Trois choses que vous devriez savoir sur la réfrigération des oeufs, les récifs de corail vus de l'espace, et les bassins hydrographiques

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Voici Renée-Claude Goulet, Cassandra Marion et Michelle Campbell Mekarski.

Ces conseillères scientifiques d’Ingenium fournissent des conseils éclairés sur des sujets importants pour le Musée de l’agriculture et de l’alimentation du Canada, le Musée de l’aviation et de l’espace du Canada et le Musée des sciences et de la technologie du Canada.

Dans cette captivante série mensuelle de billets publiés sur le blogue, les conseillères scientifiques d’Ingenium présentent des « pépites » d’information insolite en lien avec leur champ d’expertise respectif. Pour l’édition de janvier, elles parlent la réfrigération des oeufs pour la salubrité alimentaire, comment une carte satellitaire des récifs corraliens aide à leur conservation, et comment les bassins hydrographiques nous relient aux océans.

Des œufs bruns et blancs dans des œufriers de plastique transparents empilés sur des tablettes réfrigérées illuminées dans un supermarché.

La réfrigération des œufs lavés augmente la durée de conservation et contribue à la réduction des risques de salmonelle, une maladie d’origine alimentaire grave. 

Différentes approches à la salubrité des aliments signifient différentes façons de conserver les œufs

Les Canadiens ont possiblement remarqué qu’en dehors de l’Amérique du Nord, les œufs sont souvent vendus dans les allées non réfrigérées des épiceries. Il s’agit de quelque chose d’étrange pour les personnes habituées de conserver leurs œufs au réfrigérateur. Après tout, Santé Canada est catégorique quant à la conservation des œufs au froid pour des raisons de salubrité alimentaire. L’organisme a même affirmé que les œufs ayant reposé à température ambiante pendant plus de deux heures doivent être jetés. Alors, pourquoi les œufs non réfrigérés sont-ils considérés non salubres ici, mais sont la norme ailleurs?
 
La divergence est en grande partie due aux différentes approches adoptées par les pays afin de réduire la contamination par la salmonelle, une bactérie qui contamine les humains et les animaux, laquelle est éliminée par les excréments. Lorsqu’un humain est infecté, cette bactérie provoque une maladie d’origine alimentaire, ou empoisonnement alimentaire, pouvant mener à une hospitalisation ou même la mort. La salmonelle se propage dans les cheptels de volaille dans le monde, donc limiter la contamination de nos aliments est un sujet très sérieux. 
 
Les bactéries peuvent pénétrer dans les œufs par les minuscules pores qui se trouvent partout sur les coquilles, ou même par de toutes petites craques. Les œufs qui viennent tout juste d’être pondus sont recouverts d’une substance qu’on appelle le brillant. Il s’agit d’une cuticule protéique qui remplit les pores et empêche les bactéries d’entrer. Le brillant a également des propriétés antimicrobiennes qui agissent comme ligne de défense naturelle contre les maladies pour les poussins en développement. Certaines poules produisent ou non une cuticule de meilleure qualité que les autres, rendant certains œufs plus ou moins vulnérables à la contamination. 
 
Au Canada, on se concentre sur la prévention de la salmonelle d’origine alimentaire en surveillant et en testant les cheptels et les œufs, et par le lavage et la réfrigération. En fait, il y a des instructions très détaillées sur la façon de laver adéquatement les œufs avant qu’ils se rendent aux consommateurs afin de prévenir les maladies d’origine alimentaire. Le lavage des œufs retire la cuticule protectrice, donc ils doivent être entreposés au réfrigérateur, car ils sont alors vulnérables à l’évaporation et à la contamination par des bactéries pouvant pénétrer dans les pores et les craques.
 
D’un autre côté, des endroits comme l’Europe interdisent le lavage et la réfrigération, misant davantage sur les effets protecteurs de la cuticule intacte et la prévention des éclosions de salmonelle au sein de leurs cheptels par la gestion prudente et la vaccination. Réfrigérer un œuf avec sa cuticule pose un risque de salubrité alimentaire, car la condensation de l’humidité du réfrigérateur sur la surface de l'œuf réhydrate la couche protéique, formant un gel, rendant la situation propice au développement de moisissure. Voilà pourquoi les œufs avec une cuticule intacte ne sont pas conservés au réfrigérateur. 
  
