Les artefacts du Canada liés au transport maritime seront mieux préservés au Centre de conservation des collections

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Ingenium – Musées des sciences et de l’innovation du Canada
Pour diriger le navire, on tournait vers la droite ou la gauche la roue, laquelle était reliée au gouvernail situé à la poupe.

Un témoin important de l’histoire du transport maritime au Canada a mis le cap sur le Centre de conservation des collections d’Ingenium.

La timonerie du traversier ferroviaire à vapeur SS Prince Edward Island, qui a révolutionné le transport des marchandises et des passagers à l’Île-du-Prince-Édouard, fait partie de la collection nationale d’artefacts des sciences et de la technologie. Selon la conservatrice Sharon Babaian, cet artefact est important parce qu’il marque un jalon politique et économique dans l’histoire des Maritimes.

« Le transport maritime revêt une importance incroyable dans l’histoire du Canada, même aujourd’hui, explique-t-elle. Toute notre économie dépend du transport maritime. De nombreux Canadiens l’ignorent, mais encore aujourd’hui, la plupart des produits que nous désirons et dont nous avons besoin voyagent par bateau et transitent par nos ports. »

Le SS Prince Edward Island possède aussi un lien direct avec la fédération canadienne.

« Essentiellement, le navire concrétisait la promesse que le gouvernement fédéral avait faite à l’Île-du-Prince-Édouard en 1873, à savoir qu’il assurerait un service de transport à longueur d’année, explique Sharon Babaian. C’était l’une des conditions de l’entrée de l’Île-du-Prince-Édouard dans la Confédération. »

Le SS Prince Edward Island était un navire à vapeur à la fine pointe de la technologie, puissant et doté d’un pont réservé aux wagons et voitures des trains dont il assurait la traversée.

« Il pouvait transporter 12 wagons ou voitures, précise Sharon Babaian. On les faisait rouler sur le traversier, puis les passagers montaient à l’étage. »

« Le salon, de même que les emménagements réservés aux officiers et aux mécaniciens, se trouve sur le pont promenade supérieur, auquel donnent accès quatre escaliers en teck depuis le pont promenade. Les salons de première classe sont élégamment aménagés et la salle à manger est une grande pièce située à l’avant du pont promenade. Le plancher est recouvert d’un parquet de chêne joliment disposé, tandis que les encadrements et les lambris sont en chêne massif magnifiquement sculpté. »

~ Canadian Railway and Marine World, novembre 1914

Le repas des passagers qui mangeaient à bord du traversier était servi dans de la belle argenterie. De l’avis général, ce mode de transport semblait être une façon plutôt raffinée de voyager.

Photo en noir et blanc du SS Prince Edward Island sur laquelle un cercle bleu indique l’emplacement de la timonerie.

Le cercle bleu indique l’emplacement de la timonerie sur le SS Prince Edward Island.

Photo en noir et blanc du SS Prince Edward Island brisant la glace épaisse pour se frayer un chemin.

Cette photo montre la puissance du SS Prince Edward Island, grâce à laquelle il pouvait briser la glace épaisse.

Un brise-glace puissant

Le SS Prince Edward Island a également fait des vagues en raison de ses capacités de brise-glace à la fine pointe de la technologie.

« Il naviguait tout l’hiver et pouvait se frayer un chemin à travers quatre pieds de glace », souligne Sharon Babaian.

La proue du navire était considérablement renforcée et sa coque était pourvue d’une ceinture d’acier supplémentaire le long de la ligne de flottaison. Deux machines à vapeur à triple détente entraînant deux hélices constituaient la principale source d’énergie du navire. Celui-ci était en outre équipé d’un troisième moteur, qui entraînait une hélice à l’avant. Cela permettait de faciliter la navigation dans les glaces en améliorant la manœuvrabilité et en créant des remous devant le navire.

Exploité entre Borden (Île-du-Prince-Édouard) et Cap-Tourmentin (Nouveau-Brunswick) de 1917 à 1968, le traversier a réduit considérablement le temps et les efforts nécessaires pour transporter des marchandises à destination et en provenance de l’île. Avant la mise en service du SS Prince Edward Island, on devait transporter par train les marchandises jusqu’à Cap-Tourmentin, les décharger, puis les transporter à bord d’un navire à vapeur pour traverser le détroit de Northumberland jusqu’à Summerside, Cape Traverse, Charlottetown ou Georgetown, où on devait alors les recharger dans un wagon du Chemin de fer de l’Île-du-Prince-Édouard.

La roue de gouvernail et d’autres appareils dans la timonerie aux murs lambrissés.

Le transmetteur d’ordres, la colonne de barre et la roue de gouvernail et, à l’arrière-plan, l’habitacle.

Des pièces de navires et des histoires

La timonerie, d’où l’on pilotait le navire, se trouvait à l’avant du traversier. Ses principales composantes sont la roue du gouvernail, l’habitacle (qui contient le compas) et le transmetteur d’ordres (qui sert à communiquer des ordres du poste de pilotage à la salle des machines concernant la vitesse et la direction). Le Canadien National, qui était propriétaire du navire, a par la suite doté celui-ci d’un instrument de navigation moderne, à savoir d’un radiogoniomètre Marconi.

« Nous avons ajouté la timonerie à la collection afin d’expliquer comment les navires fonctionnent et d’en préserver un qui a joué un rôle très important dans l’histoire du Canada », affirme Sharon Babaian, avant d’ajouter que très peu de musées dans le monde ont la possibilité de collectionner des navires pleine grandeur. « Nous essayons toujours d’enrichir la collection d’artefacts du transport maritime. On trouve aussi des maquettes de navires, des instruments de navigation, des ancres, des manches à air, de l’argenterie et des hublots dans notre collection — nous nous servons de ces objets pour raconter des histoires. »

La timonerie, qui pèse environ 35 000 kg, est l’un des premiers gros artefacts à avoir été déménagés de l’entrepôt au nouveau Centre de conservation des collections construit à côté du Musée des sciences et de la technologie du Canada, à Ottawa.

« Il est si grand qu’il n’entrait pas dans l’espace climatisé dont nous disposons actuellement pour les objets en bois, remarque Sharon Babaian. Nous pourrons le préserver convenablement dans le Centre de conservation des collections. »

Auteur(s)
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Sonia Mendes

Sonia Mendes est la rédactrice/réviseure anglophone pour Ingenium. Elle adore fouiller en coulisse pour raconter les histoires cocasses et colorées de la vie au musée ainsi que tout ce qui touche la science et l’innovation.