Qui est le premier? Qui est le second? Nous le savons. Troisième vol!

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Le British Army Aeroplane No. 1 en vol, Farnborough, Angleterre, octobre 1908. Son concepteur, Samuel Franklin Cody, est aux commandes. Imperial War Museum, numéro de négatif RAE-O 995.

Hi / bonjour, ami(e) lectrice ou lecteur. Aimeriez-vous vous joindre à moi pour commémorer le 110ème anniversaire du premier vol contrôlé et soutenu d’un avion à moteur dans un groupe de territoires connu alors sous le nom d’Empire britannique? Ce vol a eu lieu au Royaume-Uni, en Angleterre pour être plus précis, en octobre 1908, et ... Qu’est-ce que j’entends (lis?)? Le 110ème anniversaire de ce premier vol devrait avoir lieu en février 2019, pour commémorer le vol fait au Canada par John Alexander Douglas McCurdy? Permettez moi de ne pas être d’accord, ami(e) lectrice ou lecteur patriote, et ici repose une histoire avec plusieurs personnages fascinants.

Commençons cette histoire avec l’individu dont nous commémorons les réalisations cette semaine. Né aux États-Unis en mars 1867, Samuel Franklin Cody n’a aucun lien de parenté avec William Frederick « Buffalo Bill » Cody, un personnage un peu mieux connu. À vrai dire, il s’appelle en fait Samuel Franklin Cowdery. Sans doute le pionnier de l’aviation le plus coloré de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème siècle, et probablement un des plus vieux, Cody est une personne indomptable, généreuse, flamboyante, courageuse et aimable. Il arrive au Royaume-Uni vers juin / juillet 1890 et est devient rapidement un showman de l’Ouest sauvage bien connu. Un des endroits où il se produit est une destination de divertissement très populaire à Londres, le Alexandra Palace ou « Ally Pally, » comme on l’appelle communément.

Au fil des ans, Cody développe un vif intérêt pour les cerfs-volants. Le travail de pionnier réalisé en Australie entre le début et le milieu des années 1890 par Lawrence Hargrave, l’inventeur du cerf-volant cellulaire, est probablement une source d’inspiration. Ce qui commence comme un passe-temps financé par ses performances devient progressivement la principale occupation, voire une obsession, pour Cody. Il utilise plus d’une fois ses activités de cerf-voliste pour faire connaître les productions susmentionnées. Quoiqu’il en soit, à la fin des années 1890, plusieurs des cerfs-volants cellulaires ailés que Cody conçoit peuvent soulever sans difficulté un être humain dans une nacelle, ou assis sur une chaise. À l’automne de 1901, il contacte le War Office, le ministère qui contrôle la British Army, avec l’idée que des trains de cerfs-volants pourraient être utilisés pour surveiller les champs de bataille. Cette dernière montre peu d’intérêt.

Soucieux de montrer la polyvalence de son invention, communément appelée cerf-volant Cody, Cody effectue un certain nombre de vols météorologiques en 1902. Un des cerfs-volants atteint une altitude de plus de 4 250 mètres (14 000 pieds) – une performance étonnante s’il en est. Cody traverse même la Manche, de la France à l’Angleterre, dans un petit bateau remorqué par un cerf-volant, en novembre 1903.

Plus tôt cette année-là, en mars et avril, Cody présente ses cerfs-volants à des officiers de la Royal Navy qui sont plutôt impressionnés. Les observateurs humains soulevés par des cerfs-volants pourraient fournir des informations de ciblage aux artilleurs d’un navire de guerre. Des cerfs-volants pourraient également être utilisés pour soulever les antennes des équipements de télégraphie sans fil / radio en cours de développement pour utilisation à terre et à bord de navires. La Royal Navy commande peut-être quelques cerfs-volants à cette époque.

