La remarquable histoire de Leonard Daniels, l’archidiacre de Juché-dans-un-arbre-à-gomme

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Le révérend Leonard Daniels, sur le siège avant du de Havilland Moth qu’il pilote en Australie. Anon. “The Church of England Takes to the Air!” Air Travel News, janvier-février 1928, 20.
Le révérend Leonard Daniels, sur le siège avant du de Havilland Moth qu’il pilote en Australie. Anon. “The Church of England Takes to the Air!” Air Travel News, janvier-février 1928, 20.

Salutations et salutations, ami(e) lectrice ou lecteur – ou est-ce l’inverse? Bof, ça ne fait rien. Nous sommes réunis ici aujourd’hui pour lire un texte concernant un personnage fascinant et un pionnier / innovateur que votre humble serviteur a découvert dans le numéro de janvier-février 1928 mensuel américain Air Travel News, une publication oubliée depuis longtemps mais très intéressante.

Leonard « Len » Daniels voit le jour en Angleterre en novembre 1891. Comme un grand nombre de ses contemporains, il s’enrôle dans la British Army peu après le début de la Première Guerre mondiale. Contrairement à la plupart d’entre eux, Daniels sert son pays en Inde. À un moment donné, il demande et obtient un transfert au Royal Flying Corps, l’arme aérienne de la British Army, qui a fusionné avec le Royal Naval Air Service de la Royal Navy en avril 1918 pour former la Royal Air Force, la première force aérienne indépendante de l’histoire. Quoi qu’il en soit, Daniels termine peut-être sa formation de pilote en Égypte lors de la signature de l’Armistice de novembre 1918. Libéré du service, il décide de devenir ministre de l’Église d’Angleterre.

Conseillé par son médecin de déménager dans un endroit chaud et sec, le jeune homme se souvient du travail accompli par la Bush Church Aid Society for Australia and Tasmania, une branche de la Colonial and Continental Church Society. L’offre de service de Daniels est chaleureusement acceptée. Incidemment, ces deux organisations existent encore au début de 2018. Elles sont connues sous le nom de Bush Church Aid Society et d’Intercontinental Church Society.

Daniels arrive en Australie en 1922. Basé à Wilcannia, à l’extrême ouest de la Nouvelle-Galles du Sud, sa paroisse chaude et sèche est presque aussi grande que la Belgique et les Pays-Bas. Pour atteindre les quelques milliers de personnes qui y vivent, Daniels doit parcourir de grandes distances, jusqu’à 80 000 kilomètres (50 000 miles) au début de 1928 peut-être, sur des pistes qui sont pires que mauvaises. Ses talents mécaniques s’avèrent très utiles pour garder son automobile, une Ford Modèle T selon toute vraisemblance, en état de rouler année après année.

De retour en Angleterre en 1926 ou 1927 pour rendre compte de ses activités, Daniels profite de l’occasion pour amasser des fonds pour acheter un avion. Il est convaincu que voler faciliterait grandement son travail dans sa nouvelle patrie. Le fondateur de C.C. Wakefield & Company Limited, un important fournisseur d’huiles lubrifiantes, Sir Charles Cheers Wakefield, est intrigué par ce que Daniels espère réaliser et envoie de l’argent, rendant ainsi possible l’achat de l’avion.

Ce John Davison Rockefeller britannique, comme certains l’appelle, était / est bien connu dans la communauté des modélistes pour la Wakefield International Cup, décernée aux personnes dont le modèle muni de moteur à propulsion élastique demeure en l’air le plus longtemps. Ce trophée, le premier de son genre, est décerné pour la première fois en 1928. Puis-je être le premier à lui souhaiter un joyeux 90e anniversaire? Au Canada, des trophées portant le nom de Wakefield sont décernés pour la première fois dans les années 1930. Certains des gagnants font par la suite de grandes choses. Votre humble serviteur pourrait porter certains d’entre eux à votre attention à un moment donné dans le futur. Soit dit en passant, ceci est votre contenu canadien pour aujourd’hui, mais revenons à notre histoire.

Un avion privé / léger de Havilland Moth immatriculé au nom de la Bush Church Aid Society for Australia and Tasmania quitte l’Angleterre par bateau à la fin de 1927. Daniels prend livraison de cet avion en caisse en Australie en janvier 1928. Le pasteur volant, comme ce pilote de brousse et mécanicien doué serait bientôt appelé, commence aussitôt à utiliser « Far West, » le nom qu’il donne au Moth, devenant ainsi apparemment le premier ecclésiastique volant au monde. Daniels se marie en 1930. Son épouse Emily, née Emily Mary Tietkens, l’accompagne parfois / souvent.

