Un père Noël tout à fait moderne

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Les deux dirigeables rigides de Santa Claus au dessus du fleuve Saint-Laurent à la hauteur de Québec, Québec. Anon., « Publicité – A.E. Rea & Company. » La Presse, 2 décembre 1910, 15.

Bonjour, ami(e) lectrice ou lecteur, et bienvenue, encore une fois, au monde merveilleux de l’aviation et de l’espace. Et de l’hiver. Et de la neige, mais je m’éloigne du sujet. Étant donné le temps de l’année, votre humble serviteur a décidé de rompre avec notre tradition anniversairiale afin de vous apporter de la joie des fêtes. En d’autres termes, le sujet de ce numéro de notre blogue / bulletin / machin sera noëllien au lieu d’être calendrièrement correct, et oui, je sais que ces mots n’existent pas. Notre sujet, dis-je, abordera toutefois un des champs d’activités du Musée de l’aviation et de l’espace du Canada, à Ottawa, Ontario. Je vais essayer d’être bref.

Notre histoire commence le 25 novembre 1910, lorsqu’un grand magasin de Montréal, A.E. Rea & Company, publie la première de 7 grandes publicités dans les 2 plus importants quotidiens publiés dans ce qui est alors la métropole du Canada, La Presse et The Montreal Daily Star. Créées en anglais mais traduites en français, jusqu’à un certain point, ces publicités décrivent le trajet aérien de Santa Claus depuis sa cachette secrète du pôle Nord jusqu’à, vous l’aurez deviné, Montréal. Et oui, le vieil elfe joyeux est connu sous le nom de Santa Claus, même dans La Presse et d’autres journaux de langue française au Québec. Le nom français sous lequel il est connu aujourd’hui, à savoir père Noël, n’a pas encore été inventé.

Ainsi, dis-je, le 25 novembre, le superbe dessin de la première publicité montre un Santa Claus résolument moderne se tenant sur une surface glacée au pôle Nord alors que son équipage charge les 2 dirigeables géants sous son commandement, le Reindeer et le Reindeer Junior. Pas de mammifère à sabots de l’espèce Rangifer tarandus pour ce gentilhomme, non monsieur. Après tout, c’est le 20ème siècle. Saviez-vous qu’un renne et un caribou sont à peu près la même chose? Pas moi.

De nombreuses caisses, sans doute remplies de cadeaux, sont bien visibles. Il est à noter que le Santa Claus de la publicité est à tout point identique au père Noël qu’on peut voir en 2018 dans les centres commerciaux, à la télévision ou ailleurs : un vieillard à barbe blanche avec un peu d’embonpoint qui porte une tuque, des bottes et un costume bordé de fourrure avec une large ceinture.

La publicité suggère aux fillettes et garçonnets de bien lire les textes qui seront publiés jour après jour. Les parents de ces enfants ne sont toutefois pas oubliés. La dernière phrase du texte, en majuscules, s’adresse surtout à eux : « Il sera sage de magasiner de bonne heure samedi » le 26 novembre.

Le Reindeer et le Reindeer Junior ressemblent beaucoup aux machines volantes développées par un ancien lieutenant général de l’armée du Württemberg, un des états / royaumes qui constituent l’Empire allemand. Cet individu charismatique, charmant, confiant et intelligent est un chef né d’une volonté de fer dont le dédain envers l’arrogance prussienne peut avoir fortement contrarié le très prussien empereur de l’Empire allemand, Wilhelm II, né Friedrich Wilhelm Viktor Albert « Willy » Hohenzollern. En conséquence, la performance de cet officier lors de manœuvres est jugée tellement insatisfaisante qu’il est contraint de prendre sa retraite, en 1891. On comprend bien que le comte Ferdinand Adolf August Heinrich von Zeppelin est profondément offensé.

