Trois choses que vous devriez savoir à propos des fruits et des légumes, de la reproduction des anguilles, et du volcanisme

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Faites connaissance avec Renée-Claude Goulet, Cassandra Marion et Michelle Campbell-Mekarski.

Elles sont les conseillères scientifiques d’Ingenium qui fournissent des conseils d’expertes sur des sujets importants en lien avec le Musée de l’agriculture et de l’alimentation du Canada, le Musée de l'aviation et de l'espace du Canada et le Musée des sciences et de la technologie du Canada. 

Dans cette série mensuelle de billets de blogue colorés, les conseillères scientifiques d’Ingenium présentent trois pépites insolites touchant à leur champ d’expertise. Pour l’édition de février, elles offriront de l’information sur l’Année internationale des fruits et des légumes, la curieuse question de la reproduction des anguilles, et ce à quoi ressemble le volcanisme dans le système solaire. 

2021 : l’Année des fruits et légumes!

L’Organisation des Nations Unies (ONU) pour l’alimentation et l’agriculture a déclaré 2021 l’Année internationale des fruits et légumes! Voilà qui signifie qu’un effort international est déployé pour sensibiliser davantage les gens à l’importance des fruits et légumes pour la sécurité alimentaire, pour notre santé et celle de notre planète.

Le gaspillage alimentaire est un des problèmes que l’ONU souhaite souligner cette année. Un rapport de Second Harvest, un organisme dédié à la récupération alimentaire, indique qu’au Canada, 58% de toute la nourriture produite est gaspillée. Les coupables? Les erreurs de logistique, les mauvais moyens de conservation, les pertes en raison de qualité ou d’esthétique, le transport, et bien d’autres. Les pertes à tous les niveaux se traduisent en gaspillage de ressources naturelles comme l’eau et le sol, qui sont les deux en déclin. Pire encore, la nourriture qui se retrouve dans les dépotoirs relâche du gaz méthane, un gaz à effet de serre qui contribue au réchauffement planétaire.

Alors, que peut-on faire? L’ONU souhaite nous mobiliser à combattre ces problèmes planétaires en mettant en pratique des solutions technologiques et scientifiques. Ce qui signifie qu’il faut trouver des façons de produire nos fruits et nos légumes de façon plus efficace, de solidifier et raccourcir nos chaînes alimentaires, et de réduire le gaspillage alimentaire. Il faut aussi travailler ensemble pour favoriser des politiques qui bâtiront un futur où l’on mange toute la nourriture qu’on produit. 

En tant que consommateurs, une des actions les plus puissantes est de réduire le gaspillage alimentaire à la maison. Par exemple, prendre l’initiative d’apprendre comment conserver les aliments de façon optimale afin qu’ils retiennent leur fraîcheur plus longtemps. Cherchez des recettes « vide-frigo », qui nous permettent d’utiliser les fruits et légumes qui commencent à se gâcher dans notre réfrigérateur. Si vous n’avez pas commencé à utiliser un bac à compost, au lieu de mettre vos déchets alimentaires à la poubelle, l’heure est venue de le faire. 

Au niveau de la chaîne d’approvisionnement, de plus en plus, les avancées scientifiques et techniques permettent aux différents acteurs de mieux préserver les aliments. Parallèlement, les technologies numériques améliorent le suivi et les réseaux de distribution pour les rendre plus efficaces. Enfin, chez les producteurs, les technologies qui font maintenant partie de notre quotidien donnent accès direct aux clients et aux marchés locaux, ce qui permet de fournir des produits plus frais et de réduire les pertes. 

Il y a de quoi être optimiste, donc mettons la main à la pâte. Levez votre verre à la santé d’une année qui portera fruit! 

Par Renée-Claude Goulet

Science fuyante : L’éternelle question de la reproduction des anguilles

La méthode scientifique est le processus chaotique, difficile et magnifique qui nous aide à explorer les observations et à répondre à des questions sur le monde qui nous entoure. Bien des gens pensent que le processus scientifique est une série d’étapes qui mènent, en ligne droite, à une réponse. En réalité, c’est plus comme explorer une jungle : mauvais virages, faux pas et trésors cachés qui, lorsque combinés, mène finalement à la compréhension. Le processus peut être chaotique, mais, lorsque bien réalisé, les réponses ne le sont pas. 