En 1905, la British Army est suffisamment intriguée par les réalisations de Cody pour lui donner un contrat, ce qui fait de lui l’instructeur de cerf-volant à la Balloon School des Royal Engineers. En 1906, il devint instructeur en chef et est chargé de concevoir et fabriquer des cerfs-volants à la Balloon Factory, l’ancêtre du Royal Aircraft Establishment, une organisation mentionnée dans un numéro de septembre 2018 de notre blogue / bulletin / machin.

Et oui, il y a une reproduction moderne d’un cerf-volant Cody dans la formidable collection du Musée de l’aviation et de l’espace du Canada, à Ottawa, Ontario. Et oui, encore une fois, ami(e) lectrice ou lecteur aux yeux d’aigle, ce cerf-volant provient de la collection acquise par le musée que votre humble serviteur a mentionnée dans un numéro d’octobre 2018 de notre blogue / bulletin / machin.

En 1905, alors qu’il est en congé, Cody supervise la construction d’un grand planeur biplan. Envoyée en l’air en tant que cerf-volant, cette machine facilement démontable est libérée par son pilote quand elle vole assez haut. Cody et plusieurs individus, à la fois militaires et civils, testent ce planeur avant sa destruction lors d’un accident. Le projet suivant de Cody est un cerf-volant motorisé non piloté achevé en 1907. Il le met à l’essai au sol avant de le suspendre à un câble monté entre deux mâts. La British Army interdit apparemment à Cody d’effectuer des vols libres. À dire vrai, Cody et les officiers avec lesquels il doit composer ne s’entendent pas toujours bien. Les règles et règlements d’une organisation étroitement contrôlée telle que la British Army peuvent être aussi ennuyeux pour Cody que l’attitude et l’apparence mêmes de ce dernier peuvent l’être pour le personnel militaire.

Le manque d’intérêt de la British Army pour les avions à moteur peut constituer une autre source de friction. En gros, ce service investit son argent dans des dirigeables, un type de machine volante qui semble avoir beaucoup plus à offrir. De fait, Cody doit mettre de côté son travail sur l’avion à moteur qu’il souhaite fabriquer pour aider à la construction du British Army Dirigible No. 1 Nulli Secundus, la première machine volante motorisée et pilotée de la British Army. Testé en septembre 1907, ce géant aérien s’envole pour Londres début octobre. Peu de temps après l’atterrissage, le vent devient si violent que l’enveloppe du Nulli Secundus doit être déchirée pour le sauver de la destruction. Malgré tout, le dirigeable subit de tels dommages qu’il ne vole jamais plus.

Cody peut ainsi retourner à son avion, un monomoteur biplan monoplace connu sous le nom de British Army Aeroplane No. 1. Une demande de la Royal Navy de prendre part à des essais de cerfs-volants le prend au dépourvu. Les vols ont eu lieu entre août et octobre 1908. Ils impliquent l’utilisation de cerfs-volants pouvant soulever des humains. Aussi intriguée que la Royal Navy puisse être, son intérêt pour le vol de cerf-volant s’évanouit rapidement.

Cody fait quelques brefs sauts de puce aux commandes du British Army Aeroplane No. 1 en septembre et octobre 1908. Le 16 octobre, Cody parcourt une distance d’environ 425 mètres (1 390 pieds). Ce premier vol contrôlé et soutenu d’un avion à moteur au sein de l’Empire britannique se termine un peu brutalement. Lorsque Cody tente de tourner pour éviter un bouquet d’arbres, le bout d’une aile touche le sol, ce qui provoque l’écrasement de l’avion.

Bien que Cody supervise la construction d’un avion pratiquement neuf, achevé vers janvier 1909, le War Office met fin à son contrat en avril. La British Army, semble-t-il, ne pense pas que les avions à moteur seraient très utiles. Cody est autorisé à garder l’avion qu’il a conçu, mais le manque de ressources entrave ses efforts. Malgré cela, il parvient à effectuer un certain nombre de vols significatifs dans quelques avions qu’il conçoit lui même. Incidemment, Cody est devenu un sujet britannique en octobre 1909, lors d’une compétition aéronautique. Sa vie, comme celle de trop de pionniers de l’aviation, ne se termine pas bien. En août 1913, un hydravion conçu par Cody se brise dans les airs. Lui et son passager tombent du ciel.

