Un aspect quelque peu oublié de l’histoire de la 425e escadrille (Alouette), Partie 1

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Des membres de la 425e escadrille (Alouette) célèbrent le Jour de la victoire en Europe, Tholthorpe, Angleterre, mai 1945. Bibliothèque et Archives Canada, PL-43999.

Bonjour, ami(e) lectrice ou lecteur, et bienvenue à une édition spéciale de notre blogue / bulletin / machin. Trois quarts de siècle après le débarquement en Normandie de juin 1944, votre humble serviteur aimerait mettre en lumière un aspect quelque peu oublié de l’histoire de la 425e escadrille (Alouette) de l’Aviation royale du Canada (ARC) ou, comme on l’appelle à l’époque, du Corps d’aviation royal canadien. J’ai en effet l’intention d’examiner la période de 127 jours (1er mai-5 septembre 1945) pendant laquelle cette fameuse unité reçoit et utilise des bombardiers lourds quadrimoteurs britanniques Avro Lancaster fabriqués au Canada.

Formée à la base de l’armée de l’air britannique de Dishforth, Angleterre, le 25 juin 1942, la 425e escadrille effectue sa première sortie au cours de la nuit du 5 au 6 octobre. Elle participe dès lors à de nombreux raids de bombardement contre l’Allemagne national-socialiste. Crée en dépit de l’opposition de certains hauts-gradés anglophones, cette unité est la première escadrille canadienne-française officielle de l’ARC, une force aérienne calquée sur l’armée de l’air britannique. Le ministre de la Défense nationale (Air), Charles Gavan « Chubby » Power, fier représentant d’une circonscription québécoise, promet à toute fin utile de créer une escadrille canadienne-française dès novembre 1941.

Le terme « officielle » utilisé plus haut a une certaine importance. La 18e escadrille (Bombardement) autorisée à Montréal en septembre 1934 compte en effet surtout des Canadiens français, et ce même au niveau du commandement. Redésignée 118e escadrille en novembre 1937, cette unité non permanente / de réserve ne peut compter que sur quelques petits biplans biplaces d’entraînement élémentaire. Mobilisée en septembre 1939, quelques jours avant que le Canada ne s’engage dans la Seconde Guerre mondiale, la 118e escadrille devient une unité de coopération avec l’artillerie de défense côtière en octobre. Elle déménage à St. John, Nouveau-Brunswick, mais a une antenne à Halifax, puis à Dartmouth, Nouvelle-Écosse. En novembre 1939, ses équipages reçoivent quelques aéronefs de bombardement à la torpille et de coopération avec l’armée, dont certains sont usés à la corde. Ils les utilisent pour effectuer quelques vols de surveillance côtière. La 118e escadrille est dissoute en septembre 1940 sans avoir vu le moindre ennemi.

Oserais-je affirmer que cette escadrille est précédée par quelque chose de tout aussi intéressant? Une unité de milice montréalaise, le 65e régiment (Carabiniers Mont-Royal), l’actuel Fusiliers Mont-Royal, constitue en effet une compagnie d’aérostiers plus ou moins officielle qui semble emprunter à quelques reprises, en 1911, le ballon à gaz français La Presse, ainsi que son pilote, Émile Barlatier, le rédacteur des sports mécaniques du quotidien montréalais La Presse, lui aussi d’origine française. Cette compagnie quelque peu éphémère, composée pour ainsi dire exclusivement de Canadiens français, est la première unité aérienne militaire canadienne, mais revenons au sujet principal de notre article.

La 425e escadrille se joint en janvier 1943 au 6e Groupe, une force qui comprend les escadrilles canadiennes de bombardement stationnées au Royaume-Uni. Elle quitte ce pays en mai pour se rendre en Tunisie, d’où elle vole entre juin et octobre. La 425e escadrille rejoint le 6e Groupe en novembre. Elle quitte Dishforth en décembre et s’installe à la base de l’armée de l’air britannique de Tholthorpe, Angleterre. La 425e escadrille abandonne alors ses bombardiers moyens bimoteurs Vickers Wellington au profit de bombardiers lourds quadrimoteurs Handley Page Halifax. Elle participe de nouveau à de nombreux raids de bombardement contre l’Allemagne. La 425e escadrille effectue sa dernière sortie avec ses Halifax le 25 avril 1945.

