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Sous le même ciel : conversations issues du projet sur les connaissances stellaires autochtones

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8 m
21 juin 2021
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Autochtones
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Sciences sociales et culture
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Médias
Article
Profile picture for user Lindsey Kirby-McGregor
Par : Lindsey Kirby-McGregor
Université d'Ottawa
Image of an outrigger boat near the coast in open water in Hawaii with some sand visible on the shore and a small island in the distance.
Crédit photo
Shawn Wilson
Oceangoing outrigger in Hawaii, where Pasifika people have been using the stars to help navigate for millennia. Indigenous navigators have been re-vitalizing their science over the past couple decades after it was nearly lost.

Le mois de juin est le Mois national de l’histoire autochtone au Canada. Afin de rendre hommage aux communautés autochtones partout au pays, le Réseau Ingenium présente une série de trois articles sur le projet des connaissances stellaires autochtones – une collaboration entre Ingenium et ses partenaires. Dans le premier article, Récits stellaires : les coulisses du projet sur les connaissances stellaires autochtones, l’auteure invitée Lindsey Kirby-McGregor explique la naissance du projet. Dans cette deuxième partie, elle résume les conversations clés qui ont eu lieu lors d’un webinaire organisé dans le cadre du projet sur les connaissances stellaires autochtones. 

Lors du premier webinaire du projet sur les connaissances stellaires autochtones qui a eu lieu le 21 septembre 2020, l’allocution principale et le panel ont porté sur le thème des protocoles avant les connaissances. Les deux principaux orateurs, cinq panélistes et plus de 250 auditeurs du monde entier se sont réunis sur Zoom pour participer au webinaire. Parmi les sujets abordés ont figuré les protocoles et les démarches nécessaires pour favoriser l’engagement envers les connaissances stellaires autochtones, le tout en utilisant des exemples réels tirés de l’expérience de chacun des intervenants.

Parler des connaissances stellaires autochtones devient rapidement une conversation sur l’épistémologie; l’étude des étoiles, quelle que soit la perspective, est intrinsèquement une science, et donne lieu à une discussion sur ce que signifie la pratique de la science autochtone et sur l’origine des connaissances dans ce domaine. Les conférenciers invités ont discuté des façons dont les cérémonies et les protocoles peuvent être utilisés pour régénérer et protéger le savoir stellaire autochtone, des façons dont les connaissances stellaires contribuent à l’identité et à notre perception de soi, des façons dont nous pouvons utiliser ce savoir pour transmettre aux jeunes des enseignements sur les étoiles et sur eux-mêmes, et des étapes pour mettre de l’avant ce savoir. 

Définir les connaissances stellaires autochtones 

Alors que beaucoup tentent d’établir des similitudes et des différences entre la science et l’astronomie autochtones et celles de l’Occident, les intervenants ont mis en garde contre toute tentative de compréhension comparative des deux systèmes. Toutefois, ils ont décrit des façons de comprendre la science et l’astronomie autochtones et les répercussions que cela peut entraîner sur l’apprentissage. 

L’allocution de Shawn Wilson, Ph.D., a commencé par situer toute science comme étant un simple « système de compréhension ». Fondamentalement, la science est un système qui permet d’apprendre à connaître les choses, et selon M. Wilson, la science occidentale est « un système local qui permet d’apprendre à connaître les choses qui est devenu viral ». Il a affirmé : « Nous avons été les premiers scientifiques de ces terres et nous sommes toujours des scientifiques, des ingénieurs, des artistes. Les peuples autochtones étaient capables d’utiliser les étoiles pour naviguer dans les déserts et les océans. » 

Nancy Maryboy, Ph.D., présidente de l’Indigenous Education Institute, a fait remarquer que les similitudes entre l’astronomie autochtone et l’astronomie occidentale sont plus faciles à définir que les différences, puisque « nous regardons tous le même ciel ». Elle ajoute, « mais nous portons des lunettes différentes », qui sont nos filtres ou nos façons culturelles de comprendre le ciel. Cela signifie en partie qu’il faut reconnaître d’où vient notre savoir et recevoir la permission de le diffuser. Selon Mme Maryboy, l’astronomie autochtone est le reflet d’une notion liée à l’espace, elle décrit ce qu’on voit au-dessus des terres, et il faut en parler uniquement en fonction de son contexte. Elle s’étend sur tout le temps et tout l’espace, elle comporte des protocoles, elle n’est enseignée qu’à certaines périodes de l’année. L’astronomie est une question de responsabilités, de bonne gestion et de relations réciproques, et elle contient des valeurs. Les connaissances proviennent des anciennes cartes du ciel, des chansons, des cérémonies, de la communauté et de la langue – ainsi que des questions posées pour les bonnes raisons et de la bonne façon. 

