Trois choses que vous devriez savoir sur les citrouilles, les astéroïdes troyens et votre côté mort-vivant

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Voici Renée-Claude Goulet, Cassandra Marion et Michelle Campbell Mekarski.

Ces conseillères scientifiques d’Ingenium fournissent des conseils éclairés sur des sujets importants pour le Musée de l’agriculture et de l’alimentation du Canada, le Musée de l’aviation et de l’espace du Canada et le Musée des sciences et de la technologie du Canada.

Dans cette captivante série mensuelle de billets publiés sur le blogue, les conseillères scientifiques d’Ingenium présentent des « pépites » d’information insolite en lien avec leur champ d’expertise respectif. Dans l’édition d’octobre, elles se penchent sur la multiplication sélective comme moyen d’offrir plus de choix dans le champ de citrouilles, sur le passage à proximité de sept astéroïdes troyens et sur l’importance d’accepter votre « côté mort-vivant ». Joyeuse Halloween!

Photo à mi-hauteur de plusieurs citrouilles orange, couvertes de petites bosses orange et vertes.

Ces citrouilles ne sont pas malades; leur écorce bosselée est le fruit de la sélection végétale. La sélection des plantes peut avoir comme objectif de modifier à la fois des caractéristiques utilitaires et esthétiques.

Un choix infini de citrouilles, grâce à la multiplication sélective

C’est le temps des citrouilles! Que l’on aime sculpter une citrouille à l’occasion d’Halloween ou savourer une tarte à la citrouille à l’Action de grâce, les citrouilles semblent synonymes de l’automne. Le large éventail de formes, de tailles et de couleurs des citrouilles fait en sorte qu’on en trouve pour tous les goûts et pour différents usages. Saviez-vous que c’est grâce à la multiplication sélective que toutes ses options existent?

La multiplication sélective est une intervention humaine qui vise à changer les caractéristiques des végétaux et des animaux au fil du temps. Les humains améliorent depuis des milliers d’années les citrouilles qu’ils cultivent afin qu’elles répondent mieux à leurs besoins. Ils cherchent, entre autres, à augmenter le nombre de fruits par plant, à améliorer la qualité de leur chair, à accroître leur résistance aux maladies, à créer de nouvelles couleurs, tailles, formes et textures.

Aujourd’hui, on cultive les citrouilles à des fins utilitaires précises. Prenez la citrouille à graines oléagineuses : cette variété spéciale produit des graines sans écale, communément appelées pépins. N’ayant pas besoin d’être décortiquées, elles sont idéales pour la production d’huile de pépins de citrouille (obtenue en pressant les graines) et pour l’emballage du produit à des fins de consommation.

La multiplication sélective permet d’améliorer non seulement les qualités esthétiques et physiques du fruit, mais aussi les caractéristiques horticoles des plantes. Les travaux en cours sur la multiplication sélective des citrouilles permettent de créer des variétés susceptibles de mieux résister aux effets du changement climatique. Si l’on parvenait, d’une part, à modifier les plants de citrouilles de sorte qu’ils puissent fructifier dans de nouvelles conditions de culture et, d’autre part, à réduire les pertes causées par les maladies et les parasites, on améliorerait du coup la sécurité alimentaire des populations et l’efficacité agricole.

Tout le monde peut cultiver sa propre variété de citrouille. En fait, c’est ainsi que sont apparues les variétés traditionnelles que l’on connaît aujourd’hui. Elles sont le fruit du travail des jardiniers et des agriculteurs du passé qui conservaient les graines de leurs meilleures plantes, les replantaient ensuite et procédaient à la pollinisation croisée de ces plants; cela a permis de faire apparaître un éventail de caractéristiques et de créer ainsi de nouvelles variétés. Les citrouilles géantes, célèbres pour leur taille impressionnante qui peut atteindre 1190 kg, sont le résultat de la culture artisanale.

À l’heure où l’avenir est empreint d’incertitude, la diversité en matière d’agriculture est assurément avantageuse. Et puis, il ne faudrait surtout pas oublier tout le plaisir que procure cette diversité lorsque vient le temps, à l’automne, de sculpter et de savourer les citrouilles ou encore de s’en servir pour agrémenter un décor!