En avril 1945, la 420e escadrille (Snowy Owl), la seconde escadrille de l’ARC basée à Tholthorpe et l’unité sœur de la 425e escadrille, reçoit ses premiers Lancaster fabriqués au Canada. Cette dernière reçoit son premier aéronef de ce type le premier jour de mai. Deux autres escadrilles du 6e Groupe reçoivent des Lancaster canadiens au cours de ce même mois. Trois autres escadrilles en ont reçus au cours de l’année 1944. Sept des quinze escadrilles du 6e Groupe reçoivent ainsi des Lancaster fabriqués au Canada en 1944-45.

Des équipages de la 425e escadrille commencent à voler en formation avec leurs Lancaster tout neufs dès le 6 mai. Le lendemain, le personnel navigant et les équipes au sol de Tholthorpe apprennent que l’Allemagne s’est rendue sans condition. La 425e escadrille n’effectue par conséquent aucune sortie avec ses Lancaster.

Le 8 mai est le Jour de la victoire en Europe. Comme on peut s’y attendre, pour ainsi dire tout le personnel présent à Tholthorpe fait la grasse matinée. Le personnel navigant et les équipes au sol participent par la suite à un défilé informel dans un des hangars. Le personnel catholique assiste à une messe dans un hangar alors que leurs collègues d’obédience protestante assistent à un service religieux au cinéma de la base.

Une soirée dansante de la victoire se tient le soir du 8 mai dans ce même cinéma. Quand minuit sonne, pour ainsi dire tout le monde se lance dans une danse à la queue leu leu. Les jeunes militaires et leurs invitées se rendent par la suite à un grand feu de joie. De nombreuses personnes dansent « à l’indienne » jusque vers 2 h du matin. Les célébrations entourant la victoire se poursuivent le 9 mai. Au cours des jours suivants, des équipages convoient les Halifax de l’escadrille à la base de l’armée de l’air britannique de Rawcliffe afin qu’ils soient ferraillés.

Cela étant dit, l’entraînement ne tarde pas à reprendre. Un équipage effectue un premier vol de nuit à bord d’un Lancaster aux environs du 25 mai, par exemple. Tous les équipages en permission sont peu à peu rappelés au bercail. Alors que le mois de mai prend fin, la 425e escadrille peut compter sur vingt Lancaster et 39 équipages, tous opérationnels – du jamais vu pour cette unité. La 425e escadrille se prépare alors à traverser l’Atlantique afin de rentrer au Canada. Les équipages étudient le parcours à suivre et effectuent de longues envolées au-dessus des eaux. Si l’Allemagne est défaite, la Seconde Guerre mondiale n’est pas finie. Bien qu’assailli de toutes parts, le Japon ne semble pas vouloir se rendre.

Soucieux d’appuyer les États-Unis dans son offensive contre le Japon, le premier ministre britannique propose, en septembre 1944, le transfert d’une bonne partie des escadrilles de bombardement lourd du Commonwealth vers le théâtre des opérations du Pacifique dès que ce sera possible. Winston Leonard Spencer Churchill fait son offre lors de la Seconde conférence de Québec. Le président américain, Franklin Delano Roosevelt, l’accepte avec gratitude. La force de bombardement à très grand rayon d’action offerte par Churchill est vite baptisée Tiger Force.

Informés de ce qui se passe par le gouvernement britannique, l’Australie, le Canada et la Nouvelle-Zélande acceptent de contribuer un certain nombre d’escadrilles de bombardement lourd à cette nouvelle force, dont les effectifs varient au fil des semaines. Huit des quinze escadrilles du 6e Groupe y sont éventuellement affectées, par exemple, de même que deux des quatre escadrilles de bombardement de l’armée de l’air australienne et l’escadrille de bombardement néo-zélandaise de l’armée de l’air britannique. Le Royaume-Uni fournit onze des vingt-deux escadrilles de la force de bombardement à très grand rayon d’action du Commonwealth. La dite force doit être équipée de Lancaster et d’une version améliorée de cet aéronef, le Avro Lincoln.

Compte tenu des longues distances à parcourir, l’armée de l’air britannique envisage sérieusement le ravitaillement en plein vol des bombardiers de la force de bombardement à très grand rayon d’action – du jamais vu en matière de guerre aérienne.

Fin mai 1945, le gouvernement américain informe son vis à vis britannique que des bases sur l’île d’Okinawa, récemment capturée, sont prêtes à accueillir plusieurs escadrilles de bombardiers du Commonwealth. D’autres bases doivent être aménagées avant longtemps.

