L’intelligence artificielle et la lutte contre les changements climatiques

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Médias
L’intelligence artificielle peut-elle freiner les changements climatiques?

Quel sera l’avenir de l’innovation en science et en technologie? Quel sera son impact sur la société?

Ces deux questions sont les piliers de Curiosité en scène d’Ingenium, une série de conférences axées sur le leadership scientifique qui traitent d’enjeux contemporains d’importance mondiale. Chaque conférence présentée au Musée des sciences et de la technologie du Canada, à Ottawa, nous fait découvrir des chefs de file du secteur privé, du milieu universitaire et du domaine gouvernemental qui viennent discuter de questions scientifiques et technologiques à la fois pertinentes et controversées et qui intéressent les Canadiens. 

À l’automne 2019, nous avons posé la question « L’intelligence artificielle peut-elle freiner les changements climatiques? ». Ces derniers temps, les médias ont été inondés de mises en garde concernant les changements climatiques ainsi que de prédictions grandement contrastantes concernant les promesses et les écueils de l’intelligence artificielle. Mais connaissez-vous les liens entre l’IA et les changements climatiques? Pour explorer cette question, nous avons invité Nadia Koukoui et Isabelle Fotsing, cofondatrices de Watergeeks, une jeune pousse montréalaise primée dans le domaine des technologies propres qui mise sur l’AI pour propulser l’efficace marché de l’équipement usagé dans le secteur industriel. Nous avons également invité Mostafa Farrokhabadi, directeur, technologie et analyse de réseaux, à BluWave-ai, une jeune entreprise elle aussi primée qui propose des solutions axées sur l’IA pour accélérer l’adoption de sources d’énergie renouvelables et de modes de transport électrique. 

Suivant cette discussion, ces experts en IA ont discuté avec le Réseau Ingenium de leurs entreprises respectives ainsi que de leurs initiatives d’intelligence artificielle et de développement durable. 

 

Logos de Curiosité en scène , BluWave-AI, la Musée des sciences et de la technologie du Canada, et WaterGeeks

Réseau Ingenium (RI): Comment l’IA peut-elle aider le Canada à atteindre ses objectifs de réduction de carbone (quotas de carbone)? 

Watergeeks (WG): L’intelligence artificielle peut définitivement nous aider à atteindre nos cibles en matière de carbone. Watergeeks utilise l’IA pour aider les industries et les municipalités à réduire le gaspillage industriel et la surproduction. De plus en plus d’industries et de municipalités partout dans le monde prennent le virage de l’économie circulaire, nous permettant de réduire l’empreinte de carbone, d’eau et d’énergie associée à la fabrication d’articles neufs et de diminuer l’impact de ces activités sur nos écosystèmes et la santé humaine. Watergeeks mise sur l’IA pour faciliter la réutilisation, tandis que d’autres utilisent cette technologie pour en venir à une production d’énergie plus verte ou pour accélérer la recherche. L’intelligence artificielle peut même servir à prédire les meilleures stratégies pour atteindre les cibles de réduction du carbone. 

BluWave-ai (BW): Toute solution qui entraîne des procédés de production, de transmission et de consommation de l’énergie plus efficaces – comme des techniques de contrôle et d’optimisation utilisant l’IA – permet d’associer les cibles en matière de carbone à des initiatives plus pertinentes, comme la mise sur pied de parcs solaires et éoliens. Au chapitre de la production énergétique, des systèmes de contrôle et de suivi intelligents sont en mesure de déterminer la combinaison de modes de production d’énergie (solaire, éolien, nucléaire, etc.) à privilégier, les quantités optimales à produire et les meilleurs moments de la journée pour générer de l’énergie, ajoutant de la valeur aux réseaux de distribution.

 Une image stylisée d'un processus de fabrication de voitures circulaires tournant autour de la Terre

Une économie circulaire peut aider à réduire l'empreinte carbone associée à la fabrication

RI : L’intelligence artificielle est un puissant outil pour prévoir et mesurer l’impact des changements climatiques. Toutefois, pour effectuer de telles tâches avec précision, l’IA nécessite d’énormes quantités de données. Que pouvez-vous nous dire sur les règles d’éthique au moment de recueillir et d’utiliser des données personnelles? Quels types de données recueillez-vous, et où les obtenez-vous? Et pouvez-vous assurer la sécurité de ces renseignements? 

