Un pou qui défraye la manchette des deux côtés de l’Atlantique, Partie 1

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Le Mignet HM-14 Pou du Ciel immatriculé par le Montréalais Oscar Demine et connu sous le nom de Spirit of Canada. La personne aux commandes peut être le Français René Salmon. Anon., « –. » Canadian Aviation, janvier 1938, 7.

Ami(e) lectrice ou lecteur, je vous salue. Vous vous souviendrez, ou pas, qu’un numéro de septembre 2017 de ce blogue / bulletin / machin pontifiait un tant soit peu sur la construction amateur, autrement dit la construction d’aéronefs à l’aide de plans ou de kits plus ou moins prêts à assembler par des personnes travaillant chez elles, et ce pendant la période de l’entre-deux-guerres qui va de novembre 1918 à septembre 1939. Votre humble serviteur indiquait par ailleurs que pour ainsi dire tous les aéronefs disponibles en Amérique du Nord, sous forme de plans ou de kits, provenaient des États-Unis.

L’exception qui confirme la règle est le Mignet HM-14 Pou du Ciel, un aéronef conçu par un irréductible gaulois, pardon, français du nom d’Henri Mignet. Le mensuel Canadian Aviation offre à ses lecteurs deux photos d’une de ces machines pour le moins originales dans son numéro de janvier 1938. Mieux encore, l’hebdomadaire français Les Ailes consacre un article avec photo à ce même aéronef, le premier Pou du Ciel canadien dit-on, dans son numéro du 27 janvier de la même année. S’il est vrai que ce grand promoteur du Pou du Ciel devant l’éternel est dans l’erreur, ça n’est pas tous les jours que deux magazines de l’entre-deux-guerres situés de part et d’autres de l’Atlantique parlent d’un aéronef de construction amateur complété au Canada. De fait, l’auteur de ces lignes ne connaît aucun autre exemple de ce type pour la période en question.

Oscar Demine et son fils, Willy Demine, fabriquent le Pou du Ciel susmentionné dans un garage de Westmount, à l’ouest de Montréal, Québec. Complété vers le milieu de 1935, cet aéronef ne peut prendre l’air, faute de moteur. Celui-ci arrive de France par bateau fin 1935, début 1936. Les deux hommes l’installent en attendant le retour du printemps. À un certain moment, Demine et son fils constatent que les ailes du Pou du Ciel ont travaillé en cours d’entreposage. Elles doivent être renforcées. Fidèle lecteur de Les Ailes, Demine père consulte cette publication pour bien régler son aéronef. Il communique par ailleurs avec le concepteur du Pou du Ciel. Les recherches de Mignet permettent à Demine et à son fils, aidés par le Français René Salmon, d’inclure de nombreuses améliorations apportées au Pou du Ciel au fil des mois.

En effet, ami(e) lectrice ou lecteur, Mignet traverse une période difficile. Une série d’accidents, parfois mortels, survenus entre la fin de 1935 et le milieu de 1936 suscitent une réaction rapide de la part des autorités françaises et britanniques. Tous les Poux du Ciel présents dans ces pays sont interdits de vol. Des essais en soufflerie conduits en France et au Royaume-Uni prouvent que cet aéronef peut s’avérer dangereux en certaines circonstances. Mignet modifie le Pou du Ciel mais le mal est fait. L’enthousiasme des passionnés de vol se refroidit. La grande majorité des projets de construction amorcés de par le monde en 1935-36, plusieurs centaines dit-on, demeurent incomplets.

Les Demine comptent parmi les relativement rares constructeurs amateurs qui gardent la route. Leur Pou du Ciel, baptisé Spirit of Canada à une date indéterminée, pour commémorer le 70e anniversaire de la Confédération peut-être, reçoit une immatriculation en octobre 1937. Demine père a alors 56 ans, ce qui peut fort bien faire de lui le constructeur amateur le plus âgé au Canada. Pourtant, seul son nom se trouve sur le certificat d’immatriculation. Le Pou du Ciel effectue quelques vols au cours de l’automne, dont un aller-retour entre les deux aéroports de la région montréalaise, Saint-Hubert et Cartierville. Son pilote, Benoît Gilson, est d’origine belge. L’aéronef reçoit une paire de flotteurs de construction artisanale au cours de l’hiver 1937-38. Alourdi par ce nouveau train d’atterrissage, le Pou du Ciel ne parvient pas à décoller. Le Spirit of Canada est mis au rancart en 1938, peu après ces essais.

Que dites-vous de cette histoire, ami(e) lectrice ou lecteur? Celles et ceux d’entre vous qui souhaitent en savoir plus long sur le tout premier Pou du Ciel canadien n’ont qu’a revisiter ce site Web dès la semaine prochaine. D’ici là, restez bien au chaud.

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Rénald Fortier