Compte tenu de la fin du vol de Cody d’octobre 1908, devrait-il être ajouté aux livres d’histoire? Oui, il devrait l’être, ami(e) lectrice ou lecteur. En juillet 1909, lorsque Louis Charles Joseph Blériot atterrit en Angleterre après avoir effectué le premier traversée de la Manche en avion, un tournant de l’histoire de l’aviation s’il en est un, il endommage tant le train d’atterrissage que l’hélice de son monoplan Blériot Type XI. Malgré cela, c’est de lui que l’histoire se rappelle.

En fait, connaissez-vous le nom de la personne qui effectue la seconde traversée de la Manche en avion, en mai 1910? Le comte Jacques Benjamin Marie de Lesseps est son nom. Incidemment, ce pilote français effectue le premier vol en avion d’importance au Canada, en juillet 1910, au-dessus de Montréal, Québec – un vol aller-retour de 50 à 60 kilomètres (environ 30 à 35 milles) qui dure 49 minutes. Il est en ville pour participer à la Grande semaine d’aviation de Montréal, le premier spectacle aérien du Canada, qui se tient en juin et juillet. De fait, de Lesseps est la vedette du spectacle. Ce showman naturel est un fils du vicomte Ferdinand Marie de Lesseps, le principal promoteur de la construction du canal de Suez, en Égypte. Il effectue sa traversée de la Manche aux commandes d’un Blériot Type XI surnommé Le Scarabée – un nom lié à l’histoire passée de sa famille en Égypte peut-être. Croiriez-vous que de Lesseps pilote cet avion même quand il a survole Montréal? Et non, il n’y aura pas de pontification sur la Grande semaine d’aviation de Montréal, aussi tentant que cela puisse être.

Incidemment, le dieu égyptien Khepri / Kheprer / Khephir / Khepera / Kheper / Chepri, qui représente le soleil levant et, par extension, la création et le renouveau de la vie, est associé au bousier. Ce dernier devient ainsi un des dieux insectes les plus célèbres de l’histoire de l’humanité. Le scarabée en question n’a rien à voir avec les insectes féroces et fictifs vus dans le film La momie de 1999.

Et McCurdy alors, demandez-vous, ami(e) lectrice ou lecteur? S’il n’est pas la première personne à effectuer un vol contrôlé et soutenu dans un avion à moteur dans l’Empire britannique, il est au moins le premier Canadien à le faire. Et bien, en fait, non. L’individu qui réalise cet exploit est cependant un de ses amis. Frederick William « Casey » Baldwin parcourt environ 97 mètres (319 pieds) aux commandes du premier avion à moteur développé par l’Aerial Experiment Association (AEA), l’Aerodrome No. 1 Red Wing, en mars 1908, sur la glace d’un lac, près de Hammondsport, New York.

Comme nous le savons tous les deux, l’AEA est fondée en octobre 1907. Elle est composée de 2 Canadiens, Baldwin et McCurdy, et de 3 Américains, le lieutenant Thomas Etholen Selfridge, Glenn Hammond Curtiss et Alexander Graham Bell. Et oui, ami(e) lectrice ou lecteur patriote, Bell devient citoyen américain en 1882. Sa femme, l’Américaine Mabel Gardiner Hubbard Bell, bien que n’étant pas officiellement membre de l’AEA, joue un rôle important dans les activités du groupe. Incidemment, l’avion que McCurdy pilote le 23 février 1909 au dessus de la glace de la baie de Baddeck, en Nouvelle-Écosse, est l’Aerodrome No. 4 Silver Dart, un avion conçu par lui aux États-Unis et fabriqué dans ce pays par des travailleurs américains utilisant des outils et matériaux américains payés avec des dollars américains. Cet aérodrome américain, le mot aérodrome étant utilisé par Bell pour décrire un avion, vole pour la première fois à Hammondsport en décembre 1908.

