Dans les coulisses : Le point de vue d’une artiste sur l’avenir alimentaire

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Vous êtes-vous déjà demandé à quoi ressemblera l’alimentation à l’avenir?

Dans ce monde qui change rapidement, les enjeux de sécurité alimentaire à l’échelle mondiale (changements climatiques, déclin des réserves d’eau douce, perte de la biodiversité, gaspillage alimentaire, écart entre les producteurs et les consommateurs) auront un impact direct sur notre futur approvisionnement alimentaire. Les résultats nous concerneront tous.

Amanda Huynh, une artiste canadienne, se sert des aliments comme médium. Mme Huynh a participé à l’élaboration de l’exposition Manger demain : L’avenir de notre assiette, qui ouvre ses portes au Musée de l'agriculture et de l'alimentation du Canada à Ottawa le 27 avril 2019. Cette exposition itinérante a été créée par le Dutch Institute of Food & Design et est présentée par l’ambassade du Royaume des Pays-Bas.

Le Réseau Ingenium s’est entretenu avec Mme Huynh, qui vit à Vancouver, pour discuter de son art, de ses perspectives sur l’alimentation et de la raison pourquoi il est si important de songer à la direction que prendra notre avenir alimentaire commun.

Amanda Huynh

Artist Amanda Huynh

Parlez-moi de votre parcours d’artiste. Est-ce que c’était votre rêve depuis l’enfance?

Je ne peux pas dire que c’était un rêve d’enfance (je voulais être avocate), mais j’ai de très bons souvenirs de mon enseignante de 5e année. Elle-même artiste, elle aimait beaucoup nous proposer des projets artistiques avancés, comme coudre des chapeaux et couler des figurines de porcelaine. Notre cours d’arts plastiques empiétait souvent sur les périodes de nos autres cours! Je m’assoyais aussi souvent sur le tabouret de travail de mon père pour le regarder démonter et réparer des objets, comme des montres et des radios. En y repensant, je me dis que mon amour pour le travail manuel vient de là.

Quels sont les médiums avec lesquels vous préférez travailler?

J’ai un véritablement penchant pour les aliments comme matériau. Selon moi, il s’agit du matériau le plus important et on le reconnaîtra ainsi de plus en plus. Les aliments nous relient à nos histoires et les uns aux autres comme aucun autre matériau ne le fait.

Parlez-moi de votre œuvre Diasporic Dumplings, soit votre contribution originale à l’exposition Manger demain.

J’ai beaucoup réfléchi aux identités diasporiques et à la résilience. Mes parents, des réfugiés chinois-vietnamiens, sont arrivés au Canada à la fin des années 1970. Mes frères et moi sommes nés et avons grandi à Lethbridge, en Alberta. Les denrées alimentaires de notre réalité culturelle étaient plus rares quand nous étions enfants. Je crois que de nombreuses familles d'immigrants au Canada partagent les mêmes histoires de pèlerinage dans des épiceries asiatiques (nous devions faire deux heures de voiture pour nous rendre à Calgary). Quand je pense à l’avenir, je crois que notre nourriture doit conserver ce lien avec les anciens formats de nos aliments. Elle doit demeurer reconnaissable. Un de mes étudiants au premier cycle m’a déjà dit que les plis des raviolis chinois portent nos empreintes digitales. Il était donc important pour moi de créer mon propre style de plis dans les raviolis pour l’exposition.

L'œuvre Diasporic Dumplings explore une appartenance au territoire et la résilience à l’aide de dégustations de bouchées d’ingrédients cultivés dans les environs. Le projet examine les plantes indigènes ainsi que les espèces envahissantes qui se sont adaptées à une nouvelle vie, loin de leur lieu d’origine. À Ottawa, les raviolis sont composés de pissenlit (Taraxacum officinale), de bourse à pasteur (Capsella bursa-pastoris) et de chardon du Canada (Cirsium arvense). Chacun des spécimens de plantes est également exposé près de l'œuvre.