Les machines volantes dont on vient de constater la ressemblance avec le Reindeer et, un peu moins, le Reindeer Junior sont des dirigeables rigides terminés en 1909-10. Votre humble serviteur va se risquer à suggérer que l’artiste qui dessine les publicités publiées dans La Presse et The Montreal Daily Star copie l’apparence du Zeppelin LZ5 Deutschland. Cette gigantesque machine volante, le premier aéronef de ligne au monde si vous devez le savoir, est exploitée par la première compagnie aérienne au monde, Deutsche Luftschiffahrts Aktiengesellschaft, ou DELAG, pendant quelques mois seulement, en 1910, mais revenons à notre histoire.

Comme preuve supplémentaire de sa pensée moderniste, Santa Claus envoie le premier d’une série de marconigrammes, autrement dit des messages radio, à A.E. Rea & Company pour tenir les enfants de Montréal au courant de son projet. Il quitte le pôle Nord dans la nuit du 25 au 26 novembre pour se rendre dans plusieurs grands centres de fabrication de jouets en Europe. L’auteur de ces lignes n’est pas en mesure de confirmer que Santa Claus commande vraiment le dirigeable dans lequel il prend place, le Reindeer. Le capitaine du Reindeer Junior ne peut pas être identifié. Désolé.

Croiriez-vous que la collection du Musée des sciences et de la technologie du Canada, à Ottawa, une institution sœur / frère du susmentionné Musée de l’aviation et de l’espace du Canada, comprend 4 cerfs-volants qui peuvent, je répète peuvent, être utilisés au cours de la célèbre expérience mise en place à Signal Hill, Terre-Neuve, en décembre 1901, par Guglielmo Giovanni Maria Marconi? Qu’est-ce que j’entends, vous n’avez aucune idée de ce dont je parle (tape?)? Vraiment?! Quelle honte. Marconi joue un rôle crucial dans le développement de la télégraphie sans fil, comme on appelle alors la radio. À votre avis, qui participe aux essais de 1903 menés par la Royal Navy mentionnés dans un numéro d’octobre 2018 de notre blogue / bulletin / machin, la fée des dents? Toutes mes excuses.

Vers 1900-01, Wireless Telegraph & Signal Company / Marconi’s Wireless Telegraph Company Limited ne se porte cependant pas très bien. Marconi, un jeune homme brillant, beau et ambitieux, pense qu’un geste dramatique est la solution à ses problèmes. Conscient du fait que la longue distance parcourue jusqu’alors par des signaux radio est d’environ 130 kilomètres (80 milles), notre ami italien annonce en 1901 qu’il va envoyer un signal au-dessus de l’Atlantique – une distance de plus de 3 200 km (2 000 milles). Ses associés d’affaires sont stupéfaits. Tout le monde l’est, en fait.

Le récepteur radio que Marconi et son assistant installent à Signal Hill est un machin plutôt rudimentaire, installé après que l’immense antenne construite à Cape Cod, Massachusetts, ait été brisée par une tempête. Les deux hommes doivent utiliser des cerfs-volants pour soulever une antenne sur cette falaise balayée par le vent, et encore seulement pendant de brèves périodes de temps chaque jour. Et oui, ami(e) lectrice ou lecteur, un numéro de septembre 2018 de notre blogue / bulletin / machin traite d’un émetteur radio d’urgence dont l’antenne peut être portée en l’air par un cerf-volant. Et non, ami(e) lectrice ou lecteur patriote, l’expérience de Marconi n’a pas lieu en sol canadien. Terre-Neuve est en réalité un Dominion indépendant et souverain en 1901, mais revenons à notre digression actuelle.

Le 12 décembre, à 3 reprises, Marconi et son assistant entendent le pip pip pip pour lesquels ils prient. L’émetteur que Marconi a installé aux Cornouailles, en Angleterre, réussit à envoyer les 3 points de la lettre S en code Morse de l’autre côté de l’Atlantique. On peut dire que notre monde profondément interconnecté est naît ce jour-là. Comme il faut s’y attendre, Marconi devient un des personnages les plus célèbres de la planète. Ses soucis financiers sont terminés. Le cheveu dans la soupe, si votre humble serviteur peut utiliser cette expression, est que ce tournant dans l’histoire de l’humanité n’est peut-être qu’un vieux mythe usé.

