secteur commercial. La compagnie devient alors Héroux-Devtek Incorporée. Elle semble réorienter un tant soit peu ses activités vers le secteur militaire.

En 2004, Héroux-Devtek fait l’acquisition de Progressive Incorporated de Arlington, Texas, un fabricant de composants structuraux complexes destinés à des aéronefs militaires. En 2010, elle acquiert 2 fabricants de composants usinés de précision destinés à l’industrie aérospatiale, soit Eagle Tool & Machine Company Incorporated de Springfield, Ohio, et E2 Precision Products Incorporated de Cleveland, Ohio.

En 2012, la société américaine Precision Castparts Corporation acquiert pour ainsi dire toutes les activités touchant aux lignes de produits aérostructure et industrie de Héroux-Devtek.

En 2014, Héroux-Devtek acquiert APPH Limited, un fournisseur intégré de trains d’atterrissage d’aéronefs et de systèmes et assemblages hydrauliques basé à Runcorn, Angleterre.

Au moment où votre humble serviteur écrit ses lignes, en 2019, à la sueur de son front depuis longtemps dépourvu de cheveux, Héroux-Devtek œuvre dans 3 champs d’activités : les trains d’atterrissage, les composants de turbines à gaz industrielles et aéronautiques, et les aérostructures.

Vous savez bien sûr que Héroux fabrique plusieurs éléments du Shuttle Remote Manipulator System (SRMS), un bras robotique dont les 5 exemplaires sont montés sur les Orbiter, or Space Shuttle, du Space Transportation System de la NASA. Le Canadarm, un sobriquet mondialement connu que la NASA ne semble pas utiliser, joue un rôle crucial tout au long de ce programme, actif de 1981 à 2012. Le premier SRMS, prêté à l’Agence spatiale canadienne par la NASA, est en montre au Musée de l’aviation et de l’espace du Canada, lui aussi mondialement connu, à Ottawa, Ontario. Saviez-vous que la Space Shuttle est mentionnée dans des numéros de mars, juillet et août 2018 de notre blogue / bulletin / machine? Vous le saviez? Vemouilleux!

Soit dit en passant, Héroux-Devtek fabrique aussi des éléments du Space Station Remote Manipulator System, ou Canadarm2, un sobriquet mondialement connu que la NASA ne semble pas utiliser non plus, le bras robotique monté en permanence sur la International Space Station, un habitat spatial mentionné dans des numéros de juillet et octobre 2018 de notre blogue / bulletin / machin.

Cette péroration touchant à sa fin, votre humble serviteur peut-il se permettre une brève digression? Pesez bien votre réponse. Rien ne me force à être bref. Vous le souhaitez? Vermouilleux.

Vers 1983, un sculpteur canadien renommé, William Ayton « Bill » Lishman, crée une réplique grandeur nature du susmentionné SRMS qui complémente une réplique partielle d’un Orbiter / Space Shuttle exposée au Musée national des sciences et de la technologie, l’actuel Musée des sciences et de la technologie du Canada – une institution sœur / frère du susmentionné Musée de l’aviation et de l’espace du Canada. Ces deux items sont apparemment éliminés avant la réouverture de ce musée national, en novembre 2017.

Soucieux de commémorer le nouvel âge de l’exploration spatiale, Lishman achève un projet pas mal plus impressionnant vers 1972. Cette réplique grandeur nature d’un Apollo Lunar Module est exposée près de l’école à classe unique reconvertie de Brougham, Ontario, où Lishman et sa famille vivent. Il la vend à une organisation japonaise en 1983, afin qu’elle soit utilisée dans le cadre de la Dai Supairushatoru-ten, ou grande exposition sur la navette spatiale, tenue à Tokyo et Osaka, Japon, en 1983-84. L’œuvre est retournée à un moment donné sur la propriété de Lishman, apparemment sa nouvelle maison enterrée de Purple Hill, l’actuelle Blackstock, Ontario, peut-être à la fin de son séjour au Japon. On peut la voir dans le film L’envolée sauvage / Le premier envol, par exemple. En 2019, la réplique du Apollo Lunar Module de Lishman est exposée au Oklahoma Aviation and Space Hall of Fame, une institution située au sein du Science Museum Oklahoma, à Oklahoma City, Oklahoma.

Autrefois mieux connu sous le nom de « Father Goose, » Lishman est le premier à utiliser des aéronefs ultralégers pour guider des jeunes oiseaux lors de leur premier vol de migration, dans l’espoir de réintroduire des espèces en danger de disparition dans leur ancien habitat. Le premier vol de migration guidée au monde est réalisé par Lishman, un collègue et 18 bernaches du Canada, en octobre 1993, entre l’Ontario et la Virginie. Ce voyage et événement médiatique réussi et très médiatisé conduit à la création en 1994 de Operation Migration, un organisme de bienfaisance enregistré. Des avions ultralégers sont par la suite utilisés pour conduire des cygnes trompettes et des grues blanches, cette dernière étant un magnifique oiseau menacé d’extinction. Les activités de Lishman inspirent le tournage de, vous l’aurez deviné, Le premier envol. La première mondiale de la version anglaise de ce film familial américain très populaire primé avec des images époustouflantes de bernaches du Canada en vol a lieu au Toronto International Film Festival, en septembre 1996.

L’acteur américain Jeffrey Warren « Jeff » Daniels et une jeune actrice canado-néo-zélandaise du nom de Anna Helene Paquin dépeignent des personnages fictifs inspirés de l’histoire de Lishman. Lishman est en fait le double pilote de Daniels. Mieux encore, à la fin du tournage, Lishman guide les bernaches du Canada vues dans le film, de l’Ontario à la Caroline du Sud. C’est son troisième vol de migration.

Et oui, la collection du Musée de l’aviation et de l’espace du Canada comprend 2 aéronefs ultralégers utilisés par Lishman au fil des ans, un Ultralight Flying Machines Easy Riser de conception américaine sérieusement modifié, un des tout premiers aéronefs ultralégers largement disponibles et l’avion même utilisé par Lishman au cours de ses premières expériences, et un Cosmos Écho de conception française composé d’une aile et d’une nacelle des 2 aéronefs ultralégers utilisés pour le premier vol de migration guidée au monde, mentionné ci-dessus.

Malheureusement, Lishman décède en décembre 2017 à l’âge de 78 ans. Il est mentionné dans un numéro d’avril 2019 de notre blogue / bulletin / machin. Il nous manquera.

Longue et vie et prospérité, ami(e) lectrice ou lecteur.

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Rénald Fortier