Spécimens de plantes utilisées dans l’œuvre Diasporic Dumplings.

Spécimens de plantes utilisées dans l’œuvre Diasporic Dumplings.

Que souhaitez-vous accomplir grâce à cette œuvre?

Chaque culture a son ravioli. J’espère que le public pourra réfléchir aux formes des aliments qui ont nourri leurs ancêtres et à comment notre corps peut reconnaître ce qui a un aspect et un goût familiers. 

Nous avons collectivement perdu une grande part de connaissances relatives aux saisons et aux aliments locaux qui, selon moi, seront de plus en plus importantes à notre survie. Que les plantes que j’ai sélectionnées pour chaque ville peuvent croître sans intervention humaine signifie qu’elles ont accès à tous les nutriments dont elles ont besoin, donc qu’elles sont elles-mêmes riches en nutriments.

~ Amanda Huynh

Qu’aimeriez-vous que l’exposition Manger demain accomplisse dans son ensemble?

Il y a tellement d’incertitude dans le monde actuellement, j’espère que l’exposition donnera l’occasion de songer sérieusement aux choix que nous faisons par rapport à la façon dont nous nous nourrissons. Ces conversations ont déjà lieu de différentes façons, dans différentes parties du monde et je suis ravie d’assister à celle qui se déroulera au Canada.

Pourquoi devons-nous nous soucier de l’alimentation de demain?

Les aliments sont le seul matériau avec lequel on peut travailler qui peut faire partie de notre corps. Ils sont une source de joie et de plaisir, et une incarnation de nos histoires. Si nous ne concentrons pas nos énergies et notre attention sur les aliments que nous mangeons, ces parties fondamentales de l’humanité seront perdues.

Comment croyez-vous que nous pourrons nourrir 10 milliards de personnes en 2050?

Pour l’avenir, au-delà de vouloir survivre et de compter les calories dans la nourriture, j’espère vraiment que nous tiendrons compte du fait que les gens ont besoin de manger des aliments qui sont satisfaisants et adaptés aux différentes cultures. Outre le besoin de manger, nous avons aussi besoin de nous sentir aimés et de ressentir un sentiment d’appartenance.

À l’avenir, croyez-vous que vous vous ennuierez de certaines traditions culinaires de votre enfance en raison des changements climatiques?

Dans la culture chinoise, beaucoup de traditions culinaires tournent autour de la nourriture. Les plats, très symboliques et importants, sont normalement servis en abondance lors de réunions familiales. Trouver l’équilibre entre la conservation des traditions et l’adaptation au monde en mutation sera un des enjeux les plus difficiles à affronter pour modifier notre diète en fonction des changements climatiques. L’alimentation végétarienne bouddhiste est un parfait exemple. Cette diète utilise des produits d’origine végétale pour imiter l’apparence et la texture des plats traditionnels à base de viande.

La texture de la conception des plats à l’avenir transformera-t-elle nos papilles gustatives ou nos goûts?

Nous devrons nous ajuster par souci pour notre santé et la santé de la planète! Le niveau actuel de production d’aliments et de déchets est simplement insoutenable. D’innombrables préparations, textures et saveurs de nourriture existent déjà dans le monde. Peut-être faut-il simplement trouver lesquelles sont les plus durables d’un point de vue environnemental, tout en satisfaisant ce plaisir fondamental que nous avons lorsque nous mangeons de bons plats.

Si vous pouviez transmettre un message principal aux visiteurs de Manger demain, que serait-il?

Je souhaite simplement que les gens préparent et partagent un repas avec d’autres personnes, que ce soit de la famille ou de nouveaux amis. C’est tout ce qui compte.

Pour obtenir davantage d’information, veuillez visiter la page de l’exposition Manger demain.

Auteur(s)
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Sonia Mendes

Sonia Mendes est la rédactrice/réviseure anglophone pour Ingenium. Elle adore fouiller en coulisse pour raconter les histoires cocasses et colorées de la vie au musée ainsi que tout ce qui touche la science et l’innovation.