La fondation et la construction de l’Observatoire fédéral, partie 1

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Ingenium – Musées des sciences et de l’innovation du Canada
L’observatoire fédéral, lieu historique de la lunette astronomique de 15 pouces du Musée, et de l'Édifice de la photo équatoriale qui abritait l’astrograph de J.A. Brashear (à droite).

Avant propos

Cet aperçu de collection fut rédigé par Randall Brooks en 2005 pour commémorer le 100e anniversaire de l’Observatoire fédéral. Il sera publié chaque semaine sous forme d'une série d'articles en quatre parties.

L’Observatoire demeure aujourd’hui une pièce d’intérêt sur le terrain du Lieu historique national du Canada de la Ferme-Expérimentale-Centrale situé à quelques pas du Musée de l’agriculture et de l’alimentation du Canada, à Ottawa. La lunette astronomique de 15 po y est restée le principal instrument, de 1905 jusqu’à ce qu’elle soit déplacée au Musée, en 1974.

Beaucoup de choses se sont passées depuis la publication de l’article. En 2014, le Musée des sciences et de la technologie du Canada a temporairement fermé ses portes, et en 2016, la lunette astronomique de l’Observatoire fédéral a été retirée de l’observatoire Helen-Sawyer-Hogg du Musée. Le nouveau Centre de conservation des collections d’Ingenium se trouve maintenant sur l'ancien site de l'observatoire.

Le projet de renouvellement du Musée a été complété en 2017, et le nouveau MSTC a depuis rouvert ses portes sous les acclamations d’un public enchanté. Dans l’exposition Les mondes cachés, l’installation Un seul ciel, beaucoup d’astronomies présente la perspective et les modes de pensée autochtones, qui prennent appui sur des centaines d’années d’observation du ciel nocturne par les astronomes des premiers peuples. Plusieurs télescopes sont désormais exposés, dont certains pour la première fois. La lunette astronomique de 6 po de Cooke & Sons, installée en 1882 à l’Observatoire magnétique et météorologique de Toronto et maintenant merveilleusement restaurée occupe une place centrale dans l’exposition, tout comme le télescope photographique Brashear de l’Observatoire fédéral. En 2018, une petite équipe de restaurateurs d’Ingenium a reçu un prix de l’Association des musées canadiens pour son travail exceptionnel du Projet de restauration de la lunette Cooke & Sons.

La lunette astronomique de 15 po de l’Observatoire fédéral est aujourd’hui préservée en toute sécurité dans l’espace d’entreposage à long terme des Musées Ingenium. Nous espérons qu’un jour, l’équipe de restaurateurs sera en mesure d’effectuer les travaux nécessaires pour redonner à cet instrument d’importance nationale sa splendeur original. C’est alors qu’il pourra reposer aux côtés du Cooke & Sons et des nombreux instruments astronomiques dont il est question dans l’article, tous des symboles d’une des disciplines scientifiques les plus brillantes du Canada.

Michel Labrecque, Conservateur adjoint

novembre 2018


« L’Observatoire fédéral est un édifice fédéral du patrimoine classé en raison de son importance historique et de sa valeur architecturale et environnementale ».

Lieux patrimoniaux du Canada


 

La fondation et la construction de l'Observatoire fédéral, partie 1

Introduction

Au Canada, l’astronomie fait partie de la vie depuis des centaines, si ce n’est des milliers d’années. Les Ojibwés du nord-ouest de l’Ontario, du Manitoba et de la Saskatchewan comptaient parmi eux des chefs spirituels qui avaient une connaissance spéciale des étoiles et des planètes, qu’ils utilisaient pour guider les activités quotidiennes de leurs tribus respectives. Plus à l’ouest, en Alberta, les Pieds-Noirs ont laissé des traces de leur utilisation probable des étoiles et du Soleil. Il s’agit d’indications sous forme de cercles d’influences. Ces structures de pierre, disposées sur un paysage autrement sans caractère, ont des rayons qui semblent s’aligner avec certaines étoiles ou certains groupes d’étoiles. Il se peut que ces rayons aient aidé les autochtones qui voyageaient à s’orienter.

Les explorateurs européens des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles devaient eux aussi se fier au Soleil, à la Lune et aux étoiles pour traverser l’Atlantique, se diriger vers l’Amérique du Nord et circuler sur le continent. Grâce à leurs connaissances en astronomie, ils ont commencé à cartographier le territoire et les rivières pour faciliter leurs déplacements, à indiquer les risques naturels encourus sur leur route, et à promouvoir la colonisation. Jusqu’à tout récemment, l’astronomie était indispensable à la navigation, l’arpentage et a cartographie.


Premiers observatoires au Canada

La toute première structure conçue pour servir d’observatoire au Canada a été construite à Louisbourg, au cap Breton. Mais elle a été utilisée seulement un an, avant que l’astronome Joseph Bernard Chabert ne retourne en France, en 1751. Aux XVIIIe et XIXe siècles, l’armée britannique, principalement la Royal Navy, faisait des observations astronomiques afin d’améliorer les cartes hydrographiques de l’est et du centre du Canada. Plusieurs observatoires ont aussi été construits sur des campus universitaires, le premier étant celui que l’Université du Nouveau-Brunswick a érigé pour l’enseignement de la navigation, de l’arpentage et des phénomènes naturels en 1851. À la fin du siècle, l’astronomie était devenue une discipline scientifique à part entière.