Un parfait exemple de cette complexité est la question de la reproduction des anguilles. On retrouve ces longs poissons sinueux dans l’eau douce des lacs et des rivières partout au monde. Bien que, tout au long de l’histoire, de nombreux scientifiques les ont étudiés (dont Aristote et Sigmund Freud!), aucun d’entre eux n’a été en mesure d’expliquer leur cycle de vie complet. Oui, oui... Les humains ont envoyé des rovers sur Mars et créé l’intelligence artificielle, mais n’ont toujours pas compris les habitudes reproductives des anguilles. 

La méthode scientifique commence toujours par une question. Dans ce cas, comment les anguilles se reproduisent-elles? La prochaine étape vise à recueillir toute l’information que vous avez et à émettre une hypothèse, c’est-à-dire une théorie éclairée sur le fonctionnement de quelque chose. Dans le cas des anguilles, de nombreuses hypothèses ont été formulées au cours du dernier millénaire, dont des théories voulant que les anguilles soient issues de la boue, de la pluie, de coléoptères et de branchies d’autres poissons. Après avoir testé chacune de ces hypothèses, qui se sont révélées fausses, les chercheurs d’anguilles ont dû réajuster leurs hypothèses ou en créer de nouvelles en fonction des nouvelles informations. 

Au fil du temps, les chercheurs ont accumulé de plus en plus de connaissances sur le cycle de vie des anguilles. Ils ont découvert que les anguilles traversent diverses étapes de croissance, semblablement aux humains : bébé, tout-petit, adolescent et adulte. Tout comme les humains, chacune de ces étapes présente une apparence et un comportement différents. Ils ont constaté que les anguilles adultes vivent en eau fraîche, mais les bébés (larves) naissent dans l’océan, puis migrent vers les rivières et les lacs où ils passeront environ les dix prochaines années de leur adolescence et de leur vie adulte. Les populations d’anguilles en Europe et en Amérique du Nord sont en fait originaires du Triangle des Bermudes, un fait qu’un chercheur, Johannes Schmidt, a mis 18 ans à découvrir en chalutant l’Océan atlantique! 

Incroyablement, la dernière étape du cycle de vie d’une anguille, le lieu précis de reproduction des adultes, demeure un mystère. Les chercheurs n’ont pas encore trouvé d’œufs d’anguille, ou réussi à suivre une anguille adulte vers son lieu exact de reproduction. Bien que le cycle de vie complet des anguilles reste incertain, chaque nouvelle découverte a donné lieu à la fois à un portrait plus clair et à plus de questions. Cela fait partie de la beauté chaotique de la méthode scientifique : chaque découverte vient ébranler la question originale, produisant de toutes nouvelles hypothèses, de nouveaux espaces pour la découverte, et une meilleure compréhension de la complexité du monde autour de nous. Et, oui... un jour la méthode scientifique nous révélera aussi où les anguilles se reproduisent. 

Par Michelle Campbell Mekarski

Un volcan en forme de monticule brun texturé un peu flou est au centre d’un fond beige relativement plat. Au milieu du monticule se trouve une série de cratères à fond plat, ou calderas, qui se chevauchent. Il y a également deux cratères d’impact plus petits sur le flanc du volcan.  À la base du volcan se trouve un replat à la forme irrégulière.

Une image en mosaïque couleur du plus gros volcan de Mars, Olympus Mons, obtenue par l’orbiteur Viking 1 en 1978. Le volcan fait 600 km de diamètre et 25 km de haut. Remarquez les calderas au sommet.

Parfois de feu, parfois de glace : Le volcanisme dans le système solaire 

La Terre possède une riche histoire volcanique et des volcans actifs, mais elle n’est pas la seule. Au cours des 40 dernières années, des découvertes réalisées par des engins spatiaux ont établi des preuves d’ancien volcanisme sur toutes les planètes proches du Soleil et sur la Lune terrestre. Des éruptions volcaniques actives et des cryovolcans (volcans de glace) ont également été observés sur plusieurs lunes des confins du système solaire. 

