Photos du célèbre Avro Arrow plus… un distributeur automatique démonté?

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Médias
Ingenium – Musées des sciences et de l’innovation du Canada

À l’occasion de la Semaine de sensibilisation aux archives (du 1er au 7 avril), Ingenium met en valeur quelques joyaux de sa collection numérique.

Imaginez quelle aurait été votre expérience si vous aviez travaillé en coulisse comme photographe commercial chez A.V. Roe Canada. Imaginez à quel point il aurait été intéressant – et important sur le plan historique – de capter des images de l’incroyable Avro Arrow, voué à l’annulation et à la destruction. Qu’est-ce que le photographe commercial aurait capté d’autre?

Inutile de vous creuser la tête, puisque la collection de photos d’A.V. Roe Canada a récemment été ajoutée au portail Archives numériques d’Ingenium. Nous parlerons des photos dans quelques instants, mais voyons d’abord l’historique de l’entreprise.

En 1945, un fabricant britannique du nom de Hawker Siddeley a fait l’acquisition de la société Victory Aircraft, de Malton (Ontario), auprès du gouvernement du Canada et l’a rebaptisée A.V. Roe Canada. L’entreprise a notamment conçu ou construit les modèles CF-100 Canuck, C-102 Jetliner et CF 105 Arrow. En 1962, la société A.V. Roe Canada a été dissoute. En 1993, Hawker Siddeley Canada a fait don de photographies commerciales couvrant la période d’existence d’A.V. Roe à l’établissement qui portait alors le nom de Musée national de l’aviation.

Il y a trois différentes séries de négatifs. La première, la série numérique, figure maintenant dans les Archives numériques d’Ingenium. La série numérique comporte les photos les plus anciennes, mais s’étend jusqu’en 1961. Le premier numéro de cette série est le 028006. Or, la question est de savoir s’il existe des photos antérieures dont Hawker Siddeley n’aurait pas hérité? Les premières photos, sur lesquelles apparaissent des hommes et des femmes en uniforme militaire, datent de l’époque de Victory Aircraft. Elles ont été prises par un photographe qui n’aura laissé que les initiales « G.B. » sur les enveloppes. Des photos ultérieures de 1945 ont été prises par « N.N. », « Bev » ou « L.G. », qui demeurent pour le moment des employés ayant contribué anonymement à la mémoire de l’entreprise. Par l’entremise du bouton de participation du portail Archives numériques, nous sollicitons l’aide de la population pour résoudre des mystères de ce genre. Ces premières photos nous laissent toutefois moins perplexes en ce qui a trait à ce qu’elles représentent, puisque les titres laissés par le photographe sur les enveloppes sont clairs et descriptifs.

Sur les images plus récentes, on ne retrouve aucun titre, aucune date ni aucun nom de photographe. Le seul identifiant est le numéro attribué au négatif. Dans un tel cas, l’information doit être fournie par l’archiviste à la lumière du contenu de la photo ou de son contexte, s’il s’agit d’une plus grande série de photos. L’information fournie de cette façon est présentée entre crochets, pour que l’utilisateur puisse distinguer ce qui provient ou non de la source initiale. Il arrive que l’archiviste n’ait pas eu le temps de chercher ne serait-ce qu’une hypothèse éclairée, auquel cas les photos correspondantes portent la mention [Sans titre].
Nous avons décidé de faire passer le test des photos « sans titre » à l’une de nos spécialistes du domaine, Erin Gregory, conservatrice adjointe au Musée de l’aviation et de l’espace. Elle a analysé deux photos reproduites ci-dessous, sur lesquelles l’archiviste avait initialement inscrit la mention [Sans titre]. Elle a réussi à trouver des titres, mais il lui aura fallu investir du travail et du temps dans la bibliothèque du musée.

La première étape, dans le cadre d’un tel exercice, est d’identifier l’avion. Or, dans ce cas-ci, il s’agit d’un CF-100 et probablement d’un Mk. IV. J’ai ensuite regardé les marquages. La queue de l’avion porte le numéro 18188. Même si la cocarde de l’Aviation royale canadienne (ARC) y figure, j’ai observé que le CF-100 ne portait pas les initiales ARC et n’avait aucun indicateur d’escadron. Peut-être que l’appareil était destiné à servir au sein de l’ARC, mais qu’il n’avait pas encore été porté à l’effectif des Forces aériennes. À la lumière de cette constatation, jumelée à une publicité d’Avro où figure le même numéro de queue, je me suis demandé si ce CF-100 en particulier n’était pas un banc d’essai ou un appareil expérimental pour l'entreprise. C’est alors que je me suis tournée vers les livres. J’ai consulté les ouvrages The Avro CF-100, de Larry Milberry et Canadian Military Aircraft, de John A. Griffin. Le livre de Milberry renferme une photo du même avion et la légende identifie 18188 comme étant « l’un des CF-100 d’armement et d’évaluation d’Avro. » Il était probablement utilisé pour effectuer des essais de tirs de roquettes. Porté à l’effectif de l’ARC en 1954, il en a été radié en 1958. Comme la photo fait partie de la collection de Hawker Siddeley, elle aurait vraisemblablement été prise entre 1952 et 1954.

