L’abc des allergies alimentaires : ce que tout parent devrait savoir

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Si vous avez un enfant d’âge scolaire au Canada, il y a de fortes chances que vous ayez dû réfléchir à deux fois à d’éventuelles réactions allergiques à des aliments — même si votre propre enfant ne souffre d’aucune allergie. Peut-être avez-vous déposé votre enfant à l’école avec un sandwich ou une collation et appris plus tard que, malgré vos bonnes intentions, cet aliment a pu exposer un camarade de classe à un risque de réaction allergique grave. Durant l’organisation d’une fête d’anniversaire ou après une invitation à venir lancée à des copains de votre enfant, il se peut même que le parent d’un enfant allergique ait communiqué avec vous afin de vous faire part d’instructions particulières pour vous aider à servir des aliments sans danger.

Dans les faits, 6,9 % des enfants et 7,7 % des adultes au Canada déclarent avoir des allergies alimentaires[1], et un Canadien sur deux connaît une personne qui souffre d’une allergie alimentaire grave[2].

Comme la plupart des réactions allergiques mortelles d’origine alimentaire sont causées par des aliments consommés à l’extérieur de la maison[3], il est primordial que tout le monde comprenne bien en quoi consistent les allergies et les mesures à prendre pour préparer des repas sans danger, afin qu’on puisse manger et partager de la nourriture l’esprit tranquille.

Qu’est-ce qu’une allergie alimentaire?

Le système immunitaire protège le corps en détectant et en détruisant les microbes, mais il s’attaque parfois par erreur à des éléments inoffensifs. Quand on souffre d’une allergie alimentaire, le corps confond les aliments inoffensifs avec une substance qui pourrait le rendre malade. Le système immunitaire réagit en produisant des protéines défensives (anticorps), qui attaquent les protéines alimentaires allergènes chaque fois qu’on consomme ou qu’on entre en contact avec ces aliments. Les substances chimiques libérées par ce processus peuvent par exemple provoquer une éruption cutanée légère ou même un essoufflement. Dans les cas les plus graves, les réactions allergiques peuvent même s’avérer mortelles.

Les substances le plus fréquemment associées aux allergies alimentaires et aux réactions de type allergique sont souvent appelées allergènes alimentaires prioritaires.

La liste canadienne des allergènes prioritaires comprend ces aliments :

  • Arachide
  • Noix : amandes, noix du Brésil, noix de cajou, noisettes, noix de macadamia, pacanes, pignons, pistaches et noix de Grenoble
  • Lait
  • Œuf
  • Poissons, crustacés et mollusques
  • Sésame
  • Soja
  • Blé et triticale
  • Moutarde
  • Sulfites

Santé Canada offre aux consommateurs de l’information en ligne sur la liste canadienne des allergènes alimentaires prioritaires.

Facteurs de risque : qui est susceptible de développer une allergie alimentaire et pourquoi?

La raison exacte de la persistance des allergies alimentaires dans les pays occidentaux demeure inconnue, mais plusieurs facteurs génétiques et environnementaux semblent être en cause. Tout d’abord, la génétique pourrait jouer un rôle important dans le développement des allergies alimentaires; on est davantage prédisposé aux allergies si elles sont courantes dans la famille. D’autres problèmes de santé, comme d’autres allergies, l’asthme ou l’eczéma, peuvent également accroître la vulnérabilité aux allergies alimentaires.

« L’eczéma atopique, ou dermatite atopique, est un important facteur de risque, explique le Dr Sébastien La Vieille, conseiller scientifique principal à Santé Canada. On constate qu’il existe un lien entre l’eczéma chez les nourrissons et le développement d’autres types d’allergies, y compris celles aux aliments. Les nourrissons atteints d’eczéma présentent un risque élevé de souffrir d’allergies alimentaires, et ceux dont les formes sont les plus graves sont plus susceptibles de développer des allergies alimentaires au cours de leur première année d’existence. »

A handful of peanuts on a white surface.

L’exposition précoce aux allergènes alimentaires courants est essentielle pour prévenir le développement des allergies chez les enfants. Dans le passé, les lignes directrices recommandaient de retarder l’exposition des enfants aux allergènes alimentaires courants — en particulier aux arachides — jusqu’à l’âge de trois ans. Cependant, les experts croient maintenant que l’exposition précoce est en fait essentielle à la prévention des allergies alimentaires.

