En coulisses : mises à jour de l’aire d’exposition sur la Première Guerre mondiale

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Musée de l’aviation et de l’espace du Canada
Vue en plongée de l'aire d’exposition sur la Première Guerre mondiale.

Comment le personnel du Musée choisit-il la prochaine exposition qui sera mise à jour? Quels changements simples peuvent rendre une exposition plus invitante et plus pertinente pour les gens qui viennent au Musée  de nos jours? Jetez un coup d’œil en coulisses sur le travail de préparation dernière les récentes mises à jour de l’aire d’exposition sur la Première Guerre mondiale du Musée de l'aviation et de l'espace du Canada.

Pour le Musée de l’aviation et de l’espace du Canada, la Fête du Canada est l’événement le plus important de l’année : celui où nous accueillons généralement le plus grand nombre de visiteurs. Et nous sommes heureux d’annoncer qu’ils étaient plus de 8 700 cette année, en ce 1er juillet ensoleillé. À cette occasion, on peut souvent observer du nouveau dans les expositions parmi l’agitation des familles et les hordes de pilotes hauts comme trois pommes coiffés de casques créatifs faits à la main. Cette année, les visiteurs ont peut-être constaté certains changements dignes d’intérêt dans l’aire d’exposition sur la Première Guerre mondiale. Ce projet est le plus récent d’une série de soi-disant « mises à jour discrètes » (soi-disant parce que j’ai inventé le terme pour cet article).

Comme planificatrice de l’interprétation pour le Musée, je compte parmi les discrètes mises à jour celles que financent les musées à même leur budget d’entretien. Ces retouches ne font pas l’objet d’une promotion publique particulière ni d’un lancement officiel. Elles apparaissent tout simplement, discrètement, sur le plancher d’exposition. Ces nouvelles venues ne suscitent pas le même enthousiasme que les nouvelles installations ou que les superproductions – qui n’aime pas un projet flambant neuve? –, mais elles n’en sont pas moins essentielles pour nous qui cherchons sans cesse à garder nos expositions permanentes à jour et intéressantes. Au cours des dernières années, nous avons ainsi discrètement remis à jour l’aire sur les débuts de l’aviation (2015) et l’installation sur le Silver Dart, qui met en lumière le premier aéronef à avoir volé au Canada (2017). Nous avons aussi créé discrètement l’exposition « Le Canada dans l’espace » (2018).

Photographie du Musée du Fokker D.VII.

Le Fokker D.VII, récemment photographié au Musée. Remarquez son extraordinaire motif de camouflage, destiné à confondre l’ennemi, plutôt qu’à cacher l’appareil.

Retour du Fokker D.VII

Dans l’équipe qui conçoit les expositions, chacun souhaite ardemment mettre à jour plusieurs sections du musée; c’est vrai des gestionnaires de projets, des conservateurs ou de moi, planificatrice de l’interprétation. Si seulement le budget était illimité… Mais il ne l’est pas. Par conséquent, les projets de remise à jour sont normalement lancés pour des raisons stratégiques. Souvent, un événement ou une occasion qui se présente fait passer un élément devant les autres. Dans le cas présent, le Fokker D.VII du Musée venait de rentrer au Canada. Cet avion de chasse allemand de la Première Guerre mondiale est bien connu des amateurs partout sur la planète. Celui du Musée a été restauré en Nouvelle-Zélande par The Vintage Aviator, entreprise appartenant à sir Peter Jackson (renommé pour Le Seigneur des anneaux). Nous avions hâte d’installer l’aéronef en salle d’exposition et de permettre aux visiteurs de le voir « en chair et en os », pour ainsi dire.

Toutes les mises à jour discrètes du Musée ont le même objectif : accroître la clarté. À l’ouverture des installations actuelles, en 1988, le Musée s’est fait remarquer par ses innovations graphiques. Il n’en reste pas moins, toutefois, qu’à cette époque, les musées de l’aviation suivaient généralement une formule très simple en matière d’interprétation : placer l’avion, et apposer la plaque. Les données que fournissait la plaque intéressaient surtout les experts et les amateurs bien informés. Les détails techniques y étaient à l’honneur, car on présumait que les visiteurs connaissaient déjà l’histoire générale. Mais la muséologie a changé au cours des 31 dernières années, et la clientèle des musées aussi. Certains panneaux d’exposition arrivent à la fin de leur vie utile, et nous en profitons pour raccourcir les textes, augmenter la taille de l’écriture, éliminer le jargon inutile et ajouter des images. Ces améliorations, nous l’espérons, aideront à capter l’intérêt d’un public toujours changeant pour les 30 prochaines années.