Cette image est intéressante et comporte de nombreux éléments différents. En misant sur la haute qualité de l’image, j’ai d’abord zoomé sur les deux boîtes à l’avant-plan, ce qui m’a permis de repérer le logo d’Orenda sur ces deux éléments. Le logo en soi indique que l’image a été prise après 1954, l’année où la société mère d’Avro, Hawker Siddeley, a réorganisé la division des turbines au gaz d’Avro pour en faire Orenda Engines. Il est un peu plus difficile de déterminer une date limite ultérieure. La grande boîte est une caisse pour un moteur de démonstration et la petite caisse est destinée à contenir des panneaux d’exposition. Les deux boîtes voyageaient donc sans doute ensemble dans divers salons et expositions. L’image n’a certainement pas été prise dans ces contextes, alors les caisses sont probablement en entreposage sur cette photo. Au milieu, on aperçoit des douzaines de chambres de combustion vraisemblablement utilisées dans les moteurs Orenda. Les étagères à l’arrière-plan de la photo semblent abriter différentes pièces et composantes. Il s’agit donc probablement d’une photo d’entrepôt, mais puisqu’Orenda avait deux installations (une à Malton et l’autre à Nobel), il est impossible de déterminer l’emplacement exact de cette aire d’entreposage.
Le travail quotidien des photographes commerciaux chez A.V. Roe Canada allait du mondain au sublime. Un photographe commercial devait prendre les photos de passeport des employés d’A.V. Roe. Il devait aussi prendre des photos d’un… distributeur automatique démonté? Du moins, c’est ce qu’en a déduit l’archiviste à l’origine du titre. Par contre, il y a des photos des premiers vols de l’Avro CF-105 Arrow, enregistrement RL-201. L’enthousiasme de cette journée et la fierté qui ressort des images captées sont éloquents dans l’exemple suivant : une image d’employés d’Avro parmi une foule observant le vol a été prise par un photographe commercial anonyme et intitulée : « Un autre groupe d’employés d’Avro – Génial! »
Dans leur empressement chez A.V. Roe, les photographes commerciaux n’avaient pas toujours le temps de revenir indiquer un titre ou une date sur un négatif. Nous avons maintenant la mission de contribuer à trouver le contexte des moments qu’ils ont captés sur pellicule. Jetez-y un coup d’œil et dites-nous si vous pouvez nous aider!
Auteur(s)
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Adele Torrance

Adele Torrance est l’archiviste d’Ingenium – Musées des sciences et de l’innovation du Canada.

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Erin Gregory

Erin Gregory adore susciter l’intérêt du public par le récit dans son rôle de conservatrice adjointe au Musée de l’aviation et de l’espace du Canada. Elle cherche toujours à présenter de l’information historique de façon nouvelle et intéressante, et travaille présentement à élaborer des stratégies pour miser sur le jeu vidéo afin de promouvoir la collection et de diffuser les connaissances à de nouveaux auditoires. Mme Gregory a piloté la réalisation de plusieurs expositions et produits numériques, dont Les tout débuts de l’aviation, Vivre en orbite, L’expérience Académie de Starfleet, L’Académie des as (Escadrille noire et Ciels blindés), et Ciels blindés DX (pour la Switch de Nintendo). Ses domaines d’intérêt comprennent l’aviation et la fabrication d’aéronefs au Canada pendant la Première Guerre mondiale, le Programme d’entraînement aérien du Commonwealth, les femmes dans l’aviation canadienne, le contrôle de la circulation aérienne au Canada, l’Arrow d’Avro, et l’histoire des vols spatiaux habités. Mme Gregory a obtenu sa maîtrise ès arts en histoire canadienne à l’Université Memorial, son baccalauréat ès arts en histoire et en anglais à l’Université McMaster, et un diplôme postdoctoral en gestion des ressources culturelles à l’Université de Victoria. Dans ses temps libres, elle aime confectionner et décorer des gâteaux et passer de bons moments en famille.