Les conditions atmosphériques en décembre 1901 sont telles et le matériel utilisé si primitif que de nombreux spécialistes de la propagation des ondes radio pensent que Marconi et son assistant souhaitaient, ont besoin oserons nous-dire, d’entendre un son à un tel point qu’ils confondent des bruits atmosphériques avec les 3 points de la lettre S. D’un autre côté, aussi motivé que Marconi soit à entendre quelque chose, peu de gens, voire personne ne laissent entendre qu’il ment en fait à propos de tout cela, et… Vous semblez choqué(e), ami(e) lectrice ou lecteur. De telles fraudes ne sont malheureusement pas inconnues dans le monde de la science, de la technologie et de l’innovation. Cela s’est passé, se passe et continuera à se passer. Oserait-on suggérer que la fraude scientifique pourrait être un sujet très intéressant bien que controversé pour une exposition temporaire / itinérante? Si je peux me permettre de paraphraser une ligne de la chanson Silent Running (On Dangerous Ground) de 1985 du groupe britannique Mike & the Mechanics, pouvez-vous m’entendre, pouvez-vous m’entendre, collègues des équipes d’exposition du Musée des sciences et de la technologie du Canada?

Une autre explication au mystère de Signal Hill peut résider dans la possibilité que les récepteur et émetteur de Marconi, les plus puissants au monde à l’époque si vous devez le savoir, transmettent et / ou reçoivent des signaux sur une grande partie du spectre des ondes électromagnétiques. Lui et son assistant entendent peut-être les 3 points de la lettre S diffusés sur une fréquence non prévue. Quoiqu’il en soit, avant même la fin de 1902, Marconi s’avère capable d’envoyer des messages de manière fiable à des navires situés à plus de 3 200 kilomètres (2 000 milles). Je suppose que tout était bien qui finissait bien, si ce n’était pas du fait que, en 1923, Marconi devient membre du Partito nazionale fascista, une organisation peu ragoutante fondée en Italie peu de temps auparavant par Benito Amilcare Andrea Mussolini, un individu tout aussi peu ragoutant mentionné dans un numéro d’août 2018 de notre blogue / bulletin / machin. Revenons donc à notre histoire et à la première publicité publiée dans La Presse et The Montreal Daily Star.

Le premier arrêt de Santa Claus est à Leipzig, Saxe, un des états / royaumes de l’Empire allemand, où il arrive le 25 novembre. Environ une tonne, métrique ou non métrique, de jouets mécaniques est chargée à bord des dirigeables. Il devait y avoir quelque chose de magique dans les machines volantes de Santa Claus, autrement comment ont-elles pu parcourir en 12 à 15 heures les quelque 5 500 kilomètres (3 400 milles) qui séparent le pôle Nord de Leipzig? Les avions de ligne ne peuvent naviguer à une telle vitesse qu’après la Seconde Guerre mondiale.

L’étape suivante de Santa Claus est Paris où des poupées à la dernière mode sont soigneusement embarquées. Serait-il inapproprié de suggérer que Santa Claus aurait pu / du envisager de prendre d’autres cadeaux que des poupées à Paris? Qu’il nous soit permis de mentionner La Guerre infernale, publiée vers 1908-09 en 1 ou 2 volumes fort épais. Originellement parue en 1908 sous forme de fascicules hebdomadaires de 32 pages, 30 en tout, destinés à un lectorat adolescent, cette description enlevante d’une guerre fictive à venir est très populaire auprès du public. Son auteur, Pierre Giffard, compte parmi les grands journalistes et communicateurs / vulgarisateurs scientifiques français de la Belle Époque. Une réédition en 8 volumes de La Guerre infernale paraît en 1909 sous le titre de Les Drames de l’air.

Maintenant que votre humble serviteur a cogité sur cette question, proposer à des jeunes des livres qui décrivent passionnément une future guerre fictive n’est peut-être pas une bonne idée. Méchant conservateur. Méchant, méchant conservateur.