Le tour de la question en quatre thèmes

En réaménageant l’aire d’exposition sur la Première Guerre mondiale, les conservateurs et moi avons surtout réfléchi à ce qui rend chaque avion exposé vraiment significatif. Nous avons ensuite examiné la corrélation entre ces points pour évoquer l’histoire plus générale de l’aviation durant la Première Guerre mondiale. Quatre grands thèmes ont émergé de cet exercice.

  • Des armes ailées : l’émergence de l’avion comme outil militaire et son évolution vers des usages précis, comme l’observation, les bombardements et les combats aériens.
  • L’avion moderne prend forme : de l’avion fragile en bois et en toile du début des années 1910 jusqu’aux structures robustes en métal auxquelles on pense aujourd’hui.
  • L’expérience des équipages : la difficulté du pilotage dans l’habitacle ouvert des premiers avions et les raisons expliquant le faible taux de survie parmi les membres de l’équipage.
  • Le front intérieur du Canada : la place du Canada dans l’entraînement militaire et la fabrication d’avions.
Aquarelle très détaillée du Farman Shorthorn S.11 sur fond blanc.

Aquarelle illustrant le Farman Shorthorn S.11 du Musée, l’un des premiers avions de guerre. La structure des avions et les matériaux dont ils étaient faits ont évolué de façon stupéfiante au cours de la Première Guerre mondiale.

Ces thèmes ont guidé la rédaction des nouveaux textes et l’interprétation des nouvelles images destinés aux principaux panneaux portant sur les avions. Chacun des avions exposés illustre au moins l’un de ces thèmes. Par exemple, le Junkers J.1 est le premier avion tout en métal (et nous possédons le seul exemplaire qui existe encore). Nous montrons aussi le JN-4 Canuck, un avion d’entraînement fabriqué à Toronto, et le Sopwith Snipe, le type d’avion que maniait le célèbre pilote de chasse William Barker dans le combat contre quatre vagues de Fokker qui lui a valu sa Croix de Victoria. Le Maurice Farman S.11 Shorthorn offre un autre exemple intéressant : ce grand avion, qui ressemble à certains des premiers engins volants, fait le pont avec le passé. Les thèmes clés sont aussi présentés sur de nouveaux panneaux autoportants et s’accompagnent de photos historiques et de reproductions d’œuvres créées par d’illustres peintres de l’air.

Des employés du Musée prennent un égoportrait devant le Fokker D.VII.

En visite du Fokker D.VII tout juste revenu au Musée dans l’aire de conservation avec nos conservateurs Erin Gregory (à gauche, portant une super tuque) et Rénald Fortier (à droite, perplexe devant la popularité des égoportraits). La photo a été prise la journée annuelle du chandail de Noël.

L’un des objectifs de ces discrètes mises à jour est qu’elles s’intègrent naturellement à l’environnement existant. Lorsque nous renouvelons un panneau ici et là, ou même une aire d’exposition complète, comme celle sur la Première Guerre mondiale, nous nous efforçons d’assurer que l’ensemble est harmonieux. Nous voulons que les images et les récits attirent votre attention, pas seulement l’élément de nouveauté. Toutefois, maintenant que vous avez lu cet article, j’espère secrètement que vous remarquerez certaines de ces discrètes mises à jour lors de votre prochaine visite.

Auteur(s)
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Erin Poulton

Erin Poulton est Agente d’interprétation des expositions (ou planificatrice de l’interprétation) au Musée de l’aviation et de l’espace du Canada. Diplômée de l’Université d’Ottawa en 2006, elle est titulaire d’un baccalauréat en anglais et en histoire, d’une maîtrise en histoire du Canada et d’un baccalauréat en éducation. Elle travaille en muséologie depuis 2000 et se plaît à trouver des façons efficaces et divertissantes de transmettre au public des récits sur l’histoire de l’aviation et de l’exploration spatiale au Canada.