A un certain moment en mai, le commandant de la 425e escadrille, le lieutenant-colonel d’aviation, ou commandant d’escadre, Hugh Charles Ledoux, Croix du Service distingué, de Montréal, informe ses gens que leur unité a été choisie pour faire partie de la force de bombardement à très grand rayon d’action. Cela étant dit, le service dans cette nouvelle force serait volontaire. Ledoux indique que le personnel navigant volontaire se rendrait au Canada d’ici un mois. Pas moins de 40 pourcent du personnel de la 425e escadrille se portent apparemment volontaires pour cette nouvelle phase de la campagne contre le Japon.

Prêts à quitter le Royaume-Uni dès le début de juin, les équipages de la 425e escadrille qui se portent volontaires demeurent cloués au sol pendant près d’une semaine, la météo étant par trop inclémente. Ils se réunissent le matin du 12 juin, pour une séance de breffage. Le représentant du bureau météorologique a de bonnes nouvelles. Les aviateurs sourient et notent les détails du vol. Un contrordre arrive à Tholthorpe alors que les Lancaster se préparent au décollage. Les équipages se réunissent le lendemain matin, pour une nouvelle séance de breffage. Le représentant du bureau météorologique a de nouveau de bonnes nouvelles et, cette fois-ci, il n’y a pas de contrordre.

Le premier Lancaster, piloté selon toute vraisemblance par le tout nouveau commandant de la 425e escadrille, le major d’aviation ou, comme on dit alors, chef d’escadrille, Lionel Palma Joseph Dupuis, Croix du Service distingué, d’Ottawa, décolle vers 9h du matin, heure locale, sous un soleil magnifique, au milieu des cris de joie et des pouces en l’air traditionnels des équipes au sol. Quatre autres aéronefs suivent peu après. Dupuis remplace Ledoux quelques jours plus tôt. Ce dernier doit commencer un cours de deux ans au collège d’état-major de l’armée de l’air britannique.

Parmi les gens qui assistent au départ se trouve probablement le commandant de Tholthorpe, le colonel d’aviation, ou capitaine de groupe, Joseph Hector Lucien « Joe / Joe the Group » Lecomte, Croix du Service distingué, d’Acton Vale, le plus haut gradé canadien-français de l’ARC stationné en Europe. Il est à noter que Lecomte commande la 425e escadrille de mai à août 1944. Il est alors remplacé par Ledoux.

Le capitaine d’aviation, ou lieutenant de section, Gabriel « Gaby » Langlais se trouve à bord d’un des Lancaster de la 425e escadrille qui prend l’air le 13 juin. Il a pour pilote le major d’aviation, ou chef d’escadrille, Joseph Roland Serge Yvan « Roley » Laporte, Croix du Service distingué avec agrafe, un officier montréalais expérimenté qui a plus de 2 000 heures de vol à son crédit.

Journaliste avant la Seconde Guerre mondiale, Langlais a pour fonction la rédaction d’un reportage, tapé en partie à la machine sur la petite table du navigateur du Lancaster. Cet officier des relations extérieures de l’ARC est affecté à la 425e escadrille depuis quelques mois. S’il est possible, voire probable que le texte de Langlais soit envoyé à la plupart des quotidiens et hebdomadaires du Québec, votre humble serviteur ne l’a trouvé que dans le numéro du 23 juin du quotidien Le Nouvelliste de Trois-Rivières, de même que dans les numéros du 20 juillet et 3 août d’un hebdomadaire de Rimouski, Le Progrès du Golfe. Une version légèrement abrégée du texte de Langlais paraît dans l’édition du 22 juin d’un important quotidien montréalais, La Presse.

Les cinq aéronefs de la 425e escadrille entreprennent leur traversée de l’Atlantique en compagnie d’un certain nombre, une quinzaine peut-être, de Lancaster de la 420e escadrille. Chacun des aéronefs transporte peut-être deux membres des équipes au sol en plus de son équipage de sept hommes. Les services de ces passagers seront en effet requis une fois les Lancaster de retour au pays. Les 420e et 425e escadrilles comptent apparemment parmi les dernières unités du 6e Groupe à quitter le Royaume-Uni, les premiers Lancaster canadiens étant arrivés au pays les 2 ou 3 juin.

