Un nouveau regard sur un escalier vers le ciel

Deux escaliers déplaçables de United Air Lines, Incorporated, l’ancien vs. le nouveau. Anon., “Air Transport – Keeping up with the ‘New Look’.” Aviation Week, 22 mars 1948, 46.

Comment allez-vous aujourd’hui, ami(e) lectrice ou lecteur? Avez-vous besoin d’un petit coup de main? Si oui, ne cherchez plus car votre humble serviteur a ce dont vous avez besoin. Voyez, un petit pas pour une femme, beaucoup de petits pas pour les femmes! Désolé, je me laisse parfois emporter - ou soulever.

Étant un peu paresseux par nature, si, si, c’est vrai, je crois bon de vous raconter une partie de notre histoire en citant le bref texte qui accompagne la photo ci-dessus.

Des changements de style dans les robes des femmes ont apporté des changements dans l’équipement des sociétés aériennes. Des ingénieurs de United Air Lines ont récemment redessiné ses escaliers déplaçables, pour placer quatre marches de hauteur modérée là où il en avait trois. Résultat : C’est bien utile pour les femmes qui portent ces jupes longues et plus serrées. Sur la gauche, une passagère démontre les difficultés rencontrées avec l’ancien type d’escalier déplaçable, tandis qu’à droite, elle marche sur le nouveau avec facilité. Les barres d’appui ont également été allongées.

Un élément apparemment sans importance des actualités américaines comme celui-ci nous rappelle que la technologie a un réel impact sur notre vie quotidienne. C’était, est et sera une occasion rare où un changement quelconque n’a pas de conséquences imprévues. Dans certains cas, des mesures correctives peuvent être appliquées sans difficulté. Dans d’autres cas, les conséquences imprévues susmentionnées peuvent être assez dramatiques et la société dans son ensemble doit ramasser les morceaux. Un cas de socialisation des coûts des profits personnels de quelqu’un peut-être, si je peux me permettre un tel commentaire.

L’escalier déplaçable mentionné dans le bref article publié dans un numéro de mars 1948 de l’hebdomadaire américain Aviation Week, l’actuel Aviation Week and Space Technology, n’est certainement pas une des innovations qui viennent gâcher la vie des gens. Cependant, cette innovation donne-t-elle à votre humble serviteur une chance de pontifier? Bien sûr que oui. Alors, allons-y.

Il était une fois un créateur de mode français du nom de Christian Dior (1905-1957). En décembre 1946, ce monsieur fonde une maison de couture parisienne qui porte son nom et qui fonctionne encore bien en 2018. Cette nouvelle maison de couture est financée par un homme d’affaires français. De fait, on peut dire Christian Dior, la maison pas l’homme, est un projet de vanité pour Marcel Boussac, un individu ayant prospéré pendant l’occupation allemande de la France. Contrairement à plusieurs hommes d’affaires bien connus, toutefois, Boussac n’est pas dérangé après la Seconde Guerre mondiale, en partie parce qu’il continue à payer scrupuleusement le salaire de tout employé déporté pendant le conflit. Mais revenons à notre histoire.

En février 1947, Dior, l’homme pas la maison ou est-ce deux, lance sa première collection de mode. Les deux lignes qu’il a créées pour le printemps et l’été de cette année s’appellent Corolle et Huit. Oui, je sais, je ne comprends pas non plus mais n’insistons pas. Qu’entends-je? Les deux noms peuvent faire référence à la forme générale des vêtements, dites-vous. Vous êtes vraiment futé(e), ami(e) lectrice ou lecteur. Quoi qu’il en soit, les noms Corolle et Huit se retrouvent bientôt dans le seau de poussière de l’histoire à la suite de quelques mots prononcés par Carmel Snow, l’éditrice talentueuse et visionnaire de Harper’s Bazaar, un magazine mensuel de mode américain destiné aux femmes ayant accès à de l’argent. C’est un look vraiment neuf, affirme Snow, un personnage craint et révéré! Elle ajoute apparemment que la collection est une révolution.

Et c’est ainsi que la collection 1947 de Dior est entrée dans l’histoire sous le nom de New Look. Mieux encore, elle est largement crédité de rendre à Paris la prééminence mondiale dans le monde de la mode qu’elle avait perdue à cause de la Seconde Guerre mondiale. Fait intéressant, Dior tire peut-être certaines de ses idées de pièces conçues par le premier couturier américain, Charles Wilson Braga James, né au Royaume-Uni.

