Conversation avec une abeille domestique (1re partie)

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À l’occasion de la Journée international des abeilles célébrée le 18 août, imaginons ce qu’une abeille domestique dirait si elle pouvait bavarder avec un humain*.

Après avoir jardiné durant de longues heures par une chaude journée d’été pour prendre soin de mes fleurs et de mes légumes, j’ai décidé de me reposer à l’ombre de mon pommier en lisant quelques pages. À peine m’étais-je assise qu’une petite abeille est tombée sur mon livre. « Au secours! l’ai-je entendue pleurer. Aidez-moi! »

« Je suis là, lui ai-je répondu. Es-tu blessée? » Elle respirait bruyamment et semblait épuisée. « Tu as peut-être un coup de chaleur, tu dois être déshydratée, lui ai-je dit. Attends-moi une seconde. »

Je suis vite allée chercher un peu d’eau que j’ai mélangée à du miel avant d’en verser quelques gouttes dans une cuillère près de l’abeille.

« Oh, du miel! s’est-elle exclamée. Merci, j’adore ça! Est-ce du miel chauffé comme en mangent les humains? »

« Oui, c’est du miel pasteurisé », ai-je précisé. « Les très jeunes enfants et ceux dont le système immunitaire est affaibli devraient consommer du miel pasteurisé, en raison d’un très faible risque de botulisme. Mais je consomme aussi du miel brut produit localement. Je suis certaine que tu en manges tous les jours. »

Elle m’a regardée d’un air déçu. « Si seulement! Je n’en mange pas autant que je le voudrais », a-t-elle affirmé. « Chaque année, ma colonie produit de deux à trois fois plus de miel brut que ce dont elle a besoin, mais je suis souvent trop occupée pour en manger. Je passe beaucoup de temps à repérer et à sélectionner les fleurs, puis à récolter leur pollen. Je dois veiller à la pollinisation des fleurs que produisent les plantes et les arbres, sinon les gens n’auront plus aucun fruit à manger, comme les pommes de ton arbre. Heureusement, les apiculteurs me fournissent suffisamment de liquide sucré comme supplément alimentaire. J’ai deux estomacs : l’un deux sert à digérer ce que je mange, et l’autre à digérer le nectar que je récolte avant que je le régurgite à des abeilles spécialisées — celles-ci le stockent ensuite dans des alvéoles de cire, puis le déshydratent en battant de leurs ailes. »[1]

L’abeille était un peu essoufflée. « Doucement, prends ton temps, lui ai-je dit. Je suis persuadée que tu pourras manger à ta faim à ton retour dans la ruche. »

« Ensuite, a-t-elle poursuivi, mes collègues et moi participons à une foule de réunions et de séances d’information avec la reine pour améliorer notre productivité. Après cela, nous prenons soin des jeunes larves, nous produisons de la propolis pour réparer la ruche et nous nettoyons les alvéoles pour prévenir la contamination. Imagine, nous faisons tout cela en plus de nous aventurer dans l’inconnu pour butiner! »[2]

« C’est un travail très exigeant en effet », ai-je reconnu. « Les abeilles sont d’excellentes collègues pour les humains, car elles contribuent à la production des fruits et des légumes. Le tiers de toute la nourriture sur la planète dépend du travail de pollinisation des abeilles! »[3]

« Nous sommes les seuls insectes à produire des substances comestibles pour les humains, soit le miel, le pollen, la cire, la gelée royale et même la propolis, a-t-elle ajouté fièrement. La grande qualité de nos produits est attribuable à notre modèle d’affaires perfectionné, à nos diverses expertises et à l’excellente gestion de nos colonies. »

« C’est formidable, ai-je remarqué. J’ai aussi entendu dire que vous aviez même des connaissances mathématiques avancées et que des scientifiques qualifient votre organisation sociale de superorganisation. »[4]

Soudain, j’ai senti un picotement sur ma jambe. « Tu sembles distraite, je devrais y aller, a déclaré l’abeille l’air anxieux. J’ai tellement de travail et une si longue liste de choses à faire! » Sur ce, elle s’est envolée doucement.

 « Attends! lui ai-je lancé. Laisse-moi t’offrir un peu de miel brut — tu as dit que c’était ton mets favori. »

Ma vue s’est brouillée, tandis que les picotements persistaient sur ma peau. J’ai cligné des yeux et pris conscience que je me trouvais sous l’arbre… en train de me faire piquer par plusieurs moustiques. Avais-je rêvé?

À suivre! Revenez sur notre site demain pour connaître le dénouement de l’histoire.

* Avertissement : Les idées et les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur, elles ne reflètent pas la position officielle du Musée de l’agriculture et de l’alimentation du Canada ni celle de l’ensemble des abeilles. Cependant, toute l’information scientifique ayant servi à la rédaction de ce texte provient des sources énumérées ci-dessous.

 


[1] ML Winston, The Biology of the Honey Bee (1991).

[2] TD Seeley, The Wisdom of the Hive: The Social Physiology of Honey Bee Colonies (2009).

[3] MA Aizen and LD Harder, "The Global Stock of Domesticated Honey Bees is Growing Slower than Agricultural Demand for Pollination," Current Biology (2009).

[4] TD Seeley, "The honey bee colony as a superorganism," American Scientist (1989).

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Sarah I.K.M. King, ing., Ph.D.

Sarah I.K.M. King met à profit une vaste expérience dans les domaines de l’entrepreneuriat, de la pédagogie et de l’industrie au Musée de l’agriculture et de l’alimentation du Canada. En tant que conseillère scientifique, elle offre ses conseils stratégiques et dirige des équipes dans l’établissement de stratégies de communication scientifique. Elle participe également à la réalisation de l’application des connaissances, à l’élaboration de nouvelles expositions et à la mise sur pied de projets numériques et de programmes publics et pédagogiques. Avant d’arriver au musée, Mme King a été ingénieure agroalimentaire et conseillère principale; à ce titre, elle a dirigé l’établissement d’un cabinet-conseil, mis sur pied des services consultatifs et de formation organisationnelle à l’intention des entreprises et investisseurs du secteur agroalimentaire, et piloté des études de marché et des analyses financières. Après avoir fait sa maîtrise ès sciences en génie agroalimentaire à l’Université Laval, elle a obtenu un doctorat (Ph.D.) en médecine expérimentale à l’Université McGill, où elle a dirigé plusieurs projets de recherche multidisciplinaire sur la conception de nouveaux nutraceutiques présentant le potentiel de protéger contre des maladies chroniques et le cancer. Mme King a été membre d’un comité sur les produits agroalimentaires du Conseil canadien des normes. Sur le plan communautaire, elle offre son temps et son expertise à des organismes sans but lucratif qui font la promotion de la sécurité sociale et du mieux-être, comme Médiation communautaire d’Ottawa et l’Educate and Feed Communities Foundation. Elle aime passer du temps en famille, faire de la randonnée et essayer de nouvelles recettes. Elle aime apprendre le piano avec sa fille, et faire de la lecture.