Archives numériques : Les enfants invités au Canada

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Deux jeunes évacués de Grande-Bretagne à la gare Bonaventure de Montréal, au Québec, en août 1941. Bien des parents craignaient de ne jamais revoir leurs enfants. Certains ne les ont jamais revus. La plupart des enfants ayant quitté l’Angleterre à l’été 1940 ne sont jamais revenus après la guerre.
Deux jeunes évacués de Grande-Bretagne à la gare Bonaventure de Montréal, au Québec, en août 1941. Bien des parents craignaient de ne jamais revoir leurs enfants. Certains ne les ont jamais revus.

À l’occasion de la Semaine de sensibilisation aux archives (du 2 au 8 août), Ingenium met en valeur quelques joyaux de sa collection numérique. Ce texte a été adapté à partir du site Web Histoires en images, développé par le Musée des sciences et de la technologie du Canada en 2006.

 

Dès 1933, avec l’arrivée au pouvoir d’Hitler, le gouvernement britannique a commencé à se préparer pour la guerre contre l’Allemagne. De nombreux Britanniques étaient inquiets, non seulement du bombardement des villes, mais de la menace d’une invasion et d’une occupation militaires de l’armée allemande. La peur d’une invasion faisait croître les préoccupations pour la sécurité et la liberté des enfants britanniques. À partir de 1935, un plan d’évacuation des enfants des grandes villes, comme Londres et Liverpool, pour les envoyer vers les campagnes a été mis en œuvre par des représentants du gouvernement. Lorsque la Grande-Bretagne a officiellement déclaré la guerre à l’Allemagne, en 1939, après la chute de la majeure partie de l’Europe continentale, le danger d’invasion semblait imminent.

Le premier ministre britannique, Neville Chamberlain, a déclaré la guerre à l’Allemagne le 3 septembre 1939. Au cours des premiers jours de septembre, près de 3 000 000 d’enfants britanniques étaient déplacés des grandes villes vers les régions plus rurales du pays. Toutefois, après avoir vu sur des photos et des films sur les horreurs de l’invasion de la Pologne et de la France, de nombreux parents ont décidé d’envoyer leurs enfants dans des pays plus éloignés des zones de guerre.

Au début, les évacuations étaient privées. Les gens s’organisaient avec des parents ou des amis au Canada, en Afrique du Sud, en Nouvelle-Zélande et aux États-Unis. Dans certains cas, des écoles entières étaient transférées dans des endroits pouvant les accueillir. Les entreprises britanniques qui avaient des succursales au Canada ont également mis sur pied des programmes d’échange, comme l’ont fait les universités et les églises. 

Article du Canadian National Magazine, intitulé « Young Guest of Canada Found Much to Thrill ».

Article du Canadian National Magazine, intitulé « Young Guest of Canada Found Much to Thrill ». Photos d’enfants invités sur des trains du CN ainsi que d’un journal de voyage écrit par Betty England, une jeune fille de 13 ans, durant son voyage.

Voyant que la fréquence et l’intensité des bombardements augmentaient, les Britanniques ont compris que l’Allemagne ne ciblait pas uniquement les installations militaires, mais bombardait délibérément des cibles civiles dans le but de terroriser la population. Certains membres du gouvernement britannique ont rapidement commencé à organiser un système pour évacuer les enfants du pays. Le programme, appelé Children’s Overseas Reception Board (CORB), a immédiatement été inondé de plus de 200 000 demandes.

Dans le but de préserver l’objectivité du processus de sélection et d’éliminer toute référence à la classe sociale des candidats, le CORB assumait tous les frais de transport et de subsistance des enfants évacués. Dans les pays hôtes, les familles ont été très nombreuses à répondre à l’appel et les places n’ont jamais manqué pour accueillir les enfants. Cependant, le processus de sélection des familles elles-mêmes posait un problème. On voulait éviter que ne se reproduisent les mêmes abus que ceux du programme d’immigration Petits immigrés anglais. Des organisations ont donc été mises sur pied dans les pays hôtes pour s’en charger, mais le manque de temps et la vaste étendue des régions rendaient le processus un peu aléatoire.