Incidemment, Santa Claus passe à un cheveu de manquer le départ de ses dirigeables. Il doit faire appel à une échelle de corde pour monter à bord du Reindeer.

Les Reindeer et Reindeer Junior s’envolent ensuite pour Londres. L’auteur de ces lignes n’est pas en mesure d’identifier le type de cadeau acquis par Santa Claus dans la capitale britannique. Je sais seulement qu’il a acheté des milliers d’exemples des plus belles choses. Ceci étant dit, le vieil elfe profite de l’occasion qui s’offre à lui pour se rendre au château de Windsor, la résidence de la famille royale britannique.

Croiriez-vous que le monarque britannique, le roi George V, né George Frederick Ernest Albert Saxe-Cobourg et Gotha, et le susmentionné Wilhelm II sont des cousins? Le tsar russe, Nikolaï II, né Nikolaï Alexandrovitch « Nicky » Romanov, est également un cousin de ces deux individus. À dire vrai, George V et Nikolaï II se ressemblent à un point tel qu’on pourrait croire que ce sont des jumeaux fraternels, mais je m’éloigne du sujet.

Serait-il inapproprié de suggérer ce que Santa Claus aurait pu / du songer à acheter alors qu’il est à Londres? Il aurait pu / du, par exemple, envisager la possibilité d’acheter de nombreux exemplaires de King of the Air; or, to Morocco in an Airship, un des romans d’aventures très populaires destinés à un public adolescent rédigés par George Herbert Ely and Charles James L’Estrange, qui font équipe sous le nom d’Herbert Strang. Entre 1907-08 et 1916, Ely et L’Estrange publient 7 ouvrages indépendants qui touchent à l’aviation. Le fait qu’ils travaillent pour Oxford University Press donne un certain cachet aux nombreux livres qu’ils rédigent. Leur dernière œuvre aéronautique sort en 1924.

Un des elfes de Santa Claus aurait pu suggérer qu’il achète des exemplaires de The War in the Air de Herbert George Wells. Publiée en 1908, cette description d’une guerre mondiale cataclysmique était / est / sera un des meilleurs romans de science-fiction du genre jamais écrit. Comme vous l’avez peut-être deviné, les dirigeables et aéronefs jouent leur rôle dans la destruction du monde.

Toute aussi prophétique que soit The War in the Air, The World Set Free semble être la première œuvre de fiction faisant appel à l’expression « atomic bomb. » Wells publie ce roman apocalyptique en 1914, juste avant le début d’un conflit apocalyptique, la Première Guerre mondiale. En 1911, The Lord of Labour, un roman publié peu après la mort de son auteur, l’écrivain, explorateur et journaliste britannique George Griffith, né George Chetwynd Griffith-Jones, offre à ses lectrices et lecteurs la première description de projectiles atomiques, dans ce cas des petits dispositifs tirés à partir de lanceurs portatifs. Le grand patron d’industrie américain imaginé par un auteur de romans d’aventure français, Louis Boussenard, songe quant à lui à faire appel à l’énergie intra-atomique dans la guerre ouverte qu’il livre à ses concurrents et aux ouvriers. Le roman bien oublié qui décrit ce conflit, Les Gratteurs de ciel, arrive en librairie en 1907.

Cela étant dit (tapé?), la première description d’une arme nucléaire, fabriquée par un savant diabolique qui fait alors chanter le monde, se trouve dans une œuvre toute aussi méconnue. L’auteur et journaliste irlandais Robert Cromie publie The Crack of Doom en 1895. Cette date de publication est particulièrement intéressante, du moins pour moi. Vous voyez, ami(e) lectrice ou lecteur, le physicien français Antoine Henri Becquerel découvre qu’un matériau connu sous le nom d’uranium émet une sorte d’énergie, une caractéristique rapidement baptisée radioactivité, en… 1896. Avant cette date, l’idée que l’énergie continue à l’intérieur des atomes qui constituent notre monde pourrait être utilisée pour faire le bien, ou le mal, est pratiquement inconnue. Personne ne sait comment Cromie développe son idée d’arme nucléaire.

