Mois du patrimoine asiatique : entretien avec Ruth Hwang

Share
3 m
Médias
Ingenium – Musées des sciences et de l’innovation du Canada

Dans le cadre de son initiative Femmes en STIM, Ingenium raconte l’histoire de celles qui ont osé penser différemment afin d’engager une conversation sur l’égalité des sexes et d’inciter les femmes à faire carrière en science, technologie, ingénierie et mathématiques (STIM). 

Pour souligner le Mois du patrimoine asiatique, le Réseau Ingenium a rencontré Ruth E. Hwang, une jeune femme ambitieuse qui vise une carrière dans l’industrie de la science et de l’innovation. Le profil d’aujourd’hui présente ses aspirations, les défis qu’elle doit surmonter et ses réflexions à titre de Canadienne d’origine asiatique.

Réseau Ingenium (RC) : Parlez-moi de votre domaine d’expertise. Racontez un peu où vous travaillez et présentez-nous un de vos projets actuels.

Ruth E. Hwang (REH) : Je suis sociologue de formation devenue spécialiste de l’information, avec un intérêt marqué pour la scientométrie, c’est-à-dire l’emploi de méthodes statistiques pour analyser les retombées scientifiques à travers les publications. La connaissance que j’ai de ce domaine s’est étendue quand j’ai travaillé comme spécialiste de l’information, puis analyste de la gestion du rendement à l’Agence spatiale canadienne (ASC). Le pouvoir conféré aux statistiques et la capacité qu’ont les chiffres de raconter une histoire m’ont toujours grandement fascinée. La façon dont un usage adéquat d’indicateurs peut non seulement éclairer la prise de décisions concernant des politiques qui touchent la vie quotidienne des Canadiens et Canadiennes, mais aussi tracer une image de ce qui se passe dans l’écosystème scientifique. 

En ce moment, je travaille comme analyste de politique à Innovation, Sciences et Développement économique Canada dans un programme appelé le Fonds stratégique pour l’innovation (FSI). Même si ma contribution au portrait s’ensemble est mineure, je suis fière de travailler avec des gens aussi talentueux voués au service de la population canadienne. Cette détermination est encore plus visible dans la réponse à la pandémie de COVID‑19 : l’équipe est arrivée à annoncer un projet dans un temps record! Le projet Abcellera Biologics, annoncé 19 jours après le début des négociations a été le premier à l’être en vertu de l’initiative de contre-mesures médicales que le FSI s’était vu confier.

FQuatre personnes en tenues de bureau sont assises en rangée sur une estrade. Deux grands écrans sont installés assez haut au-dessus d’elles; l’un des écrans montre les portraits et notices biographiques des panélistes, et le deuxième montre une image stylisée colorée représentant des mains levées.

Ruth Hwang, deuxième à partir de la gauche, participe à un panel à l’ASC.

RI : Une personne en particulier vous a-t-elle inspiré votre parcours scolaire et votre carrière, incitée à faire ces choix?

REH : Trois femmes en particulier ont orienté ma vie vers la situation que j’occupe aujourd’hui. La première est Mère Teresa : sa disposition à servir le monde en toute humilité a modelé mes valeurs et ma façon de concevoir le monde à un jeune âge. Elle m’a enseigné la base de ce que je suis aujourd’hui et me pousse à me demander comment je peux aider les autres dans cette voie. 
Toutefois, je me sentais limitée en imaginant mes choix d’avenir jusqu’à ce que Michaëlle Jean arrive en poste pendant mon adolescence, au moment où mon identité se formait. Elle était la première femme de couleur à accéder à la fonction de Gouverneure générale du Canada, et je me rappelle encore de l’espoir qui est né en moi quand j’ai entendu la nouvelle. 

La troisième est Susie Breier, qui est actuellement bibliothécaire assignée à l’institut d’Étude de la condition féminine et au département de Sociologie et Anthropologie, à l’Université Concordia. Elle ne se souvient peut-être pas de moi et ne se rend sans doute pas compte de l’effet qu’elle a produit en moi, mais j’étais tout à fait fascinée de voir une personne aussi savante constamment désireuse de transmettre ces connaissances aux autres. 

RI : Parmi les femmes présentées par la série d’affiches Femmes STIM, y en a-t-il une qui vous inspire? 

REH : Je signalerais Anna Makosinski, pas seulement pour ses brillantes inventions à un âge aussi précoce, mais aussi pour les raisons altruistes qui ont mené à la création révolutionnaire de la « Hollow Flashlight » (« lampe creuse »). Au-delà des identifiants biologiques qui la désignent comme jeune femme d’origine asiatique, c’est le fait de voir une telle personne déployer des efforts et puis voir son succès célébré qui m’inspire. 

