Elle est la reine du patinage, jeune et douce – et une pilote aussi

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Barbara Ann Scott avec son instructeur de vol. Noel Bart, « Skating sky skipper. » Skyways, avril 1949, 28.

Bien le bonjour, ami(e) lectrice ou lecteur. Alors que nous parcourons toutes et tous le mois d’avril, appréciant les rites du printemps, votre humble serviteur pense qu’une belle et bonne histoire ne serait peut-être pas une mauvaise idée. Qu’en pensez-vous? Bien. Continuons alors.

Il était une fois, fin 1946 ou début 1947, un certain nombre d’adolescentes, adolescents et jeunes adultes, femmes et hommes, suivant des cours dans une école de patinage. Plusieurs de ces patineurs masculins prennent des leçons de pilotage, ou possèdent déjà une licence de pilote. Certains de ces jeunes hommes se vantent ouvertement de leurs talents de pilote et agissent généralement de manière supérieure. Les femmes, aux dires de plus d’un d’entre eux, ne peuvent pas voler. Une patineuse de 18 ans n’apprécie guère ce comportement. Convaincue qu’elle peut être aussi bonne pilote que n’importe lequel de ces jeunes hommes agaçants, elle commence à prendre des leçons de pilotage, en secret. Après seulement 2 heures de vol, l’instructeur est tellement impressionné qu’il lui dit de prendre les commandes de l’avion léger dans lequel ils volent. La jeune femme est à la fois surprise et ravie. La dite jeune femme est, vous l’avez deviné, Barbara Ann « B.A. » Scott, et… Pourquoi ce regard choqué, ami(e) lectrice ou lecteur? Son nom est au cœur même de la légende de la photo en haut de cet article, n’est-ce pas?

Au moment où Scott effectue son premier vol en solo, plusieurs de ses ami(e)s patineuses et patineurs à l’école savent ce qu’elle prépare. À sa grande surprise, plusieurs d’entre elles et eux se présentent lors de ce grand jour. Le vol en solo commence fort bien. Alors qu’elle s’apprête à atterrir, toutefois, Scott se dit que la vue au-dessus du nez de l’avion léger n’est pas tout à fait satisfaisante. Elle ouvre un peu sa porte et se penche vers l’extérieur. Quelques instants plus tard, l’avion léger touche le sol et heurte un vaste espace boueux. Scott, surprise, se retrouve avec un visage couvert de boue. L’avion léger rebondit 3 fois avant de s’arrêter. Les ami(e)s patineuses et patineurs de Scott l’acclament et rient à la fois. Le rire se fait plus fort quand elle sort de l’aéronef. Bien que fort en colère, Scott reconnaît rapidement que la situation est, en fait, fort amusante.

Peu de temps après, Scott rend visite à des ami(e)s aux États-Unis. Elle profite de cette occasion pour pratiquer ses atterrissages. Scott obtient facilement sa licence de pilote privé peu de temps après.

Scott est très célèbre à cette époque. Cette patineuse artistique exceptionnellement douée remporte son premier championnat national junior à 11 ans. Elle remporte son premier championnat national senior en 1944. Scott gagne de nouveau en 1945, 1946 et 1948. En 1945, Scott remporte le championnat nord-américain, une compétition qu’elle remporte de nouveau en 1947. En 1945, elle est élue athlète exceptionnelle de l’année au Canada par des éditeurs de journaux – une première pour une athlète féminine. Elle gagne de nouveau en 1947 et 1948.

Au début de 1947, Scott se rend en Europe où elle remporte les championnats d’Europe et du monde. À son retour à Ottawa, Ontario, sa ville natale, elle est accueillie en héroïne. La ville d’Ottawa lui offre même une toute nouvelle automobile convertible de couleur canari. Scott est élue personne ayant le plus défrayé la manchette au Canada pour l’année 1947. Elle est également nommée membre à vie de 6 clubs de patinage et de 2 aéroclubs, le Montreal Flying Club et le Ottawa Flying Club. Ce dernier ne doit pas être confondu avec le Rockcliffe Flying Club, situé à 2 pas du Musée de l’aviation et de l’espace du Canada, à Ottawa.

Désireux de profiter de la renommée de Scott, le président de la plus importante société de transport aérien du Canada, la société d’état Trans-Canada Air Lines (TCA), Herbert James Symington, fait d’elle un commandant de bord honoraire vers mars 1947. Le puissant ministre de la Reconstruction et des Approvisionnements et grand défenseur de la TCA, l’actuelle Air Canada privatisée, Clarence Decatur « C.D. » Howe, est présent pour féliciter Scott.

Il semble bien que Scott n’achète jamais d’aéronef, ce qu’elle envisage faire à un certain moment. De fait, on peut se demander si elle vole beaucoup après 1947, mais revenons à notre histoire.

Forcée d’abandonner son automobile pour conserver son statut d’amateure, Scott se comporte sans faille aux Vème Jeux olympiques d’hiver, en 1948, malgré le mauvais état de la patinoire, située à l’extérieur et défoncée par des joueurs de hockey. Elle revient à Ottawa avec une médaille d’or, la première et unique à être remportée par un(e) patineuse ou patineur artistique canadien jusqu’en 2019, et est de nouveau accueillie en héroïne. Avant la fin de l’année, Scott remporte les championnats d’Europe et du monde pour la seconde année consécutive.

À Noël 1948, une poupée Barbara Ann Scott produite par Reliable Toy Company de Toronto, Ontario, d’après un dessin du célèbre créateur de poupées germano-américain Bernard Lipfert, connaît un succès bœuf. Elle est produite pendant quelques années, avec un nouveau costume chaque année. Ces poupées sont maintenant des objets de collection.

La favorite du Canada, comme on appelle souvent Scott, devient professionnelle en juin 1948, rejoignant la Hollywood Ice Revue et les Ice Capades, et voyageant en Amérique du Nord et en Europe occidentale. Incidemment, la ville d’Ottawa lui rend l’automobile convertible, maintenant peinte en bleu, qu’elle avait dû retourner en 1947. Souhaitant tirer parti de la renommée de Scott, des entreprises comme le géant canadien des boissons gazeuses Canada Dry Ginger Ale Incorporated, une compagnie mentionnée dans un numéro de novembre 2018 de notre blogue / bulletin / machin, signe un contrat avec Scott pour qu’elle apparaisse dans des publicités.

Scott épouse un agent de presse / publiciste américain en 1955, s’installe aux États-Unis et prend sa retraite peu de temps après. Elle n’a pas encore 28 ans. En 2019, Scott est toujours la patineuse artistique la plus accomplie du Canada.

Alors qu’elle vit aux États-Unis, Scott possède brièvement un salon de beauté. Jusqu’au milieu des années 1980, elle toilette, entraîne et / ou monte des chevaux lors de présentations. Pour dire vrai, elle est jugée l’une des meilleures cavalières de ce pays. Scott commence également à jouer au golf, un sport dans lequel elle se révèle très bonne. Curieusement, elle cesse de jouer après seulement un an. Scott est largement reconnue pour son travail éducatif et caritatif. Elle meurt en septembre 2012, à l’âge de 84 ans.

Cette histoire s’est-elle révélée intéressante, ami(e) lectrice ou lecteur? Bien. Je suis content. À plus.

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Rénald Fortier