1968 : Une étrangeté de l’espace cinématographique : Opération planète Mars

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Une affiche du film Mission Mars, la version originale anglaise d’Opération planète Mars.

Puis-je commencer cet article en vous souhaitant un beau jour ensoleillé, ami(e) lectrice ou lecteur? L’année 1968 est très importante pour les cinéphiles du monde entier, avec des classiques du cinéma comme La nuit des morts vivants, La planète des singes, Le bébé de Rosemary, Oliver!, Roméo et Juliette, Bullitt, Un drôle de couple, Un amour de Coccinelle, Funny Girl et 2001 : Une odyssée de l’espace. Anticonformiste jusqu’à la fin, votre humble serviteur préfère demeurer à l’écart de ces monuments de l’art cinématographique. Le sujet du numéro de cette semaine de notre blog / bulletin / machin est un film dont la plupart d’entre vous n’avez jamais entendu parler. Opération planète Mars est montré pour la première fois en juillet 1968, quelques mois après 2001 : Une odyssée de l’espace. Et oui, ami(e) lectrice ou lecteur attentive / attentif, un numéro de février 2018 de notre blog / bulletin / machin traite d’un film consacré à un voyage vers Mars, mais revenons à notre histoire.

Notre film commence alors que l’épouse de l’astronaute Mike Blaiswick se réveille après avoir vécu un cauchemar au sujet d’une catastrophe dans l’espace. Il l’écoute et lui offre l’assurance que le voyage vers Mars que lui et ses coéquipiers commenceront le lendemain sera couronné de succès. Edith Blaiswick veut avoir un bébé. Il est d’accord. Le couple passe du temps sur une plage avant que Blaiswick ne rejoigne ses coéquipiers. Le navigateur, connu seulement comme Duncan, est célibataire. Le troisième membre de l’équipage, Nick Grant, est géologue. Sa relation avec son épouse, Alice, est troublée. Il veut accomplir du travail de pionnier alors qu’elle souhaite avoir de la stabilité. Grant lui promet que ce sera sa dernière mission.

Le lancement de la fusée se déroule sans encombre. Comme on peut s’y attendre, les trois hommes portent des combinaisons spatiales. Peu de temps après leur départ, leur capsule s’amarrent à un module d’approvisionnement lancé plus tôt. Le voyage vers Mars s’avère sans incident, à l’exception d’une tempête de météores – une caractéristique commune aux films spatiaux des années 1950 et 1960. Le vaisseau spatial n’est pas endommagé. Des séances d’information entre les astronautes et leur contact à la National Aeronautics and Space Administration (NASA) servent à insérer divers petits faits sur Mars, maintenant ainsi l’intérêt des spectatrices et spectateurs. À un moment donné, on peut voir un des Américains en train de lire un classique de Jules Gabriel Verne datant de 1869, 20,000 lieues sous les mers – un roman de science-fiction bien connu mais un choix plutôt inhabituel pour un voyage vers Mars. Sur Terre, Edith Blaiswick et Alice Grant sont montrées en train de tuer le temps.

À un moment donné, Blaiswick et Duncan partagent une omelette reconstituée, faite à partir de pilules, tandis que Grant mange un sandwich au pastrami qu’il a amené à bord en secret. Et bien, ami(e) lectrice ou lecteur, croiriez-vous que cette action illégale a une base réelle?

En mars 1965, 2 astronautes américains montent à bord de Gemini 3, la première mission pour 2 personnes organisée par la NASA. Environ 2 heures après le lancement de ce vol de 292 minutes et 30 secondes, John Watts Young sort un sandwich au corned beef d’une poche de sa combinaison spatiale. Bien que très surpris, son coéquipier, Virgil Ivan « Gus » Grissom, accepte de prendre une bouchée. Dépourvu de moutarde et de cornichon, le sandwich vieux de 2 jours n’a pas très bon goût. Alors que des miettes de pain de seigle commencent à flotter dans la capsule, Grissom remet rapidement le sandwich dans une poche de sa combinaison spatiale. L’astronaute Walter Marty « Wally » Schirra, un farceur bien connu, a acheté le sandwich à un Wolfie’s Restaurant and Sandwich Shop, plus précisément celui d’un hôtel situé près de Cape Canaveral, Floride.

