Trois choses que vous devriez savoir sur la viande cellulaire, l’équinoxe d’automne et la dernière plateforme de glace du Canada

Share
10 m
Médias

Faites connaissance avec Renée-Claude Goulet et Michelle Campbell-Mekarski.

Elles sont les conseillères scientifiques d’Ingenium qui fournissent des conseils d’expertes sur des sujets importants en lien avec le Musée de l’agriculture et de l’alimentation du Canada et le Musée des sciences et de la technologie du Canada. Jesse Rogerson, anciennement conseiller scientifique au Musée de l'aviation et de l'espace du Canada, continue de prêter son expertise au Réseau.

Dans cette série mensuelle de billets de blogue colorés, l’ancien conseiller et les conseillères scientifiques actuelles d’Ingenium présentent trois pépites insolites touchant à leur champ d’expertise. Pour l’édition de septembre, la discussion portera sur la viande cellulaire, l’équinoxe d’automne et l’effondrement de la plateforme de glace du Canada.

Gros plan de deux galettes de bœuf haché en train de cuire dans une poêle.

La viande cultivée pourrait nous permettre de produire plus de nourriture dans moins d’espace, mais nous devons trouver des façons de la produire de façon fiable et rentable. 

La viande cellulaire et l’avenir de la nourriture 

Compte tenu de la croissance démographique, la demande pour la viande et les fruits de mer ne fait qu’augmenter et on prévoit qu’elle continuera de croître. Comment ferons-nous pour nourrir près de neuf milliards de personnes d’ici 2050 avec des ressources en sols et en eau qui s’épuisent? Selon certains, la viande cellulaire ou « cultivée en laboratoire » pourrait faire partie de la solution. 

L’idée de cultiver de la viande séparément des animaux n’est pas nouvelle. En fait, des initiatives de recherche et de développement ont été entreprises il y a 20 ans. L’objectif commun vise à créer des produits qui se comparent à la viande, aux poissons et à d’autres produits animaux en matière de prix, de goût et de texture , mais sans l’utilisation des sols ou les animaux.

Pour créer ce que l’on appelle la « viande cellulaire », les scientifiques utilisent un petit échantillon de muscle prélevé sur un animal. Ensuite, ils isolent des cellules simples qui ont le potentiel de devenir plus complexes et les font se reproduire. La prochaine étape consiste à cultiver les cellules dans un bouillon nutritif, lequel contient également des facteurs de croissance (signaux chimiques). Ces derniers envoient le message aux cellules d’activer certains programmes génétiques qui les poussent à développer ces cellules musculaires comme elles le feraient dans un animal. Les scientifiques fournissent ensuite un support sur lequel les cellules peuvent croître, puis se servent d’impulsions électriques pour les exercer. Les cellules peuvent ainsi former des tissus musculaires. 

Grâce à la technologie et aux méthodes actuelles, les scientifiques peuvent cultiver de petites quantités de bœuf, de poulet et de poisson, mais les prix sont exorbitants en raison des ressources nécessaires très coûteuses. On est encore bien loin de la reproduction de coupes comme les steaks et les filets, dont la structure est très complexe et la composition faite de nombreux différents types de cellules. Ce que nous pouvons créer actuellement est plus simple et plus homogène. On pourrait comparer ça à du bœuf haché.

Selon les experts de l’industrie, on pourrait voir arriver du foie gras sur les tablettes dès 2022, et des saucisses, des boulettes de viande et des galettes de bœuf haché dès 2026. Toutefois, d’autres indiquent qu’il y a encore de nombreux obstacles de l’industrie à surmonter avant que cette viande soit commercialement viable : notamment le partage de la recherche, l’extensibilité, les coûts des ressources, la valeur nutritionnelle, l’approbation réglementaire et l’acceptation par les consommateurs. 

Il y a encore beaucoup à apprendre dans le domaine naissant, mais prometteur, de l’« agriculture cellulaire ». La tendance ne s’arrête pas à la viande. Restez à l'affût du développement semblable de lait maternel, d'œufs et de protéines laitières.

