En avant les moteurs! Une Ford GT Mk II est maintenant exposée à Ottawa

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Ingenium – Musées des sciences et de l’innovation du Canada
Le dévoilement de la Ford GT Mk II lors du Goodwood Festival of Speed, au Royaume-Uni, en 2019.

Il semblerait que le Musée des sciences et de la technologie du Canada s’engage dans la voie rapide. 

Un incroyable appareil technologique canadien, une Ford GT Mk II, est temporairement présentée aux visiteurs au Musée à Ottawa. Une super voiture si puissante qu’elle ne peut qu’être utilisée sur une piste de course, la GT Mk II est construite à la main par Multimatic Motorsports à Markham, en Ontario. Experts en matière de véhicules spécialisés de haute performance, il s’agit de la même équipe qui a conçu et construit les voitures de course et de route Ford GT. La Ford GT Mk II a été dévoilée pour la première fois à l’occasion du Goodwood Festival of Speed de 2019 au Royaume-Uni et seulement 45 d’entre elles seront construites.

Scott Maxwell est un chauffeur de développement pour l’équipe de course de Multimatic Motorsports. Au cours de plus de 40 ans, l’homme de 58 ans a participé à d’importants événements de course automobile, dont Le Mans, Daytona et Sebring. Au sommet de sa carrière de coureur automobile, il participait à des événements 30 à 40 fois par année. Le Réseau Ingenium s’est entretenu avec M. Maxwell à propos de sa passion pour la course automobile, de son travail chez Multimatic et de la sensation que procure la conduite d’une Ford GT Mk II.

Un homme vêtu d’une chemise noire et d’une casquette noire est appuyé sur son coude, regardant au loin avec attention.

Scott Maxwell est un chauffeur de développement pour l’équipe de course de Multimatic Motorsports. 

Réseau Ingenium (RI) : Retournons au tout début de votre intérêt pour la conduite automobile. À partir de quel âge avez-vous commencé à vous intéresser aux voitures et comment avez-vous décidé de poursuivre une carrière de coureur automobile?

Scott Maxwell (SM) : D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu travailler dans le domaine automobile ou de la course automobile. Mon père participait à des courses automobiles en tant qu’amateur. Il a été lui-même coureur un peu et responsable de piste. J’ai donc grandi près d’une piste de course dans les années 1970 et j’ai rapidement développé une passion pour ce sport.
Ce n’est pas le sport traditionnel. Pour les Canadiens, tout revient au hockey, sport que j’aurais voulu pratiquer aussi, mais j’étais beaucoup trop petit. Aujourd’hui, la course automobile est beaucoup plus populaire, mais à l’époque, c’était comme si j’étais seul sur une île. Si je demandais à mes amis de parler de course automobile, ils me dévisageaient sans rien dire... J’étais le mouton noir. 

Un homme vêtu de jeans, d’une chemise noire et d’une casquette noire sourit, assis sur le rebord du siège du conducteur d’une voiture sport jaune. On voit un beau ciel bleu et des montagnes en arrière-plan.

RI : Parlez-moi du sport de course automobile. Comment doit-on s’entraîner pour devenir coureur automobile?

SM : J’ai commencé à faire de la course de go-karts à 13 ans. À l’époque, c’était assez normal considérant mon âge. Maintenant, les enfants commencent à six ou sept ans. Le karting est l’entrée, c’est un accès facile aux sports motorisés. Cela dit, au Canada, on est limité à sept ou huit mois par année, à cause du climat. Et, contrairement à d’autres sports, on ne peut pas juste aller dans sa cour, à moins d’avoir une géante cour, et le pratiquer, ou sur la rue et frapper ou lancer la balle ou peu importe votre passion. Alors, en ce sens, c’est assez restreint. 

L’autre réalité est que la course automobile est un sport très dispendieux. Même au début, c’est un engagement important. Maintenant, si on regarde le montant que les gens dépensent pour le hockey, ou tout autre sport, tout est beaucoup plus technique et scientifique avec l’entraînement et l’encadrement. Selon moi, aucun sport n’est bon marché maintenant, mais les sports motorisés sont dans une classe à part. Ça ne veut pas dire qu’un jeune homme ou une jeune femme ne peut se démarquer dans ce sport. Parfois, le talent l’emporte encore. Mais ce n’est pas facile de réussir dans cette industrie. Et c’est encore plus difficile maintenant que quand j’étais jeune.

RI : Quelles sensations vous procure la course automobile? Diriez-vous que vous carburez à l’adrénaline?

SM : Quand on est plus jeune, la réaction courante à la vitesse, à la puissance et à la traction est une montée d’adrénaline... En plus de la sensation de piloter une voiture jusqu’à ses limites. Mais pour moi, c’est plus à propos de la compétition contre un autre pilote, ça pour moi c’est la partie la plus intéressante. C’est peut-être parce que je fais ça depuis si longtemps, mais après un moment, on ne remarque plus vraiment la vitesse. Il s’agit davantage d’améliorer la voiture et de découvrir comment être le plus rapide. Il faut certainement avoir un esprit compétitif.