Qu’y a-t-il, ami(e) lectrice ou lecteur légèrement irrité(e)? Si McCurdy n’est pas le premier sujet britannique (je dois dire que je n’aime pas ce mot) à effectuer un vol contrôlé et soutenu dans un avion à moteur, alors Baldwin doit être celui qui fait l’acte. Et bien, désolé, mais il est en fait précédé par un célèbre pionnier de l’aviation, champion cycliste et pilote de voiture de course du nom de Henry Farman, et ...

Je vous entends (lis?), ami(e) lectrice ou lecteur, je vous entends (lis?), mais vous vous trompez. Farman est un sujet britannique, jusqu’en 1937 en fait, date à laquelle il devient citoyen français, parfois / souvent connu sous le nom de Henri Farman. Lui et ses frères Richard « Dick » et Maurice Farman sont les fils du correspondant parisien bien nanti d’un important journal londonien qui existe encore en 2018, The Daily Telegraph. Le premier vol contrôlé et soutenu dans un avion à moteur effectué par un sujet britannique se tient à Issy-les-Moulineaux, près de Paris, en octobre 1907. Le susmentionné Henry Farman est aux commandes du biplan Voisin-Farman No. 1. Ce n’est que le début d’une longue et illustre carrière.

Alors, qu’est-ce que McCurdy accomplit réellement, vous demandez-vous, ami(e) lectrice ou lecteur un peu confus(e)? Et bien, il est le troisième, oui, troisième (Vous vous souvenez du titre de cet article, n’est-ce pas?) sujet britannique a effectuer un vol contrôlé et soutenu dans un avion à moteur et le premier à le faire dans un groupe de territoires connus alors sous le nom d’Empire britannique. Et oui, McCurdy est la première personne à effectuer un vol contrôlé et soutenu dans un avion à moteur au Canada. Et non, votre humble serviteur ne croit pas que Louis « Lou » Gagnon, un ingénieur ferroviaire itinérant, met à l’essai un hélicoptère à vapeur, la soi disante pelle à vapeur volante, en 1901 ou au début de 1902, près de Rossland, Colombie-Britannique. C’est une histoire sympa mais les preuves manquent un peu.

Incidemment, le premier sujet britannique à effectuer un vol contrôlé et soutenu dans un avion à moteur de fabrication britannique dans l’Empire britannique est Edwin Alliott Verdon Roe, fondateur d’A.V. Roe & Company Limited, un des grands avionneurs du 20ème siècle. Il accomplit cet acte dans le Roe Triplane I, en juillet 1909. Et oui, Avro, comme on l’appelle souvent la compagnie, fonde A.V. Roe Canada Limited, un des plus fameux avionneurs canadiens de l’histoire et un qui est mentionné dans un numéro de juillet 2018 de notre blogue / bulletin / machin. Une réplique du Triplane, exposée en 2018 au Museum of Science and Industry à Manchester, Angleterre, est achevée en 2009.

Comme vous vous en souvenez peut-être, ami(e) lectrice ou lecteur, le centenaire du vol motorisé au Canada est commémoré en février 2009, comme il l’a été 50 ans plus tôt, en février 1959, par un vol réalisé avec une réplique du Silver Dart. Incidemment, la réplique du Silver Dart qui vole en 1959 est l’une des nombreuses machines volantes de la fantastique, d’accord, remarquable collection du susmentionné Musée de l’aviation et de l’espace du Canada. Croiriez-vous que des passionnés d’aviation britanniques complètent une réplique du British Army Airplane No. 1 en 2008 pour commémorer le centenaire du premier vol contrôlé et soutenu d’un avion à moteur au Royaume-Uni? Il est intéressant de noter que l’expression Empire britannique est rarement (jamais?) utilisée conjointement avec ce projet. Et non, la réplique n’a pas volé. En 2018, elle est exposée au Farnborough Air Sciences Trust Museum, à Farnborough, Angleterre.

Sur cette note, je vous dis au revoir, jusqu’à la prochaine fois.

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Rénald Fortier