Le volcanisme est un mécanisme qui transfère la chaleur de l’intérieur d’une planète ou d’une lune à la surface à l’aide d’un volcan, lequel fait jaillir de la roche fondue, des cendres et des gaz. Le volcanisme de notre système solaire — Mercure, Vénus, Mars et la Lune — se compare au volcanisme de point chaud sur Terre. Moins fort et moins puissant que les volcans qui se forment aux limites des plaques tectoniques de la Terre, le volcanisme de point chaud se produit lorsqu’un panache de roche fondue s’élève des profondeurs du manteau et génère des fissures, des cônes et des coulées de lave, comme les îles d’Hawaii. On retrouve de géants volcans-boucliers sur Mars, comme Olympus Mons, le plus grand volcan du système solaire qui s’élève à 25 km de haut. Plus de mille édifices volcaniques et de vastes coulées de lave ont été repérés sur Vénus, dont certains sont probablement encore actifs aujourd’hui! Semblablement, les plaines lisses de Mercure sont interprétées comme étant de massives coulées de lave et les zones foncées du côté de la Lune, maria lunaire, étaient jadis des mers de lave basaltique. 

Le volcanisme dans les confins du système solaire est relativement différent à celui des planètes proches du Soleil. Io, la lune de Jupiter, qui est le corps du système solaire dont les volcans sont les plus actifs, possède des centaines de volcans actifs sous forme de géants lacs de lave en fusion. Ces volcans crachent des fontaines de lave et des panaches de soufre en forme de parapluie pouvant atteindre jusqu’à 100 km de hauteur! 

Mis à part Io, le cryovolcanisme domine les confins du système solaire, où de l’eau glacée et l’azote remplacent la roche silicatée à des températures très basses. La lune glacée de Saturne, Encelade, propulse continuellement des particules et de l’eau glacées dans l’espace, formant ainsi l’anneau E nébuleux de Saturne. Ces éruptions glacées peuvent provenir de griffons hydrothermaux sous l’océan recouvert de glace d’Encelade. La lune de Neptune, Triton, possède des plaines de lave glacées et des geysers d’azote, dont les éruptions ont été observées par Voyager 2 en 1989. Des traces d’ancien cryovolcanisme existent même sur les planètes naines, Pluton et Cérès.

De toute évidence, le volcanisme est un processus commun dans l’évolution des planètes. Grâce à plusieurs futures missions d’exploration et à des télescopes pointant vers le ciel, nous continuerons d’en apprendre davantage sur nos voisins planétaires et leurs activités de feu ou de glace. 

Par Cassandra Marion

 

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Renée-Claude Goulet

Renée-Claude est conseillère scientifique au Musée de l'agriculture et de l'alimentation du Canada et enseignante agréée de l'Ontario. Grâce à sa formation en biologie, en éducation et à ses nombreuses années d'expérience dans le développement et la mise en œuvre de programmes et expos au musée, elle a développé une expertise dans la communication de sujets liés à la science et à l'innovation qui sous-tendent la production d'aliments, de fibres et de carburants, auprès de publics variés.  

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Michelle Campbell Mekarski

En tant que conseillière scientifique au Musée des sciences et de la technologie du Canada, Michelle Campbell Mekarski vise à combler l’écart entre la communauté scientifique et le public en rendant les sciences et la technologie intéressantes, accessibles et amusantes. Détentrice d’un doctorat en biologie évolutionniste et en paléontologie, elle possède de nombreuses années d’expérience en conception et en animation d’activités de vulgarisation scientifique. Dans ses temps libres à l’extérieur du Musée, elle enseigne à l’Université d’Ottawa ou à l’Université Carleton, fouille le sol à la recherche de fossiles ou se détend au bord de l’eau.

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Cassandra Marion

Cassandra est la conseillère scientifique du Musée de l'aviation et de l'espace du Canada. Elle est titulaire d'un doctorat en géologie et en science et exploration planétaires. Ses recherches portent sur les cratères d'impact de météorites dans l'Arctique canadien. Elle a plus d'une décennie d'expérience dans le domaine de l'éducation et de la sensibilisation dans l’élaboration et la prestation de programmes scientifiques. Elle se consacre à partager sa passion pour les sciences avec les communautés proches et lointaines, et à améliorer la culture scientifique au Canada.