BW : La protection de la vie privée est toujours une préoccupation lorsqu’on a recours à des solutions orientées sur les données. De nombreuses règles et réglementations (selon les régions) assurent la protection des données « derrière le compteur » que recueille BluWave-ai. De plus, plusieurs de nos applications gèrent les données après qu’elles aient été agrégées au transformateur de distribution municipal ou de quartier (ou même à plus grande échelle), ce qui signifie que la vie privée des clients n’est pas compromise.

WG : La protection des données personnelles est un sujet sensible ces jours-ci, et il est important que les règles mises en place pour protéger le public soient respectées. À Watergeeks, nous n’utilisons pas de données personnelles pour élaborer ou appliquer des algorithmes d’IA. Nous utilisons plutôt de l’information relative aux équipements lourds. Ce ne sont pas des renseignements liés à des personnes en particulier. Nous utilisons également des données « ouvertes » accessibles à tous pour la mise au point de nos algorithmes.

RI : Quel est le rôle des consommateurs dans le virage vers des réseaux électriques modernes plus verts? 

BW : Avec la multiplication des sources d’énergie décentralisées – panneaux solaires sur les toits, stockage de l’énergie « derrière les compteurs », véhicules électriques, etc. –, le rôle du consommateur passe de simple acheteur passif et unidirectionnel d’énergie à celui de négociant actif et bidirectionnel. Dans un tel contexte, la notion de « prosommateur » (acteur qui à la fois produit et consomme) fait son apparition dans nos réseaux électriques modernes. Par conséquent, ces prosommateurs ainsi que les consommateurs qui répondent à la demande opérationnelle des systèmes deviennent les catalyseurs d’un réseau électrique entièrement décentralisé, vert et intelligent.

 Une maison avec des panneaux solaires sur le toit

Les panneaux solaires sur les maisons résidentielles sont à la fois une solution pour réduire l'empreinte carbone, mais aussi un défi pour le réseau électrique.

RI : En ce qui concerne le leadership politique, comment voyez-vous l’avenir de l’innovation dans le domaine des technologies d’atténuation des changements climatiques, notamment en ce qui concerne l’IA? Et qu’en est-il des décisions politiques susceptibles d’affecter cette industrie?

BW : Du point de vue de la mise en œuvre, l’intelligence artificielle est encore dans ses balbutiements. Il reste encore beaucoup de recherche à faire pour mieux comprendre ses incidences positives et négatives sur la vie de tous les jours, comme son impact sur les ressources énergétiques et matérielles. En trouvant la bonne combinaison de politiques et de réglementation, et en appliquant ces dernières de façon appropriée, le côté positif de technologies dites perturbatrices surpasse souvent les répercussions potentiellement négatives. Le gouvernement libéral prend au sérieux les politiques entourant l’innovation et l’atténuation des changements climatiques. Notre entreprise a reçu une subvention hautement concurrentielle de 2,4 millions de dollars dans le cadre du programme Technologies du développement durable Canada. J’espère que le nouveau gouvernement minoritaire maintiendra ces initiatives, et qu’il poursuivra sur la lancée du gouvernement antérieur.

WG : Plus tôt en 2019, le gouvernement fédéral a présenté son budget, lequel comprend un investissement de 950 millions de dollars dans les supergrappes d’innovation pilotées par l’industrie, dont les initiatives de gestion de la chaîne d’approvisionnement misant sur l’IA. Ce sont là d’excellentes nouvelles pour Watergeeks et tous ceux qui travaillent dans le domaine de l’IA et de la logistique. Il est à espérer qu’une bonne partie de ces fonds servira à financer des projets de technologies propres visant à atténuer les effets des changements climatiques. Il est toutefois important de souligner que la technologie à elle seule ne pourra résoudre notre crise climatique. Il y a beaucoup à faire en ce qui concerne le consumérisme et le changement des attitudes et des habitudes.

 

Pour des questions et / ou des commentaires, veuillez contacter info@watergeeks.io et / ou info@BluWave-ai.com 

Veuillez noter que les textes ont été modifiés pour des raisons de concision et de clarté. 

Auteur(s)
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Michelle Campbell Mekarski

En tant que conseillière scientifique au Musée des sciences et de la technologie du Canada, Michelle Campbell Mekarski vise à combler l’écart entre la communauté scientifique et le public en rendant les sciences et la technologie intéressantes, accessibles et amusantes. Détentrice d’un doctorat en biologie évolutionniste et en paléontologie, elle possède de nombreuses années d’expérience en conception et en animation d’activités de vulgarisation scientifique. Dans ses temps libres à l’extérieur du Musée, elle enseigne à l’Université d’Ottawa ou à l’Université Carleton, fouille le sol à la recherche de fossiles ou se détend au bord de l’eau.