Hans Lundberg, le plus grand détective minier du Canada, Partie 3

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Hans Lundberg examinant une carte géophysique. Norman Carlisle, “World’s greatest prospector … he finds treasures by the billion.” Popular Science, May 1964, 60.

Lundberg contribue à l’effort de défense allié pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1942, travaillant en secret avec deux Américains, il délimite des nouveaux dépôts de cryolite au Groenland. À cette époque, ce minéral, un élément vital de la production de l’aluminium, un matériau hautement stratégique produit en grande quantité au Canada et ailleurs, ne peut être extrait à aucun autre endroit sur Terre.

L’un des contrats les plus inhabituels de Lundberg s’effectue aux États-Unis au début des années 1930, vers la fin de la période de la Prohibition. Il se trouve qu’un riche Américain avait réussi à faire entrer 40 caisses de champagne dans le pays sans attirer l’attention des autorités. Il avait demandé à son jardinier d’enterrer le butin jusqu’à ce qu’il soit en mesure de rentrer à la maison. Le dit jardinier était malheureusement mort subitement, avant de pouvoir révéler à qui que ce soit où se trouvait le champagne. Lundberg accepte de visiter discrètement le riche Américain. Il trouve rapidement les 40 caisses.

Au début de 1938, Lundberg se rend en Arizona pour voir s’il peut détecter les restes d’une météorite sous le Crater Mound, un spectaculaire élément du paysage connu aujourd’hui sous le nom de Meteor Crater. Ses instruments détectent ce qui semble être une imposante masse de minerai de fer enterrée sous un côté du cratère. Une héritière new-yorkaise assez âgée est à ce point fascinée par la nouvelle qu’elle demande d’acheter quelques tonnes de métal afin de construire la seule église sur Terre fabriquée à l’aide de matériaux venus du ciel. Ce projet ne mène malheureusement nulle part. De toute façon, des recherches ultérieures démontrent que la météorite s’est pratiquement désintégrée lorsqu’elle s’écrase sur Terre, il y a environ 50 000 ans.

Pour une raison ou pour une autre, Lundberg semble être fasciné par l’archéologie. Cela dit, sa réputation grandissante peut avoir attiré l’attention de chercheurs de trésors et de chercheurs plus sérieux. En novembre 1938, un employé de Lundberg, le géophysicien américain Mark Cyril Malamphy, réalise un levé géophysique à Colonial Williamsburg, un musée d’histoire vivante du 18e siècle en Virginie connu par des millions de touristes du 21e siècle. Même s’il n’a pas localisé sa cible, une voûte en pierre qui devait se trouver dans la cour de l’église paroissiale de Bruton, le levé de Malamphy semble être le premier exemple de levé géophysique sur un site archéologique sur le continent américain. Lundberg aurait effectué le levé lui-même mais une blessure subie lors d’un récent accident d’automobile l’empêche de se rendre sur le site.

Les circonstances entourant le levé de Colonial Williamsburg sont quelque peu inhabituelles. La cliente de Lundberg est une certaine Marie Bauer, née Marie Schweikert, une Germano-américaine dont la tentative d’excavation de la voûte est bloquée par le propriétaire d’une grande partie du site, Colonial Williamsburg, Incorporated, un organisme contrôlé par la Rockefeller Foundation. Bauer est convaincue que la voûte contient des documents inestimables perdus depuis longtemps, y compris la première transcription de la Bible du roi James et les manuscrits de pièces de William Shakespeare. Bauer épouse l’auteur, conférencier et mystique canado-américain Manly Palmer Hall en 1950. Plusieurs de ses adeptes croient toujours que la voûte est réelle et espèrent qu’elle révélera un jour ses secrets.

Un géologue canadien qui travaille pour Lundberg, George Kenneth Lowther, compte parmi les nombreux membres d’une expédition scientifique active en 1940-41 financée par un des hommes les plus riches au monde – un personnage controversé qui est un ami d’Hermann Wilhelm Göring, le commandant en chef de l’armée de l’air allemande, la Luftwaffe. Le géophysicien canadien connaît l’homme d’affaires suédois Axel Lennart Wenner-Gren et accepte de l’aider à trouver le source de l’or des Incas, une civilisation sud-américaine des 15e et 16e siècles qui contrôlait le plus grand empire de l’histoire de l’Amérique précolombienne. L’équipe découvre des traces anciennes d’extraction d’or de même que deux villes inconnues des archéologues.

Au début de 1947, Lundberg réalise un levé géophysique près de Mexico qui conduit à la découverte de l’homme de Tepexpan. Le célèbre archéologue, explorateur et géologue germano-américain en charge du site, Helmut de Terra, estime que cet individu a 10 000 ans, ce qui fait de lui le plus ancien être humain découvert jusqu’alors en Amérique latine. Il fait apparemment preuve d’un peu trop d’optimisme. On croit aujourd’hui que l’homme de Tepexpan est mort vers l’an 2 700 avant notre ère.

Lundberg joue également un rôle pionnier en Amérique du Nord dans l’utilisation de matière végétale pour découvrir des dépôts minéraux. Bien que la présence de traces de divers minéraux dans des feuilles de plantes soit connue depuis un bon bout de temps, cette connaissance géobotanique n’est apparemment appliquée que vers 1936, en Suède. En 1939, Lundberg rassemble des feuilles de buissons et d’arbres pour mener ses propres expériences. Les premiers essais révèlent que des dépôts connus situés à moins de 15 mètres (50 pieds) sous terre peuvent être détectés.

La géobotanique demeure plus ou moins un passe-temps pour Lundberg. Il inaugure apparemment la première ferme aurifère au monde, dans le nord de l’Indiana et de l’Illinois, au cours des années 1950. Il cultive des prêles, une plante primitive et fossile vivant connu pour sa capacité d’absorption de minéraux, sur des terres peu productives. Chaque tonne de matière végétale contient 125 grammes (4 onces) d’or valant 140 dollars. À la fin des années 1950 et au début des années 1960, Lundberg met de l’avant l’idée de récolter des algues au large de l’Irlande afin de produire de l’uranium – un concept plusieurs décennies en avance sur son temps.

Est-ce la fin de notre histoire, me demandez-vous, ami(e) lectrice ou lecteur? Bien sûr que non, vous dis-je. Nous n’avons pas encore parlé des travaux géophysiques aériens de Lundberg, entre autres choses. Cet aspect du récit sera abordé dans la 4e partie de cet article.

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Rénald Fortier