Par Renée-Claude Goulet

The horizon cuts horizontally through the middle of the image, separating a blue sky and a green ground. There are three arching pathways the Sun takes, one for the summer solstice, one for the equinoxes, and one for the winter solstice. The summer solstice pathway is the highest and widest, the equinox in the middle, and the winter solstice is lowest.

As the Earth orbits the Sun, the apparent position of the Sun in our sky changes. This is a result of Earth’s axial tilt.

L’équinoxe d’automne

L’équinoxe d’automne pour 2020 aura lieu le 22 septembre à 9 h 30 HAE. Généralement, cette date sert à marquer le changement officiel de la saison : le premier jour de l’automne dans l’hémisphère nord et le premier jour du printemps dans l’hémisphère sud. Mais qu’est-ce qu’un équinoxe exactement et comment peut-on savoir quand il a lieu?

Le mot « équinoxe » est dérivé des mots latins aequus (égal) et nox (nuit), et fait référence au temps de l’année où les journées comptent environ 12 heures de lumière et 12 heures de noirceur. C’est le résultat de la relation entre la Terre, le Soleil et l’inclinaison de l’axe de la Terre (dans cette vidéo, j’explique en détail comment fonctionne l’équinoxe).

L’axe nord-sud de notre planète, l’axe autour duquel nous tournons, est incliné à 23,5 degrés relativement au plan de notre orbite autour du Soleil. L’inclinaison est fixe, c’est-à-dire que l’axe demeure incliné et pointe toujours dans la même direction.

En décembre, le pôle Nord pointe dans la direction opposée du Soleil. Ainsi, les journées sont plus courtes et la superficie de lumière est plus large, voilà pourquoi il fait plus froid dans le nord. Mais six mois plus tard, en juin, le pôle Nord est incliné vers le Soleil. Ainsi, les journées sont plus longues et la superficie de lumière est plus petite, voilà pourquoi il fait plus chaud dans le nord.

Il existe, entre ces deux extrêmes, un point médian où l’axe incliné de la Terre ne pointe ni vers le Soleil ni à son opposé. Ce moment exact se nomme équinoxe. La Terre reçoit approximativement 12 heures de lumière cette journée-là.

Comment les humains de jadis ont-ils fait cette découverte? La réponse est simple : l’observation sur une longue période. Si on marque le point à l’endroit où le Soleil se lève tous les jours à l’horizon, on remarque qu’il y a un cycle. Pendant les mois plus chauds, le Soleil se dirige au nord du point franc est. Il monte plus haut dans le ciel et y reste plus longtemps. Pendant les mois plus froids, le Soleil se dirige au sud du point franc est. Il ne monte pas aussi haut et passe moins de temps au-dessus de l’horizon.

Les humains de jadis ont remarqué ces cycles et ont construit des observatoires à partir desquels ils pouvaient mesurer la position exacte du Soleil tout au long de l’année. Des générations d’observation ont permis aux humains de jadis de prédire les divers points de notre orbite, comme les solstices et les équinoxes. De nos jours, nous utilisons des modèles mathématiques de l’orbite de la Terre et des ordinateurs pour calculer les moments exacts.

Par Jesse Rogerson

Des photos satellitaires de la barrière de Milne avant et après l’effondrement. L’image avant montre la barrière de Milne occupant une anse. L’image après montre la même plateforme de glace, de laquelle environ la moitié s’est détachée en deux gros morceaux qui commencent à flotter à la dérive dans l’océan.

Avant et après l’effondrement de la barrière de Milne.

L’effondrement de la dernière plateforme de glace du Canada 

Le 4 août 2020, le Service canadien des glaces (sous Environnement et Changement climatique Canada) a publié une vidéo déconcertante : des images présentées en accéléré montrant des îlots de glace colossaux se détachant de la barrière de Milne, près de l’île d’Ellesmere, au Nunavut. 

