Apprendre par l’expérience : pourquoi nous avons besoin d’histoires orales

Vue aérienne de l’usine General Motors à Oshawa, en 2012.

La grande empreinte industrielle laissée par l’usine General Motors du Canada à Oshawa donne une indication de l’ampleur de son importance et de son influence dans la collectivité environnante. J’ai récemment parcouru le terrain de l’usine, où des dizaines et des dizaines de Chevrolet Silverado fraîchement fabriquées étaient disposées en rangées bien ordonnées, attendant d’être expédiées aux quatre coins de l’Amérique du Nord. J’ai été frappée par l’énormité de ce complexe. J’avais passé des heures à lire que l’usine employait des milliers de travailleurs – je savais que c’était grand. Et pourtant, il y a une différence considérable entre comprendre quelque chose en l’imaginant, et le constater soi-même.

Lorsque GM Canada a annoncé, en novembre 2018, qu’elle allait fermer l’usine d’Oshawa l’année suivante, 2 500 emplois ont été menacés. Après des mois de négociations, le syndicat Unifor a conclu un accord avec GM Canada pour préserver 300 postes dans la division d’emboutissage de pièces, soit une bien petite portion des effectifs qui travaillaient autrefois à l’usine d’Oshawa que les gens appelaient « Autoplex ». Mais en revenant à la production de camions en 2021, le fabricant automobile a créé 1 800 postes pour pouvoir soutenir deux quarts de travail. C’est une histoire pleine de rebondissements, mais elle devient encore plus dramatique lorsqu’on comprend que ces chiffres ne sont pas que des emplois, mais bien des personnes. Qui plus est, le fait de parler à des gens qui ont vécu ces événements peut modifier et remettre en question notre compréhension de ce passé pourtant récent.

Photo de deux femmes assises l’une en face de l’autre, de chaque côté d’une table, faisant des gestes en discutant.

Dans le cadre du programme Jackman de chercheurs invités, j’ai eu l’occasion d’interviewer un ancien employé et représentant syndical à GM Canada. Par la narration, cette personne a raconté ses expériences de travail à l’usine et a décrit comment s’est passée cette fermeture opérationnelle. Notre conversation a fortement contrasté avec les articles que j’avais lus dans le cadre de mes recherches préliminaires : j’ai eu droit à un récit à la première personne, raconté par quelqu’un qui a directement vécu les événements. Ces histoires orales – ces récits d’expériences personnelles réellement vécues – nous placent directement au cœur du passé. C’est presque comme si nous y étions nous-mêmes.

De plus, lorsque quelqu’un nous raconte un souvenir, nous pouvons capter des choses au-delà des mots qui sont dits. Les expressions faciales de la personne, les endroits où elle hésite, font partie de cette version de l’histoire, ce qui ne peut être compris lorsqu’on consulte d’autres types de sources. Lorsque nous voyons ou entendons des personnes parler, nous finissons par ressentir ce qu’elles ont ressenti, par vivre ce qu’elles ont vécu – du moins, du mieux qu’on le peut. Nous dépassons le stade de la compréhension intellectuelle pour ressentir nous-mêmes les événements ou l’histoire.

Ainsi, si le récit d’expériences de première main offre un type de compréhension que rien d’autre ne peut offrir, alors les histoires orales – avec leurs perspectives uniques et la compréhension réflexive qu’elles inspirent – sont la clé pour donner un sens aux événements que nous n’avons pas vécus nous-mêmes. Les histoires orales sont indispensables si nous voulons nous approcher de la compréhension du passé.


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Ingrid Mosivais Ibarra

Ingrid Monsivais Ibarra est étudiante à l’Université de Toronto, en économie et en études sur les femmes et le genre, et s’intéresse à la manière dont ces disciplines se chevauchent.