Mois du patrimoine asiatique : entretien avec Linda Dao

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Ingenium – Musées des sciences et de l’innovation du Canada
Linda est vêtue d’un áo dài (qui signifie « longue robe »), un vêtement traditionnel vietnamien.

Dans le cadre de son initiative Femmes en STIM, Ingenium raconte l’histoire de celles qui ont osé penser différemment afin d’engager une conversation sur l’égalité des sexes et d’inciter les femmes à faire carrière en science, technologie, ingénierie et mathématiques (STIM). 

Pour souligner le Mois du patrimoine asiatique (en mai), le Réseau Ingenium a rencontré Linda Dao, qui travaille à l’Agence spatiale canadienne. Elle cherche principalement des solutions aux défis que présente la prestation de soins de santé aux astronautes séjournant dans l’espace lointain et aux Canadiens vivant dans des collectivités éloignées où l’accès aux soins médicaux est limité.

Réseau Ingenium (RC) : Parlez-moi de votre parcours universitaire, et dites-moi comment il vous a amenée à travailler à l’Agence spatiale canadienne. En quoi consiste l’un de vos projets actuels?

Linda Dao (LD) : Je détiens un baccalauréat ès sciences en biochimie de l’Université McMaster (à Hamilton, en Ontario) et une maîtrise ès sciences en études spatiales de l’Université internationale de l’espace (située à Strasbourg, en France). Je suis actuellement agente de projet en médecine spatiale opérationnelle à l’Agence spatiale canadienne. À ce titre, mon but est de préparer le Canada à assumer un rôle lié à la prestation de soins de santé lors de l’exploration de l’espace lointain, par exemple pendant les missions vers d’autres destinations que la Station spatiale internationale, comme la Lune et Mars. J’élabore en ce moment des projets qui tireront parti de collaborations avec des acteurs du secteur des soins de santé à distance afin de mettre au point des solutions, telles que des techniques médicales, pour relever les défis de la prestation de soins aux astronautes dans l’espace lointain et aux Canadiens des collectivités éloignées, où l’accès aux soins médicaux est limité.

A young woman wearing a navy blue shirt smiles as she stands next to a mannequin dressed in a black tank top. A computer and a variety of equipment is visible on shelves in the background.

RI : Une personne en particulier vous a-t-elle inspiré votre parcours scolaire et votre carrière, incitée à faire ces choix?

LD : Je n’aurais pu réaliser le parcours qui m’a menée à une carrière dans le secteur spatial sans le soutien de ma famille, de mes amis, de mes collègues et de mes idoles. Je ne peux pas dire que j’ai été inspirée par une seule personne. En fait, j’ai plutôt senti l’influence collective de mes frères et sœurs, de mes amis, de mes mentors, de mes collègues et des astronautes, qui m’ont démontré comment ils sont parvenus à concilier leurs champs d’intérêt et leur passion avec leur carrière professionnelle; c’est un facteur important que je considère dans tout ce que je fais. Je m’inspire de leurs succès pour alimenter ma persévérance et ma détermination à contribuer à la croissance des activités du Canada dans l’espace.

RI : Parmi les femmes présentées par la série d’affiches Femmes en STIM, y en a-t-il une qui vous inspire? 

LD : La Dre Jane Goodall est une source d’inspiration pour moi depuis que j’ai eu l’occasion d’assister à une conférence qu’elle a donnée quand j’allais à l’école secondaire. Son influence en matière de promotion de la science et de la protection de l’environnement tient à la compassion qu’elle manifeste dans tous les aspects de son travail. Elle a démontré sa capacité exceptionnelle à communiquer avec les chimpanzés, ce qui lui a permis d’établir avec eux des liens que personne d’autre n’avait pu nouer, et elle a réussi à faire des découvertes même sans formation scientifique formelle. Parce qu’elle est sortie métaphoriquement des sentiers battus, a remis en question le statu quo concernant les comportements des animaux et ouvert des voies aux femmes dans les domaines scientifiques, la Dre Goodall m’incite à me servir des traits uniques de ma personnalité comme des atouts. Comme elle, je veux remettre en question l’état actuel des choses afin de rendre la société meilleure et être consciente de la portée de mon action.

RI : Racontez-nous une des difficultés ou un des préjugés que vous avez dû surmonter durant votre parcours professionnel.

