Conversation avec une abeille domestique (2e partie)

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Conversation en tête à tête avec une abeille, qui a beaucoup de choses à raconter.

Dans la première partie de « Conversation avec une abeille domestique » publiée hier, nous avons commencé à imaginer ce qu’une abeille dirait si elle pouvait bavarder avec un humain*. Voici la suite de l’histoire.

Je suis rentrée chercher un diffuseur d’huile essentielle afin de repousser gentiment les moustiques. Comme j’étais sur le point de retourner m’asseoir sous l’arbre pour poursuivre ma lecture, j’ai entendu bourdonner près de mon buisson fleuri. C’était l’abeille qui comptait les fleurs : « Neuf cent quatre-vingt-dix-neuf, mille, mille et une…»

« Je te croyais partie! lui ai-je dit tout excitée. Je suis contente que tu sois encore là, je pense vraiment que tu devrais te reposer encore un peu. »

J’ai alors remarqué qu’elle était encore toute haletante. « D’après ce que tu m’as expliqué, ton travail est très exigeant et tu sembles passablement stressée. Il m’est arrivé par moments de me sentir accablée sous le fardeau du travail. Tu dois apprendre à faire des pauses pour te détendre! »

J’ai réfléchi un instant avant d’ajouter : « Quand j’entends des abeilles bourdonner, je présume toujours qu’elles s’amusent, qu’elles profitent de la nature. Ce doit être plus agréable de travailler à l’extérieur en profitant du beau temps, non? »

Elle est restée perplexe un moment, comme si elle n’avait pas compris ce que j’avais dit. Puis elle a répondu : « Oh, oui! Mais la nature de ma jeunesse, avec son eau et son air purs, me manque. Aujourd’hui, l’environnement est souvent contaminé par des substances irritantes et des polluantes [1, 2, 3] ». Elle s’est ensuite retournée pour me montrer les rougeurs à l’arrière de sa tête et son torse qui avait perdu ses poils à certains endroits.

« Oh, mais c’est terrible ! me suis-je exclamée. Mais on semble faire plus d’efforts pour prévenir la pollution, mieux gérer les déchets et favoriser d’autres pratiques écologiques en plus d’utiliser des produits biologiques dans la production alimentaire! Tu es probablement un peu sensible ou allergique à certaines substances. »

J’ai continué en disant que certains produits chimiques peuvent poser problème aux pollinisateurs et aux oiseaux, mais qu’on mène actuellement des recherches pour trouver des formules chimiques non toxiques que les abeilles pourraient tolérer.

Elle m’a alors regardée de ses grands yeux. « Je ne suis pas allergique, a-t-elle rétorqué. Je suis pourvue d’un système sensoriel perfectionné, dont les centaines de récepteurs permettent de distinguer les odeurs. Je peux même goûter avec mes pattes [4, 5]! La pollution est plus importante — c’est incontestable — et d’autres espèces ne vont pas bien non plus. Même si de faibles concentrations de molécules toxiques sont émises loin, ces molécules peuvent s’accumuler dans certaines plantes et finir par y être présentes en plus grande concentration [6]. »

Puis, sur un ton sombre, elle a ajouté : « Certains jours, après être rentrée du travail, je constate qu’un grand nombre de mes collègues butineuses ne sont jamais revenues à la ruche. » Elle est restée silencieuse un moment. « La situation ne fait que s’aggraver. Notre espérance de vie diminue et de nombreuses colonies dans la région... »

« Quoi? » lui ai-je demandé.