Je ne crois pas du tout que je carbure à l’adrénaline et je n’ai certainement pas des nerfs d’acier. Cela dit, je peux maintenant m’endormir assis dans ma voiture avant une course. J’entre dans une sorte de zone et je relaxe, mais je n’ai pas toujours été aussi calme. Quand j’étais plus jeune, j’étais beaucoup plus tendu et je ne pouvais pas manger la journée de la course. Maintenant, à 58 ans, c’est ma réalité, comparé à quand j’avais 25 ans et que c’était relativement nouveau. Mais je crois toujours que tout pilote automobile qui n’a pas ce sentiment avant une course, ou même une séance de qualification, lorsque l’adrénaline monte et que vous êtes un peu nerveux, si vous ne ressentez pas ça alors ce n’est probablement pas le sport pour vous.

Une voiture de course profilée de couleur argentée dans le feu de l’action d’une course sur la piste. La voiture repose très près du sol et on peut voir un drapeau canadien à l’avant. Le pilote porte un casque rouge et noir et son visage est caché.

Scott Maxwell au volant d’une SR2 Lola B2K/40, avec un châssis conçu et construit par Multimatic, aux 24 heures du Mans en 2000. L’équipe Multimatic a remporté la catégorie LMP675, marquant la première victoire d’une catégorie par une organisation de sports motorisés en 68 ans d’histoire de ce classique d’endurance français.  

RI : Parlez-moi de votre rôle chez Multimatic.

SM : J’ai commencé chez Multimatic au début des années 1990. Je pilotais des voitures Formule à l’époque, tentant de me qualifier pour la série IndyCar. 

À mon sommet, je faisais 30 à 40 courses par année. Certains week-ends, je faisais trois courses différentes dans trois voitures différentes. Je dirais que ça a duré environ 10 à 15 ans, je faisais Le Mans et Daytona et Sebring et tout ça sur une base régulière. J’étais infatigable, passant d’une piste à une autre, d’un essai à un autre. J’adorais ça. Je ne changerais rien. Mais on peut faire ça seulement pendant un certain temps. C’est comme pour tout autre sport, c’est un sport de jeune. Et, soudainement, j’ai eu 40 ans. Comment est-ce arrivé?

Un pilote vêtu d’une combinaison blanche et d’un casque rouge et noir est assis au volant d’une voiture de course avec les portes ouvertes. Les barres de la cage intérieure sont visibles et on voit un autre homme appuyé sur le côté passage de la voiture.

Scott Maxwell effectue l’essai d’une nouvelle Ford GT Mk II au Calabogie Motorsport Park.

Puis Larry Holt m’a approché et m’a offert une solution, ils voulaient créer une équipe de course. Alors Larry et moi avons créé cette équipe de course nommée Multimatic Motorsports, avec un groupe de bénévoles, et nous avons commencé à faire des courses. Tout a éclaté à partir de ça, positivement. D’année en année, nous prenions de l’expansion, jusqu’à ce que nous commencions à engager des mécaniciens et des ingénieurs à temps plein. Au départ, j’avais le rôle de pilote principal et je gérais l’équipe. Mais avec l’ampleur que prenait l’entreprise, je me concentrais davantage sur la conduite de développement, ce qui m’a permis d’acquérir de nouvelles compétences outre la course. Jusque là, je ne faisais que m’asseoir dans une voiture et j’essayais de la faire aller le plus rapidement possible. Ce que j’ai appris avec Multimatic a été de rendre la voiture elle-même meilleure. 

Une bonne partie de la performance d’une voiture est dans la sensation. Donc mon travail n’est pas vraiment de concevoir la voiture, mais de communiquer avec les ingénieurs pour leur dire exactement ce que je ressens. Il y a beaucoup plus de données disponibles aujourd’hui. En grande partie, je ne fais que vérifier ce que disent leurs données. Par exemple, si je peux communiquer exactement ce que fait la voiture à un moment précis d’un tournant, alors l’ingénieur peut cerner un problème d’aérodynamique. Ceci les aide à se concentrer sur un élément le plus rapidement et le plus précisément possible. En fin de compte, je ne résous peut-être pas le problème, mais j’aide à le cerner.

Une voiture de course blanche aux accents bleus, jaunes et noirs se trouve dans un grand espace intérieur, derrière une barrière d’exposition. On voit un panneau du Musée rempli de texte. La porte du conducteur s’ouvre à la verticale et, puisqu’elle est ouverte sur la photo, elle est au-dessus du véhicule.

RI : Parlons de la Ford GT Mk II. Larry Holt, technicien en chef de Multimatic, décrit cette voiture comme étant « la version de performance suprême de la GT ». Elle répond à la question : « Que peut-on faire quand il n’y a pas de règle? » En tant que pilote automobile, qu’est-ce que cette voiture signifie pour vous?

