Creuser plus loin : régénérer les connaissances stellaires autochtones

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Des participants observent le ciel tout en échangeant des histoires sur les étoiles lors de l’activité « Tipis et télescopes » animée par Wilfred Buck.

Le mois de juin était le Mois national de l’histoire autochtone au Canada. Afin de rendre hommage aux communautés autochtones de partout au pays, le Réseau Ingenium présente une série d’articles sur le projet des connaissances stellaires autochtones – une collaboration entre Ingenium et ses partenaires.

Dans la première partie, Récits stellaires : les coulisses du projet sur les connaissances stellaires autochtones, l’auteure invitée Lindsey Kirby-McGregor raconte la genèse du projet. Dans la deuxième partie, Sous le même ciel : conversations issues du projet sur les connaissances stellaires autochtones, elle résume les principales discussions qui ont eu lieu lors d’un webinaire organisé dans le cadre du projet sur les connaissances stellaires autochtones. Ici, elle propose des idées sur la régénération des connaissances autochtones sur les étoiles.

Un des principaux sujets de discussion au premier webinaire du projet sur les connaissances stellaires autochtones qui s’est tenu le 21 septembre 2020 a été les protocoles et processus de régénération et de protection du savoir stellaire des peuples autochtones. Répondant aux questions des participants, le panel d’experts a indiqué comment nous pouvons « trouver » et préserver ce qu’on présume souvent avoir perdu en raison de la colonisation.

Refaçonner les protocoles

Selon Stuart Barlo, Ph.D., – un chercheur autochtone renommé de la Southern Cross University, en Australie ¬–, le savoir que la colonisation a tenté d’effacer n’est pas perdu, et ne peut pas l’être, car il n’est pas « contenu » dans des personnes, il est plutôt détenu par la terre, l’eau et le ciel. Lui et son estimé collègue Shawn Wilson, Ph.D., affirment que le savoir est vivant. Les connaissances se révèlent dans les protocoles et la façon dont on se dévoile soi-même. De dire M. Barlo : « Assoyez-vous avec le savoir, prenez un café avec lui ». 

Dans de nombreux cas, nous refaçonnons les protocoles et apprenons à les rendre plus visibles afin que plus de personnes puissent entrer dans les espaces sacrés de façon intentionnelle, par le biais de relations responsables et honnêtes, et non de manière fortuite. Les deux penseurs ont indiqué qu’étant donné la façon dont le sacré et le pratique interagissent, en ce sens qu’ils ne sont jamais totalement dissociés, les gens s’introduisent toujours fortuitement dans l’espace sacré où résident les connaissances. En pratiquant la science, nous nous approchons délibérément du savoir. Les cérémonies et les protocoles sont des démarches qui permettent à une personne d’entrer intentionnellement dans l’espace sacré afin d’interagir avec les connaissances puis d’intégrer ces apprentissages dans sa vie.

Mais pour s’engager dans la démarche de cérémonie qui permettra de revisiter les connaissances stellaires – ce qu’on appelle la recherche –, il nous faut savoir justement cela : comment s’engager dans la démarche de cérémonie. Pour ce faire, Shawn Wilson a proposé les étapes suivantes :

a)    Définir ce que nous n’avons pas perdu.
b)    Comprendre comment nous avons fait les choses, et pourquoi.
c)    Les refaire et les mettre au point en fonction des connaissances et du contexte actuels, et apporter des modifications au fur et à mesure.
d)    Rallier d’autres avec nous.

Récits et connaissances stellaires autochtones

La dernière étape de M. Wilson pour recréer les cérémonies nécessaires à la régénération des connaissances stellaires consiste à diffuser le savoir.

Si les cérémonies et protocoles sont un moyen d’entrer en relation avec les connaissances stellaires et le pays céleste, les récits sont un outil pour diffuser le savoir. 

~ Shawn Wilson, Ph.D.