Alors qu’il vole vers le Canada, l’opérateur radio / mitrailleur du Lancaster de Laporte, le sous-lieutenant d’aviation, ou officier pilote, Jacques P. « Jack » Lamontagne, de Montréal, détend l’atmosphère en servant à ses amis une série de valses du fameux compositeur autrichien Johann Strauss, apparemment diffusées par une station radio britannique.

Les quelques mots écrits dans son journal de bord, peu après le décollage, par un des jeunes aviateurs de la 425e escadrille reflètent sans doute fort bien l’atmosphère qui règne à bord de tous les aéronefs : « Je me sens heureux et content. Je remercie le bon Dieu et la sainte Vierge de m’avoir préservé pendant mon tour d’opérations et leur demande de faire un bon voyage. »

La vingtaine de Lancaster des 425e et 420e escadrilles se pose à la base de l’armée de l’air britannique de St. Mawgan, Angleterre, pour faire le plein avant de se lancer au-dessus de l’Atlantique. Les équipages apprennent alors qu’ils doivent en fait y passer la nuit. Faisant mauvaise fortune bon cœur, de nombreux aviateurs de la 425e escadrille se rendent dans la petite ville voisine de Newquay. C’est dans cette pittoresque station balnéaire qu’ils font leurs adieux au Royaume-Uni. Conscient du fait qu’ils doivent se lever tôt, les aviateurs de la 425e escadrille rentrent de bonne heure à St. Mawgan. Ils réalisent alors que l’administration de la base les a assignés à la hutte 13. Ce choix ne trouble apparemment pas trop leur sommeil.

À leur réveil, le 14 juin, les aviateurs de la 425e escadrille réalisent qu’il n’est que 4h 30, heure locale. Ils apprennent du représentant du bureau météorologique qu’ils doivent décoller deux heures plus tôt que prévu afin d’éviter du temps inclément qui les clouerait au sol. Le premier Lancaster, un aéronef de 420e escadrille peut-être, prend l’air vers 6h 30, heure locale. En dépit du soleil, c’est avec une certaine émotion que les équipages canadiens voient disparaître les îles britanniques, leur demeure depuis bien longtemps et un endroit où ils ont vécu des expériences extrêmes.

Assis dans le nez du Lancaster piloté par Laporte, Langlais tape ses impressions du vol. L’aéronef traverse des nuages de pluie. Peu après, Langlais contacte Laporte par le biais du système de communication interne. « Skipper, dit-il, quand tu voles dans les nuages, ça fait couler le nez de l’avion. » Celui-ci rétorque, en riant : « Mouche-le, mon vieux, je n’y puis rien. »

Après plusieurs heures de vol, au cours desquelles ils franchissent une distance d’environ 2 600 kilomètres (1 600 milles), la vingtaine de Lancaster des 420e et 425e escadrilles se pose sans encombre à la base aérienne de l’armée de l’air britannique de Lagens, l’actuelle Lajes, sur l’île de Terceira, dans l’archipel portugais des Açores.

Des aviateurs canadiens ont la surprise de voir passer un chanteur bien américain fort populaire auprès des dames. Francis Albert « Frank » Sinatra compte parmi les membres d’une équipe de la United Service Organization qui se rend en Europe pour divertir les troupes qui s’y trouvent. Leur avion de ligne, selon toute vraisemblance un hydravion à coque Boeing Modèle 314 de Pan American World Airways Incorporated, fait escale aux Açores avant de poursuivre sa route. Soit dit en passant, Sinatra et les artistes qui l’accompagnent se produisent devant le personnel de Lagens au début de juin. Ils ont par ailleurs effectué au moins deux spectacles à Terre-Neuve, dont un à la base de l’armée de l’air canadienne de Gander, en tout début de mois.

Les aviateurs canadiens passent quelques heures à se promener, à manger et à se reposer en attendant de prendre l’air, très tôt le matin du 15 juin.