Il se trouve qu’un autre scientifique, plus spécifiquement un professeur de physique britannique du nom de Silvanus Phillips Thompson, découvre que l’uranium émet une sorte d’énergie à peu près au même moment que Becquerel. Celui-ci publie sa découverte le premier, toutefois, et peut avoir mieux compris de quoi il retourne. Curieusement, de tells cas de découvertes simultanées ne sont pas inconnus dans les mondes de la science et de la technologie. Et non, ami(e) lectrice ou lecteur qui aime les conspirations, votre humble serviteur ne croit pas que Cromie entend parler de la découverte de Thompson d’une quelconque façon.

Quoiqu’il en soit, une petite équipe dirigée par Ernest Rutherford explique ce qui se passe au sein d’un bloc d’uranium, au cœur de ses atomes, au cours de son séjour à la McGill University de Montréal, entre 1898 et 1907. Ce physicien néo-zélandais reçoit le prix Nobel de chimie en 1908 pour ces travaux d’importance capitale, mais revenons à notre digression.

Croiriez-vous que, entre 1893 et 1895, le susmentionné Griffith publie pas moins de 3 romans qui contiennent de fantastiques dirigeables et / ou navires volants : The Angel of the Revolution : A Tale of the Coming Terror, Olga Romanoff or, the Syren of the Skies et The Outlaws of the Air? Une des artistes qui illustre les romans de Griffith est nul autre que John Frederick Thomas Jane, le future éditeur de Jane’s All the World’s Fighting Ships et Jane’s All the World’s Air-Craft, des livres de référence mondialement connus publiés depuis 1898 et 1909, connus en 2019 sous le nom de IHS Jane’s Fighting Ships and IHS Jane’s All the World’s Aircraft, mais retournons à notre histoire. Toutes mes excuses pour une digression aussi sombre et guerrière. Méchant conservateur. Méchant, méchant conservateur. Et oui, la fantastique bibliothèque du Musée de l’aviation et de l’espace du Canada a tous les volumes de Jane’s All the World’s Air-Craft / IHS Jane’s All the World’s Aircraft.

Au cours de son séjour à Londres, Santa Claus peut également avoir envisagé la possibilité d’acheter les premiers casse-têtes miniatures, dérivées de cartes postales, faisant partie d’une série de 6 lancée vers 1909 par un fabricant de cartes postales, Raphael Tuck & Sons Limited. Connue sous le nom de Airships and Lighthouses, la dire série comprend un nombre indéterminé de dirigeables ou d’aéronefs. Les 6 cartes postales qui montrent ces machines volantes sont inclues dans la boîte.

Le 29 novembre, Santa Claus et ses dirigeables survolent le phare de Eddystone, au large des côtes des Cornouailles, en Angleterre. Il s’élance ainsi au dessus de l’océan Atlantique – une scène capturée avec brio par l’artiste qui réalise les illustrations qui accompagnent les textes des publicités. Le dit texte, quant à lui, réitère l’importance de magasiner le matin tant pour éviter les foules que pour profiter de prix spéciaux sur de nombreux items.

La septième et dernière publicité, parue le 2 décembre, montre le Reindeer et le Reindeer Junior en vol au dessus du fleuve Saint-Laurent, à la hauteur de Québec, Québec.

Il va sans dire que cette traversée de l’Atlantique est entièrement fictive. Pareil exploit n’est réalisé qu’après la Première Guerre mondiale, en 1919 plus précisément. Des numéros d’avril et octobre 2018 de notre blogue / bulletin / machin mentionnent les traversées réalisées par les équipages d’un hydravion à coque américain Curtiss NC et d’un avion britannique Vickers Vimy.

Santa Claus débarque plus tard dans la journée et prend un train spécial pour Montréal. Santa Claus, semble-t-il, s’en vient en ville.