Après la confédération de 1867, les activités astronomiques gouvernementales au Canada étaient principalement menées par des arpenteurs qui tentaient de déterminer la différence de longitude entre leur emplacement et Greenwich, en Angleterre, ou Cambridge, au Massachusetts. C’était un exercice ardu qui exigeait de bons instruments astronomiques et des tables très précises de la position des corps célestes. Ces arpenteurs ont été embauchés par la Commission géologique du Canada (fondée en 1841), les Levés hydrographiques (années 1880), les Levés topographiques (années 1880) et les Levés géodésiques du Canada (1909). Ces astronomes ou arpenteurs ont, entre autres choses, établi les frontières entre les États-Unis et le Canada, et entre les provinces.

Lunette zénithale de Troughton & Simms

Lunette zénithale qui fut utilisé dans le cadre du programme d'Arpentage des terres fédérales de l'Ouest canadien.


Une lunette zénithale d’importance historique, 1872

Manufacturier : Troughton & Simms, Londres

Inscriptions : « T.S. 394 » et sur la base « Fo. 1 »

Ouverture : 2 1/2 pouces

Longueur focale : 28 pouces

Source : Énergie, Mines et Ressources Canada

No. d'artéfact 1972.0376

Un des plus anciens instruments de la collection du Musée associés aux activités d'arpentage est cette lunette zénithale. Fabriquée par l’une des premières entreprises britanniques d’instruments, Troughton & Simms, la lunette servait à effectuer des calculs au moment où les étoiles passaient près du zénith, le point situé directement au-dessus de l’astronome. Un tel instrument permettait de déterminer la latitude d’un endroit et, à l’aide d'un chronomètre indiquant l’heure exacte d’un lieu connu (Ottawa, Greenwich ou Cambridge), d’en déterminer la longitude. C’est cette lunette zénithale qu’on a employée lors de l’arpentage du 49e parallèle, entre l’ouest du Canada et les États-Unis.


 

L’observatoire de la rue Cliff

Dans les années 1880, on a construit l’observatoire de la rue Cliff (près de l’emplacement actuel de la Cour suprême du Canada, sur la rue Wellington, à Ottawa) afin d’abriter des lunettes de passage (1976.0300) et des horloges de précision pour déterminer l’heure et de servir de point de référence pour les arpenteurs. Mais en 1898, l’un des astronomes, Otto Klotz, s'est mis à rêver d’une installation de grande envergure, un « observatoire national ».

L’observatoire de la rue Cliff

L’observatoire de la rue Cliff, surplombant la rivière des Outaouais, près de la colline du Parlement, vers 1900.

Lunette de passage Cooke & Sons

La lunette de passage à l'Observatoire de la rue Cliff.

Lunette de passage, vers 1890

Manufacturier : Cooke & Sons, Londres

Source : Énergie, Mines et Ressources Canada

No. d'artéfact 1976.0300

Cette lunette de passage fut utilisé à l'Observatoire de la rue Cliff de (vers) 1890 jusqu'à son déménagement à l'Observatoire fédéral en 1905.

Otto Klotz, vers 1910

Otto Klotz (1852-1923) verra sa vision se réaliser en tant qu'un des astronomes fondateurs de l'Observatoire fédéral. 


Galleries d'artéfacts


Lectures additionelles (en Anglais seulement)

Arthur Covington, A Zenith Telescope of Historical Interest, Journal of the Royal Astronomical Society of Canada, Vol. 55, No. 6, 1961.

John H. Hodgson, The Heavens Above and the Earth Beneath: A History of the Dominion Observatories, Energy, Mines and Resources Canada, 1989.

Richard Jarrell, The Cold Light of Dawn: A History of Canadian Astronomy, University of Toronto Press, 1988.

Otto Klotz, The Dominion Astronomical Observatory at Ottawa, Journal of the Royal Astronomical Society of Canada, Vol. 13, No. 1, 1919.


 

Le terrain près de l'observatoire Helen Sawyer Hogg lors de l'événement du Transit de la planète Vénus, le 7 juin 2012.

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Randall Brooks

Randall Brooks, ancien conservateur et vice-président émérite, Collections et recherche, Ingenium, a pris sa retraite en 2011. Il possède un doctorat en histoire de l'astronomie de l'Université de Leicester. Randall est membre associé du programme HOST à l’Université du King's College et associé de recherche au Musée maritime de l'Atlantique, tous deux situés à Halifax, en Nouvelle-Écosse. 

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Michel Labrecque

Michel Labrecque est Conservateur adjoint aux Musées Ingenium. Depuis son arrivée à la Direction de collection et recherche en 2010, M. Labrecque a participé au développement de collections dans le domaine des sciences physiques, de la medicine, des communications, et les effors de les rendres à la fois accessibles et numériques. En tant que membre de l'équipe impliquée dans le renouvellement du Musée des sciences et de la technologie du Canada, Michel a co-organisé l'exposition Mondes cachés. M. Labrecque apporte également plus de 25 années de travail muséologique en astronomie et dans la programmation publique, ayant mis au point de nombreux matériels pédagogiques, programmes, camps et événements spéciaux, destinés à un large éventail de publics. Il est très fier du travail d'équipe associé à la réouverture du nouveau musée, et de son rôle mineur dans la restauration de la lunette astronomique Cooke & Sons datant des années 1880.