Selon lui, ces récits ne concernent pas seulement les étoiles mais aussi l’espace entre les étoiles – ce qui compose les constellations et l’image que nous nous faisons du ciel nocturne. Le pays céleste et le pays terrestre sont inséparables, a-t-il expliqué; les étoiles sont le reflet de ce qui se passe ici sur Terre. Les récits stellaires assurent l’exactitude des histoires orales puisque certains de ces récits sont racontés en fonction des différentes périodes de l’année ou de la journée. 

De plus, la loi naturelle ou la loi sacrée se reflète également dans les histoires stellaires, et contient des instructions sur la façon dont on devrait se comporter. Les récits peuvent contenir des protocoles, ayant eux-mêmes leurs propres protocoles; entendre un récit ne signifie pas que vous en devenez le dépositaire et que vous êtes autorisé à le raconter, et certains récits ne sont pas destinés à être entendus par tout le monde. Selon Nancy Maryboy, les ancêtres ont placé ces récits dans le ciel parce que le ciel leur semblait immuable alors que d’autres repères physiques auxquels pouvaient s’attacher les récits – comme les rivières, les montagnes ou les forêts – étaient changeants. Ainsi, nous pouvons toujours nous tourner vers le ciel pour nous guider dans nos vies.

Selon M. Wilson, comme les étoiles ont en elles des histoires de la loi naturelle, elles enseignent aux gens des notions sur leurs relations – leurs rôles et responsabilités les uns envers les autres et la façon dont ils devraient se comporter. Ces histoires nous enseignent comment interagir et comment tenir les rôles que nous sommes censés remplir en tant qu’êtres humains, et selon M. Wilson, c’est ça, l’astronomie autochtone. 

Protocoles pour protéger les connaissances stellaires autochtones

Un participant a demandé comment assurer la protection des connaissances stellaires autochtones et des autres savoirs autochtones contre une utilisation inappropriée lorsqu’ils sont retrouvés et revendiqués. Selon M. Barlo, le savoir a un pouvoir d’action et se protège lui-même. Cependant, si les protocoles sont suivis correctement, nous pouvons également protéger le savoir. Cela implique un certain nombre de facteurs :

  • Les protocoles concernent la façon dont nous nous comportons lorsque nous entrons dans un espace sacré. Le comportement hors d’une cérémonie et pendant une cérémonie et les interactions avec les connaissances ont de l’importance : il nous faut mener un style de vie concordant.
  • Si vous acquérez des connaissances, vous en devenez responsable. Il importe de considérer la science et les connaissances comme des choses avec lesquelles nous entrons en relation et envers lesquelles nous avons des responsabilités. 
  • Rendre les protocoles visibles permet à plus de gens d’entrer intentionnellement dans un espace sacré et d’apprendre à être un bon invité. Selon M. Barlo, il y a une différence entre être un convive à un dîner et dire « c’est ici que je choisis de vivre ». Il est important de comprendre cette différence et son impact sur nos relations et notre comportement.

Ces éléments clés sont essentiels lorsqu’on examine comment régénérer et revitaliser tout savoir traditionnel. Il est important de se rappeler que les connaissances existent, et que la démarche consiste en fait à entrer en relation avec elles. Cela implique les facteurs clés de toute relation : le respect, la responsabilisation et la réciprocité. Notre comportement envers les connaissances influencera notre interaction avec celles-ci, tout comme notre comportement avec les autres influence toutes nos interactions interpersonnelles.

Pour en savoir davantage sur les webinaires à venir, visitez la page des Symposiums sur les connaissances stellaires autochtones : série de rencontres locales et internationales, sur place et en ligne.
 

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Lindsey Kirby-McGregor

Lindsey Kirby-McGregor est membre de la Première Nation de Whitefish River, et vit à Ottawa avec son fils de 7 ans. Elle est titulaire d’un baccalauréat en travail social (spécialisation en études autochtones) de l’Université de Victoria et d’une maîtrise en éducation de l’Université d’Ottawa, et effectue présentement une maîtrise ès arts en éducation avec accent sur l’évaluation de programmes. Elle apporte son appui au projet sur les connaissances stellaires en tant qu’adjointe de recherche, et est reconnaissante de cette occasion d’apprendre de tous les membres de l’équipe.