Ouvrir une fenêtre numérique sur notre mode de vie

Il y a 50 ans, les Canadiens discutaient beaucoup des missions Apollo sur la Lune et des perspectives d’avenir des voyages dans l’espace, mais pas tellement de l’état de l’eau ou de la pollution de l’air. Aujourd’hui, on entend beaucoup moins parler des autres planètes que de la situation environnementale de la nôtre. Une grande partie des discussions actuelles exprime frustration et détresse par rapport à la possibilité que tous les progrès technologiques qui nous permettent de visiter d’autres mondes ont peut-être causé des dommages irréparables à la seule planète que nous pouvons habiter.

Ces progrès ont introduit des innovations, comme des engrais industriels pour nourrir un nombre sans précédent de personnes et des méthodes de traitement chimiques qui ont réduit le coût des aliments, les rendant ainsi plus accessibles que jamais. Nous avons également développé des outils scientifiques puissants pour mesurer et évaluer comment ces innovations peuvent affecter la qualité de notre eau potable ou de l’air que nous respirons. Ces outils ne sont plus exclusivement réservés aux spécialistes hautement qualifiés. Ils se retrouvent maintenant dans les cellulaires, les tablettes et les ordinateurs de bureau, et nous offrent à tous une passerelle pour comprendre les changements prenant place dans notre environnement ainsi que les causes de ces changements.

L’Inventaire national des rejets polluants (INRP) du gouvernement fédéral est l’un des principaux exemples de cette capacité. Il s’agit d’une base de données compréhensive qui remonte à 1993. Cette même année, le World Wide Web devenait un système disponible au public[1]. À l’époque, l’idée d’un « navigateur Web » était pratiquement inconnue et le contenu du INRP était distribué sur des disques compacts-ROM. Aujourd’hui, toute personne ayant un accès Internet peut simplement visiter canada.ca/npri/ pour explorer ce répertoire.

Diverses façons dont l’INRP contribue à protéger l’environnement

Offrir des connaissances aux Canadiens pour les autonomiser

Le site Web vous présenter le « qui, quoi et où » de centaines de différents produits chimiques produits par des milliers d’installations au Canada. Bien qu’il ne collecte pas de données sur toutes les formes de pollution et leurs sources, il s’agit d’un moyen simple et accessible d’autonomiser les Canadiens à l’aide de connaissances sur la façon dont la pollution affecte leurs collectivités.

Le site Web de l’INRP offre une fenêtre de recherche polyvalente[2] qui permet de faire des requêtes spécifiques : repérer des polluants particuliers et en apprendre davantage sur leurs propriétés physiques; trouver la source de ce polluant, particulièrement le type d’industrie qui l’utilise et même les entreprises qui le produisent; cerner les polluants près de tout emplacement au Canada simplement à l’aide d’un code postal. Les archives de l’INRP permettent par-dessus tout d’observer tout changement ayant eu lieu au fil des ans, comme si les émissions d’un polluant ont augmenté ou diminué, en plus du nombre d’endroits où on produit ce polluant.

Le terme « pollution » évoque des images d’installations industrielles lourdes, comme les aciéries, l’INRP affiche toutefois toutes sortes d’exploitations commerciales qui libèrent un produit chimique d’intérêt dans l’air, l’eau ou la terre. De nombreux secteurs qui ne sautent pas immédiatement à l’esprit sont également compris, comme des usines qui transforment les produits agricoles en aliments que l’on retrouve sur les tablettes des épiceries. Des produits familiers, comme des biscuits ou des céréales, commencent tous leur vie dans des installations commerciales de cuisson à grande échelle, dont les cheminées laissent échapper au minimum des particules de suie. Ces installations doivent être équipées de filtres et d’épurateurs pour empêcher des substances comme les oxydes d’azote de s’échapper dans l’atmosphère. Ces entreprises peuvent également émettre d’autres polluants, comme des composés organiques volatils qui sont également documentés dans l’INRP.

Constater l’impact de notre mode de vie

L’exploration de cette immense base de données est un moyen de mettre en perspective l’impact de notre mode de vie sur notre environnement. Par exemple, la réputation mondiale du Canada en tant que puissance agricole dépend d’une capacité à cultiver d’importants volumes de produits agricoles dans la terre, laquelle est régulièrement enrichie d’engrais fabriqués dans différentes usines au pays. Il est possible d’obtenir les détails des polluants associés à ce genre de travail en entrant le nom des usines dans le moteur de recherche de l’INRP. Cette information peut également être présentée en formats de base de données standards, comme Excel de Microsoft, ou sur des cartes qui interagissent avec la populaire application Google Earth.