Volant sans avoir accès à des bulletins météorologiques et souvent sans cartes, Daniels suit les pistes, rivières et chemins de fer pour atteindre ses nombreuses destinations – une approche que de nombreux pilotes de brousse canadiens connaissent bien. Et oui, ceci est encore du contenu canadien. Bonne observation, ami(e) lectrice ou lecteur. Quoiqu’il en soit, les terrains d’atterrissage de Daniels peuvent être un paddock ou une rue. Tout dommage causé au Moth est réparé sur place, à l’aide des matériaux disponibles, d’un morceau de fil de clôture à un manche à balai. La renommée de Daniels augmente au fil du temps. Son travail est une source d’inspiration pour quelques pilotes d’un organisme récemment créé, l’Australian Inland Mission Aerial Medical Service, l’actuel Royal Flying Doctor Service, un pionnier mondial de l’utilisation des avions au service de l’humanité.

Et oui, il y a un de Havilland Moth dans la collection du Musée de l’aviation et de l’espace du Canada, à Ottawa, Ontario. Et non, votre humble serviteur ne pontifiera pas sur cette machine volante des plus remarquables, et l’un des avions légers / privés les plus réussis du 20ème siècle. Revenons donc à notre histoire et ... Oh, je vois. Vous voulez vraiment une histoire, et plus de contenu canadien, n’est-ce pas, ami(e) lectrice ou lecteur? D’accord, d’accord, mais je serai bref. Très bref.

Le premier de Havilland Moth assemblé au Canada par de Havilland Aircraft of Canada Limited, Weston, Ontario, avril 1928. Robert William Bradford, Leigh Capreol’s Historic Flight, gouache sur carton, début des années 1960, MAEC, numéro d’artéfact 2006.0071.

Le premier de Havilland Moth assemblé au Canada par de Havilland Aircraft of Canada Limited, Weston, Ontario, avril 1928. Robert William Bradford, Leigh Capreol’s Historic Flight, gouache sur carton, début des années 1960, MAEC, numéro d’artéfact 2006.0071.

En février 1928, l’avionneur britannique de Havilland Aircraft Company Limited fonde une filiale à Weston, puis Downsview, près de Toronto, Ontario, du nom de de Havilland Aircraft of Canada Limited, pour assembler et assurer l’entretien des Moth destinés principalement aux aéro-clubs canadiens et à l’Aviation royale du Canada, une force aérienne alors connue sous le nom de Corps d’aviation royal canadien. Le Moth devient ainsi l’aéronef le plus utilisé au Canada au cours des années 1930. Fin. Enfin, pas tout à fait.

Retournons un moment à la gouache sur carton peinte par Robert William Bradford, peintre de l’air canadien connu mondialement et ancien directeur du Musée national de l’aviation, le nom du Musée de l’aviation et de l’espace du Canada il y de nombreuses années. Croiriez-vous que le Moth représenté dans la dite œuvre, le premier assemblé au Canada par de Havilland Aircraft of Canada et le tout premier avion assemblé par la compagnie, est présenté au Toronto Flying Club par, vous l’avez deviné, le fondateur de C.C. Wakefield & Company? Mieux encore, cet avion est baptisé « Sir Charles Wakefield. » Le monde est petit, n’est-ce pas? Mais revenons à notre histoire.

Daniels et son épouse quittent Wilcannia pour une autre paroisse en 1932. Il prend sa retraite en 1959, l’année où son autobiographie, Far West, est publiée. Leonard Daniels meurt en décembre 1981, à l’âge de 90 ans.

Endommagé en novembre 1932, oui, 1932, le Moth qu’il avait piloté est entreposé. Remis en état de vol en 1934, il passe de propriétaire à propriétaire, environ 10 au fil des ans si vous devez le savoir. Entreposé de nouveau en 1947, le Moth est entièrement restauré entre 1955-56 et 1959. Il subit des dommages irréparables en novembre de cette année, trois jours à peine après avoir été ré-immatriculé et quelques mois, ou semaines, après que Daniels ait pris sa retraite – une triste coïncidence si je peux me le permettre.

Et pourquoi pas une explication pour le titre de cet article, dites-vous, ami(e) lectrice ou lecteur légèrement agaçant(e)? Fort bien, allez à

et écoutez le personnage principal de notre récit. Cet enregistrement est évidemment en anglais. Soit dit en passant, l’expression arbre à gomme est une traduction littérale de « gum tree, » le nom utilisé communément pour désigner un eucalyptus en Australie. Et non, l’eucalyptus ne produit pas de gomme à mâcher. Veuillez aller en ligne pour trouver la plante qui a donné naissance à ce produit.

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Rénald Fortier