« Disparaissent tout simplement », a-t-elle fini par dire. Il se passe des choses étranges, comme des abeilles ouvrières qui commencent à agir différemment et qui oublient ce qu’elles doivent faire. Notre reine pense que les substances toxiques pulvérisées par nos voisins perturbent notre mémoire et le fonctionnement de notre cerveau [7]. »

Elle a alors poussé un soupir. « Une vieille reine sage m’a parlé d’une époque où la Terre grouillait et bourdonnait d’activité — davantage qu’aujourd’hui. Elle m’a expliqué que les abeilles étaient alors en meilleure santé parce que leur système immunitaire était plus fort. Comme elles vivaient dans un écosystème plus diversifié, elles étaient moins souvent malades et se remettaient plus rapidement des infections bactériennes et fongiques [8, 9]. »

« J’espère que les scientifiques parviendront à trouver de meilleures solutions pour réduire les polluants et lutter contre les maladies et les nuisibles, a-t-elle poursuivi, mais je sais que ce n’est pas facile. Ils peuvent peut-être trouver une façon d’aider la nature à faire ce travail à leur place. Dans la nature, on trouve de nombreux exemples d’insectes qui mangent des parasites et de bonnes bactéries qui détruisent les micro-organismes pathogènes sans nécessiter de produits chimiques [10, 11] »

Souriant, j’ai plaisanté : « Parles-tu du pouvoir de mère Nature ? » Je suis persuadée que les choses vont s’améliorer. De nombreux scientifiques s’affairent à mettre au point des technologies pour venir en aide aux abeilles. De plus, des apiculteurs chevronnés et des entreprises explorent des techniques — inspirées des recherches scientifiques — pour aider vos colonies à lutter contre les infestations et les acariens, et à réduire leur stress. »

Mais l’abeille ne semblait pas rassurée pour autant. « Je dois reprendre mon travail maintenant, car j’ai beaucoup à faire. »

« Je t’invite à revenir chaque fois que tu auras envie de manger un peu de miel. Ça te fera du bien. »

Une fois de plus, j’ai cligné des yeux et, constatant que je me trouvais de nouveau sous l’arbre, je me suis demandé si tout cela n’était qu’une folle rêverie. J’y suis restée immobile quelques minutes, contemplant tranquillement la vie des abeilles... tandis qu’un doux bourdonnement me parvenait du pommier.

7 façons simples de venir en aide aux abeilles

Consommez du miel PRODUIT LOCALEMENT. Les apiculteurs de votre région sont en mesure de veiller à la bonne santé des colonies de pollinisateurs, dont l’environnement et nos cultures ont besoin.

Donnez du sucre (ou du miel) aux abeilles. Vous pouvez combiner deux cuillères à soupe de sucre ou de miel avec une cuillère à soupe d’eau, et offrir ce mélange aux abeilles épuisées; pour faire le plein d’énergie, elles doivent convertir en glucides les sucres présents dans le nectar ou le miel.

Plantez des fleurs aimées des abeilles. Cultivez des végétaux qui attirent les pollinisateurs, comme des primevères, des buddleias et des soucis.

Faites de la place pour les abeilles dans votre jardin. Réservez un coin de votre cour aux abeilles : ne l’entretenez pas pour permettre aux abeilles de bourdonner dans l’herbe longue ou d’y construire des nids.

Suivez les pratiques exemplaires favorables aux pollinisateurs. Certains pesticides et produits chimiques présentent un risque pour les pollinisateurs, particulièrement lorsque les plantes sont en fleurs.

Accueillez une ruche. Même si vous savez peu de choses sur les soins à prodiguer aux abeilles, vous pouvez vous inscrire pour accueillir une ruche dans votre cour! Des entreprises veilleront sur les abeilles pour vous afin que vous puissiez savourer le miel de votre ruche.

Devenez apiculteur. Pourquoi pas?

Vous aimeriez en apprendre d'avantage sur les abeilles? À l’occasion de la Journée internationale des abeilles célébrée le 18 août, rendez-vous au Musée de l’agriculture et de l’alimentation du Canada pour obtenir les réponses aux questions qui bourdonnent dans votre tête au sujet de ces insectes importants!

Article à venir : L’iPhone peut-il venir en aide aux abeilles?

Des instructeurs culinaires du Collège algonquin se sont associés à TwelveDots Labs pour permettre aux étudiants de surveiller à distance des colonies d’abeilles. Un capteur HiveSense, placé dans une des ruches d’un rucher secondaire du Musée de l’agriculture et de l’alimentation du Canada, collecte de l’information sur les abeilles sans les déranger.