Par Renée-Claude Goulet

Les astéroïdes troyens : la clé pour mieux comprendre la formation du système solaire?

Pour la première fois dans l’histoire, un engin spatial sera lancé vers les astéroïdes troyens dans le but de mieux comprendre les origines du système solaire.

La sonde de la mission Lucy de la NASA devrait être lancée dans l’espace au moyen d’une fusée Atlas V le 16 octobre 2021 depuis le cap Canaveral. Il faudra environ 12 ans à Lucy pour atteindre les astéroïdes troyens, ces vestiges des premiers temps du système solaire qui sont autant de capsules témoins rocheuses. Afin d’étudier cette matière primordiale, la mission Lucy explorera et survolera sept troyens et un astéroïde de la ceinture principale au moyen d’instruments de détection afin de déterminer la composition de leur surface, leur géologie et leurs caractéristiques physiques générales.

Les troyens sont deux systèmes d’astéroïdes : l’un précède Jupiter sur son orbite autour du Soleil, alors que l’autre la suit. Ces systèmes d’astéroïdes évoluent à environ 60 degrés de Jupiter, dans la région de ce que l’on appelle les points de Lagrange, et à une distance idéale de Jupiter et du Soleil pour que leur orbite soit extrêmement stable. Dans ces points d’équilibre parfaits, les astéroïdes seraient stables pendant des milliards d’années, ce qui fait croire aux scientifiques que les troyens seraient des vestiges conservés, ou des fossiles rocheux, de la formation des confins du système solaire.

Treizième mission du programme Discovery de la NASA, Lucy effectuera une trajectoire complexe dans le système solaire afin d’atteindre son objectif. Elle survolera tout d’abord l’astéroïde de la ceinture principale baptisé Donaldjohanson, nommé d’après le chercheur qui a découvert le fossile de Lucy, afin de tester ses instruments. Elle se dirigera ensuite vers le groupe de quatre troyens qui précède Jupiter : Polymèle, Eurybate, Leucos et Oros. Enfin, elle reviendra vers la Terre afin de profiter de son assistance gravitationnelle avant de se diriger vers l’astéroïde binaire formé de Patrocle et de Ménétios dans le groupe qui suit Jupiter sur son orbite.

Les divers astéroïdes choisis pour les survols représentent les principaux types d’astéroïdes troyens. Certains ressemblent aux corps glacés de la ceinture de Kuiper situés au-delà de Neptune, tandis que d’autres s’apparentent davantage aux astéroïdes de la ceinture principale situés entre Mars et Jupiter. Ces explorations devraient nous renseigner sur la composition de cette matière primordiale et sur les conditions physiques qui prévalaient il y a de cela des milliards d’années.

La mission Lucy a elle-même été nommée d’après le fossile d’une femme appartenant à la famille des hominidés, dont la découverte en Éthiopie a révolutionné les connaissances sur les origines de l’humain. Les scientifiques espèrent que la mission Lucy nous éclairera sur la genèse de notre système solaire.

Par Cassandra Marion

Un homme déguisé en mort-vivant porte un costume noir, du maquillage blanc et du faux sang sur sa tête et autour de sa bouche. À l’arrière-plan figure un groupe de personnes également déguisées en morts-vivants.

En l’absence de régénération cellulaire, votre corps s’userait bien avant la fin de votre vie. Le secret de votre survie réside dans un processus continu et soigneusement organisé qui cause la mort des cellules.

Le côté mort-vivant de l’humain

À quand remonte la dernière fois où vous avez pris le temps de contempler votre mortalité? Vous vous sentez peut-être bien en vie, mais fait (un peu dérangeant) à noter, votre corps n’est pas TOTALEMENT vivant. Il est composé de 30 à 40 billions de cellules, mais en ce moment, des milliards de ces cellules sont en train de mourir, sont déjà mortes ou l’étaient avant même votre naissance! Une bonne partie de vous n’a même jamais été vivante. Il faut bien le reconnaître : vous avez quelque chose d’un mort-vivant.