Contre-torpilleurs canadiens en ligne à l’arrière, sortent en mer pour prendre place dans le convoi, vers 1942.

Contre-torpilleurs canadiens en ligne à l’arrière, sortent en mer pour prendre place dans le convoi, vers 1942. Archives d’Ingenium, collection du CN, X-15436

Les premiers navires transportant les enfants invités du CORB ont quitté l’Angleterre en juin 1940 et les traversées se sont poursuivies pendant tout l’été. Le Parlement canadien a voté pour donner aux enfants évacués du CORB le titre d’« enfants invités », afin de souligner qu’ils n’étaient au Canada que pour une courte période. Le gouvernement tenait à ce que les navires quittant Liverpool et Greenock, près de Glasgow, à intervalles irréguliers, se déplacent en convois. Les convois risquaient constamment d’être attaqués par des avions, des navires ou, pire encore, des sous-marins ennemis (les U-Boats).

 

En septembre 1940, le S/S City of Benares, un navire transportant 90 enfants invités du CORB, a été coulé par un U-Boat. Les secours ont été ralentis par une mer déchaînée et seulement 13 enfants ont pu être sauvés; ils ont été trouvés à moitié gelés et accrochés à des canots de sauvetage dans l’Atlantique Nord. Cette tragédie a sonné le glas du programme CORB. Déjà, le cours de la guerre avait changé et l’Angleterre semblait capable de soutenir les attaques des Allemands. La nécessité d’évacuer la population est devenue moins pressante et le nombre d’évacués a baissé graduellement pour cesser complètement à l’été de 1941.

De nombreux enfants sont arrivés sur des bateaux de croisière reconvertis, comme le Canadian Pacific Duchess of York, en photo ici. 

De nombreux enfants sont arrivés sur des bateaux de croisière reconvertis, comme le Canadian Pacific Duchess of York, en photo ici. 

Au cours de sa brève existence, le CORB a évacué 2 664 enfants, dont 1 532 sont venus au Canada. On estime que 6 000 enfants de plus ont été envoyés au Canada grâce à des arrangements privés. Pour ces enfants, cet événement allait changer le cours de leur vie. Après cinq ans dans un foyer étranger, avec une nouvelle famille, dans un autre pays, ils étaient nombreux à avoir passé la plus grande partie de leur vie au sein d’une autre culture. Et bon nombre ont trouvé difficile leur retour en Angleterre, où tout a été rationné pendant des années après la fin de la guerre.

Enfants évacués de la G.-B. arrivant à Montréal, 1941.

Enfants évacués de la G.-B. arrivant à Montréal, 1941.

Ils étaient nombreux à être de jeunes adolescents au moment de leur évacuation et, cinq ans plus tard, ils ont eu beaucoup de difficulté à faire le deuil de leur vie au Canada. Certains enfants, ayant quitté leurs parents alors qu’ils étaient tout-petits, n’avaient aucun souvenir de cette terre éloignée qu’on appelait la Grande-Bretagne ou de leur famille. Un grand nombre des enfants invités ont éventuellement immigré dans leur pays d’accueil et plusieurs autres sont restés en contact avec leur famille d’accueil jusqu’à la fin de leur vie.

La collection de photos du CN à Ingenium documente le parcours en train de certains de ces enfants au Canada et présente de nombreuses autres images de la vie au Canada durant la Deuxième Guerre mondiale.

Auteur
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Kristy von Moos

Kristy von Moos est la Coordinatrice de le projet de gestion des actifs numériques à Ingenium. Kristy est titulaire d’un baccalauréat en histoire et philosophie de l’Université St Thomas, et d’une maîtrise en histoire publique de l’Université Carleton. Elle a travaillé au sein d’entreprises de médias culturels, de recherche et d’expositions virtuelles. Elle adore associer histoire, éducation et technologie.