C’est moi à gauche, ou, Que diriez-vous de quelques mots sur la Cadillac volante de Tchécoslovaquie, le planeur Let L-13 Blaník?

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Un des premiers exemplaires du planeur Let L-13 Blaník. Anon., « Flying newsreels. » Flying, novembre 1959, 48.

Avec votre permission, ami(e) lectrice ou lecteur, j’aimerais entamer notre expédition dans le monde merveilleux de l’aviation et de l’espace avec une question. Les premiers mots du titre de l’article de cette semaine vous disent-ils quelque chose? Non? Ça n’est pas grave.

Permettez-moi alors d’éclairer votre lanterne en mentionnant une série de romans canadiens qui paraissent entre 1962 et 2005. Connus sous le nom de Bandy Papers, ces ouvrages racontent les aventures et mésaventures de l’Ontarien Bartholomew Wolfe Bandy. Pilote de chasse talentueux mais gaffeur pendant la Première Guerre mondiale, Bandy rencontre de nombreux personnages historiques entre 1916 et 1945. L’auteur de ces 12 ouvrages de fiction bien documentés mais fort amusants est Donald Lamont Jack, un auteur canadien d’origine britannique et pilote de chasse dans la Royal Air Force pendant la Seconde Guerre mondiale.

Trois volumes des mémoires de Bandy remportent la prestigieuse Stephen Leacock Memorial Medal for Humour, en 1963, 1974 et 1980. Un radioroman en 5 épisodes dérivé du premier titre de la série, Three Cheers For Me, réalisé par le radio télédiffuseur national, Canadian Broadcasting Corporation, passe en ondes vers 1972-73.

Aimeriez-vous voir (lire?) une liste des titres des 12 ouvrages de Jack? Non? Permettez-moi d’ignorer cette requête un tant soit peu présomptueuse. Voici la liste des dits titres :

Three Cheers for Me (1962)
Three Cheers for Me (1973)
That’s Me in the Middle (1973)
It’s Me Again (1975)
It’s Me Again (1976)
Me among the Ruins (1976)
Me Bandy, You Cissie (1979)
Me Too (1983)
This One’s on Me (1987)
Me so Far (1989)
Hitler vs. Me (1996)
Stalin vs. Me (2005)

Mais revenons à notre histoire.

Si cet article de notre blogue / bulletin / machin doit son existence à une photographie trouvée dans le numéro de novembre 1959 du magazine mensuel américain Flying, le sujet de cet article, le Let L-13 Blaník, doit son existence à tout autre chose. Je m’explique.

Nous en sommes en 1954, en Tchécoslovaquie. Un ingénieur du Výzkumného a Zkušebního Leteckého Ústavu (VZLU), un institut de recherche et d’essais, entame la conception d’un planeur biplace d’entraînement (initial, voltige, vols de distance) moderne. Le premier des 2 prototypes du Blaník, fabriqués dans les ateliers de prototypes du VZLU, dans l’usine de la société d’état Aero Vodochody Národni Podnik, vole en mars 1956.

Un de ces aéronefs est présent lors des 5èmes Championnats du monde de vol à voile, tenus en France en juin et juillet de cette même année. Impressionnés par la finition du Blaník, plusieurs pilotes ne tardent pas à surnommer ce prototype la Cadillac, du nom des magnifiques, oserons-nous dire hénaurmes, flamboyantes, extravagantes, délirantes et décadentes automobiles américaines fabriquées par la division éponyme de General Motors Corporation, un géant américain mentionné depuis mars 2018 dans quelques numéros de notre blogue / bulletin / machin.

Le gouvernement tchèque ayant remis le Blaník à un autre avionneur tchèque, la société d’état Let Národni Podnik, les ingénieurs de cette dernière examinent ses plans et y apportent quelques modifications. Le premier Blaník de série vole vers la fin de 1958. Il ne tarde pas à attirer l’attention de nombreux clubs de vol à voile. Le Blaník s’avère en effet solide, performant, durable et confortable. Mieux encore, il est facile à piloter, facile à entretenir et relativement peu coûteux.

Produit jusqu’en 1978, à un peu plus de 2 600 exemplaires, dont plus de 2 000 vendus à l’étranger, le Blaník compte parmi les grandes réussites de l’industrie aéronautique / aérospatiale tchèque. De fait, pendant des décennies et peut-être encore en 2019, cet aéronef est le planeur le plus commun au monde.

Des Blaník ont volé / volent dans plus de 40 pays aux quatre coins de notre bonne vieille Terre, dont le Canada. En effet, les succès du Blaník à l’exportation dépassent de beaucoup l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) et ses pays satellites. De fait, croiriez-vous que la United States Air Force Academy a utilisé pendant plusieurs années des Blaník, désignés TG-10, autrement dits des aéronefs produits par un satellite de l’ennemi juré des États-Unis, pour l’entraînement de base des futurs pilotes de la United States Air Force? Quelques autres armées de l’air, dont celle de l’URSS, ont fait / font également appel à cet aéronef.