Alors, puis-je conserver mes œufs en dehors du réfrigérateur? On décourage grandement cette pratique au Canada, car elle pose un risque de salubrité alimentaire. Étant donné l’augmentation actuelle du nombre de cheptels artisanaux et du nombre de personnes se procurant des œufs directement auprès d’agriculteurs, il est de plus en plus compliqué d’assurer la salubrité des œufs. Il est important de ne pas oublier, si vous mangez des œufs fraîchement pondus, de bien les laver avant de les craquer afin de réduire le risque de contamination par toute matière résiduelle sur la coquille, et de les manger le plus rapidement possible après leur récolte! Cassez bien vos œufs!
  
Par Renée-Claude Goulet 

Vue depuis l’espace d’îles et de récifs de corail parsemés dans une mer peu profonde, avec un récif barrière dans le coin supérieur droit.

Récifs de corail au large des côtes du Bélize, image prise par PlanetScope en 2019.

Les récifs de corail du monde cartographiés depuis l’espace

Le Allen Coral Atlas, une carte et une analyse mondiales des récifs de corail en eaux peu profondes ont été réalisées l’an passé, contenant près de deux millions d’images ont été prises depuis l’orbite de la Terre. Il s’agit d’un incroyable outil pour la conservation et la surveillance des récifs de corail du monde. De plus, il est gratuit et accessible en ligne. 

L’Atlas est géré par le Centre for Global Discovery and Conservation Science de la Arizona State University, en partenariat avec l’entreprise d’observation de la Terre, Planet, la University of Queensland, un réseau de scientifiques étudiant les récifs de corail, et bien d’autres entités. La carte est composée d’une mosaïque d’images satellitaires PlanetScope en haute résolution ayant été traitées pour retirer tout élément indésirable, comme des nuages. Les images de récifs sont caractérisées automatiquement, pixel par pixel, à l’aide de l’apprentissage machine. Le résultat est une carte numérique facilement navigable d’images impeccables de tous les récifs de la Terre en eaux peu profondes, qui fournit également de l’information sur la distribution, la structure et la morphologie des récifs ainsi que les types d’espèces et de sédiments présents. Pour pouvoir se fier aux résultats de l’Atlas, un réseau de scientifiques travaillant sur terre et dans l’eau valide les interprétations faites depuis le ciel. 

La conservation des récifs de corail du monde revêt une importance cruciale. Les récifs protègent les côtes contre l’action des vagues provoquées par les tempêtes et l’érosion, et fournissent des habitats et des abris aux organismes marins, dont des milliers de poissons qui font partie d’un écosystème plus vaste. Ils sont une source de nourriture et de médicaments, et procurent des emplois aux collectivités locales en plus d’être essentiels à de nombreuses économies touristiques. Malheureusement, nos récifs sont menacés par le réchauffement des mers causé par les changements climatiques, la pollution, la surpêche ainsi que par les dommages physiques provoqués par l’aménagement du littoral et de mauvaises pratiques de pêche. 

Le Allen Coral Atlas soutient diverses initiatives orientées vers la protection, la restauration et la conservation des récifs de corail et des espèces marines du monde, et aide à la gestion et aux politiques relatives aux récifs de corail. Par exemple, les administrations locales peuvent interdire la pêche temporairement dans les régions où un récif est en difficulté. 

Des signaux d’avertissement d’un récif de corail en difficulté peuvent être observés depuis l’espace. Blanchissement corallien : Le blanchiment des coraux causé par l’expulsion d’algues symbiotiques en raison de la température élevée de l’eau se manifeste par un changement de couleur. Turbidité : Elle se manifeste par un changement d’éclat. Elle indique que le filtre du récif nourrissant les coraux et les éponges ne va pas bien puisqu’il nettoie souvent l’eau. Des alertes de ces phénomènes ont été intégrées à l’Atlas pour aviser les scientifiques qu’un récif est en mauvaise santé afin qu’ils puissent prendre des mesures correctives. 

Par Cassandra Marion

Toutes les rivières se jettent dans la mer... mais laquelle?

Quand la pluie tombe ou que la neige fond, l’eau fait son chemin vers l’océan. Les routes sont variables. Une partie de l’eau coule sur la terre pour se rendre aux lacs et dans les cours d’eau. Une partie de l’eau est absorbée par le sol, coulant sous la terre avant d’en ressortir de nouveau. Une partie de l’eau tombe sur des rues urbaines, se déverse dans les puisards et coule dans les égouts avant d’atteindre des cours d’eau naturels. Peu importe comment cela se produit, l’eau qui tombe sur la terre finit par rejoindre un ruisseau, un petit cours d’eau ou une rivière, puis suit son cours vers l’océan. 

Mais quel océan? Au Canada, trois d’entre eux nous entourent : l’Atlantique à l’est, le Pacifique à l’ouest et l’Arctique au nord. Donc, si vous renversiez un seau d’eau à Calgary, à Ottawa ou à Yellowknife... dans quel océan cette eau finirait-elle?