« On a démontré que la consommation précoce d’arachides pouvait prévenir l’allergie aux arachides chez les nourrissons à haut risque, à savoir chez ceux qui souffrent d’eczéma grave ou d’allergies aux œufs. De façon plus générale, rien ne permet de démontrer qu’il est bénéfique de retarder intentionnellement l’introduction d’allergènes alimentaires, qui peuvent être intégrés dans l’alimentation d’un nourrisson dès l’âge de six mois sous une forme qui ne présente aucun danger d’étouffement. »

~ Dr Sébastien La Vieille, Conseiller scientifique principal, Santé Canada

Comment les allergies alimentaires sont-elles diagnostiquées?

Il peut être difficile de diagnostiquer avec certitude les allergies alimentaires. Les jeunes enfants n’étant pas toujours en mesure de décrire leurs symptômes, leur entourage doit porter une attention particulière à leurs plaintes, à leur inconfort et aux autres signes de réaction allergique.

Les symptômes d’allergie alimentaire, comme les nausées, les vomissements, les crampes ou la diarrhée, peuvent également être confondus avec d’autres problèmes de santé, comme les intolérances ou les intoxications alimentaires. Il est important de distinguer une réaction allergique à un aliment et une intolérance alimentaire. Quand le corps réagit à un aliment, le système immunitaire prend le dessus pour orchestrer la réaction, qui peut affecter le visage, la peau et les poumons. Dans le cas d’une intolérance alimentaire, la réaction touche habituellement le tractus gastro-intestinal et n’implique pas le système immunitaire.

On doit toujours consulter son médecin ou un allergologue pour déterminer si on souffre d’une allergie ou d’une intolérance alimentaire, ou encore d’un autre trouble d’origine alimentaire (comme un trouble lié au gluten). Si on ne connaît pas bien ses antécédents médicaux ou si les tests d’allergie ne sont pas concluants, l’allergologue pourrait prescrire un « test de provocation oral alimentaire » pour poser un diagnostic plus précis. Sous surveillance médicale stricte, on sert au patient de minuscules quantités de l’aliment potentiellement déclencheur et on augmente les doses de celui-ci au fil du temps afin de noter toute réaction qu’il suscite.

Comment soigne-t-on et prend-on en charge les allergies alimentaires?

Le vieil adage selon lequel « mieux vaut prévenir que guérir » s’applique certainement aux allergies alimentaires; la meilleure façon de combattre les allergies est de s’informer à leur sujet et d’éviter les aliments qui provoquent leurs symptômes. Cela peut sembler évident, mais l’aliment déclencheur peut faire partie des ingrédients d’un aliment préemballé. Alors pour éviter de s’y exposer accidentellement, il est essentiel de lire attentivement la liste d’ingrédients sur l’étiquette des aliments[4]. Au Canada, l’étiquette de tous les aliments préemballés doit clairement déclarer les sources d’allergènes prioritaires[5] ou de gluten ainsi que les sulfites ajoutés qu’ils soient présents sous la forme d’ingrédients ou de constituants d’ingrédients. En outre, des allergènes alimentaires peuvent se retrouver accidentellement dans les aliments préemballés à la suite d’une contamination croisée durant la fabrication du produit. Les fabricants peuvent ajouter sur l’étiquette une mise en garde, comme la mention « Peut contenir », pour informer les consommateurs allergiques du risque de contamination croisée. Visitez le site Web de Santé Canada afin d’obtenir de plus amples renseignements sur l’étiquetage des allergènes.

Lorsque vous préparez des aliments, employez des précautions particulières pour éviter de mélanger des ingrédients allergènes avec d’autres qui ne le sont pas. Il s’agit notamment de bien laver tout ce qui a été en contact avec un allergène, car les aliments peuvent être contaminés accidentellement pendant la préparation ou le service.

Prenez des précautions supplémentaires pour les enfants qui souffrent d’allergies alimentaires. Les parents ou les tuteurs d’un enfant allergique doivent aviser son entourage — y compris le personnel de l’école — de toute allergie alimentaire et lui en expliquer les symptômes. L’école exigera également qu’on lui fournisse par écrit un plan d’action d’urgence, qui comprendra des consignes pour prévenir et reconnaître une réaction allergique à un aliment, et pour savoir quoi faire, le cas échéant. Ce document devrait accompagner l’enfant partout, y compris lors d’un voyage ou d’autres activités. Quand une personne souffre d’une allergie alimentaire, on lui prescrit habituellement un auto-injecteur, comme EpiPenMD, qui contient une dose d’épinéphrine pouvant être administrée, au besoin, dans un muscle de la cuisse pour traiter les symptômes d’une réaction allergique.