Des informations concernant cette farce dépassent bientôt les murs de la NASA. Certains Américain(e)s sont très amusé(e)s. D’autres, bien, pas tant que ça. Il se trouve qu’un des objectifs de la mission Gemini 3 est de tester de la nourriture spatiale spécialement développée. Ladite nourriture est enduite de gélatine pour empêcher son effritement. Croiriez-vous que, quelques semaines après l’incident, le United States House Committee on Appropriations convoque une réunion pour enquêter sur le « sandwich au corned beef de 30 millions de dollars, » comme un des membres du comité appelle cet item de nourriture? Le comité veut savoir si, en la goûtant / mangeant, Young et Grissom ont ignoré la nourriture spatiale, qui a coûté des millions de dollars à développer. Après d’intenses questions, des représentants de la NASA, quelque peu embarrassés, indiquent que l’organisation a pris des mesures pour empêcher la venue illégale dans l’espace de sandwiches au corned beef.

Fait intéressant, le corned beef se rend officiellement dans l’espace en 1981, lors du premier vol spatial du Orbiter Vehicle, ou Space Shuttle, ou navette spatiale, du Space Transportation System mis au point pour la NASA. Le commandant de cette mission est, vous l’avez deviné, nul autre que le susmentionné Young. Il y a de toute évidence des personnes à la NASA qui ont le sens de l’humour. Si je peux avoir la permission de digresser pendant une seconde ou trois, saviez-vous que certaines des étoiles filantes que nous voyons dans les cieux sont causées par des déchets, dont du caca spatial, éjectés de la International Space Station? (Gag privé. Bien le bonjour, EP.) Mais revenons à notre film, et... Et oui, ami(e) lectrice ou lecteur aimant la nourriture, les visiteuses et visiteurs du Virgil I. Grissom Memorial Museum, à Mitchell, Indiana, pouvaient / peuvent voir un sandwich au corned beef placé dans un bloc d’acrylique, mais revenons à notre film.

Alors qu’ils se rapprochent de Mars, Blaiswick, Duncan et Grant rencontrent les corps de 2 cosmonautes soviétiques, apparemment inhumés dans l’espace. Il semble que la mission ultra secrète vers Mars lancée par l’Union des républiques socialistes soviétiques plus ou moins au moment où Blaiswick et son équipe quittent la Terre a passé un bien mauvais moment. Le sort d’un éventuel troisième cosmonaute est très incertain.

L’atterrissage du vaisseau spatial américain sur Mars ne se déroule pas comme prévu, car le module d’approvisionnement est largué prématurément. Les trois astronautes enfilent leurs combinaisons spatiales et vont à sa recherche. Ils laissent une série de petits ballons attachés au sol pour marquer leur route. En chemin, le trio croise le troisième cosmonaute soviétique, apparemment gelé solide. Grant le ramène au vaisseau spatial américain. Poursuivant leur chemin, Blaiswick et Duncan trouvent le module d’approvisionnement mais voient qu’il y a un trou brûlé d’un côté. Quand les astronautes commencent à marcher vers leur vaisseau spatial, ils notent que les ballons ont disparu.

Une créature allongée ressemblant à une plante avec un seul œil rouge sur sa grande tête et des bras se terminant par des plaques plates devient visible. Elle disparaît et réapparaît quelques fois. Le polarite, comme on appelle ces créatures, projette des rayons de lumière de son œil sur les visages des astronautes, les éblouissant. Blaiswick tue la créature avec son fusil laser. Les astronautes se replient sur leur vaisseau spatial. Pour une raison ou une autre, ils se demandent si les polarites ne sont pas des sondes contrôlées par un ou plusieurs êtres invisibles. Leur contact à la NASA exhorte les astronautes à quitter Mars aussi vite que possible.

Leur tentative de décollage se solde par un échec, car le vaisseau spatial semble être pris dans un champ de force émis par une grande sphère qui vient d’apparaître à proximité. Cette sphère s’ouvre peu après. Alors que Grant et Duncan s’en approchent pour enquêter, ce dernier est tué par des explosions d’énergie et traîné à l’intérieur par une force invisible.