Le bassin hydrographique où vous vous trouvez détermine la réponse. Malgré son nom, un bassin hydrographique n’est pas un contenant où on garde de l’eau. Il s’agit d’une zone de terre sur laquelle toute eau qui tombe finit par atteindre la même destination. Prenez le concept d’une baignoire. Peu importe où vous verser une tasse d’eau dans une baignoire (avant, arrière, côtés), toute l’eau finit par s’écouler dans le même drain.

La taille du bassin hydrographique (également appelé bassin versant ou bassin récepteur) peut être établie à petite échelle, par exemple un territoire qui s’écoule dans un étang, ou à grande échelle, par exemple un territoire qui s’écoule dans un océan. 

Au Canada, nous avons cinq bassins hydrographiques océaniques

  1. Le bassin hydrographique de l’océan Pacifique à l’ouest des montagnes Rocheuses.
  2. Le bassin hydrographique de l’océan Arctique qui englobe la plupart des Territoires ainsi que le nord de la Saskatchewan, de l’Alberta et de la Colombie-Britannique.
  3. Le bassin hydrographique de la baie d’Hudson est notre plus grand bassin, s’étendant sur cinq provinces, du Québec à l’Alberta ainsi que certaines parties du Nunavut et des Territoires du Nord-Ouest. 
  4. Le bassin hydrographique de l’océan Atlantique se compose des provinces maritimes, du sud du Québec et de l’Ontario;
  5. Finalement, le bassin hydrographique du golfe du Mexique. Une petite région à la frontière sud de l’Alberta et de la Saskatchewan s’écoule dans le réseau fluvial de la rivière Mississippi, laquelle afflue jusqu’au golfe du Mexique. 

Le Canada est réellement une nation océanique. Ce fait peut être difficile à retenir pour les personnes dont le lieu de résidence est éloigné des océans. Néanmoins, dans notre immense pays, l’eau de millions de kilomètres de rues et de champs et de forêts s’écoule dans des milliers de rivières qui affluent vers nos océans. Lorsque cette eau s’écoule, elle ramasse souvent des polluants, lesquels peuvent avoir des effets terribles sur l’écologie du bassin hydrographique et, finalement, sur l’océan où elle aboutit.  

Que pouvons-nous apprendre des bassins hydrographiques? Dans un bassin hydrographique, toute l’eau est reliée, s’écoulant vers un seul plan d’eau. Les gens sont également reliés par les bassins hydrographiques. Nos décisions et nos actions ont le potentiel d’influencer la qualité de l’eau sur laquelle nous dépendons. Grâce à la collaboration, nous pouvons nous assurer de pouvoir dépendre sur nos bassins hydrographiques indéfiniment.  

ALLER PLUS LOIN : 

Par Michelle Campbell Mekarski


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Renée-Claude Goulet

Renée-Claude est conseillère scientifique au Musée de l'agriculture et de l'alimentation du Canada et enseignante agréée de l'Ontario. Grâce à sa formation en biologie, en éducation et à ses nombreuses années d'expérience dans le développement et la mise en œuvre de programmes et expos au musée, elle a développé une expertise dans la communication de sujets liés à la science et à l'innovation qui sous-tendent la production d'aliments, de fibres et de carburants, auprès de publics variés.  

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Michelle Campbell Mekarski

En tant que conseillière scientifique au Musée des sciences et de la technologie du Canada, Michelle Campbell Mekarski vise à combler l’écart entre la communauté scientifique et le public en rendant les sciences et la technologie intéressantes, accessibles et amusantes. Détentrice d’un doctorat en biologie évolutionniste et en paléontologie, elle possède de nombreuses années d’expérience en conception et en animation d’activités de vulgarisation scientifique. Dans ses temps libres à l’extérieur du Musée, elle enseigne à l’Université d’Ottawa ou à l’Université Carleton, fouille le sol à la recherche de fossiles ou se détend au bord de l’eau.

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Cassandra Marion

Cassandra est la conseillère scientifique du Musée de l'aviation et de l'espace du Canada. Elle est titulaire d'un doctorat en géologie et en science et exploration planétaires. Ses recherches portent sur les cratères d'impact de météorites dans l'Arctique canadien. Elle a plus d'une décennie d'expérience dans le domaine de l'éducation et de la sensibilisation dans l’élaboration et la prestation de programmes scientifiques. Elle se consacre à partager sa passion pour les sciences avec les communautés proches et lointaines, et à améliorer la culture scientifique au Canada.