Major Walter « Wally » Watson Peters : Le premier pilote de chasse noir au Canada

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« Les obstacles sont le point de départ de la voie vers les réalisations. Les objectifs ambitieux sont la clé du succès. »

Pour le major Walter « Wally » Peters, ces mots lui rappelaient que les embûches ne sont pas insurmontables. M. Peters a fait face à de nombreuses difficultés, à de la persécution et à du racisme au cours de ses 76 années de vie, y compris pendant sa carrière au sein de l’Aviation royale canadienne (ARC).

Né le 22 janvier 1937, M. Peters a grandi en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick. Il était un talentueux athlète et a reçu une bourse d’athlétisme à l’Université Mount Allison de Sackville, au Nouveau-Brunswick. Sa présence sur le campus universitaire s’est avérée plutôt controversée et certains de ses collègues de classe refusaient de vivre avec lui en résidence parce qu’il était noir. Il a reçu son diplôme en 1959.

Une image en noir et blanc montre une vue aérienne d’une base de l’ARC. On voit des bâtiments ainsi que la bande d’atterrissage de la base entourée de terres agricoles.

Centralia de l’ARC – Établissement de formation pour les pilotes de tous les pays de l’OTAN dans les années 1950 et 1960

En 1961, à l’âge de 24 ans, la limite d’âge supérieure du recrutement des pilotes à l’époque, M. Peters est tombé sur un dépliant de recrutement et s’est joint à l’ARC. Il a été envoyé à la Station Centralia de l’ARC, une base près d’Exeter dans le sud de l’Ontario, pour commencer son entraînement au vol. Son premier vol en solo était à bord du Chipmunk de Havilland Canada, un biplace monomoteur et principal appareil d’entraînement de l’ARC après la Deuxième Guerre mondiale.

Lorsque M. Peters a terminé sa formation et obtenu ses ailes en 1963, il a écrit une page d’histoire en devenant le premier pilote de chasse canadien noir. Malgré le fait qu’il ait obtenu les plus hautes notes en vol et le plus haut niveau de compétences de vol de sa cohorte, ainsi que la moyenne globale combinée de compétences de vol et de perfectionnement des officiers la plus élevée, sa collation des grades était empreinte de commentaires racistes émis par le présentateur invité.

Comme M. Peters se le rappelle plus tard dans une vidéo réalisée par Anciens Combattants : « L’avocat de Calgary m’a demandé ce que je faisais là. Je lui ai répondu que je faisais partie de la cohorte de diplômés du lendemain. Il m’a ensuite demandé pour quelle formation, ce à quoi j’ai répondu pilote. Puis, il m’a dit que dans son temps, je n’aurais pas pu devenir plus qu’artilleur arrière. »

M. Peters est devenu un instructeur de vol, affecté à la base des Forces canadiennes (BFC) de Moose Jaw. Pendant qu’il était là, M. Peters et le colonel Owen Bartley Philp, le commandant de la base, ont mis sur pied la première équipe de voltige aérienne officielle de l’ARC, les Golden Centennaires. Ils n’ont volé qu’en 1967. Ils ont commencé et terminé à l’occasion d’Expo 67 et ont volé pendant 184 jours de mai à octobre. Durant cette période, ils ont participé à 100 démonstrations publiques au Canada et à huit aux États-Unis avec le CT-114 Tutor de Canadair. Ces avions seront plus tard utilisés par la célèbre équipe de voltige, les Snowbirds.

Il a ensuite demandé d’être affecté à la BFC de Trenton afin de piloter l’aéronef de transport CC-130 Hercules de Lockheed. En 1975, pendant les derniers jours de la guerre du Vietnam, le président Gerald Ford a annoncé l’opération Baby Lift, un plan de deux millions de dollars visant à évacuer du pays 2 000 orphelins et à les envoyer dans des foyers aux États-Unis. La mission s’élargirait à l’Europe, à l’Australie et au Canada. Deux vols ont atterri au Canada, dont un à Montréal et l’autre à Toronto. M. Peters a participé aux opérations Baby Lift et New Life aux États-Unis, ainsi qu’aux « vols des orphelins » au Canada.