Leur contact à la NASA suggère que Blaiswick ou Grant obtiennent un ou quelques moteurs fusées d’appoint du module d’approvisionnement. Réalisant qu’un polarite les attend, ceux-ci déplacent l’antenne du vaisseau spatial de façon à empêcher la lumière du soleil de briller sur l’être extraterrestre. Le polarite devient progressivement inactif. Blaiswick se précipite vers le module d’approvisionnement et prend un ou quelques moteurs fusées d’appoint. Une seconde tentative de décollage s’avère infructueuse. Maintenant conscient, le cosmonaute soviétique informe les astronautes américains que, comme les polarites, la sphère tire son énergie du Soleil.

Blaiswick et Grant décident d’affronter la sphère, qui s’est ouverte une seconde fois. Les 2 astronautes lui parlent. La sphère répète leurs paroles, avant d’affirmer qu’elle veut l’un d’entre eux en vie. Grant y pénètre, et la sphère explose sans prévenir.

Blaiswick décolle de la planète rouge avec l’aide du cosmonaute soviétique. Les 2 hommes sont étonnamment optimistes malgré la mort de 2 cosmonautes soviétiques et de 2 astronautes américains. Alors que le vaisseau spatial file vers la Terre, Blaiswick apprend que son épouse est enceinte. Fin.

Produit par un petit studio de cinéma, Opération planète Mars est un anachronisme. Bien que filmé en couleur et doté d’une musique originale pop / jazzy / groovy sur clavier électronique, ce film obscur à petit budget est remarquablement similaire à un film de science-fiction de série B tourné à la fin des années 1950. Ce n’est certes pas 2001: Une Odyssée de l’espace. Même si l’existence d’au moins 2 affiches suggère qu’Opération planète Mars est projetée dans certaines salles de cinéma, ce film est selon toute vraisemblance produit pour être distribué à divers réseaux / stations de télévision. Le réalisateur, par exemple, a beaucoup plus d’expérience dans la production télévisuelle que dans la réalisation de films. Il n’est cependant pas sans talent. Opération planète Mars renferme un certain nombre de superpositions sonores, de coupes rapides et de montages rapides. On peut faire valoir que ces derniers sont assez similaires à ceux fréquemment utilisés par des réalisateurs de télévision des années 1980 et 1990.

Assez curieusement, un des premiers efforts du réalisateur d’Opération planète Mars en matière de cinéma concerne des êtres de la planète rouge. Ce film de 1964, Le Père Noël contre les Martiens, compte sans doute parmi les pires long métrages jamais réalisés. Cela étant dit (tapé?), ce film peut très bien être le premier à inclure l’épouse du Père Noël parmi ses personnages.

S’il est vrai que le réalisateur d’Opération planète Mars n’est pas sans talent, il n’explique malheureusement pas certains éléments de l’histoire qu’il raconte. Les spectatrices et spectateurs ne reçoivent strictement aucune explication de ce qui se passe sur le vaisseau spatial soviétique qui cause la mort de 2 de ses 3 cosmonautes. L’origine du mot polarite n’est pas expliquée, et nous n’apprenons pas non plus comment le cosmonaute soviétique gelé / dégelé apprend que la sphère mystérieuse fonctionne à l’énergie solaire. La survie même de ce cosmonaute, sans oublier sa fonte rapide, sont également un peu difficiles à avaler.

La décision du réalisateur d’utiliser une musique originale pop / jazzy / groovy sur clavier électronique pour mettre en évidence les moments clés semble tout d’abord quelque peu incongrue. Son utilisation répétée à cet effet devient peu à peu plutôt agaçante.

Il convient de noter que près de la moitié de l’histoire racontée par Opération planète Mars a lieu sur Terre avant le lancement. Montrant Blaiswick et Grant en train d’interagir avec leur épouse, ces scènes n’ont pas besoin d’effets spéciaux coûteux. Bien que raisonnablement réaliste, cette section du film est sans doute la plus faible.

Les moyens financiers limités de l’équipe de tournage sont également illustrés par l’utilisation de séquences d’archives de la NASA. Ce matériel est utilisé fréquemment et un peu aveuglément. L’exemple le plus flagrant de cet état de fait concerne des images de l’étage d’une fusée en cours de largage. Les spectatrices et spectateurs les voient d’abord quand la fusée qui transporte Blaiswick, Duncan et Grant quitte la Terre. Elles les voient une 2ème fois, en sens inverse, lorsque le vaisseau spatial s’amarre au module d’approvisionnement. Le clip fait une 3ème apparition, dans le bon sens, lorsque le vaisseau spatial largue le module d’approvisionnement vers la fin du voyage vers Mars. Il est utilisé une 4ème et dernière fois, à nouveau en sens inverse, au cours de la séquence qui conduit à l’atterrissage sur la planète rouge.