Fait étonnant, 18 % des enfants qui reçoivent des soins médicaux à l’urgence souffriraient de réactions anaphylactiques récidivantes[6]. Cela signifie que, dans certains cas, une injection d’épinéphrine ne suffirait pas à traiter complètement les symptômes, qui peuvent réapparaître dans les 24 heures suivant la réaction initiale. Voilà pourquoi il est essentiel de recevoir des soins médicaux d’urgence et de faire l’objet d’un suivi médical après une réaction allergique.

Quelle est la prochaine étape?

Les scientifiques tentent toujours de mettre au point et de tester plusieurs traitements pour éliminer les réactions allergiques, notamment des immunothérapies par voie orale et des protocoles qui permettraient de rétablir la tolérance à l’allergène alimentaire.

Entre-temps, les personnes allergiques — et leur entourage — doivent impérativement rester à l’affût de la présence d’allergènes dans les produits alimentaires. De cette façon, tout le monde pourra partager un même repas et ainsi ressentir un sentiment d’appartenance à une communauté — sans craindre le déclenchement d’une réaction allergique.


[1] AllerGen. http://allergen-nce.ca/wp-content/uploads/Canadian-food-allergy-prevalence-Jul-2017.pdf

[2] Allergies alimentaires Canada. https://allergiesalimentairescanada.ca/wp-content/uploads/Allergies-alimentaires_faits-saillants_2017.pdf

[3] https://www.foodallergy.org/life-with-food-allergies/food-allergy-101/facts-and-statistics

[4] Allergies alimentaires et étiquetage des allergènes — Information des consommateurs. http://www.inspection.gc.ca/aliments/information-pour-les-consommateurs/fiches-de-renseignements-et-infographies/allergenes/fra/1332442914456/1332442980290

[5] Allergènes prioritaires : noix, arachides, graines de sésame, blé et triticale, œufs, lait, soja, crustacés, mollusques, poissons et graines de moutarde.

[6] O’Keefe et al. The Risk of Recurrent Anaphylaxis. The Journal of Pediatrics. Volume 180, janvier 2017, pages 217-221.

Auteur(s)
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Sarah I.K.M. King, ing., Ph.D.

Sarah I.K.M. King met à profit une vaste expérience dans les domaines de l’entrepreneuriat, de la pédagogie et de l’industrie au Musée de l’agriculture et de l’alimentation du Canada. En tant que conseillère scientifique, elle offre ses conseils stratégiques et dirige des équipes dans l’établissement de stratégies de communication scientifique. Elle participe également à la réalisation de l’application des connaissances, à l’élaboration de nouvelles expositions et à la mise sur pied de projets numériques et de programmes publics et pédagogiques. Avant d’arriver au musée, Mme King a été ingénieure agroalimentaire et conseillère principale; à ce titre, elle a dirigé l’établissement d’un cabinet-conseil, mis sur pied des services consultatifs et de formation organisationnelle à l’intention des entreprises et investisseurs du secteur agroalimentaire, et piloté des études de marché et des analyses financières. Après avoir fait sa maîtrise ès sciences en génie agroalimentaire à l’Université Laval, elle a obtenu un doctorat (Ph.D.) en médecine expérimentale à l’Université McGill, où elle a dirigé plusieurs projets de recherche multidisciplinaire sur la conception de nouveaux nutraceutiques présentant le potentiel de protéger contre des maladies chroniques et le cancer. Mme King a été membre d’un comité sur les produits agroalimentaires du Conseil canadien des normes. Sur le plan communautaire, elle offre son temps et son expertise à des organismes sans but lucratif qui font la promotion de la sécurité sociale et du mieux-être, comme Médiation communautaire d’Ottawa et l’Educate and Feed Communities Foundation. Elle aime passer du temps en famille, faire de la randonnée et essayer de nouvelles recettes. Elle aime apprendre le piano avec sa fille, et faire de la lecture.

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Sonia Mendes

Sonia Mendes est la rédactrice/réviseure anglophone pour Ingenium. Elle adore fouiller en coulisse pour raconter les histoires cocasses et colorées de la vie au musée ainsi que tout ce qui touche la science et l’innovation.

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