Selon David Begay, Ph.D. spécialisé en études autochtones et en application des connaissances traditionnelles et collègue de Mme Maryboy, les chercheurs extérieurs arrivent avec des questions préconçues qui peuvent limiter leur capacité de se rapprocher des connaissances autochtones. Alors que la science occidentale classe les choses en deux catégories, animées et inanimées, la science autochtone considère que tout est vivant – une perspective désormais liée à la physique quantique. 

Les panélistes ont ensuite fait valoir que le savoir autochtone devrait être apprécié en tant que tel et non en fonction de la façon dont il peut être comparé à la science occidentale. Pour Anita Tenasco, directrice du secteur de l’éducation de Kitigan Zibi, cela signifie que les étoiles et la lune ont protégé les membres de sa communauté lorsqu’ils campaient en plein air pour protester contre la chasse récréative à l’orignal sur leur territoire. Bien que chaque intervenant ait apporté une perspective différente, tous ont indiqué que la démarche d’acquisition et de compréhension des connaissances suit un ensemble de protocoles et de processus très différents de ceux de la science occidentale, qui commencent par ce qu’on appelle la responsabilisation relationnelle. 

Image d’une structure traditionnelle en pierres dans un champ en Norvège, avec quelques petites maisons et une colline en arrière-plan.
Crédit photo
Shawn Wilson

Les anciens outils et lieux de rassemblement peuvent servir aux protocoles visant à régénérer les connaissances autochtones aujourd’hui.

Responsabilisation relationnelle 

Selon M. Wilson, la réalité est relationnelle; nous ne sommes pas seulement dans des relations, nous sommes des relations, et celles-ci deviennent la base de ce que nous sommes. Et si tout est relationnel, alors comment fabriquer de nouvelles connaissances? 

La réponse est simple, selon M. Wilson : en construisant une relation plus forte avec ces dernières. Dans toute démarche scientifique, explique-t-il, il faut cultiver une relation avec une chose pour mieux la connaître. Mais comment établir des relations avec le pays céleste? Selon M. Wilson, avec grande précaution. « Comment apprendre à connaître les choses, demande-t-il? Je passe du temps avec elles – passez du temps avec quelque chose, et cette chose vous livrera ses secrets. » Dans certains cas, dit-il, ces secrets doivent être partagés avec d’autres, et dans d’autres, ils doivent être gardés pour soi.

En ce qui concerne les connaissances stellaires, M. Wilson a demandé aux participants au webinaire de réfléchir à la manière dont ils pourraient s’engager envers l’espace entre les étoiles. Selon lui, cet espace est sacré, et ce n’est que lorsqu’on cultive des relations plus solides et plus étroites qu’on entre dans cet espace sacré. Et pour ce faire, il existe un outil qui nous aide à créer intentionnellement l’espace nécessaire à l’établissement de telles relations : la cérémonie.

Cérémonies

Le thème des cérémonies a été abordé de deux manières importantes dans la discussion : 

•    les cérémonies sont un processus qui crée une connexion intentionnelle avec le sacré; 
•    les cérémonies sont une exigence pour entendre certaines histoires et connaissances.

Après l’introduction éloquente de M. Wilson sur le sujet, Stuart Barlo a parlé de son parcours de reconnexion avec les connaissances stellaires et de sa capacité de parler du pays céleste. Il a repris contact avec les aînés de sa communauté, et a été amené à prendre part aux cérémonies requises pour pouvoir entendre certains récits. Ces cérémonies, qui comprenaient l’utilisation d’un bâton à message yuin sacré, ne visaient pas à interagir avec les connaissances des étoiles et du ciel, mais plutôt à préparer M. Barlo à pouvoir interagir avec ce savoir – elles visaient à le positionner intentionnellement pour qu’il puisse entretenir une relation respectueuse avec le pays céleste. 

Plus tard, Wilfred Buck a réitéré que les connaissances perdues en raison de la colonisation ont été retrouvées grâce à des cérémonies, notamment le jeûne, la suerie, la danse du soleil, la tente tremblante, le rêve, le chant, la prière et la discussion. « Puisque nous n’avons jamais cessé de faire ces rituels, a dit M. Buck, nous pouvons retrouver ce savoir égaré, car il est là, il nous faut simplement le retrouver. » 

Image de cercles de pierres traditionnels dans une zone boisée en Norvège, avec la lumière du soleil qui brille à travers les arbres.
Crédit photo
Shawn Wilson

Des cromlechs en Norvège : quels sont les protocoles pour entrer et utiliser les anciens observatoires ou cercles sacrés? 