SM : C’est intéressant de comparer les deux extrêmes. Nous avions la Ford GT de route et maintenant nous avons la Ford GT LM de course. Ce qui est incroyable à propos de cette voiture de route est la rétro-ingénierie que nous avons faite. Cette voiture a été construite pour courser. Habituellement, on fonctionne dans l’autre sens, on construit une voiture de route, puis on l’améliore pour en faire une voiture de course. Dans ce cas-ci, la Ford GT LM était l’objectif de ce projet, et la Ford GT de route est née de ça. 

Même la voiture de route est plutôt rare. Il s’agit d’une voiture de haute performance phénoménale qui est presque une voiture de course. Ce n’est pas une voiture de course, car elle doit respecter les règles juridiques et de la route. Puis, on a la voiture de course, qui est construite pour rouler le plus vite possible, de la façon la plus stable possible. Mais elle est vraiment restreinte par les règles de la course qu’elle doit respecter, en ce qui concerne le poids de la voiture, le maximum de horse-power et la déportance maximale. L’équilibre des performances, ÉdP, est maintenant un terme courant dans le domaine de la course. On ne veut pas d’une voiture qui domine pendant une course. Alors, si vous arrivez avec une voiture qui se démarque vraiment en matière de vitesse, elle se fera ralentir pour que tout le monde soit à égalité. Et l’idée, bien sûr, est d’avoir 10 constructeurs et que la course soit très serrée. Mais ce que vous pourriez faire avec cette voiture est complètement différent, et le fait que la voiture de route a plus de puissance que la voiture de course en dit long. 

Alors la Ford GT Mk II a été créée à partir de cette idée : « Que pourrions-nous vraiment faire avec cette voiture si nous n’avions pas tous ces règlements à suivre? » Elle est donc plus légère et a plus de horse-power. Elle a des freins plus gros, elle est vraiment plus aérodynamique, ou a plus de déportance. Elle est donc comme une voiture de course sur des stéroïdes, ou même une voiture de route sur des stéroïdes. Elle est à un niveau vraiment plus élevé. Elle n’est pas aussi rapide que la voiture de course, mais elle est beaucoup plus rapide que la voiture de route. Donc, si on met la voiture de route et la voiture de course une à côté de l’autre, la Ford GT Mk II se rapproche beaucoup plus de la voiture de course que de la voiture de route en matière de performance.

L’intérieur foncé du poste de pilotage d’une voiture de course est photographié du côté conducteur. Les sièges du conducteur et du passager ont de hauts côtés et on voit les ceintures de sécurité. Le volant est allongé et presque rectangulaire. On voit des barres de métal noir qui forment une cage à l’intérieur de la voiture.

RI : Comment se sent-on quand on la conduit?

SM : Vous savez, j’ai conduit beaucoup de voitures durant mes 40 années dans ce sport, beaucoup de belles voitures et beaucoup de voitures pas si belles. Parmi toutes ces voitures, je ne veux pas dire que la Ford GT Mk II est absolument la meilleure voiture que je n’ai conduite, mais elle équivaut certainement à mes trois ou quatre meilleures. 

Ironiquement, c’est une voiture vraiment facile à conduire. Elle est très confortable, elle est indulgente. Vous pouvez la conduire à 90 % et on a l’impression qu’elle colle à la route. C’est une voiture agréable à conduire et elle va incroyablement vite. Mais, cela dit, elle est très stable et c’est la déportance qui fait ça. Elle coche donc, en quelques sortes, toutes les cases.

Une voiture de course blanche aux accents bleus, jaunes et noirs se trouve dans un grand espace intérieur. L’image est prise comme si on était derrière la voiture, regardant en avant, du côté droit, avec la caméra tout près du gros aileron arrière. On voit les lettre « GT Mk II » en blanc sur l’aileron bleu.

RI : Cette voiture est une innovation canadienne unique et elle contient des technologies et des caractéristiques de conception très intéressantes. En tant que pilote automobile, quelles caractéristiques de la Ford GT Mk II préférez-vous?

SM : Selon moi, la déportance et les freins sont les deux éléments vraiment incroyables de cette voiture. La déportance est quelque chose de très difficile à enseigner, car plus on va vite, plus la déportance est efficace. Il est donc difficile de faire ce saut au point où on peut vraiment sentir cet avantage. En ce qui concerne les freins, chaque fois que je la conduis je freine trop tôt, parce que les freins sont bons à ce point-là.

Bien sûr, les 700 horse-power seront toujours impressionnants. Je suis peut-être un peu insensible à ça maintenant en raison de mon expérience, mais c’est quand même beaucoup de horse-power. C’est probablement la première chose qu’on remarque en la conduisant, sa puissance brute. Elle vous enfoncera dans votre siège.

Visite du produit Ford GT MK II en compagnie de Larry Holt, directeur technique de Multimatic (vidéo en anglais seulement).

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Sonia Mendes

Sonia Mendes est la rédactrice/réviseure anglophone pour Ingenium. Elle adore fouiller en coulisse pour raconter les histoires cocasses et colorées de la vie au musée ainsi que tout ce qui touche la science et l’innovation.