Peu après la séance de breffage, un peu après minuit, alors que les Lancaster commencent à rouler vers la piste d’envol, le pilote de l’entre eux, le sous-lieutenant d’aviation, ou officier pilote, J.T.G. Hallé, est aveuglé par la poussière et le sable projetée par les hélices des aéronefs. L’hélice d’un de ses moteurs touche l’arrière du Lancaster piloté par le capitaine d’aviation M.C. Chappel, qui se trouve devant lui. Hallé coupe aussitôt les moteurs et ordonne à son équipage d’évacuer l’aéronef. Un des hommes lance une fusée rouge pour signaler l’accident. Une équipe d’urgence se précipite sur les lieux. C’est avec d’infinies précautions qu’elle retire le mitrailleur de queue, le sergent de section William Holowathy de Rochester, Alberta, de sa tourelle. L’équipe d’urgence s’occupe aussi d’un second blessé. Pendant ce temps, le personnel au sol remorque les deux Lancaster endommagés hors de la piste. Les équipages de ces aéronefs, complétement atterrés, retournent aux hangars en camions.

Les Lancaster de la 420e escadrille et deux des cinq aéronefs de la 425e escadrille ne prennent leur envol que vers 4h 30 du matin, heure locale. En tant que commandant de la 425e escadrille, Dupuis demeure en effet à Terceira avec son équipage pour régler les détails de l’accident. Tragiquement, Holowathy meurt de ses blessures le 18 juin. Ce jeune homme est la dernière perte de vie de la 425e escadrille et du 6e Groupe au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Chappel et son équipage rentrent apparemment au Canada le 18 juin. Leur Lancaster étant plus sérieusement endommagé, Hallé et son équipage retournent au pays aux environs du 18 juillet. Du mauvais temps les forcent à atterrir à la base aérienne de la marine de guerre américaine de Argentia, Terre-Neuve. Le Lancaster se rend par la suite au Canada. Votre humble serviteur ne sait pas quand Dupuis et son équipage retournent au pays.

Pour Langlais et l’équipage du Lancaster piloté par Laporte, de même que pour leurs camarades, le vol vers la prochaine étape de leur voyage, la base de l’ARC de Gander, n’est plus aussi joyeux qu’il l’était. Alors que les Lancaster des 420e et 425e escadrilles arrivent au-dessus de Terre-Neuve, les équipages sont informés qu’ils ne peuvent pas se poser à Gander pour cause de la température inclémente. Ils doivent plutôt se rendre à la base de l’ARC de Moncton, Nouveau-Brunswick. Un des Lancaster de la 420e escadrille se pose néanmoins à Gander pour une raison ou pour une autre.

Laporte et son équipage aperçoivent la côte canadienne vers 10h 30, heure locale, après environ onze heures de vol. Le personnel de Moncton informe les équipages des Lancaster qu’ils doivent se poser ailleurs, encore une fois pour cause de mauvais temps. Ils doivent maintenant se rendre à la base de l’ARC de Scoudouc, Nouveau-Brunswick.

Les Lancaster sortent des nuages alors qu’ils survolent le golfe du Saint-Laurent. Le soleil et la mer sont magnifiques. La côte du Nouveau-Brunswick l’est tout autant. L’équipage du premier Lancaster qui se pose à Scoudouc, après un périple d’environ 3 500 kilomètres (2 200 milles), est accueilli avec un enthousiasme indescriptible. Oubliant toutes les règles de sécurité, de très nombreuses personnes se ruent vers le Lancaster et se jettent au cou des aviateurs dès qu’ils posent le pied au sol.

Il est à noter que la formation de Lancaster qui arrive à Scoudouc le 15 juin comprend peut-être un aéronef de la 431e escadrille (Iroquois) de l’ARC.

Laporte et son équipage atterrissent vers midi, heure locale. Leur Lancaster est l’avant dernier de la formation à toucher le sol. Si la fanfare présente lors des premiers atterrissages a plié bagages depuis un certain temps, le personnel de Scoudouc est tout aussi enthousiaste. Il doit néanmoins reconnaître que Laporte et son équipage sont fatigués – et affamés. Le Lancaster de la 420e escadrille qui s’est posé à Gander arrive à Scoudouc plus tard en cours de journée.

Après un bon repas, les équipages des 420e et 425e escadrilles apprennent qu’ils doivent se préparer immédiatement afin d’entreprendre leur mois de permission. La fatigue des dernières heures disparaît. Des préparatifs fébriles commencent. À 22 h, le dernier des aviateurs est à bord du train qui les ramène chez eux.