Comme humain, votre corps est constitué de cellules, mais il n’est pas constitué que de cellules. Environ un tiers de votre corps est constitué d’éléments fabriqués par des cellules, mais non de cellules, ce qui fait qu’il n’est pas techniquement vivant. Par exemple, le liquide qui se trouve à l’extérieur de vos cellules (comme le liquide céphalorachidien, le plasma sanguin et le mucus) représente environ 20 % de votre masse corporelle, mais il n’est pas constitué de cellules. La charpente qui sert de structure à votre corps, comme les os, le cartilage et les ligaments, est également composée en grande partie de matériaux moléculaires morts, dont des protéines.

Les deux tiers restants de votre corps sont constitués de cellules vivantes, et environ 1 % d’entre elles mourront aujourd’hui. Le corps humain est constitué d’environ 200 types de cellules, chacune ayant une durée de vie moyenne qui lui est propre :

  • Les neurones (ces cellules qui composent le cerveau et les nerfs) vivront à peu près aussi longtemps que vous. Une fois que votre cerveau a fini de se développer, le nombre de neurones à votre disposition est souvent définitif. Très peu de zones du système nerveux peuvent générer de nouvelles cellules, et c’est pourquoi les lésions au cerveau et à la colonne vertébrale sont souvent permanentes.
  • Les cellules musculaires, adipeuses et osseuses vivent une dizaine d’années ou plus, mais certaines ont une durée de vie beaucoup plus longue ou plus courte. Par exemple, environ la moitié des cellules musculaires de votre cœur resteront en vie aussi longtemps que vous; en revanche, si les cellules qui ont contribué à la croissance des petits os de vos oreilles étaient vivantes lorsque vous étiez dans l’utérus, elles sont mortes avant même votre naissance.
  • Les globules rouges vivent environ 120 jours. La durée de vie de certains globules blancs n’est que de quelques heures.
  • Vos ongles, vos cheveux et la couche la plus superficielle de votre peau sont déjà morts et sont continuellement remplacés par les cellules des couches plus profondes. Chaque jour, vous perdez et générez 500 millions de cellules cutanées, ce qui signifie qu’au cours de votre vie, vous produirez suffisamment de peau morte pour recouvrir environ mille corps. 

Bien équilibré, ce cycle de mort et de régénération dans le corps est essentiel à la santé. Tout comme une voiture, le corps a besoin d’un entretien constant. Alors, cette année à l’Halloween, assumez votre côté mort-vivant, car au fond, l’être humain n’est qu’un amas de chair molle qui ne peut survivre que si celle-ci est éternellement régénérée. Ce que c’est poétique!

Par Michelle Campbell Mekarski

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Michelle Campbell Mekarski

En tant que conseillière scientifique au Musée des sciences et de la technologie du Canada, Michelle Campbell Mekarski vise à combler l’écart entre la communauté scientifique et le public en rendant les sciences et la technologie intéressantes, accessibles et amusantes. Détentrice d’un doctorat en biologie évolutionniste et en paléontologie, elle possède de nombreuses années d’expérience en conception et en animation d’activités de vulgarisation scientifique. Dans ses temps libres à l’extérieur du Musée, elle enseigne à l’Université d’Ottawa ou à l’Université Carleton, fouille le sol à la recherche de fossiles ou se détend au bord de l’eau.

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Renée-Claude Goulet

Renée-Claude est conseillère scientifique au Musée de l'agriculture et de l'alimentation du Canada et enseignante agréée de l'Ontario. Grâce à sa formation en biologie, en éducation et à ses nombreuses années d'expérience dans le développement et la mise en œuvre de programmes et expos au musée, elle a développé une expertise dans la communication de sujets liés à la science et à l'innovation qui sous-tendent la production d'aliments, de fibres et de carburants, auprès de publics variés.  

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Cassandra Marion

Cassandra est la conseillère scientifique du Musée de l'aviation et de l'espace du Canada. Elle est titulaire d'un doctorat en géologie et en science et exploration planétaires. Ses recherches portent sur les cratères d'impact de météorites dans l'Arctique canadien. Elle a plus d'une décennie d'expérience dans le domaine de l'éducation et de la sensibilisation dans l’élaboration et la prestation de programmes scientifiques. Elle se consacre à partager sa passion pour les sciences avec les communautés proches et lointaines, et à améliorer la culture scientifique au Canada.