Le manque d’argent limite également l’impact de l’observation plutôt macabre des 2 cosmonautes morts. Le directeur d’Opération planète Mars est forcé d’utiliser des figurines jouets. Une autre conséquence du budget limité est l’absence de scènes montrant les effets de l’apesanteur pendant le voyage vers Mars. Une autre particularité du film peut ne pas être entièrement expliquée par ce facteur. Les combinaisons spatiales portées par les acteurs durant leur séjour sur Mars ne sont pas celles vues lors de la scène de lancement. À vrai dire, ces combinaisons de plongée et ces casques de motocyclistes ouverts diffèrent assez fortement des combinaisons spatiales qu’on s’attend à trouver dans un film spatial. Ils ne sont pas passés inaperçus. Les combinaisons spatiales d’Opération planète Mars attirent apparemment beaucoup de ridicule.

Il est suggéré que les casques et costumes correctement scellés vus pendant les scènes de lancement devaient être utilisés pendant les scènes martiennes. Un des acteurs, Darren McGavin, né William Lyle Richardson si vous devez le savoir, s’oppose à leur utilisation car les casques laissent peu d’espace à son appendice nasal un tant soit peu proéminent – un petit quelque chose avec lequel l’auteur de ces lignes peut certainement sympathiser. Le changement de casques entraîne une légère mise à jour du scénario. L’atmosphère martienne est décrite comme étant marginalement respirable. Étant donné qu’aucune sonde américaine ou soviétique n’est encore allée sur Mars, cette mise à jour est marginalement crédible. Un problème lié à l’utilisation des casques ouverts est le fait que le cosmonaute soviétique trouvé sur Mars, qui a un scaphandre scellé, est gelé solide lorsqu’il est découvert. Même si Mars semble vraiment très froid, les astronautes américains s’y promènent sans même un foulard pour se couvrir le cou et la gorge.

Sur une note plus positive, les polarites sont convenablement étranges et extraterrestres. Ils sont également manifestement personnifiés par de minuscules modèles. L’intelligence invisible qui peut les diriger semble incertaine de ce qu’il faut faire avec les astronautes. Elle combine de la curiosité avec ce qui a été décrit comme étant une maussaderie irrationnelle. Soit dit en passant, le revêtement de la grande sphère métallique ressemble beaucoup à du papier d’aluminium froissé.

Donc, si vous aimez les films de science-fiction américains à petit budget des années 1950, Opération planète Mars peut être pour vous. De fait, vous pouvez le trouver supérieur à beaucoup d’autres productions de ce type. On a dit que la section martienne du film est aussi bonne que les meilleurs épisodes de la classique série télévisée de science-fiction américaine Au-delà du réel, diffusée en anglais entre septembre 1963 et janvier 1965.

Terminons cet article avec l’audio d’un groupe américain aujourd’hui oublié, The Forum Quorum, interprétant une de leurs chansons de 1968, No More Tears, située à

Pourquoi cette chanson, demandez-vous, ami(e) lectrice ou lecteur perplexe? Et bien, c’est la chanson thème d’Opération planète Mars. Cette ballade pop rock est bien de son époque mais n’a rien à voir avec un voyage vers la planète rouge. D’ailleurs, son succès pâlit en comparaison de celui de chansons classiques de 1968 comme Love is blue et Hey Jude, et ... Qu’y a-t-il, ami(e) lectrice ou lecteur? Vous vous demandez pourquoi votre humble serviteur mentionne une chanson inconnue comme Love is blue en ignorant des classiques de 1968 comme Sunshine of your love, Mrs. Robinson et Jumpin’ Jack Flash? La raison de ce choix est simple. Love is blue est la 2ème chanson la plus populaire de 1968, après Hey Jude, du moins aux États-Unis. Croyez-le ou non, les 3 chansons que vous suggérez ne sont pas aussi populaires. Et c’est tout pour le moment.

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Rénald Fortier