Les autres Lancaster de la 425e escadrille, une quinzaine semble-t-il, quittent Tholthorpe le 14 juin. Ils se posent eux aussi à St. Mawgan, pour faire le plein avant de se lancer au-dessus de l’Atlantique. Les équipages passent en fait la nuit à cet endroit. Le 15 juin, ils volent vers les Açores et passent eux aussi la nuit à Lagens, sur l’île de Terceira. Les Lancaster prennent l’air le 16 juin en direction de Gander. Ils font le plein à cet endroit avant de s’envoler vers Scoudouc. Les équipages de la 425e escadrille arrivent au Canada en soirée. Ils entreprennent eux aussi leur mois de permission.

Les équipes au sol et le personnel navigant de la 425e escadrille qui ne traversent pas l’Atlantique par la voie des airs arrivent au Canada en juin et juillet. Il suffit de songer au sergent de section J.G.R. Collette, de Saint-Hyacinthe, arrivé au pays un peu après la mi-juin à bord du paquebot français Ile de France, avec huit milles autres militaires canadiens. L’article à cet effet paru dans Le Courrier de St-Hyacinthe du 29 juin est le seul dans lequel votre humble serviteur trouve la moindre référence à l’entraînement des escadrilles de bombardement de l’ARC en Nouvelle-Écosse avant leur participation à la campagne contre le Japon.

Le numéro du 30 juin 1945 de Radiomonde contient un texte au style enflammé mais somme toute habituel sur l’arrivée en sol canadien des Lancaster de la 425e escadrille. Le 22 juin, affirme l’éditorialiste en chef de cet hebdomadaire montréalais, René O. « Rob » Boivin, l’arrivée à Montréal de six cents militaires canadiens-français passe plus ou moins inaperçue. « Quelques jours auparavant, [des] membres de l’escadrille Alouette arrivent au pays après une brillante épopée. Encore là, aucune réception officielle de la ville. Une simple nouvelle de page 17 sur nos journaux, un potin phrasé et miséreux sur nos ondes. »

Cela étant dit, certains aviateurs de la 425e escadrille sont accueillis en grande pompe par leurs concitoyennes et concitoyens. Il suffit de songer à l’adjudant d’aviation de 2e classe, ou sous-officier breveté de 2e classe, Roland Beaudoin de Sherbrooke, la ville natale de votre humble serviteur. Celui-ci est reçu au Club Social de Sherbrooke. Quatre membres de l’équipage de ce pilote sont présents : les lieutenants d’aviation Ronald « Ronnie » Brown, de Sainte-Anne-de-Bellevue, bombardier, et François Guy Savard, de Montréal, navigateur, de même que le sergent de section René « Curly » Lafrance, de Montréal, mitrailleur de queue, et l’adjudant d’aviation de 2e classe Émile Lemay, de Québec, opérateur radio / mitrailleur.

Les membres de la 425e escadrille capturés pendant les hostilités rentrent eux-aussi au Canada. Fortement affectés par les privations d’une captivité qui leur semble interminable, ces jeunes aviateurs passent tout d’abord un certain temps dans des centres de réception au Royaume-Uni. Leur moral s’améliore considérablement.

Le contrôle du 6e Groupe est transféré au Commandement de l’Est de l’ARC le 14 juillet (Vive la France! Désolé.) afin de réorganiser et préparer les escadrilles qui vont se joindre à la force de bombardement à très grand rayon d’action du Commonwealth. Son commandant demeure à Ottawa en attendant que son quartier-général de Halifax, Nouvelle-Écosse, soit complété. À ce moment, des équipes au sol peuvent avoir commencé à peindre des Lancaster en blanc, pour leur service au sein de la force de bombardement à très grand rayon d’action du Commonwealth.

Assignée à la base de l’ARC de Debert, dans la même province, avec trois autres escadrilles canadiennes de la force de bombardement à très grand rayon d’action, la 425e escadrille se prépare au grand voyage vers le Pacifique qui l’attend sous peu. Elle constitue la 663e escadre, basée à Debert, avec son unité sœur, la 420e escadrille. Cela étant dit, les équipages n’effectuent apparemment que bien peu de vols d’entraînement. Ils sont toutefois informés qu’ils abandonneraient leurs Lancaster au profit d’une version améliorée de l’aéronef connue sous le nom de Avro Lincoln. Il est à noter que Lecomte accède au commandement de Debert vers juin 1945.

Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, ami(e) lectrice ou lecteur, je vais temporairement interrompre le fil de cette histoire. Je vous invite à le saisir une seconde fois la semaine prochaine.

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Rénald Fortier