L’auguste vieillard arrive à Montréal le 3 décembre, aux environs de 9h 15. Il se rend au magasin de A.E. Rea & Company à bord d’un véhicule à cheval. Une fanfare l’accompagne dans les rues de la métropole. Une fois arrivé au magasin, Santa Claus se repose un peu. À 15 heures, il participe à une réception à la grotte des fées / festival des jouets. Votre humble serviteur a l’impression que des nombreux enfants sont présents.

Les publicités publiées par A.E. Rea & Company en novembre et décembre 1910 ne sont qu’un exemple de la commercialisation des célébrations entourant Noël, une fête plutôt traditionnelle jusque-là. Santa Claus lui-même est une invention assez récente et il est logique de le lier d’une manière ou d’une autre aux machines volantes qui fascinent tellement le grand public. La société est en train de changer. Une culture de masse gagne du terrain. Les valeurs traditionnelles sont remplacées par de nouvelles valeurs qui deviennent rapidement des traditions. Ainsi allaient / vont / iront les choses. La modernité et la postmodernité ne sont-elles pas merveilleuses

L’introduction de thèmes aéronautiques dans les publicités qui paraissent dans les principaux quotidiens des grandes villes canadiennes suit en fait de près l’apparition des premières machines volantes motorisées. Il suffit de songer à ce qui se passe à Montréal en 1909. Le 26 novembre, A.E. Rea & Company publie une publicité dans La Presse et The Montreal Daily Star. Les lectrices et lecteurs peuvent y voir Santa Claus aux commandes d’un avion qui ressemble beaucoup à ceux que produisent Wright Company, la société fondée par Orville et Wilbur Wright, 2 pionniers de l’aviation connus mondialement mentionnés à quelques reprises dans notre blogue / bulletin / machin à partir d’août 2018. La publicité rappelle tant aux parents qu’aux enfants la grande ouverture de Noël qui doit avoir lieu le lendemain.

Un autre magasin à rayons montréalais, G.A. Holland & Son Company, utilise une approche quelque peu différente. En effet, la publicité qu’il fait paraître le 1er décembre 1910, dans La Presse et La Patrie, un autre quotidien de langue française de Montréal, sans parler du The Montreal Daily Star, fait appel aux talents de pilote de Santa Claus. Un dessin montre l’illustre vieillard aux commandes d’un avion qui ressemble un tant soit peu au No. 20 Demoiselle, un aéronef conçu par Alberto Santos Dumont, un pionnier brésilien de l’aviation mentionné dans un numéro de novembre 2018 de notre blogue / bulletin / machin. De nombreux jouets se trouvent près de Santa Claus.

Une publicité paraît dans le 9 décembre 1910 dans La Presse et The Montreal Daily Star. Réalisée pour Boston Shoe Store Limited, un marchand de chaussures ayant pignon sur rue à Montréal, elle montre Santa Claus à bord d’un biplan qui ressemble beaucoup à ceux des frères Wright. L’artiste a saisi l’auguste vieillard en train de lancer des chaussures dans une cheminée. Un sac rempli de cadeaux se trouve près de lui. Le quotidien francophone publie une version modifiée de cette publicité le 23 décembre.

La distribution de cadeaux tient une place tout aussi importante dans le magnifique dessin en couleurs qui paraît en première page de l’édition du 31 décembre 1910 de La Presse. À cette époque, ce quotidien ainsi que son rival, La Patrie, publient à chaque samedi un dessin pleine page sur des sujets on ne peut plus variés. Celui qui nous préoccupe montre un aéronef, un biplan Voisin ou Farman de conception française, en vol au-dessus d’une grande ville, Montréal selon toute vraisemblance. Une jeune femme portant un costume qui ressemble beaucoup à celui de Santa Claus est assise sur l’aile inférieure de l’avion. Elle offre un salut à la nouvelle année alors que des jouets variés tombent du ciel. D’autres jouets sont empilés sur l’aile inférieure du biplan.

Et c’est tout pour l’instant. Profitez bien de la période des fêtes.

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Rénald Fortier