Puisque j’ai travaillé à l’ASC, je vois aussi Roberta Bondar comme une source d’inspiration. Première astronaute canadienne, elle inspire beaucoup de femmes dans l’industrie spatiale! Les difficultés qu’elle a dû surmonter pendant qu’elle déployait des efforts pour accéder aux mêmes occasions et jouir de la même dignité que les hommes, dans ce domaine à prédominance masculine, ont ouvert des portes pour de nombreuses femmes comme moi, qui se sont rendu compte que le domaine de l’espace leur est accessible. 

RI : Racontez-nous une des difficultés ou un des préjugés que vous avez dû surmonter durant votre parcours professionnel.

REH : Le doute. Je pense que c’est un thème récurrent chez les jeunes professionnels, mais surtout pour moi, comme femme dont l’héritage vient d’Asie orientale. J’ai lutté pour me convaincre que je suis assez bonne et pour combattre l’éternelle pensée négative selon laquelle « je dérange les autres avec mes questions stupides » ou que je suis incapable de fournir la « réponse parfaite ». 

Ce syndrome de l’imposteur m’a fait manquer des occasions, car je ne me sentais pas « assez bonne » ou « assez prête ». Parfois, il m’est arrivé de rester dans un poste plus longtemps que je ne l’aurais dû, plutôt que de reconnaître mon talent et de cheminer vers mes ambitions. 

J’ai eu la chance de rencontrer des gens formidables sur mon cheminement de carrière, des gens qui m’ont aidée à surmonter ce problème. À l’ASC, je suis entrée en lien avec le Réseau des minorités visibles et Infinité (le réseau de jeunes professionnels). Ces groupes m’ont aidée à développer une mentalité orientée vers les solutions et à concevoir ma carrière comme l’aventure d’une vie, consacrée à m’autoréaliser. 

RI : Quels sont vos plans pour la suite de votre carrière?

REH : À court terme, j’aimerais acquérir plus d’expérience comme analyste de politique pour des programmes qui ont un effet direct sur le quotidien des Canadiens et Canadiennes, comme ce que je fais au FSI en ce moment. Il est extraordinaire d’en voir les retombées, tant sur l’industrie qu’au niveau microéconomique, comme le nombre d’emplois que l’on contribue ainsi à créer et à conserver! Toutefois, je dois avouer que j’ai un faible pour les statistiques et les données. Donc si je peux travailler un peu plus en analytique des données, je serai au septième ciel dans ma carrière. 
À long terme, je souhaite occuper un poste de leadership où je pourrai travailler aux intérêts supérieurs des Canadiens et Canadiennes. 

RI : Ce mois-ci, nous célébrons le Mois du patrimoine asiatique. Qu’est-ce que cela signifie pour vous? 

REH : L’histoire et les cultures des diverses sociétés que l’on qualifie d’« asiatiques » sont en fait plus différentes qu’elles ne sont semblables. Toutefois, même en présence de cette diversité qui règne parmi nous et de celle qui distingue les Asiatiques des « autres », le fait que nous trouvions des façons de célébrer nos réussites et contributions respectives est un pas de plus vers la diversité culturelle. 

Comme spécialiste de l’information, je suis persuadée que savoir, c’est pouvoir. Pour souligner le Mois du patrimoine asiatique, allons-y donc de quelques faits amusants!

Faits amusants

•    On considère que l’alphabet coréen, le han-geul, est le système d’écriture le plus simple, le plus logique, le plus ingénieux et le plus scientifique du monde. Situés sur une petite péninsule coincée entre de puissants empires et royaumes (appelés Chine et Japon), les royaumes de la Corée ont beaucoup souffert au fil de l’histoire. En 1443, le roi Sejong le Grand voulait créer une langue que son peuple sous-scolarisé et appauvri pourrait apprendre et utiliser comme arme pour combattre l’injustice. Fascinant, non? 

•    Si vous avez la fibre aventurière et si vous aimez les collations sucrées, vous devez goûter aux songpyeon. C’est un mets coréen traditionnel fait de riz et de miel, une gâterie normalement servie pendant les festivals. 

Pour joindre Ruth

Si vous souhaitez discuter avec Ruth des sujets abordés dans ce profil, vous pouvez la joindre sur LinkedIn.
 

 

Mots-clés
Profile picture for user Sonia Mendes
Sonia Mendes

Sonia Mendes est la rédactrice/réviseure anglophone pour Ingenium. Elle adore fouiller en coulisse pour raconter les histoires cocasses et colorées de la vie au musée ainsi que tout ce qui touche la science et l’innovation.