Une plateforme de glace est semblable à un glacier (les deux sont faits de glace!), mais le glacier repose sur la terre, tandis que la plateforme de glace flotte sur l’océan. Tout comme les glaciers, les nappes de glace ont tendance à s’agrandir pendant l’hiver à cause de l’accumulation de glace et de neige, puis à fondre pendant les mois chauds d’été. Malheureusement, l’été 2020 a été particulièrement chaud dans l’Arctique canadien, affichant des températures 5 °C plus hautes que la moyenne au cours des dernières dizaines d’années. Ces températures élevées, combinées aux vents de terre et à la mer libre, étaient la recette parfaite pour l’effondrement. 

En deux jours seulement, 43 % de la plateforme de glace s’est détachée dans un effondrement immense. Une grande partie de la glace s’est brisée en deux morceaux de la taille d’une ville : le plus gros mesurait 55 km2 (environ la taille de Manhattan) et l’autre mesurait 24 km2. Un camp de recherche établi sur la plateforme de glace a également été détruit dans l’effondrement (heureusement, il était inhabité au moment de la catastrophe). Davantage de fractures sur la plateforme de glace laissent croire que d’autres effondrements sont très probables. 

Cette plateforme de glace représente les graves effets de l’amplification de l’Arctique : un phénomène qui voit les tendances de réchauffement être deux fois plus importantes dans l’Arctique que dans les zones tropicales. La glace est brillante et réfléchissante, elle reflète donc la chaleur du soleil. La glace qui fond expose plus de terre et d’océan, soit des surfaces sombres qui absorbent la chaleur. En bref, l’Arctique passe d’un environnement qui reflète la chaleur à un environnement qui absorbe la chaleur. Cette tendance de réchauffement a mené à l’accélération de la fonte et de l’effondrement de la glace partout dans l’Arctique. 

Au début du 20e siècle, l’île d’Ellesmere présentait une plateforme de glace continue tout le long de sa côte nord. En 2000, cette plateforme s’était divisée en six grandes plateformes et plusieurs autres petites. Au cours des 20 dernières années, cinq des principales plateformes de glace se sont brisées, laissant seulement la barrière de Milne. Cette tendance a été constatée partout dans l’Arctique canadien. Au début de juillet 2020, la barrière de Milne était la dernière nappe glaciaire intacte de l’Arctique canadien. Maintenant, il n’en reste plus. 

Par Michelle Campbell Mekarski

Auteur(s)
Profile picture for user Michelle Campbell Mekarski
Michelle Campbell Mekarski

En tant que conseillière scientifique au Musée des sciences et de la technologie du Canada, Michelle Campbell Mekarski vise à combler l’écart entre la communauté scientifique et le public en rendant les sciences et la technologie intéressantes, accessibles et amusantes. Détentrice d’un doctorat en biologie évolutionniste et en paléontologie, elle possède de nombreuses années d’expérience en conception et en animation d’activités de vulgarisation scientifique. Dans ses temps libres à l’extérieur du Musée, elle enseigne à l’Université d’Ottawa ou à l’Université Carleton, fouille le sol à la recherche de fossiles ou se détend au bord de l’eau.

Profile picture for user Renée-Claude Goulet
Renée-Claude Goulet

Renée-Claude Goulet est conseillère scientifique au Musée de l’agriculture et de l’alimentation du Canada.

Profile picture for user Jesse Rogerson
Jesse Rogerson, Ph.D.

Passionné par la communication de la science, Jesse Rogerson adore promouvoir la culture scientifique auprès du public. Il représente fréquemment le Musée de l’aviation et de l’espace du Canada à la télévision et à la radio, ainsi que dans les réseaux sociaux et lors de congrès. Il a participé à l’élaboration d’un atelier sur la communication scientifique visant à enseigner aux professionnels de la science du Canada des méthodes plus efficaces pour communiquer leurs constats scientifiques. Astrophysicien de formation qui exerce sa profession, M. Rogerson détient un doctorat (Ph.D.) en astrophysique d’observation de l’Université York, et a récemment publié un article revu par les pairs dans The Astrophysical Journal. Il aime faire de la moto, jouer à des jeux de société et jouer au « frisbee extrême ».