Il est à noter que des pilotes de planeurs civils établissent pas moins de 12 records de distance et d’altitude mondiaux et un nombre indéterminé de records nationaux au cours des années 1960. En 1964, un pilote chilien traverse les Andes, la deuxième plus haute chaîne de montagnes sur Terre – une première pour un planeur qui vaut à cet homme une médaille de la Fédération aéronautique internationale, l’organisation mondiale basée à Paris responsable de l’enregistrement de tous les types de records liés à l’aviation mentionnée à quelques reprises dans notre blogue / bulletin / machin depuis janvier 2018.

Un dérivé du Blaník, le Let L-23 Super Blaník, vole pour la première fois en 1988. Il est produit à environ 300 exemplaires entre 1988 et 2006.

Une vingtaine de Blaník se trouvent dans le registre des aéronefs civils canadiens en 2019. Le premier planeur de ce type immatriculé au pays arrive au plus tard en 1964. Votre humble serviteur oserait-il suggérer que le Musée de l’aviation et de l’espace du Canada, à Ottawa, Ontario, considère la possibilité d’acquérir un Blaník?

Un détail avant que je ne l’oublie, le Blaník dont la photographie se trouve au début de cet article compte parmi les premiers planeurs de ce type à sortir d’usine. Immatriculé en juin 1959, il vole apparemment au-dessus du site du XXIIIe Salon international de l’aéronautique, qui se tient à Le Bourget, en banlieue de Paris, en juin. Il y subit des dommages de nature indéterminée. Ce Blaník est rayé du registre des aéronefs civils tchèques en janvier 1964. Je dois avouer ne pas savoir si c’est en raison d’un accident ou de sa vente à un pilote ou organisme étranger.

Ceci conclut notre péroration de la semaine, et…

Qu’avez-vous donc, ami(e) lectrice ou lecteur? Vous ne comprenez pas pourquoi votre humble serviteur intitule cet article C’est moi à gauche, etc., etc.? Toutes mes excuses. Le fait est que j’utilise ces quelques mots à des fins on ne peut plus personnelles. Vous voyez, à la toute fin des années 1980 ou au tout début des années 1990, j’oublie la date exacte, je suis vieux, votre humble serviteur effectue un court vol à bord d’un Blaník du Gatineau Gliding Club de Ottawa. Si, si, un court vol. Mon premier et unique vol en planeur alors que s’achève 2019.

Un employé du Musée national de l’aviation, l’actuel Musée de l’aviation et de l’espace du Canada, (Bonjour, JB!) a alors l’amabilité d’organiser des courts vols en planeur pour 3 employé(e)s du dit musée, soit une étudiante et un étudiant présent(e)s pour un été et votre humble serviteur. Si mes souvenirs sont exacts, l’étudiante décide en fin de compte de demeurer au sol pour bien observer ce qui se passe.

Qu’avez-vous, ami(e) lectrice ou lecteur? Est-ce du scepticisme que je vois sur votre visage? Si je peux me permettre de citer le Capitaine Bonhomme, né Jean Yannick William Nicolas Bonhomme, un personnage fictif très coloré qui tient l’affiche dans des émissions pour enfants de Télé Métropole Incorporée, un télédiffuseur privé de Montréal, Québec, mentionné dans des numéros de juin et novembre 2019 de notre blogue / bulletin / machin, les sceptiques seront confondus, dus, dus.

Votre humble serviteur à bord d’un Let L-13 Blaník du Gatineau Gliding Club, Plantagenet, Ontario. Cet aéronef complété en 1973 et livré à ce club cette année-là vole encore en 2019, semble-t-il.

Votre humble serviteur à bord d’un Let L-13 Blaník du Gatineau Gliding Club, Plantagenet, Ontario. Cet aéronef complété en 1973 et livré à ce club cette année-là vole encore en 2019, semble-t-il.

Je sais, je sais. Je peux alors compter sur une couverture capillaire un peu plus étoffée que celle qui demeure en place en 2019.

Je ne vous apprendrai rien en vous disant que c’est dans le cadre d’une des séries télévisée où apparaît le capitaine Bonhomme que le clown Gregor Patof fait son apparition, en janvier 1972. Télé Métropole confie à ce personnage fictif très populaire auprès des enfants une émission intitulée Patofville, en ondes entre 1973 et 1976. Mentionnée dans un autre numéro de novembre 2019 de notre blogue / bulletin / machin, cette émission est la première de 3 animées par Patof.

À ma très grande honte, je dois avouer avoir convaincu mes parents de m’acheter une paire de souliers Patof. Encore aujourd’hui, je me demande comment une personne peut marcher avec des chaussures à semelle épaisse et talons hauts sans s’enfarger à tous les foutus rebords de trottoirs.

Si vous n’avez pas de question, je vais clore cet article avec mes salutations les plus distinguées, et mon souhait que vous n’achetiez que des chaussures confortables.

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Rénald Fortier