M. Peters a participé à quelques autres missions uniques. Il était un des nombreux pilotes canadiens d’appareils Hercules à collaborer à l’opération Lumière du matin. Une mission canado-américaine qui a aidé à construire une bande d’atterrissage dans le nord du Canada, laquelle a joué un rôle central dans les efforts visant à récupérer les débris radioactifs de Cosmos 954, un satellite nucléaire lancé par l’Union soviétique qui a repénétré l’atmosphère terrestre de façon inattendue le 24 janvier 1978. Dans les Territoires du Nord-Ouest, depuis le lac Great Slave, la zone de recherche s’étendait au nord-est vers le lac Baker. Le satellite pesait probablement plusieurs tonnes, mais seulement 65 kg de matière ont été récupérés. Toutes les pièces sauf une étaient radioactives, dont certaines l’étaient extrêmement.  Pendant des mois, des avions américains et canadiens ont survolé la zone de recherche afin de détecter des radiations. Le programme de récupération s’est terminé à la mi-octobre.

En 1977, le parlement du Canada a adopté la Loi canadienne sur les droits de la personne. Les Forces armées canadiennes ont par la suite revu leurs politiques. Au début des années 1980, le commandant de la BFC de Trenton de l’époque, colonel Russell, était préoccupé par les questions de discrimination et de violation des droits de la personne sur la base. Dans sa recherche pour trouver quelqu’un qui pourrait enquêter, il a revu le dossier de M. Peters et a décidé qu’il serait le meilleur candidat pour cette tâche, puisque M. Peters était un ardent défenseur des droits de la personne et de l’égalité pour tous. Le colonel Russell a convaincu le quartier général d’approuver la nomination de M. Peters à titre de premier agent des droits de la personne pour les Forces armées canadiennes.

L’illustre carrière de M. Peters s’est poursuivie lorsqu’on lui a demandé de se joindre à l’équipe des Snowbirds en 1981 et de servir à titre de commandant adjoint (cmdtA). Un cmdtA fait partie de l’équipe de commandement et ne vole généralement pas avec l’équipage d’aéronef, mais lui oui et il est resté avec les Snowbirds pendant deux ans Les Snowbirds traversaient une période difficile. Quelques accidents étaient survenus et la moyenne d’âge du contingent de pilotes ne cessait de diminuer, ce qui était une préoccupation. La mission de M. Peters était d’apporter une certaine maturité à l’équipe. Et c’est exactement ce qu’il a fait et, pendant ce temps, il les a aidés à réaliser une saison sans accident.

En 1983, M. Peters a mis sa vaste expérience à contribution pour les Nations Unies (ONU) à titre de conseiller au Secrétaire général de l’ONU et au Conseil de sécurité. Il a offert des conseils sur les meilleurs mouvements tactiques des soldats. Pendant son mandat, l’Union soviétique a intercepté et abattu le vol 007 de Korean Airline le 1er septembre 1983. En raison de ses acquis au commandement de la défense aérienne et aux interceptions, on a demandé à M. Peters d’expliquer au Conseil de sécurité ce qui avait pu se produire. Après avoir écouté les enregistrements, il était évident pour M. Peters que des erreurs avaient probablement été commises par l’Union soviétique. Grâce à son expérience en tant que pilote d’avion à réaction, il a pu éclairer le Conseil de sécurité sur l’environnement chaotique de la cabine de pilotage soviétique, sur le temps qu’ils avaient eu pour prendre des décisions et sur ce qui se passait possiblement dans l’esprit des pilotes.

M. Peters a pris sa retraite de l’armée avec le grade de major en 1984, mais il a continué de travailler dans le domaine de l’aviation. Il a joué un rôle dans l’établissement du Bureau de la sécurité des transports du Canada et a travaillé pour le ministère des Transports à créer et à mettre en place des programmes de sécurité aérienne, en plus d’agir en tant que directeur général de la sécurité des systèmes de 1996 jusqu’à sa retraite en 1998.

M. Peters a accumulé de nombreuses réalisations et contributions dans le domaine de l’aviation durant sa carrière, tant sur le plan militaire que civil.

Le 24 février 2013, M. Peters est décédé à Ottawa à l’âge de 76 ans, après avoir été victime d’un accident vasculaire cérébral.

Cinq ans après sa mort, une route de l’aéroport d’Halifax a été renommée Promenade Walter Peters, en son honneur.

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Nicolas Nadeau

Diplômé du programme d’études muséales appliquées du Collège Algonquin, Nicolas Nadeau a effectué son stage obligatoire au Musée de l’aviation et de l’espace du Canada.  Sous la supervision de la conservatrice, Erin Gregory, Nicolas a mené des recherches sur les Canadiens qui ont servi dans l’Aviation royale canadienne pendant la guerre froide.