Remonter le fil : la brève histoire de l’industrie du textile au Canada

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L’auteure pose à côté du « monstre vert » pendant son stage. Un métiers à tisser de marque Crompton et Knowles, no. d’artefact 1987.2060.

J’ai toujours été un peu maniaque d’histoire, bien avant d’entreprendre mes études dans le domaine à l’Université Carleton. Je n’ai jamais pu m’empêcher de songer au passé de l’endroit où je me trouvais et des gens qui y avaient vécu, aux événements qui s’y étaient déroulés et à ce qui avait modelé le présent.

Poussée par une curiosité sans bornes, je plongeais souvent dans des livres et des encyclopédies, et dès que j’en avais l’occasion, je visitais des sites historiques et des musées. Imaginez ma joie quand j’ai appris qu’on avait approuvé mon stage à Ingenium, les Musées des sciences et de l’innovation du Canada! Je pourrais maintenant voir de mes yeux comment on documentait et on préservait l’histoire, et travailler côte à côte avec des gens dévoués qui participent à la conservation de notre passé.

À ma première visite des vastes entrepôts d’artefacts que possède le musée, je suis restée bouche bée devant l’impressionnante multitude d’objets fascinants : trains, voitures anciennes, standards téléphoniques, machines à écrire… J’étais envoûtée. Mais ma joie s’est atténuée quand je me suis approchée de l’un des objets que je devais étudier : une monstruosité métallique peinte en vert. Cette machine industrielle appartenait autrefois à la fabrique de tissus de DuPont, à Kingston. Devant ce métier à tisser la soie et la rayonne, aussi massif que menaçant, le modèle S-6 de Crompton and Knowles, je ne faisais vraiment pas le poids. Et pourtant, je devais me familiariser avec cette bête. C’était là mon projet : étudier les artefacts de la collection sur l’industrie du textile et chercher de l’information afin d’enrichir les données du catalogue d’Ingenium. Au fil des semaines qui ont suivi, je me suis familiarisée avec cette grosse machine et d’autres semblables que contient la collection. Même si je l’ai baptisé le « monstre vert », le fait est que ce métier à tisser était spécial; à l’époque où il servait, il était très haut de gamme. En fouillant, j’ai commencé à examiner l’histoire de l’industrie du textile au Canada.

L’industrie du textile a eu une grande influence au Canada et joué un rôle économique important pendant les 19e et 20e siècles. En fait, en au milieu du 19e siècle, elle comptait parmi les trois principaux employeurs dans le domaine manufacturier, précédée seulement des industries du fer et de l’acier. Pendant la difficile période de 1930 à 1935, les emplois manufacturiers reposaient sur l’industrie du textile. Et dans les années 1970, les travailleurs canadiens du textile étaient devenus les mieux rémunérés du monde dans ce secteur.

Une page tirée d’un ancien cahier de caractéristiques techniques montre une image d’une machine à tricoter industrielle.

Tirée d’une publication commerciale, cette image montre la machine à tricoter de modèle R.T.R. de Wildt, utilisée dans une manufacture de textiles à Kingston (Ontario).

Avant l’industrialisation des procédés de production textile au Canada, les tissus étaient importés ou faits à la maison. Une filature de laine construite dans les années 1820 est la première manufacture connue à avoir pris en charge toutes les étapes de la production textile. D’autres filatures ont suivi. Au milieu des années 1800, l’industrie s’était élargie et comprenait quelque 385 filatures de coton situées dans le Haut et le Bas-Canada. Au début des années 1900, l’industrie produisait aussi des tricots et une quantité croissante de tissus synthétiques à partir de nouveaux mélanges et comptait près de 2 000 manufactures.

À son apogée, au cours du 20e siècle, l’industrie du textile était si organisée et si robuste qu’elle a suffi à fournir l’armée pendant les deux guerres mondiales, en plus de satisfaire jusqu’à 60 % des besoins du marché au pays. À la fin du 20e siècle, la montée de l’industrie du textile dans les pays en voie de développement a mené au déclin de la production en sol canadien. De nos jours, la majorité des textiles au pays proviennent de l’importation.

Mon stage à Ingenium a élargi mes connaissances sur l’industrie canadienne et a permis cette incursion éducative dans l’histoire du Canada. Je suis aussi ravie d’avoir pu jeter un coup d’œil à l’immense variété d’artefacts entreposés au musée : plus de 80 000 objets y montrent nos progrès et notre ingéniosité. Même si le métier à tisser et moi ne sommes pas devenus de grands amis, au moins, maintenant, je comprends un peu mieux son fonctionnement.

Une publicité montrant deux hommes qui semblent parler affaires, avec l’intérieur d’une manufacture de textiles en arrière-plan.

Tirée d’une publication commerciale, cette publicité montre une manufacture de textiles au Canada, vers 1950.

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Kateryna Tonkykh

Kateryna fait une majeure en histoire à l’Université Carleton et étudiante en stage avec Ingenium – Musées des sciences et de l’innovation du Canada. Elle s’intéresse particulièrement à l’Europe médiévale et au développement industriel de l’église. Dans ses temps libres, en compagnie de son malicieux compagnon d’études, Zuzu le chat, elle est habituellement absorbée par un livre ou captivée par un documentaire.