Un Américain à Moscou, ou, Comment un clone soviétique a coûté une fantastique somme d’argent aux contribuables nord-américains, Partie 1

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Le seul et unique avion de transport Toupolev Type 70. Anon., “Russian B-29 version.” Aviation Week, 2 février 1948, 12.

Bonjour, ami(e) lectrice ou lecteur, et bienvenue dans le merveilleux monde de l’aviatino et de l’espace. Votre humble serviteur a une bonne histoire pour vous, du moins je l’espère. Tout a commencé pendant la Seconde Guerre mondiale, en juillet 1944 pour être plus précis, lorsque le pilote d’un bombardier lourd Boeing B-29 Superfortress endommagé des U.S. Army Air Forces décide d’atterrir sur un aérodrome voisin en Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) plutôt que sur sa base lointaine en Chine. Les pilotes de deux Superfortress qui n’ont plus beaucoup de carburant prennent la même décision en novembre. En janvier 1945, le gouvernement soviétique, qui est en guerre avec l’Allemagne mais pas avec le Japon à l’époque, permet aux trois équipages de traverser la frontière avec l’Iran, où une équipe d’épouillage les attend. Aucun des aéronefs n’est retourné aux U.S. Army Air Forces, ce qui est tout à fait légal en vertu du droit international.

À dire vrai, le retour des trois Superfortress à leur propriétaire légitime n’est jamais envisagé. Vous voyez, ami(e) lectrice ou lecteur, l’arrivée de ces aéronefs est un cadeau du ciel pour le commandement de l’Aviatsiya dalnovo deistviya. La force de bombardement stratégique / à long rayon d’action de l’URSS veut vraiment développer un bombardier lourd à long rayon d’action mais sait qu’un tel aéronef n’entrerait pas en service avant le début des années 1950. Les trois Superfortress susmentionnées ouvrent la porte à une autre option, la production d’un clone de cet aéronef, le bombardier le plus moderne de la Seconde Guerre mondiale. Cette tâche titanesque est confiée au bureau d’études expérimental dirigé par un des grands concepteurs d’aéronefs du 20ème siècle.

Ce qu’Andreï Nikolaïevitch Toupolev et son équipe accomplissent n’a pas d’égal dans l’histoire de la technologie. C’est le plus grand exemple de rétro ingénierie de l’histoire, beaucoup plus grand que ceux qui suivent le vol de données du Lockheed F-35 Lightning II. Et oui, il semble que le gouvernement chinois parvient à télécharger, en 2007, beaucoup d’informations liées à ce chasseur bombardier furtif monomoteur monoplace supersonique et super-secret. Les prototypes de deux chasseurs bombardiers furtifs supersoniques tout aussi super-secrets, les bimoteurs monoplaces Chengdu J-20 et Shenyang J-31 / FC-31, volent en janvier 2011 et octobre 2012. Les livraisons du premier à la Zhōngguó Rénmin Jiěfànjūn Kōngjūn, ou Force aérienne de l’armée populaire de libération, commencent en 2016. Mais revenons à notre histoire.

Des pilotes d’essais soviétique amènent les trois Superfortress à Moscou à la fin de 1944 et / ou au début de 1945. L’un d’entre eux est démonté pour étude. Les ingénieurs soviétiques travaillent 24 heures sur 24 sur le projet de clonage, sous le regard effrayant de Josif Vissarionovitch Staline, né Ioseb Jughashvili, le monstrueux maître de l’URSS. L’échec n’est pas une option. Les ingénieurs ne savent probablement pas que les Superfortress sur lesquels ils travaillent souffrent encore de nombreux problèmes de jeunesse. Quoi qu’il en soit, un journal allemand fait éclater l’histoire en novembre 1946, mais la plupart des experts en aviation rejettent la nouvelle. L’industrie aéronautique soviétique n’est pas suffisamment avancée pour fabriquer un clone du Superfortress. Plusieurs de ces experts sont sidérés lorsqu’ils apprennent que le gouvernement soviétique a essayé d’acheter des roues, des pneus et des ensembles de freins de Superfortress en 1946.

Les rumeurs se concrétisent le 3 août 1947 lors du défilé aérien organisé près de Moscou pour la Journée de l’aviation soviétique. Les observateurs occidentaux voient trois Superfortress traverser l’aéroport à basse altitude. Leur choc aurait été plus grand encore s’ils avaient su que les pilotes des trois aéronefs, les premiers bombardiers lourds Toupolev Tu-4 de pré-production, si vous devez le savoir, volent bas pour éviter de heurter la principale formation d’aéronefs. Pour une raison ou une autre, ils se sont approchés de l’aéroport par la mauvaise direction.

Le dernier choc de la journée pour les observateurs occidentaux est le survol réalisé par un avion de transport militaire ou de ligne civil très semblable à un Superfortress. Cet aéronef est, vous l’avez deviné, le Toupolev Type 70, autrement dit l’aéronef que vous avez vu lorsque vous avez ouvert cette page Web. Sa présence au défilé aérien, combinée à celle des trois bombardiers ressemblant au Superfortress, est la preuve que l’industrie aéronautique soviétique a réalisé l’impossible. Elle produit une copie de l’aéronef américain.

Bien que cela soit vrai dans le cas du bombardier Tu-4, le Type 70 est tout autre chose. Le bureau d’études expérimental Toupolev supervise la jonction d’un fuselage de son propre cru aux ailes et à la queue du Superfortress démonté pour étude. Cet avion à la Frankenstein, si je peux utiliser cette expression, vole en en novembre 1946. Il doit être le progéniteur d’un avion de transport militaire, le Tu-12, qui n’est pas mis en production. Bien qu’intéressé par l’acquisition d’un avion de ligne à long rayon d’action, Aeroflot, le transporteur aérien soviétique, sait que le nombre de passagères et passagers qu’il transporte ne justifie pas l’acquisition d’un certain nombre de Tu-12 civils.

Qu’est-ce que tout cela a à voir avec la fantastique somme d’argent mentionnée dans le titre de cet article, vous demandez vous? Une bonne question. Elle trouvera sa réponse ... la semaine prochaine.

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Rénald Fortier