S’arrêter un moment pour nous rappeler le coût de la liberté canadienne

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Gordon Jensen, l’organisateur de la programmation à l’occasion de la Cérémonie des drapeaux du Souvenir à Ottawa. (Photo : Carole Morissette / NCR Vétérans UN-NATO CANADA)

Les automobilistes qui empruntent la promenade Sir-George-Étienne-Cartier ont peut-être remarqué récemment la présence d’un nombre impressionnant de drapeaux canadiens derrière le Musée de l’aviation et de l’espace du Canada.

Les 128 drapeaux ont été hissés le 7 octobre, lors de la Cérémonie des drapeaux du Souvenir, afin de rendre hommage aux hommes et aux femmes des Forces canadiennes ainsi qu’aux anciens combattants. Chaque drapeau représente 1 000 soldats canadiens et agents de la GRC morts ou portés disparus dans l’exercice de leurs fonctions. Les drapeaux sont une poignante démonstration de patriotisme de même qu’un rappel visuel du coût de la liberté.

« Il y a tellement de gens au Canada qui, honnêtement, ne réalisent pas ce que le développement et la croissance du pays ont demandé — le coût pour permettre à chacun de jouir de la liberté », souligne Gordon Jensen, l’organisateur de la programmation à l’occasion de la Cérémonie des drapeaux du Souvenir à Ottawa. « Si dans votre famille, vous n’avez aucun parent ou un père ou un grand-père, qui est encore vivant et qui peut vous faire connaître ces histoires quand vous êtes jeune, alors tout cela est vraiment loin de vous. »

Pour M. Jensen, l’importance de se souvenir le touche personnellement. Lui-même ancien combattant de la marine, il a grandi dans le monde militaire puisque son père était pilote. À l’occasion de la Cérémonie des drapeaux du Souvenir, M. Jensen a parrainé un mât porte-drapeau en l’honneur de son père.

Le major Jensen était pilote de chasse durant la guerre froide; il a essentiellement piloté des chasseurs-bombardiers CF 101 Voodoo, dont l’armement principal était nucléaire.

« C’était sa plus grande fierté, d’avoir fait partie de cet âge d’or : sa carrière s’est déroulée entre la guerre de Corée et la guerre du Golfe », explique M. Jensen. « Mon père était très, très fier d’avoir réussi à ce que pendant toute sa carrière de 37 ans, il n’ait jamais été obligé de faire son véritable travail [au combat]. »

Chacun des 128 mâts porte-drapeau peut être commandité par une famille en particulier; le coût est de 200 $. Cinquante pour cent de cette somme est remis à Veterans Voices of Canada (vetvoicecan.org), un organisme à but non lucratif qui utilise les fonds qu’il reçoit pour recueillir les histoires de soldats âgés et les diffuser dans les écoles de partout au pays. L’autre moitié du coût de la commandite est versée directement à un organisme de bienfaisance local, choisi par les organisateurs locaux. L’organisme bénéficiaire de cette année est NCR Canadian Adaptive Snowsports, Winter Sports Clinic (un organisme de la région de la capitale nationale œuvrant dans le domaine des sports d’hiver adaptés pour les personnes handicapées).

Une « plaque pour les héros » est apposée sur chaque mât parrainé, sur laquelle sont gravés le nom de l’ancien combattant, les dates de ses années de service, son rang et le nom du commanditaire.

« Lorsque les drapeaux seront abaissés, le drapeau et la plaque seront remis aux familles », précise M. Jensen. Il ajoute que cette année, un résidant de l’Alberta a commandité un drapeau et une plaque au nom de tous les anciens combattants.

M. Jensen explique que pour bénéficier de cet honneur, il n’est pas nécessaire que la personne soit décédée. En fait, sa propre famille compte actuellement quatre commandites de drapeaux à Ottawa; celui de son père est déjà hissé, et les trois plaques seront apposées bientôt.

« Mon épouse en a commandé un pour moi-même; j’en ai commandé un deuxième pour mon frère, et ma plus jeune sœur en a commandé un pour son fils », déclare M. Jensen. « Ces drapeaux couvrent trois générations d’anciens combattants, les trois services des Forces canadiennes, et plus de 80 années de service combiné. »

Le frère de M. Jensen, le caporal-chef Mathew Jensen, est un ancien combattant du 2e Bataillon du Royal Canadian Regiment, affecté au soutien à la gestion des ressources, alors que son neveu, le caporal Travis Quinn, est un technicien à la retraite, spécialisé en systèmes de télécommunications et d’information aérospatiales au sein de l’Aviation royale canadienne. Finalement, ses beaux-frères ont également servi dans les Forces armées, tout comme ses ancêtres et les membres de chaque génération de sa famille au Canada, au cours des deux guerres mondiales.

« Nous avons des membres de notre famille au sein des Forces armées depuis la Confédération, alors c’est une tradition familiale d’être militaire, mais cela a aussi entraîné un coût », rappelle M. Jensen. Il ajoute que la Cérémonie des drapeaux du Souvenir exprime une partie de ce coût. « Et pour les personnes qui portent ces mêmes souvenirs, c’est également l’occasion de réfléchir. »

« Nous avons vu marcher tout le long des drapeaux des gens qui ont perdu des parents, qui ont perdu des grands-parents, et des personnes qui ont des enfants qui sont actuellement dans les Forces armées et qui sont présents dans les conflits. »

Les drapeaux du Souvenir sont hissés dans les collectivités participantes partout au Canada. D’un océan à l’autre, tous les drapeaux sont hissés au même moment, unifiant ainsi toutes les sections locales, tous les hommages et tous les Canadiens qui participent à la Cérémonie.

« J’espère, pour les enfants d’aujourd’hui, que ces drapeaux seront un rappel visuel », déclare M. Jensen. « Pour chaque drapeau, il y a mille familles qui ont perdu un père ou une mère, un frère ou une sœur, un fils ou une fille — pour la défense des valeurs canadiennes. »

Le public est invité à participer à la cérémonie de clôture, qui aura lieu au Musée de l’aviation et de l’espace du Canada à 11 h le 18 novembre. La cérémonie consistera en un bref service, l’abaissement des drapeaux et la présentation des plaques commanditées.

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Sonia Mendes

Sonia Mendes est la rédactrice/réviseure anglophone pour Ingenium. Elle adore fouiller en coulisse pour raconter les histoires cocasses et colorées de la vie au musée ainsi que tout ce qui touche la science et l’innovation.