LD : Je suis détentrice d’une maîtrise et collabore avec des experts de renommée nationale dans leur domaine, d’éminents collègues et des astronautes, qui m’en imposent, ce qui entraîne le syndrome de l’imposteur; c’est un des défis que je dois affronter. Les doutes sur mes capacités m’ont souvent empêchée d’exprimer mes pensées et mes idées lors de réunions avec des collègues. Voyant que mes idées offrent de nouvelles perspectives, en remettant en question les méthodes de travail traditionnelles et en avançant des solutions innovantes, je me sens de plus en plus à l’aise de discuter avec des personnes aux opinions divergentes. Je m’efforce donc de dissiper mon sentiment de gêne en traitant mes collègues avec respect parce qu’ils sont des alliés, et non parce qu’ils sont bardés de diplômes. Je saisis également l’occasion de poursuivre mon apprentissage auprès d’eux.

RI : Quels sont vos plans pour la suite de votre carrière?

LD : Je continue à aller de l’avant! Comme je me passionne pour les possibilités qu’offre l’espace pour l’approfondissement des connaissances et l’amélioration de la santé des humains et de leur qualité de vie, j’espère poursuivre ma carrière dans le domaine de l’exploration spatiale. Le fait de travailler à l’Agence spatiale canadienne me permet de jouer un rôle de premier plan dans l’ouverture de perspectives dans l’espace pour le Canada. Je continue d’apprendre et de faire de l’espace un sujet de conversation fréquent durant les repas. J’espère contribuer à l’avancement de la discipline de la santé dans l’espace afin d’ouvrir de nouveaux horizons pour l’exploration de l’espace par les humains et de leur permettre d’aller plus loin et plus longtemps.

RI : Ce mois-ci, nous célébrons le Mois du patrimoine asiatique. Qu’est-ce que cela signifie pour vous?

LD : Pour moi, le Mois du patrimoine asiatique suscite la réflexion sur les difficultés du passé, les occasions qu’offre le présent et les possibilités d’avenir qui permettront à la communauté asiatique de s’épanouir au Canada.

C’est une occasion de commémorer l’attachement des immigrants asiatiques, qui ont surmonté des obstacles inéquitables pour prospérer en toute sûreté au Canada. Même si certains obstacles subsistent de nos jours, je cherche à défendre l’inclusivité en m’efforçant de paver, moi aussi, la voie pour les générations de personnes asiatiques qui viendront.

C’est aussi un temps de réflexion sur les valeurs personnelles fondamentales enracinées dans des traditions caractéristiques qui ont pris naissance à l’autre bout du continent. Ces valeurs, pour moi, sont la discipline, le respect et l’approche communautaire, qui, combinées à la modestie, l’équité et la diversité, qui sont des valeurs canadiennes, servent de base aux contributions uniques qu’apportent les personnes asiatiques à l’environnement multiculturel du pays.

Comme Canado-Vietnamienne de première génération, je partage la gratitude qu’éprouvent de nombreuses personnes d’origine asiatique, accueillies à bras ouverts par le Canada, et qui ont pu ajouter les couleurs de leur patrimoine au riche tableau que représente la diversité canadienne. J’éprouve de la fierté à parler plusieurs langues, même lorsque j’ai dû réapprendre la mienne. J’éprouve même de l’enthousiasme à l’idée de célébrer à la fois les fêtes asiatiques et les fêtes canadiennes et de contribuer ainsi à la promotion d’expériences culturelles partagées.

RI : Récemment, les nouvelles rapportent une prévalence alarmante du racisme visant les personnes d’origine asiatique. Avez-vous des commentaires à formuler à ce sujet, ou des expériences à raconter?

LD : En tant que Canadienne d’origine asiatique, j’adhère aux valeurs d’inclusivité et de diversité. Si le racisme envers les Asiatiques a causé du tort, il met en lumière la nécessité, pour chacun de nous, d’examiner les façons dont nous contribuons nous-mêmes au racisme systémique dans son ensemble. Cet examen de conscience peut mener à des mesures progressives, comme la réduction des micro-agressions, qui passent pour normales, l’offre de soutien dans le cadre d’un engagement envers l’équité et l’adoption du courage nécessaire pour contribuer à ce changement, qui rehausseraient la conscience que l’on a du problème au Canada et créeraient en environnement plus sûr pour la communauté asiatique.

Envie d’aller plus loin?

Pour en savoir plus sur les soins de santé et les activités en lien avec l’espace lointain, visitez le site de l’Agence spatiale canadienne.

Pour toute demande concernant les activités de sensibilisation du public, veuillez communiquer avec le Bureau des conférenciers de l’Agence spatiale canadienne à l’adresse asc.conferencier-speaker.csa@canada.ca.

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Sonia Mendes

Sonia Mendes est la rédactrice/réviseure anglophone pour Ingenium. Elle adore fouiller en coulisse pour raconter les histoires cocasses et colorées de la vie au musée ainsi que tout ce qui touche la science et l’innovation.