Pour de nombreuses personnes en Europe et en Amérique du Nord, le New Look est une bouffée d’air frais après des années d’austérité et de rationnement en temps de guerre. Il est fascinant et jeune d’aspect. Les tailles pincées et les jupes mi-mollets du New Look mettent l’accent sur le buste et les hanches des femmes, par exemple. Cela étant dit (tapé?), ces dessins corsetés sont plutôt inconfortables, et ils gaspillent du tissu. Étant passablement moins pratique que les vêtements portés par les femmes pendant la guerre, le New Look peut être décrit comme un pas en arrière qui enlève leur indépendance. La célèbre couturière française Gabrielle Bonheur « Coco » Chanel, par exemple, n’est pas une « fan. »

Malgré tout cela, ou peut-être à cause de tout cela, le New Look de Dior s’avère très influent. Après tout, à l’époque, les créateurs de mode ont tendance à être, euh, des hommes. Oserais-je dire que le New Look continue d’informer le travail de certains créatrices et créateurs de mode bien connus du 21ème siècle? Oui, je pense que je le ferai. Le New Look continue à informer le travail de certains créatrices et créateurs de mode bien connus du 21ème siècle.

Maintenant, ami(e) lectrice ou lecteur, j’ai une question pour vous. La mode est-elle le seul contexte dans lequel l’expression New Look fait la une? Non? Très bonne réponse. En 1953, le président nouvellement élu des États-Unis lance une vaste réévaluation des besoins militaires américains. Dwight David « Ike » Eisenhower veut maîtriser le budget de la défense afin de mieux équilibrer les engagements du pays dans la Guerre froide et ses ressources financières.

Désireux d’optimiser ses investissements, il réduit la taille de la United States Army et de la United States Navy. La United Air Force (USAF), quant à elle, voit son budget augmenter. Sa flotte de bombardiers à long rayon d’action munis d’armes (thermo)nucléaires devient la pièce maîtresse de la pensée d’Eisenhower. L’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) doit être dissuadée d’agir contre les intérêts des États-Unis par une doctrine de représailles massives. En contrepartie, la USAF reçoit l’ordre d’élargir son réseau de défense aérienne, en collaboration avec l’Aviation royale du Canada. On peut se demander si la fonction principale de ce bouclier est la défense de l’épée de la USAF, soit sa flotte de bombardiers, ou de la population civile de l’Amérique du Nord. Parallèlement à tout cela, la Central Intelligence Agency doit mener une guerre secrète à l’étranger contre des individus, des groupes et des gouvernements favorables à l’URSS. Prises dans leur ensemble, les années 1950 ne sont pas des jours joyeux.

Il est temps de porter un nouveau regard sur notre sujet. Pouvez-vous penser à une autre occasion où l’expression New Look défraye la manchette, ami(e) lectrice ou lecteur? Non? Puis-je en proposer un ayant un élément aéronautique? Oui? Euh, c’est très gentil de votre part. En 1965, dis-je, Canadair Limited, une filiale du géant américain de la défense General Dynamics Corporation, acquiert les droits de production d’un autobus produit par une entreprise américaine, Flxible Company. En 1965-1966, l’avionneur de Cartierville, Québec, construit 50 exemplaires d’une version modifiée de ce New Look pour la Commission de transport de Montréal, l’actuelle Société de transport de Montréal. On peut dire que ce projet marque le début de la participation de Canadair à des projets de production en matière de transport en commun. L’entreprise est par la suite impliquée dans un véhicule léger sur rail connu sous le nom d’Intermediate Capacity Transit System, qui mène aux Advanced Rapid Transit et Innovia Metro de Bombardier Incorporée, mais il s’agit là d’une histoire pour un autre jour. Peut-être.

Saviez-vous que l’autobus Flxible New Look est apparemment produit entre 1960 et 1978? Ce concept ressemble beaucoup à un autre bus très réussi, mais un peu moins robuste, introduit en 1959 par le géant automobile américain General Motors Corporation. Ce véhicule porte le nom de, vous l’avez deviné, New Look. Votre humble serviteur est pas mal certain d’avoir effectué de nombreux déplacements dans des autobus New Look faits par l’une ou l’autre compagnie, à divers endroits au Québec et en Ontario.

J’espère que cet article lié à la mode est intéressant. C’est tout pour l’instant, ou l’est-ce bien? Je réfléchis à la possibilité de poursuivre ma pontification en attirant votre attention sur un vêtement découvert dans le numéro du 10 mai 1912 d’un magazine aéronautique bimensuel française, La Revue aérienne. Attirer ou ne pas attirer, telle est la question. Bah, ça peut probablement attendre. Ce numéro de notre blog / bulletin / machin compte parmi les plus longs jusqu’à présent. Toutes mes excuses pour cela. Je me laisse parfois emporter, ou soulever, et me voilà reparti encore une fois – comme Daniel Coverdale, le chanteur du groupe de rock britannique Whitesnake, et ... Ce nom ne vous dit rien, ami(e) lectrice ou lecteur? Vraiment? Here I go again, gros succès, 1982? Soupir ... Je me fais vieux.

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Rénald Fortier