Connaissances stellaires autochtones et identité

De nombreux intervenants ont fait le lien entre les connaissances stellaires autochtones et l’identité, particulièrement en ce qui concerne les jeunes Autochtones. Stuart Barlo a parlé de son travail sur un projet ciblant les jeunes, en particulier ceux qui ont été retirés de leur famille et qui n’ont pas eu de contact réel avec leur communauté et leur nation. Dans ce projet, des aînés emmènent les jeunes sur le territoire et leur parlent du ciel et de ce qu’ils sont par rapport à la terre entière – pas seulement le pays dans lequel ils vivent mais aussi le pays céleste qu’ils peuvent voir et le pays auquel ils appartiennent. M. Barlo a expliqué que ce projet reçoit le soutien de personnes qui comprennent l’importance de l’identité : 

« Lorsqu’on commence à comprendre qui on est dans une perspective plus globale, cela nous aide à nous tenir debout fièrement. Cela aide nos jeunes à comprendre qui ils sont et qu’ils font partie de quelque chose de très important et de très vaste, et c’est là qu’on commence à voir se développer une identité qui n’était pas là avant. Ils acquièrent une compréhension contextuelle lorsqu’ils commencent à faire le lien avec qui ils sont, à lever les yeux et voir le ciel au-dessus de ce pays – cela nous parle de cet endroit. Cela aide les jeunes à développer leur identité, particulièrement en tant que personne autochtone, et cela les aide à devenir plus humains. » 

~ Stuart Barlo

Nancy Maryboy a souligné que pour apprendre l’astronomie occidentale, les jeunes Autochtones doivent d’abord connaître leur propre astronomie; cela leur donne une plateforme sur laquelle appuyer l’astronomie occidentale. Mme Maryboy a expliqué que ce n’est que lorsqu’elle a compris l’astronomie de sa propre culturelle et le concept de globalité de l’astronomie autochtone qu’elle a pu commencer à comprendre les autres concepts d’astronomie.

Wilfred Buck a vécu la même expérience en enseignant aux jeunes des Premières Nations du Manitoba : lorsqu’on établit des liens avec la culture des gens, cela change réellement les choses. Pour les jeunes, il est important de « vivre » la nature et d’observer le ciel nocturne. Il s’est exprimé ainsi : 

« La question qui est posée est la suivante : “Quelle est ma place dans cette réalité?”. Et ce qu’ils demandent, c’est “Qui suis-je?”. Ils sont à la recherche d’une identité. Et ils veulent que l’identité de leur peuple y soit attachée, et non celle provenant d’une mythologique romaine. Le concept de soi et l’identité personnelle sont très importants pour eux. Le savoir que détient leur peuple est très important pour leur confiance en soi. »

~ Wilfred Buck

Le premier webinaire du projet sur les connaissances stellaires autochtones a mis l’accent sur le fait que chaque culture possède des connaissances scientifiques. Si certaines de ces connaissances peuvent être diffusées et d’autres doivent être conservées au sein de la communauté, elles peuvent toutes être récupérées en reprenant les démarches qui ont permis de les acquérir à l’origine. Dans le cas des connaissances stellaires autochtones, il s’agit de cérémonies par le biais de protocoles. 

Selon M. Wilson, lorsqu’on parvient à réunir dans une pièce des gens qui pensent à la même chose au même moment, un miracle se produit, et ce miracle est l’illumination. Parfois, c’est aussi simple que de dire : « Oh! Maintenant je comprends un peu mieux quelque chose à ce sujet. » Enfin, si parler une langue autochtone est indispensable pour comprendre pleinement le savoir autochtone, trouver un terrain d’entente – traduire pour pouvoir communiquer à l’autre – est un élément essentiel de l’apprentissage. Après tout, comme l’ont souligné les panélistes, nous sommes tous sous le même ciel.

Auteur(s)
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Lindsey Kirby-McGregor

Lindsey Kirby-McGregor est membre de la Première Nation de Whitefish River, et vit à Ottawa avec son fils de 7 ans. Elle est titulaire d’un baccalauréat en travail social (spécialisation en études autochtones) de l’Université de Victoria et d’une maîtrise en éducation de l’Université d’Ottawa, et effectue présentement une maîtrise ès arts en éducation avec accent sur l’évaluation de programmes. Elle apporte son appui au projet sur les connaissances stellaires en tant qu’adjointe de recherche, et est reconnaissante de cette occasion d’apprendre de tous les membres de l’équipe. 

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Lindsey Kirby-McGregor
Université d'Ottawa
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Récits stellaires : les coulisses du projet sur les connaissances stellaires autochtones

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