En vertu de la Loi canadienne sur la protection de l’environnement, quelque 8 000 entreprises au pays doivent maintenant présenter un rapport annuel sur les polluants qu’elles émettent. Chaque nouvel ensemble de données devient partie intégrante de l’INRP, qui ne cesse ainsi de croître depuis l’adoption de la loi en 1987.

Il s’agit de renseignements publics puissants, de l’expression de la plus récente et de la plus importante d’une tendance ayant commencé il y a plusieurs dizaines d’années, lorsque ces mêmes atterrissages sur la Lune ont modifié pour toujours notre perception de l’environnement. Comme des touristes en route vers une nouvelle destination, les astronautes ont pris des « clichés » à partir des fenêtres de leur astronef. Ce sont les premières photos que quiconque ait jamais prises de notre planète entière, isolée et entourée d’une noirceur vide. Il est devenu immédiatement clair à tous que nous vivons dans un système fermé, qui contient non seulement de l’eau, de l’air et de la terre (éléments qui soutiennent la vie), mais également des sous-produits de notre civilisation industrielle, y compris de nombreux produits chimiques que nous considérons maintenant comme de la pollution nocive.

Ces images ont confirmé une vérité inconfortable : nous coexistons avec tous ces produits chimiques. Il n’y a aucun autre endroit où ils peuvent aller... et nous non plus. Si ces substances nous nuisent, alors nous devons trouver des façons de les éliminer ou de les contrôler. À cause de ces conséquences négatives, les gouvernements et les organisations scientifiques partout dans le monde ont pris des mesures de plus en plus ambitieuses pour surveiller ces nombreuses substances différentes, particulièrement celles pouvant poser une menace à la santé humaine[3].

Assurer une responsabilité environnementale

Enfin, les renseignements sur des milliers de produits industriels différents étaient compilés et partagés internationalement, souvent dans le but de restreindre ou du moins de surveiller de près ceux qui étant considérés particulièrement dangereux. Certains, comme le diphényle polychloré (BPC) utilisé pour diverses applications (p. ex., fluide hydraulique), se sont révélés être tellement toxiques qu’on en a interdit la production. D’autres sortes de substances sont encore disponibles et les entreprises peuvent les utiliser dans leurs activités, mais seulement sous certaines conditions imposant des règles et la présentation de rapports à des autorités indépendantes.

Même si divers pays ont adopté différentes approches pour communiquer leurs stratégies de gestion environnementale au public, l’INRP ressort comme étant un portail principal pour cette initiative au Canada. Dans la même mesure que nous portons peut-être attention à la quantité de plastique que nous jetons dans les poubelles à la maison ou à recycler notre tasse de café pour emporter, l’INRP impose une prise de conscience semblable, mais à beaucoup plus grande échelle, pour évaluer l’impact environnemental des entreprises canadiennes qui sont au coeur de notre économie et de notre qualité de vie.


[1] https://web.archive.org/web/20090813032723/http://tenyears-www.web.cern.ch/tenyears-www/Welcome.html

[2] https://pollution-dechets.canada.ca/inventaire-national-rejets/archives/index.cfm?lang=Fr

[3] https://www.bbc.com/news/science-environment-18315205

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Tim Lougheed

Rédacteur et réviseur indépendant à temps plein depuis 1991, M. Lougheed a rédigé des centaines d’articles pour des publications spécialisées et généralistes au Canada et à l’internationale. Il révise également Canadian Chemical News, une revue publiée par l’Institut de chimie du Canada. M. Lougheed est l’ancien président de Science Writers and Communicators of Canada, une organisation nationale comptant plus de 600 membres partout au pays. Il a commencé sa carrière en tant que journaliste auprès des quotidiens Windsor Star et Sault Star, puis a occupé un poste de rédacteur scientifique à l’Université Queen’s. M. Lougheed a étudié les sciences, l’histoire des sciences et le journalisme, et a obtenu des diplômes de l’Université Western, l’Université de Toronto et l’Université Queen’s.

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