Pour connaître les détails du projet, lisez notre prochain article ou visitez le Musée de l’agriculture et de l’alimentation du Canada!

* Avertissement : Les idées et les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur, elles ne reflètent pas la position officielle du Musée de l’agriculture et de l’alimentation du Canada ni celle de l’ensemble des abeilles. Cependant, toute l’information scientifique ayant servi à la rédaction de ce texte provient des sources énumérées ci-dessous.


[1] Mathieu Giraudeau, et al., "Human activities might influence oncogenic processes in wild animal populations," Nature Ecology & Evolution, volume 2, pages1065–1070 (2018). 

[2] Zhang et al., "Transboundary health impacts of transported global air pollution and international trade," Nature, volume 543, pages 705–709 (30 March 2017).

[3] Jerome O. Nriagu & Jozef M. Pacyna, "Quantitative assessment of worldwide contamination of air, water and soils by trace metals," Nature, volume 333, pages 134–139 (12 May 1988).

[4] ML Winston, The biology of the honey bee (1991).

[5] TD Seeley, The wisdom of the hive: the social physiology of honey bee colonies (2009).

[6] McArt et al., "High pesticide risk to honey bees despite low focal crop pollen collection during pollination of a mass blooming crop," Scientific Reports, volume 7, Article number: 46554 (2017)

[7] Stanley et al., "Bumblebee learning and memory is impaired by chronic exposure to a neonicotinoid pesticide," Scientific Reports, volume 5, Article number: 16508 (2015).

[8] Samuelson et al., "Effect of acute pesticide exposure on bee spatial working memory using an analogue of the radial-arm maze," Scientific Reports, volume 6, Article number: 38957 (2016).

[9] Keesing et al., "Impacts of biodiversity on the emergence and transmission of infectious diseases," Nature, volume 468, pages 647–652 (02 December 2010).

[10] Hua et al., "Opportunities for biodiversity gains under the world’s largest reforestation programme," Nature Communications, volume 7, Article number: 12717 (2016).

[11] Christelle et al., "Root exudate metabolites drive plant-soil feedbacks on growth and defense by shaping the rhizosphere microbiota," Nature Communications, volume 9, Article number: 2738 (2018).

 

 

Auteur(s)
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Sarah I.K.M. King, ing., Ph.D.

Sarah I.K.M. King met à profit une vaste expérience dans les domaines de l’entrepreneuriat, de la pédagogie et de l’industrie au Musée de l’agriculture et de l’alimentation du Canada. En tant que conseillère scientifique, elle offre ses conseils stratégiques et dirige des équipes dans l’établissement de stratégies de communication scientifique. Elle participe également à la réalisation de l’application des connaissances, à l’élaboration de nouvelles expositions et à la mise sur pied de projets numériques et de programmes publics et pédagogiques. Avant d’arriver au musée, Mme King a été ingénieure agroalimentaire et conseillère principale; à ce titre, elle a dirigé l’établissement d’un cabinet-conseil, mis sur pied des services consultatifs et de formation organisationnelle à l’intention des entreprises et investisseurs du secteur agroalimentaire, et piloté des études de marché et des analyses financières. Après avoir fait sa maîtrise ès sciences en génie agroalimentaire à l’Université Laval, elle a obtenu un doctorat (Ph.D.) en médecine expérimentale à l’Université McGill, où elle a dirigé plusieurs projets de recherche multidisciplinaire sur la conception de nouveaux nutraceutiques présentant le potentiel de protéger contre des maladies chroniques et le cancer. Mme King a été membre d’un comité sur les produits agroalimentaires du Conseil canadien des normes. Sur le plan communautaire, elle offre son temps et son expertise à des organismes sans but lucratif qui font la promotion de la sécurité sociale et du mieux-être, comme Médiation communautaire d’Ottawa et l’Educate and Feed Communities Foundation. Elle aime passer du temps en famille, faire de la randonnée et essayer de nouvelles recettes. Elle aime apprendre le piano avec sa fille, et faire de la lecture.